‹ Histoire de la peinture en ItalieChapitre 31 sur 66 · JULES ROMAIN · texte numérisé non relu

JULES ROMAIN

il joignit les siennes propres, une quantité innombrable de dessins, la plupart de Raphaël lui-même. Ce fut donc un jeu pour lui, accoutumé qu'il était à de telles entreprises, que d'accomplir les vastes travaux dont il fut chargé.

Après avoir élevé les édifices les plus grandioses et les plus magnifiques, des palais, des églises, des maisons de plaisance, il les décora de ses peintures et d'ornements dans le genre de ceux des Loges au Vatican, non moins admirables par le bon goût, la richesse et la variété des dessins.

Mais Jules Romain est un exemple frappant de Tinfluence que Raphaël a exercée sur son entourage. A dater de la mort du maître, il n'y a plus trace, dans l'œuvre de Jules Romain, de cette haute et noble inspiration dont la Vierge de Saint- Sixte ^ celle de Foligno et la Transfiguration sont l'expression la plus parfaite ; cette recherche de la beauté idéale dans l'expression, cette grâce divine, Raphaël en avait emporté le secret dans la tombe. Aucun de ses élèves, témoins ou collaborateurs de ses travaux, ne paraît en avoir conservé le souvenir, Jules Romain pas plus que les autres. C'est ce qui m'a fait dire précédemment que, sous ce rapport, Léonard de Vinci a été supérieur à Raphaël, puisque ses élèves, et en particulier Bernardino Luini, s'étaient si bien pénétrés de sa pensée artistique, que souvent leurs œuvres ont passé pour celles du maître, moins par la ressemblance du procédé que par la parfaite analogie de l'inspiration.

Jules Romain n'a plus guère traité que des sujets mythologiques ou tirés de l'histoire païenne. Il s'y montre grand dessinateur, habile compositeur et coloriste; mais dans aucune de ses peintures on ne découvre cette inspiration, cette spontanéité sans laquelle l'art n'est plus qu'une habileté de praticien, ce feu sacré qui fait toute la différence entre l'artiste et l'artisan.

Cependant les cartons qu'il peignit pour les fresques du palais du Té, et qui font aujourd'hui partie de la collection Albani, sont, comme style, ce que Rome possède de plus beau. On dirait que Jules a eu l'ambition de se créer une place entre Raphaël et Michel-Ange, imitant la grâce du premier dans l'allégorie de Psyché^ et l'énergie du second dans la Guerre des Titans, sujet éminemment propre à déployer l'énergie et la rudesse de Buonarotti.

Malheureusement la plus grande partie de ses peintures ont été recouvertes par les restaurateurs, la composition est tout ce qui reste de lui. II est à croire que, si le climat de Mantoue, ville

entourée de marais, est défavorable à la conservation delà peinture à fresque, la méthode de Jules Romain l'était encore plus.

Il abusait du noir de fumée, et c'est à cette circonstance qu'on attribue le changement des peintures de Raphaël ébauchées par lui ; elles ont poussé au noir, effet qui ne se manifesta que très à la longue, et que Raphaël n'a probablement pas en la douleur de voir.

Il existe à Gènes, dans l'église de Saint-Ëtienne, une magnifique peinture à l'huile, représentant le Martyre de saint Etienne ^ exécutée, dit-on, par Raphaël et Jules Romain; la composition parait être de Raphaël; mais, à l'exception peut-être d'une ou de deux têtes dans les groupes de la partie supérieure, tout le reste est de Jules Romain.

Ses ouvrages à Mantoue ne se bornèrent pas à l'architecture ornementale; il s'occupa de travaux d'utilité publique, et montra une si grande capacité comme architecte et ingénieur, que de toutes parts on s'adressa à lui pour avoir des plans.

Lorsque Charles -Quint, revenant de Rome, où il s'était fait couronner empereur, passa à Mantoue, ce fut Jules Romain qui dirigea les fêtes splendides que le duc de Gonzague donna à cette occasion. 11 se fit peintre de décors, entrepreneur de ballets et de tournois, et avec un tel succès, que les deux princes le comblèrent d'éloges et de riches présents. Déjà le duc de Mantoue lui avait fait don d'une maison que Jules Romain transforma en un musée où les dessins de Raphaël brillaient en grand nombre.

En 15i6, le pape Paul 111 le rappela à Rome pour prendre la direction des travaux de construction de Saint-Pierre. San Gallo, le successeur de Raphaël dans cet office, était mort ; Michel-Ange aspirait à le remplacer; le pape lui préféra Jules Romain; mais Jules Romain aussi venait de mourir, âgé de cinquante-quatre ans seulement.

Inférieure Raphaël pour la noblesse, le naturel et la simplicité; à Michel-Ange pour l'énergie, la grandeur et la science du dessin ; au Corrége pour la grâce; au Titien pour le coloris, il supplée à tout ce qui lui manque par une composition pleine de science, une imagination inépuisable, une connaissance profonde de l'antique. Trop de fougue dans l'exécution l'a empêché de donner à ses ouvrages les qualités qui l'eussent placé à côté de ces grands maîtres. C'est surtout comme coloriste qu'il prête à la critique, et encore plus par la source corrompue où il chercha son inspi-

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ration. Sous ce rapport ses défauts sont moins sensibles dans les ouvrages qu'il fit du vivant de Raphaël, parce qu'il était alors sons l'influence du maître.

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