PERINO DEL VAGA
11 mourut en 1547, âgé de quarante-sept ans; son véritable nom était Buonaccorsi.
Perino del Yaga a été considéré par quelques critiques comme le meilleur dessinateur et le meilleur peintre de l'école de Raphaël. C'était par conséquent un digne rival de Jules Romain ; mais il ne fut pas artiste dans la noble acception du mot.
L'usage suivi jusqu'alors d'admettre les élèves à participer avx travaux du maître selon leur capacité, et dont l'école de' Raphaël avait été un si excellent modèle, dégénéra chez Perino en spéculation de fabricant. II fit exécuter les grands travaux qui lui furent commandés, à peu près comme le ferait un entrepreneur de maçonnerie, à tant la toise. Perino avait peur que ses élèves ne devinssent ses rivaux ; il leur enseignait le moins possible des théories de l'art, se contentant de leur montrer les procédés mécaniques, de manière à en faire d'habiles ouvriers, mais non des artistes. Aussi n'a-t-il laissé après lui aucun élève digne d'être nommé.
Il se chargeait indistinctement de tous les travaux qu'on lui commandait, et les faisait exécuter par des jeunes gens^ associant aux bons les médiocres et les mauvais, sans se soucier le moins du monde du tort qu'il faisait ainsi à sa propre réputation ; de là les disparates qu'on remarqué dans ses peintures, notamment dans celles du château Saint- Ange à Rome. S'il n'avait laissé que de tels souvenirs, il ne mériterait pas d'être nommé ici; mais,, outre les peintures qu'il fit sous la direction, ou d'après les dessins de Raphaël, telles que la Naissance d'Eve, Moïse sauvé des eaux (dans les Loges), et un Saint Jean dans le désert (à Tivoli), il s'est illustré à Gènes, où il arriva en lô?8, chassé de Romft par les désastres de cette ville et accablé de misère.
André Doria était dans toute la plénitude de sa gloire ; la république ]ui avait donné ce magnifique palais dont Tarchitecture termine si dignement la longue enfilade d'édifices qui ont valu à Gènes le surnom de Superbe. Doria voulut que la décoration Intérieure répondit à la magnificence de l'extérieur. 11 y employa pendant plusieurs années Perino del Yaga. Le plan était, comme à Mantoue, de décorer de peintures et d'ornements une série de salles, ainsi que le portique, dans le même goût que Técele de Raphaël au Vatican.
On voit que la renommée des travaux que Jules II et Léon X avaient entrepris pour l'embellissement de Rome excitait une vive émulation dans toute l'Italie. Toutefois il y a autant de différence entre le Vatican et ces nouvelles écoles que dans Téclat dont brille Rome, comparée à Gènes et à Mantoue.
Perino del Vaga n'aurait pas sacrifié un écu^pour diminuer cette, différence ; son système était de faire le moins de travail possible, dans le moins de temps possible, pour le plus d'argent possible. Ce qu'il a fait lui-même est fort beau; ainsi Ho^àtius CoclèSf Mucius Scœvo/a^ de Jeunes enfants s'occupant de leurs jeux, ont un mérite qui rappelle les plus charmantes compositions de Raphaël. Jules Romain avait peint à Mantoue la Chute des Titans, Perino entreprit à Gènes la Guerre des Géants contre l'Olympe ,
Mais presque tous les travaux de ses élèves déshonorèrent Id palais des Doria. A travers les restaurations, il en reste encore assez pour juger de la mauvaise exécution primitive.
On a remarqué, comme une singularité, que les principaux élèves de Raphaël, après la mort de leur maître, se rapprochèrent beaucoup du style de Michel -Ange. Ce fait est une preuve de plus de la supériorité et de l'individualité du talent de Raphaël.
Le dessin, l'anatomie, sont des connaissances positives, on peut y arriver à force d'étude ; la grâce est un sentiment, l'étude le développe, mais ne le'crée pas.
Aussi, et nous le verrons bientôt, l'influence de Michel- Ange a-t-elle prédominé dans les écoles de Rome et de Florence, et ses effets y ont été déplorables, parce que, ainsi qu'il arrive toujours, c'est l'exagération du maître que ses imitateurs prennent pour modèle.
Perino revint à RomeJS^Î546, et y mourut l'année suivante.
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