LES LOGES
talents très-variés. Elle se compose de tant de parties diverses, l'architecture, le décor et les fresques, que, si son mérite consiste dans Télégante exécution de chacune d'elles, son succès devait dépendre encore plus de l'heureuse combinaison de toutes.
Raphaël fut ce centre, celte pensée dirigeante ; sous ce rapport, il eut deux grands mérites : le premier fut dans la direction pleine de goût qui sut coordonner toutes les parties, faire choix des détails les plus heureux, et appliquer à leur exécution Tespèce de talent qui convient à^ chacune; le second fut celui de l'originalité.
Plusieurs de ces compositions, que le génie du peintre d'histoire pouvait seul concevoir, prouvent qu'il imagina le premier d'introduire dans l'arabesque un ordre d'idées dont nous ne voyons point qu'il ait trouvé de modèles dans l'antiquité. Je veux parler de l'allégorie et de ces beaux montants de pilastres, où tantôt les vertus, tantôt les saisons, tantôt les âges de la vie, viennent mêler leurs emblèmes divers aux savants caprices de son pinceau ; ce sont de véritables tableaux où l'esprit goûte le plaisir nouveau de reconnaître la raison sous le voile transparent de la folie > .
Raphaël n'aurait pu suffire à des travaux si nombreux, si chargés de détails, si variés, sans l'aide des élèves et des artistes habiles qui avaient mis en communauté avec lui leurs moyens et leurs talents; mais, si ces travaux, sans de tels secours, n'eussent pu être terminés, il est encore plus certain que, sans l'influence de son génie, ils n'auraient pas eu de commencement >.
Le nouveau genre de décor reçut le nom de grotesque^ parce que ce fut dans des grottes ou appartements souterrains qu'on en découvrit les premiers yestiges.
Ce qu'on appelle, proprement dit, les Loges de Raphaël ^ ce sont les fresques peintes sur les coupoles du portique du second étage ; il y a quatre sujets à chaque coupole, et treize coupoles ; en tout cinquante-deux tableaux d'assez petite dimension ; ils représen^tent une suite de sujets tirés de l'Écriture sainte depuis la créa* tionjus qu'a la sainte Gène : c'est la Bible de Baphaèl *.
Ces sujets se lient intimement à ceux des Stanze. lis offrent
1 Quatremëre de Quincy.
' Ouatremère de Quincy.
3 Toutes les fresques des loges, à rexecption de celle qui est au-dessus (le la pdrte, et qui est l'œuvre de Raphaël lui-même, out été peintes pai* ses élèves. Elles ont beaucoup souffert du temps et encore plus des tes* tauraiions.
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(l'abord des wèiies île l'Anrîen TeslaniBiit, — la Promfsse, — pula, à l'eulrëmilé qui louclic à l'enlrcB des Slanie, la demlfre coupole renferme quatre sujets du Mewie ; i'Adoralion des Bergers, V Adoration da Rois, le Bapléme du CkrUt, In Sainte Cène — VAecompiitsemeni. Les Slanie représenlert le Triomphe de l'Église snus Conitantin, aa pulssuncecrolsMinle, ees privilégia, La derniëre salle, celle délia Segnatura, par laquelle Rapliaël comment^, indique les Fruits de la clviliBation religieuse dnns ses rapports avec le morde : la TMologie, la Poésie, Ip Philosophie, la Jurisprudence.
Le pape, désirant orner les appartements du Vatican et la chapelle Si\11ne de tapisseries qu'on labrlquait alors en Flandre», à peu près comme on le fait aujourd'hui au\ Gobelins, chargea Raphaël de dessiner les sujets qui lui paraîtraient !ea plus propres it ce genre de travail. Raphaël les choisit dans les Actes des apôtres, et les (ra^4 sur des cartons qu'il coloria A la dttrempe. Chaque sujet M entouré d'imc bordure en grisaille où furent reprësenlëa les principaux événements de la vie de Léon X. Les tapUserlea ont cté vendues ou détruites par les Fran(;als, en 1708, à la prise de Romej elles étaient, dit-on, d'une merveilleuse beauté. Quant aux carions, originairement au nombre de douie, lia restèrent pendant bien des années en la possession des familles des ouvriers Itamands, dont un des descendants en vendit sept il Charles 1" d'Angleterre, environ un siècle après la mort de Raphaël; ces cartons sont encore en Angleterre, à Hamplon-Cour-l; Ils devraient ilguier dans la galerie nationale, dont Ils seraient le plus bel ornement.
Léon X, qui venait de rétablir l'universitë de Rome, où cent professeurs furent appelés à enseigner toutes les branches des connaissances humaines ; Léon X, qui réunissait avec lèle tous les anciens manuscrits dans les bibliothèques Laurentienne et du Vatican, qu'il venait de fonder, ne pouvait rester indilTërent pour les monuments de la Rome antique. Il nomma Raphaél surinlendant des édiUces de Rome, et défendit, sous des peines sévères, qu'on touchât A aucun monument, qu'on disposât d'une seule pierre sculptée ou portant une Inscriplion, sans en avoir préalablement reçu l'autorisation ij^ Raphaël. Celui-ci s'occupa aussllôt à dresser un plan de l'ancienue Rome, et â rétablir, dans dea dessins. Us monuments que le temps ou la barbarie avait déjà détruits. Halbeureusement ce travail a été presque entièrement