LES STANZE
Dans la salle de Constantin » c'est Jules Romain qui a peint , d'après les cartons de Raphaël, cette admirable Bataille de Consiantin et de Maxence^ au Ponte Molle, près de Rome, si souvent reproduite par la gravure.
Lorsque les papes établirent leur résidence au Quirinal, les salles où sont les fresques de liaphaêl furent abandonnées; au commencement du siècle dernier les peintures étaient couvertes de poussière et de saleté, les grisailles sur les plinthes à peu près détruites. C'est alors que Carlo Marattofut chargé de les restaurer; travail dont il s'est acquitté avec une déplorable rudesse dans le coloriât, à en juger par leur état actuel. En 1839 elles ont été nettoyées de nouveau, mais non pas restaurés.
Les biographies de Raphaël ne disent rien de l'éducation qu'il d pu recevoir en dehors de la peinture ; mais ses œuvres témoignent des profondes connaissances quMl avait acquises dans Thistoire et les différentes branches qui s'y rattachent, telles que l'archéologie, les mœurs et les coutumes des nations. C'est une réflexion qui naît à la vue des œuvres dont nous nous sommes occupé, car il ne suffirait pas que de tels sujet fussent donnés au peintre par un lettré ou un savant, pour être exécutés avec cette irréprochable iidéiité historique, cette intime connaissance des particularités que le peintre seul peut reproduire, parce que seul il en sent le besoin et sait leur donner une place convenable.
Quand Raphaël peignit la tète d'Homère, on n'avait pas encore retrouvé le buste de ce poète, et cependant, chose remarquable ! ce buste semble lui avoir servi de modèle, tant Raphaël s'était bien inspiré des notions des anciens sur \A figure attribuée au patriarche de la poésie !
La grande réputation qu'il s'était déjà acquise fit rechercher avec empressement par les hommes les plus opulents et les plus haut placés les productions de son pinceau. Le riche banquier Chigi signala presqu'à Tégal du souverain pontife sa libéralité envers Raphaël. Sous le pontificat de Jules II, Chigi avait engagé Raphaël à exécuter dans la maison qu'il venait de faire construire, dans le quartier Translevère, une fresque représentant Galatée portée dans une conque sur les flots par des dauphins, et entourée de tritons et de néréides. Plus tard il lui demanda l'histoire de V Amour et Psyché ^ et enfin il le chargea de peindre à fresque la chapelle que la famille Chigi avait dans l'église de Saint-Augustin;
ifn lira in.
^iiiil lÉifB^i^tfiiswciMctlfmJTflw^iiicrtlifli
ÎJi méêtm <<l—f«ier Çy^i fftt le MBdkFj k fif« ^iaudJ 01^ la CMiif<in à iob fcioêt, afrés afoîr chaMé et
C«if > eetU; éfdqiae dk sa f ie que Rapbaél a composé ce grand mmàffit^àét taMia«xàllHiile^floiillcsplas|wécieiixonienMots 4c» l^aferk» k< piof céiéi««s. Il exifte ëe hi ceat qoatre-Tiflgls, ^MtHHredé^xeenUXadoiM»; lefluémesalelcstsûiiTenirqvodiiil Uktilittattmeoif qndqoefolf afcc de Itères madittfliena. Laan, âmm Ètm II Moire de la peinture^ elte plasieiiiB madoneg qui, i de UMé^tê à»nértn€eê frè§, tmA été leprodoctionsUltéfalei de la VUrge à la ChaUe,
\jt grasMf Mfohre de cet dopUcala est cause que bien des doates s'éléf ent ior raotbenlidté de ces peiotores; il en est dont on connaU jusqu'à dix exemplaires, et même darantage. La Vierge dite la Jardinière et le eaitU Jean dans le désert, se relroorent dans plii»ieors galeries en Italie, en Angleterre et en France. Le fait est qoe iules Romain ébanehalt d'après le dessin de son maître, et Hapha^l terminait; les peintures, ainsi acbcTées, étalent ensuite ropi^es par les élèves, presque tous artistes de grand talent, et souvent ees copies, faites sous Tceil du maître, étaient encore retoui'hée§ par lui.
OJa explique comment il peut exister près de cinq à six cents peintures, quelques écrivains disent douze cents, admises comme œuvres aullientiques d'un artiste qui n'a guère travaillé pendant plus de dix-sept à vingt ans.
Parmi les portraits qu'il a faits en dehors de ses compositions historiques, et par conséquent tout à fait portraits, deux sont plus particulièrement célèbres: Léon X et la Fornarinu. — Léon Xest en ce genre l'une des œuvres les plus parfaites qu'on connaisse. Quant à la prétendue Fornarina qui est à Florence, il est maintenant bien avéré que ce n'est pas le portrait de cette femme, et même que la peinture n'est pas de Raphaël. D'abord cette ligure ne ressemble point aux portraits de la Fornarina que Raphaël a intro-
1 LeH Sibyfles, au nomlire de quatre, qu'on cite aussi parmi tes œuvres de naphai'l iriHpirées par Mieliel-Ange, sont dans l'église de Santa Maria dcila Puce. Elles ont beaucoup soufTert, mais on en voit assez pour reconnaître que la pensée est inférieure au style de Buonarotti, p^eut-étre par la raison que la pensée n*est pas tout à fait originale.
t Alexandre Famèie, 1514-1549.
SES PEINTURRS A l'hTILE. !2d
duits dans plusieurs de ses fresques à Rome, ni à la Fomavina du palais Barberini» ni à la copie faite au seizième siècle^ qui est au palais Borghèse. La même figure ût femme, peinte par Giorgione, se retrouve dans la galerie du duc de Modcne ; il est donc possible que ce soit le portrait de cette maîtresse de Giorgionê dont l'infidélité le fit mourir de chagrin.
L'authenticité de cette peinture n'est pas contestée.
D'un autre côté, le portrait de la galerie de Florence est attribué par Missirini à Sebastiano del Piombo, et, d'après lui, ce serait le portrait d'une dame romaine, Vittoria Colonna, fort intime amie de Buonarotti, dont Sebastiano était alors le protégé et le collabo* rateur. Ce portrait porte la date de 1512; Glorgione était mort Tannée précédente ; mais, puisqu'il est la reproduction exacte de celui qui est à Modène, et dont l'authenticité comme œuvre de Giorgionê n'est pas douteuse, n'est-il pas à croire que c'est une copie faite par Sebastiano. l'élève de Giorgionê, et que Missirini a seulement fait erreur sur l'individualité du modèle?— Quoiqu'il en soit, ce portrait n'est pas celui de la Fornarina, et ne peut être raisonnablement attribué à Raphaël, qui, en 1512, avait à faire autre chose que des copies d'après Giorgionê ou toute autre célébrité contemporaine.
a Le portrait de la Fornarina dans la galerie Barberini, à Rome, dit Constantin, représente cette célèbre beauté vue jusqu'aux genoux, ayant pour tout vêtement un voile transparent. La poitrine, le bras et la tête, sont évidemment de Raphaël, et de sa plus belle manière; on peut dire qu'il n'a rien fait de plus beau que ce buste. Les particularités de son style abondent dans ce chef-d'œuvre ; par exemple, la hardiesse avec laquelle il détache les cheveux sur un front vivement éclairé. Je ne connais aucune tête comparable à celle-là pour la vérité. Souvent encore l'on retrouve dans le peuple, à Rome, des figures comme celle de la Fornarina; on peut en contester la beauté, fort différente du type gracieux de la femme élégante de ce côté-ci des Alpes'. »
Autre rectification d'une erreur devenue populaire. — Le célèbre graveur Raphaël Morghen, induit en erreur par un mot de Yasari dans sa biographie de Raphaël, a donné comme portrait de Raphaël celui d'un nommé Altoviti, belle figure, sans aucune ressemblance
1 La maison de la Fornarina existe encore, et, ce qu'il y a de singulier, c'est qu'après trois cent \ingt-cinq ans, celte maison est toujours occupée par un four pui>lic*
avec celle du grand peintre. Ce tableau est malmenant dans h galerie royale de Hunlcb. Quant 1 Raphaël lui même, il n'émit pnint beau, à en juger par son portrait dan^ \'Éc-ilc iI'Alfiénsa, et surtout par celui que poesède l'académie d« Saint-Luc, à Ituni?, œuvre Inférfeute à son génie, mais précieuse comme portrait authentique; les jeux sont d'une grande beauté; un pourrait bouhalter plus de régularité dans le nez, la boiicUe et le menton, qui e«t un peu reculé. Cette physionomie exprime la douceur c( la simplicité, mais on n'y retrouve pas l'ÉléTaiiun et In nolilesse de pensée al remarquables dans les œuvres deTInpIiaël.
Cette penséea'estsurtoutatlachéeÉ rendre rei:preasiond'une âme chrétienne. 11 y a dans lei Madones de Ripha^l deux, catégories 1res distinctes : l'une est la repréuntation de la Vierge au point de vue terrestre, c'est la femme, la mère, mais ce n'est point la reine des cieui ; l'autre, c'est la mère du Sauveur, la Vierge divinité. A cette dernière catégorie appartiennent la Madone de Foligao, la Vierge de Saîtit-Sîxle à Dresde, U Vierge au Pqïssoa â Madrid. A la première catégorie apparllennefit la Vierge à la Chaire, la Belle Jarditiiéi'e et la plupart de ceJ Hadoues qu'on trouve dans
A la Madone île Foiigno ]e préfère celle de Uiesde , mais c'esl affaire de sentiinent. car, au point de vue de l'ait, b Madone de t'oligno n'est pas un moindre chef-d'œuvre, Hapliaéls'y élève i la liauteur des plus grands coloriâtes, sans rien perdre de la pureté de ses contours, ni de la force d'expression, nidelavcriténiive etBUhlime.apanage privilégié dece grand peintre. Ce tableau a été peint i la même époque que les premières fresques du Vatican.
La Madone de Sainl-Sixte est, à mon avis, ce que l'art a produit de plus puissant pour l'expression. Rien ne surpasse la Transfiguration comme science dans la composition, le dessin, le coloris, l'agencement des groupes et des gestes i mais rien n'égale la Vierge de SainlSixIe pour l'expression. Jamais la pensée n'a été rendue avec autunt de force; jamais, sous la forme humaine, il ne s'est révélé plus de pureté divine, une expression plus profonde, — On dirait que ta Vierge, entourée de toute ia splendeur des cieun, entrevoit le Calvaire, l.'enfant Jésus jelle sur la terre un re^rd pensif, comme s'il pressentait que IA doit s'accomplir ce myelérieux sacrillcB par lequel it rachètera le genre humain au prix de ses angoisses mortelles. — L'adoration conliante et naïve des deu\ chérubins ou bas du tableau Jette fur toute la
ir
'fTio/,'-
SKS MADONES. 131
composition un calme divin, inspire un senti ment de repos et de sécurité nécessaire pour atténuer ce que, sans lui, l'expression de la Vierge aurait de trop saisissant. On dit que ces deux têtes ont été ajoutées par Raphaël après qu'il eut terminé la peinture; si le fait est vrai, ce serait la confirmation de ce que nous venons de dire du rôle de ces deux figures.
Frà Bartolomeo, dont nous parlerons plus tard, fut Tami de cœur de Rapiiaël et exerça une grande influence sur le développement de son talent. Raphaël lui a emprunté plus que des pensées, quelquefois des compositions entières; ainsi la Madona de Casa Tempiy à Munich, est la copie d'un tableau de Bartolomeo qui fait partie de la galerie du marquis Bartolomei à Florence ; seulement Raphaël Ta copié dans un miroir, il a mis un fond, donné un vêtement à l'enfant, et tout ennobli par son talent divin.
Un autre emprunt, mais moins authentique, est la Viei'ge à la Chaise, la plus populaire peut-être de toutes ses productions; c'est encore, dit on, une composition de Bartolomeo. Elle n'a pas cette élévation de pensée, cette simplicité, cette pureté divine, si remarquables dans les Madones de Raphaël. Ici la Vierge est plus femme que sainte ; il y a de la coquetterie dans son attitude, dans sa parure, et même dans son regard.
Les tableaux, qui étaient demandés en si grand nombre à Raphaël, n'interrompirent point ses travaux au Vatican ; il entreprit la troisième salle ; les dessins sont de lui ; il a retouché les peintures, mais ce sont ses élèves qui les ont exécutées d'après ses cartons et sous sa diretlion ; c'est là, en raison de cette communauté, ce qu'on nomme Ye'cole de Baphaèl ou l'école romaine. Les sujets représentés dans cette troisième salle sont tous tirés de l'histoire des souverains pontifes du même nom que Léon X. — Le Couronnement de Charlemagne par Léon III, et, en face, Le'on III se justifiant des accusations portées contre lui ; la Victoire de Léon IV sur les Sarrasins dans le port d'Ostie, et V Incendie de Borgo Nuovo,
Les galeries du Vatican qui forment trois côtés de la cour de Saint-Damasus (la plus ancienne partie du Vatican) , et qu'on ap* pelle improprement en français les Loges, étaient à peine commencées lorsque Bramante mourut ' ; Léon X chargea Raphaël de les terminer.
1 Eu 1514. ■
I3Î EAI'UAEL.
Raphaël avait (Ipj.i ilunné ilea preurea île architecture, nun -seulement pour ie desi^in, dont omiûtdeiniigniQquu exeni]iles dans ses peiulures, en particulier dans VÉco/e d'Athènes, malg aussi sous le rapport pratique, deux clious Torl digtlncteg l'une de laulre, car il ; a uDe immense diirérenee entre la conception d'une élévation architecturale et Bon exécution: l'une est l'art, l'autre la science ; par exemple, les archileclee qui avaient entrepris d'élever la coupole de Saint^Pierre avant que la direction des travaux eût été donnée à Buonarolll avalent conçu un Tort beau plan ; malj, quand on mit la main â l'œuvre, Il se trouva que le poida était écrasant et les forces de résistance insulOsante*. Mioiiel-Aiige corrigea les erreurs de calcul de son prédécesseur, et, sans rien changer aux dimensions colossales du dessin, en assura l'exécution et la durée. Kaphaêl éleva trois rangs de portiques ouverts et A colonnudea. Ce qui rond tes galeries remarquables dans l'histoire dea beaui' arts, ce n'est pas seulement la beauté de l'architecture et des Tresquesqul les décorent, mais le nouveau genre d'ornement dont Raphaël fit alors le premier essai.
A l'époque où il fut chaigé de ces IravBUï, on avait dêeonvort depuis peu d'années les thermes de Titus < ; leurs salles, longtemps enfouie;. , avalent dil ù la cause même qui les avait fait oublier la con&crvallun des peintures arabesques, dont Viinive nous apprend gue le goi'it fut de mode chez Icii Romains. Au moment de leur découverte, elles avaient la vivacité et la friiiclieur d'une peinture toute nouvelle; depuis lorâ l'influence de l'air les a ternies. Ces compositions antiques sont en général d'une imagination étrange et capricieuse, un mélange de fleurs, de fruits, d'attributs, de flsures humaines, de bustes qui se terminent par des ramifications de plantes et des guirlnndes relevées el supportées par des Cupiduns, des génies, des satyres ou des dieux thermes, etc.
Un des élevés ou eollaboraleurs de Raphaël, lean d'Udine, qui e\eellall â peindre les fleurs, les fruits et les ornemenls de tons genres, encouragea Raphaël dans le prtijet de décorer les Loges par une Imitation de ces antiques. 11 retrouva le secret des stucs etnpioyés par les anciens^ et bientôt cette grande entreprise parvint ù sa perfection.
On i:oniprend qu'elle ne pouvait réussir que par nne réunion de