‹ Histoire de la peinture en ItalieChapitre 35 sur 66 · GHIBERTI. — ALBERTI · texte numérisé non relu

GHIBERTI. — ALBERTI

donne la forme même et non pas seulement sa représentation, la peinture a pour elle cet avantage, que l'espace lui appartient, quelque immense qu'il soit ; la distance est pour elle un moyen de plus de produire l'illusion ; en sculpture, c'est un obstacle insurmontable. En faut-il un exemple ? le Laocoon nous le fournira. La disparate très-frappante entre la stature des fils de Laocoon et celle de leur père, le caractère très- accentué de leurs figures, qui indique que ce sont des jeunes gens et non pas des enfants, induisent à croire que le sculpteur a voulu exprimer la distance qui, selon le récit du poète, séparait le grand prêtre de ses fils au moment où, comme eux, il est enveloppé des longs replis des serpents. Nous ne craignons pas de dire qu'une pareille explication, à l'occasion d'un si admirable chef-d'œuvre, est la démonstration la plus complète de l'impossibilité de rendre dans un groupe Teffet de perspective que la peinture exprime sans peine en marquant, par la dégradation de la couleur, la distance «pi sépare les figures, car il ne saurait entrer en la pensée du sjpiectateur que les fils de Laocoon sont à quinze ou vingt pas de leur père, ainsi que le sculpteur aurait eu, dit-on» l'intention de les représenter. "'■•

Ainsi, quoiqu'il soit évident que Ghiberti avait déjà quelques notions sur la manière dont la sculpture doit traiter les fonds dans les bas-reliefs, on reconnaît au premier coup d'oeil que ces notions n'étaient pas chez lui un système rationnel, et que, dans son esprit, il y avait confusion sur les limites de l'art plastique et de la peiifture.

L'architecture, longtemps avant la peinture et la sculpture, avait ressenti l'influence de l'impulsion qui, vers le milieu du quinzième siècle, fit faire de si immenses progrès à toutes les branches des connaissances humaines. Aucun art n'était aussi avancé, et il est douteux qu'il possède aujourd' hui plus de ressources pratiques, des moyens plus énergiques qu'au quinzième siècle. J'ai déjà parlé des travaux de Léonard de Vinci dans la mécanique. Des témoignages, trop respectables pour être révoqués en doute à la légère, établissent des faits qui nous paraissent cependant presque fabuleux.

Un Alberti (Aristotile), de Bologne, connu aussi sous le nom de Ridolfo Fioraventi, transporta, dit-on, en 1466, le campanile de Sfl^ta Maria tout entier et garni de SQft^oches, à une distance de

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trente-cinq pleda ; et, chou non moins aurprenanle, 11 redresM un autre clocher qui penchait de cinq pieds et demi. Ce Tut probablement le succès de cette opération r[ijl t^uggé^a k Léonard de Vinci l'Idée de (uapendrei'égllae de Saint-Jean, à Florence, à l'aide de machines et de (a relever tout d'une pirte avecseafondemenla. Il en Qt la proposition au gouTemenient de Florence, nui n'osa y accéder.

Adtuetlanl qu'il y ait quelque exagération dans 1c récit de ces faiU, quoique attestés par des témoignages dignes de fol, les monuments de cette époque prouvent que, sous le rapport des moyens d'exécution, l'arc^teclure possédait toutes les ressources, toute la puissance qu'elle a denosjours, et peut-être plus encore.

Dans l'architectnre, le progrès ne pouvait donc se faire que dans le goilt, c'est-Â-dire dans le style ; tandis que, dans la peinture, la base même manquait encore : la connaissance du corps humain, de Id perspective et des mojens d'exécution plus ctupplels, plus faciles, tels que lee ofErlt ptu9 lard rinventlan de'h peinture à l'bulie.

Ce fut la lUtoaTerte de l'antiquité (Je no trouve pas une expression qui rende mieux ce retour si spontané, si ^'énéral,sl enthoueiasle, qui se manifesta au quinzième siècle vers la civilisation de . la Grèce antique) qui opéra cette révolution.

OnDNELLEScBi,néà Florence en 1377, a marqué de son niAi celte nouvelle et glorieuse époque. D'abord sculpteur, et rival de son ami Donatello, Il s'adonna ensuite tout entier & l'architecture. Les deux amis se rendirent ensemble k Rome, BrunelleschI y étudia les monumenis antiques, et, dans celte étude, il s'enthousiasma ■ toujours plus pour les principes des anciens.

Orcagna avait déji tenté de modifier le style gothique par l'adoption de quelques-uns de ces principes. La loggia i/ei Lanzi est un admirable modèle de cette nouvelle architecture que BrunelleschI, cinquante ans plus tard, et, apris lui, Pollajuolo et Roiselllni devaient adopter plus complètement, et que Bramante, Siichel-Ange Buonarotti et Palladio portèrent à la perfection.

C'est en étudiant '' '■"■\i monuments que Brunelleschi conçut l'idée de couroi '^me Immense la cathédrale de Floence, cette église a del Flore qui, dans l'bistoirt de

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l'art, a un rôle tout à fait semblable à celui de Sain^Plerre de HMnei.

En 1407 , il y eut à Florence une sorte de congrès d'architectes et de savants dans les sciences mathématiques et la niécanique pour aviser tax moyens de couvrir la cathédrale. Cet édifice, commencé en 1298, n'était pas encore achevé au commencement du quinzième siècle; les chapelles, dans les bas-côtés, étaient couvertes, maiiL^a nef ne l'était pas ; le centre de l'église se trouvait ainsi exposé aux inconvénients du soleil et de la pluie. Les immenses dimensions de rédifiq^^ndaient fort difficile le problème de son couronnement, d'autant plus qu'on ne voulait pas du style gothique, et qu'il n'existait encore aucun modèle suffisant de l'architecture dont Orcagna n'avait fait qu'une application trèslimitée, et que Brunellescbi prétendait adopter dans des proportions qui parurent à chacun, non-seulement impossibles, mais extravagantes.

il n'eut aucun succès dans l'exposé de ses plans et repartit pour Rome. Tous les juges compétents ayant renoncé à un projet que chacun d'eux tenait pour impossible, la seigneurie s'adressa de nouveau à Brunellescbi, seul architecte qui eût persisté à dire que le dôme pouvait être construit.

Cependant, soit qu'on n'eût pas en lui une confiance absolue, soit que lui-même désirât accréditer ses plans par l'approbation des hommes les plus experts, et qu'il eût conçu l'espoir de l'obtenir, il y eut à Florence une nouvelle réunion d'architectes et de savants venus, non-seulement de tous les pays de l'Italie, mais aussi de l'étranger. Chacun apporta un avis différent.

Un dôme de si colossale dimension était chose encore inconnue; l'architecture gothique avait résolu des problèmes non moins ardus peut-être, mais d'une autre nature; on se trouvait donc en

1 Les noms les plus illustres dans les deux écoles se rattachent à ces deux monuments. Le dôme de Florence a été commencé longtemps avant que la pensée d'élever Saint-Pierre eût été conçue, de même que l'école de Florence a précédé celle de Rome ; il a servi de modèle pour le dôme de Saint-Pierre. Michel-Ange, eu l'admirant, disait : « Come te non voglio, meglio di te non posso. )> £t, de même que Técole de Florence l'emporte sur toutes les autres par le nombre de ses grands artistes et la science de ses principes, sans avoir l'éclat de l'école romaine sous Léon X, de même aussi le dôme d^ Brunellescbi, quoique plus élevé, plus étonnant peut-être que celui de MichélrAnge, n'a pas la réputation et ne produit pas reffet du dôme de Saint-Pierre.

1S« Rr,nl.E DE KLonKNCE. ^

présence d'une dlffîculté pour la BoluUon de laquelle 11 n'y n^t pas d'antécédents. V

Lesprocég-verbaux d» cotte conrérence no sont pag un des chapitres les moins anuiaanU dans l'hiAtoiri; de l'art. Parmi les cxperts.M uns voulaient faire la voûie de pierre ponce ou de tuf, pour qu'elle fût plus légère -, d'autres l'appuyaient sur d'Immenses arcs-boutanls, ou bien cnnstrulsalent, au eenire de l'édiQre, un piller destiné à soutenir la vuûte retotniiant eut lui en forme d'anneau. En Tait de moyen primitif, onaila plus loin encore : on proposa de remplir l'église d'une montagne de terre sur laquelle la voûte se serait appuyée pendant la construction, et qu'on au< rait enlevée une lois la construction achevée et Ijlen affermie, et, pour faire opérer plus vile ce déblayemenl, un aurail mêlé ù cette terre une grsnde quantité de pièces de monnaie, aOn que le peuple alléché par l'aiipAL du gain, s'empressât d'emporter ce nouveau Polose.

Brunelleachi affirma que, pour exécuter !e di'ime, 11 n'avait besoinni de montagne de terre en guise d'éehafaudagc, ni de pilier, ni d' arcs-boutanls, ni même d'armature en chaipeute, et que sa voûte se soutiendrait sans appui, par son propre pnida et par la seule force d'adhésion de toutes ses parties. Celte opinion parut si étrange, qu'on le cnit fou, et, comme 11 voulut persister, on l'emporta de force hors de l'assemblée.

Cependant, aucun des autres projets ne répondant aux vœux et ù l'espoir des magistrats, ceux-ci revinrent encore â Brunelleschl, le priant de communiquer ses plans et ses moyens d'exécution ; mais lui, se déQant alors des dispositions de l'assemblée, se contenta de répondre, en présentant un œuf ; ■ Voici la forme du dûme[ la difflculté est de le faire tenir debout; celui qui en trouvera le moyen sera digne d'être choisi. •• Ses rivaux tentèrent cette puérile épreuve et ne purent réussir. Alors Brunelleschl, frappant l'œuf sur la table de marbre, en cassa la pointe, el résolut ainsi le problème. Chacun de s'écrier qu'il en aurait fait autant. • il fallait donc le faire, ■ leur dit Brunelleschl ; et 11 ajouta : » N'en serait-il pas de même de la coupole si je vous en montrais le modèle ? •

Cette plaisanterie, qu'on attribua aussi, avec moins de raison, k Christophe Colomb, ou que celui-ci répéta quelque cinquante ans plus tard, eut d'heureuses suites ; elle donna dans les talents de Brunellescbi plus de confiance que tout ce qu'ilavait faltet dit

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