SA MÉTHODE
instant, ce seul point de Yue, saisisse Tàme de prime abord et soit le plus fécond, celui qui offre à l'imagination le champ le plus rielle. Plus nous regardons, plus il faut que nous puissions ajouter par l'analyse à la pensée qu'a fait naître le premier coup d'œil ; plus nous ajoutons à cette pensée, plus il faut que l'illusion augmente.
Mais, pour atteindre à cette perfection, il ne suffit pas d'être et grand dessinateur et grand peintre, il faut être maître de tous les détails qui se rattachent au sujet; il faut un goût pur, exercé, et un si vif sentiment de la vérité, que l'artiste s'identifie avec elle ; en un mot il faut cette réunion de talents et de qualités qui seule constitue les grands artistes.
Il n'est aucune des peintures de Raphaël qui ne gagne beaucoup à être analysée. Mengs dit qu'il a raisonné tous ies plis de ses draperies; que tous ont leur cause, soit dans le poids de l'étoffe, soit dans le mouvement des membres qui en sont couverts; souvent ils indiquent \& position de ces membres dans l'instant qui a précédé. Uaphaël a cherché en quelque sorte à leur donner un langage. Ainsi, dans la Transfiguration, le mouvement de.5 draperies dans la figure de Christ indique qu'il s'est élevé de terre ; dans celle des prophètes Moïse et Élie, on voit que ces figures descendent du ciel, la résistance de l'air soulève leurs longues robes. La jeune femme qui est à genoux sur le premier plan, et dont l'épaule est nue, vient de se retourner par un mouvement si brusque, que le vêtement a résisté, le corps seul a suivi l'impulsion, on le voit à la ceinture qui semble être de travers, par cela même qu'elle est restée en place.
La Sainte Cécile * est un des plus beaux exemples de ce mérite si rare, même chez les grands maîtres. Les chants ont cessé sur la terre, les anges les répètent dans les cieux. Sainte Cécile et les figures qui l'entourent sont plongées dans l'extase à l'ouïe de l'harmonie céleste; sainte Cécile laisse échapper de ses mains l'instrument; à sa droite, une femme, ravie en admiration, lève involontairement la main et semble dire : Écoutez ! Rien qu'à voir l'homme qui s'appuie sur son épée, on croit entendre les accords qui absorbent toute sa pensée. Dans ce groupe, l'immobilité, le silence, l'attention, le ravissement; dans le groupe des anges, au haut des cieux, tout est animation, chaque .figure^it, mais dans
1 A Bologne.
une seule et même pensée, le concert est en pleine exécution. li n'y a pas, dans celte admirable composition, le moindre détail qui ne concoure à faire naitre cette double impression. Et remarquez avec quel arl Raphaël réunit ces deux groupes si complètement séparés ; l'attilude de cette figure qui est sur la droite et dont la tète s'incline vers la terre indique que les sons viennent d'en haut, non moins que le visage de sainte Cécile qui est tourné vers le ciel.
Si nous suivons Raphaël dans les procédés quMl adopta pour arriver à cette haute excellence, nous aurons l'explication de ce caractère de vérité et de noblesse si remarquable dans toutes ses œuvres. C'est en se faisant dans ses études l'esclave de la vérité qu'il a pu quelquefois s'en écarter dans ses tableaux, sans porter atteinte à sa réputation.
On a publié en Angleterre le fac-similé des dessins ou études qu'il fit \}Ouv Y École d'Athènes, on y suit très-facilement la marche q^il avait adoptée. On trouve dans ce recueil : !<> l'étude de Diogèrie; 2° celle de la figure sur le devant du tableau qui regarde Pythagore et tient un livre appuyé sur son genou gauche; 30 le groupe des jeunes gens qui étudient la géométrie sous la direction d'Archimède. Pour le Diogène, on voit que la position des jambes a été plusieurs fois changée, ceci est peu important; mais l'étude suivante offre un véritable intérêt. « J'ai vérifié, dit Constantin, que c'est un homme du peuple qui a posé. Raphaël lut a laissé son manteau, la manche est celle de son justaucorps, il a même indiqué les souliers à boucles, les bas, et jusqu'à la caisse qu'il avait fait placer sous les pieds de son modèle pour l'élever. H a idéalisé la tète, ou, du moins, il lui a donné l'expression que le modèle ne pouvait ni sentir ni revêtir. Puis il a agrandi le manteau, qu'il a orné d'une riche broderie, ainsi que le vêlement à manches; les pieds sont nus. C'est avec des moyens si simples, sans mannequin, et toujours en copiant la nature, que Uaphaël a produit une des principales figures de VÈcole d'Athènes, c'est à-dire tout ce qu'il y a de plus grandiose dans l'art moderne.
« Dans le troisième groupe, on reconnaît que Raphaël a fait poser des jeunes gens, probablement ses élèves, en leur laissant le costume qu'ils perlent, leurs tuniques ou leurs blouses; quelquesuns ont retroiïàsé leurs manches. Raphaël a dessiné jusqu'aux pantalons, jusqu'aux chaussures du s?i7.ième siècle, indiquant