SON DERNIER OUVRAGE
perdu dans les grands désastres dont Rome fut le théâtre, peu d'années après la mort de Raphaël : il n'en est resté que des fragments.
La grande réputation de Raphaël comme peintre a effacé celle que ses travaux en architecture lui avaient acquise de son vivant. Quelques-uns des plus beaux édifices de Rome ont été construits par lui : le palais Stoppani ; l'église de la Navicella, sur le mont Cœlius ; la cour de saint Damase ; la villa Madama ; le bâtiment qui fait pendant à la Farnesina; la chapelle Chigi. — A Florence, les palais Ugoccioni et Pamphiii sont aussi de lui. Ces travaux nombreux et admirables auraient suffi pour faire une brillante réputation à l'architecte qui en fut l'auteur.
Il ne peut pas entrer dans les limites de nos études de parler de tous les travaux de Raphaël ; nous nous occupons de ce grand artiste pour constater la part qu'il a eue dans le développement des beaux-arts, l'influence qu'il a exercée, et nous devons par conséquent laisser de côté bien des détails intéressants, mais qui sont plus particulièrement du domaine de la biographie.
Comme peintre et comme architecte, Raphaël était à Rome l'artiste le plus célèbre. Il n'était bruit que de lui, et, au dire général, s'il était inférieur à Michel-Ânge pour la science du dessin, il le surpassait dans toutes les autres branches. Cette opinion, de plus en plus populaire, excita enfin un vif sentiment de rivalité chez Michel-Ânge.
Ce dernier avait cherché à lui susciter un rival dans Sebasliano del Piombo, peintre vénitien, possédant le magnifique coloris de son école. Michel-Ânge et Sebastiano avaient mis en commun leurs talents, qui se complétaient mutuellement : l'un dessinait, l'autre coloriait. Il existe un assez grand nombre de productions dues à cette association, et, entre autres, une Transfiguration exécutée à fresque, une Flagellation, et quelques autres morceaux qu'on voit dans une des chapelles de San Pietro inMontorio.
Le cardinal Jules de Médicis, plus tard Clément Vil, alors archevêque de Narbonne, commanda à Raphaël une Transfiguration pour le maître autel de la cathédrale de cette ville. Raphaël n'avait pas commencé son tableau, que Sebastiano entreprit, avec l'aide directe de Michel-Ânge, sa fameuse Résurrection de saint Lazare *, commandée aussi par le cardinal et également destinée
1 Ce (ableau se trouve maintenant à Londres, dans la galerie nationale ; la Transfiguration de Raph ël est restée à Rome, au Vatican.
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â U calbëdrele de Narbonoe, de sorlc que la lullp devenait lue' vitible. Biphsël, en apprenant cette circunâlance, dit i ses élèvei qui l'enlourBient ; . Je remercie Michel-Ange de l'Iionneur qu'il me fait de me croire digne de lutter conlre lui, et non paji coolre Sfbtulinoo tout seul. > naphaèl dut en)ploycr toutes «es resinurces, toute aa puissance, pour eoulenir cet «ITurt dirigé contre u pMltloD t\ ta réputallon ; le cher-d'tpuvre qu'H a produit est considéré, à juste titre, comme celui qui réunit toutes se^perfecdons.
Les deux tat>lfau\ Turent ctposês ensemble aux regards du public dans la «allé du Consistuire. On admira dans celui de Sebastiano un dessin vigoureux, joint à la sédueiion des couleurs ; mais les parllsans de Michel-Ange, même les plus zélés, n'ont pas héïilé â reconnaître que, pour la beauté et la gruce, le tableau de Haphaél était (et il l'esi encore) sans égal. Ce fut son dernier ouvrage.
Le vendredi saint de l'année I&30, le B avril, Jour anniversaire de su naissance, qui cotnpiëieic sa trente- septième année, Raphaël mourut k Home d'une maladie de langueur ou d'épuisement, quelques-uns ilUent d'un re froid Issement qui le saisit dans une salle du Valican, uft il arriva fort ëchaulTé, el renia longienipa à attendre les orilrej du pape.
Une mori si subite, au milieu de tant de gloire, frappa Rome de stupeur; ce fut un deuil général. Le corps de Raphaël avait éié exposé selon l'usage, et ce fut dans son vaste atelier, où le tableau de la Transfigui-a(ioi> se trouvait encore, que cette triste cëré- ,monie eut lieu. L'ainuence de gens de toutes les conditions fut immense. On se rappelait les uns aux autres les titres qu'il avait à la bienveillance et A l'estime publiques, par son génie, par son aimable caractère, par ses glorieux travaux ; ces souvenirs devenaient plus douloureux à la vue de cette dépouille mortelle, si Jeune encore; on entrevoyait dans celte mort l'anéantissement des plus belles espérances de l'art en Italie. Hlchel-Ange était malade à Florence, et le banquier Chigi, ce protecteur généreux des beaux-arts, dont le palais était un magnifique musée, était mort la veille '.
Un nt à Raphaël de magnifiques funérailles ; son corps fut placé au Panthéon, non pas qu'on attachât le moins du monde à cette