FRA BARTOLOMEO. — ANDREA DEL SARTO
réunion de toutes coft.qualités, Raphaël l'emporte sur son ami.
Sous plusieurs rapports, Raphaël ne surpasse pas Bartolomeo, c'est vrai ; mais, dans l'ensemble, dans l'harmonieuse proportion où se trouvent ces qualités, Raphaël est incomparablement supérieur. Au premier coup d'oeil, Bartolomeo rappelle l'ancienne école ; il a beaucoup de l'aspect duPérugin, d'Angelico de Fiesole; on trouve dans ses compositions cette symétrie froide, géométrique, puérile, que j'ai déjà si souvent signalée.
Cependant ce n'est pas dans toutes ses compositions qu'il mérite ces critiques ; il y a de lui, nous venons de le dire, quelques peintures si bell«|g, qu'elles ont été attribuées à Raphaël luimême, entre autres la Madone qui est dans la cathédrale de Lucques, et une fresque aussi à'Lucques, dans l'église de Saint- Romain, représentant Dieu au milieu d'un groupe d'anges, et, plus bas, sainte Catherii^e de Sienne et sainte Catherine d'Alexandrie^ en extase au pied de la croix.
Bartolomeo mourut en lot 7, à quarante-huit ans. C'est lui qui a, dit-on, inventé le mannequin au moyen duquel le peintre peut étudier à loisir les draperies ; il est de fait qu'on remarque dans celles de Bartolomeo un arrangement plus vrai, des plis plus gracieux, plus libres qu'on ne Tavait vu jusqu'alors.
L'école de Florence avait perdu ses plus illustres maîtres : Bartolomeo venait de mourir ; Michel-Ange et Raphaël étalent à Rome illustrant celte ville et eux-mêmes par leurs chefs-d'œuvre ; Léonard de Vinci terminait en France, dans le repos, sa longue carrière. Florence n'était cependant pas entièrement déshéritée : elle restait la source où ces admirables artistes avalent puisé leur science. L'école de Rome brillait du plus vif éclat; mais cet éclat même, Florence pouvait en revendiquer la gloire, car c'était elle qui l'avait préparé : Raphaël et la plupart' des peintres qui s'étaient enrôlés sous lui étaient ses élèves; Michel-Ange aussi avait été écolier et maître dans l'école fondée par Donatello, Ghiberti, Verrochio, D. Ghiriandajo. Elle comptait encore de grands artistes dans la maturité de leur talent, tels qu'Andréa del Sarto, Ridolfo Ghiriandajo, le Pontormo, trop modestes, ou trop prudents pour aller à Rome lutter avec Raphaël et Michel-'^nge. '
• Andréa del Sarto, — 1448-1530, — condisciple de Raphaël à Florence, était du nombre de ceux qui avaient étudié les fameux cartons ; à vingt-trois ans il avait déj.^ terminé quelques-uue,9> ^^.^
S06 ÉCOLE DE riOREiNCE.
c«s grandes séries.de pelntnrea qu'il a exécutées d Florence. C'est alors qu'il St VAnnonciation, qui est nialnlenaiil au pulaU Pitll. I.e cotorU en est admirable, le deum correct, les tètes d'angea on ne peut plus graciedAs et animées ; mais la Vierg:-, vrusaïquemeut conçue, trahit le côté faible de l'artiâte, o'esl-â^jre son impuissance absolue i s'élever Jusqu'à la beauté idéale, â l'expression divine. De grossierspeiicliautSgd'aLord mal combattus, puis devenus insurmontables, ajoutèrent de nouyelles entraves a une imagination déjà peu élevée. A ne regarder que le coloris, le cIairH}bscur, et le style général de tes compoâitlDUs. ou prendrait aisément Andréa del Sarto pour un élève de Frti Hartolumeo i mais, si l'on en Tient à cbercber l'Inspiration, on voit bien vite qu'il n'a pas été le disciple de Savonarole, ou n'a suivi tes préceptes du réformateur qu'en s'abstenant, et non pas en créant.
La Madone de Saint- François, qui tlgureàjuate lilreparml les cUefs-d'œuvre de la Tribune de Florence, forme le point eulminaut dans la carrière artistique d'Andréa del Sajto.
En I&IR, il tut invité par François 1" à venir en France, où se trouvait déjà Léonard de VIncij quelques années plus tard, il la suite du sac de Rome, le Roaso et le Primallce vinrent l'y rejoindre.
Le Bosso s'était déjà rencontré avec Andréa i Florence, dnns le cloître de l'Annonciade, où tous deux avaient peint h Trosquc leurs plus belles cumiiosillons. l.c premier ouvrage de ilel Surto, en France, fut le portrait du Dauphin ; mais, de tous les tableaux qu'il Dt à celle époque, la galerie du Louvre n'en possède plus que trois ; la CImrité, une Sainte Famille et une Madone.
Pour son malheur, Andréa del Sarto s'était marié, et sa femme, aussi méchante que belle, l'entraîna à de mauvaises actions, sans même cherchera l'indemniser par le bonheur. Elle était coquette, lui amoureux. François I" lui avait conllé une somme considérable pour aller en Italie acheter des anliques ; an Ivé à Florence, Andréa eut la coupable faiblesse de dépenser cette somme en LljouK et en cadeaux', pour satisfaire aux caprices de sa femme. 11 fut déshonoré par la publicité de sa faute, et Jamais, malgré ses prli^resetses remords, 11 neput obtenir d'être employé de nouveau par François I".
Si l'on faisait un livre des infortunes des peintres, comme on en a fait un sur celles des gens de lettres, aucune n'exciterait
ANDREA DEL SAKTO. S07
plus de compassion que celles d'Andréa del Sarto : la pauvreté du Corregglo a été plus qu'exagérée, elle est presque de pure fiction ; si les Carrache furent mal payés, ils étaient encore audessus du besoin, et le Dominiquin, si persécuté par ses rivaux, si malheureux par son caractère craintif, eut du moins pendant longtemps les consolation%^de la vie domestique. Andréa, au contraire, depuis le premier jour de son mariage jusqu'au dernier de sa vie, vécut dans raffllction. 11 mourut de la peste en 1530, abandonné de sa femme, si isolé, si misérable, qu'il n'y eut pas une seule personne pour accompagner ses tristes funérailles *. On a prétendu que sa mort fut occasionnée par la douleur d'avoir été forcé de remplir en quelque sorte les fonctions de bourreau, en peignant sur les murs du palais de justice, pendus par les pieds, quelques-uns de ses concitoyens condamnés par contumace à cette peine infamante pour avoir trahi leur patrie. Le fait est de pure invention .
Le style d'Andréa del Sarto se rapproche de celui de Raphaël, sans en avoir l'élévation. Jele répète, c'estun fait qui se présente fréquemment que, sous un rapport, quelquefois sous plusieurs, un artiste égale Raphaël ; mais jamais aucun n'arrive à sa hauteur dans la réunion de toutes ses qualités. Andréa del Sarto ne lui cède point pour la pureté des contours -, mais la distance est immense pour la poésie, la noblesse et la pureté idéale.
Il y a à Florence un nombre suffisant de ses œuvres *,pour qu'on suive aisément la marche de ses progrès ; ils furent lents et n'en furent que plus réels. De même que, pour avoir de la saveur, un fruit doit arriver lentement et graduellement à maturité ; de même, dans les arts et dans les sciences, pour être solides, les progrès doivent être les résultats de l'étude et de la réflexion. Sans doute il y a des esprits richement doués qui, du premier coup d'œil, entrevoient le but et les moyens ; mais, outre qu'ils sont très-rares, cette facilité même leur a été souvent un fatal écueil.
L'œuvre principale d'Andréa del Sarto est dans le cloître de l'Annonciade à Florence ; c'est une peinture à fresque, terminée en 1525 ; elle est placée au-dessus d'une porte qui sertdecommu-
1 Le monument qu'on voit à Florence, élevé à sa mémoire, ne l'a été qu'en 1606.
s En particulier ses fresques dans la cour de la Compagnia dello Scalzo à Florence peintes eu clair-obscur et représentant Thist^ire de saint Jean- Baptiste.
Î08 ÉCOLE DE FLOBENCE.
DicatlOD entre le cloître et l'église. En Toki le sujet : pendant la fuite Kl Égiipte, dans ud moment de repos, suint Jtisei)li est o» cupé fc lire le* prophéties. 11 arrive à ud passade qui Brinoncc lu pBulon du Chri»t ; l'enfant se retourne avec vivacité et setub^ dire : ' C'est mol qui accomplirai ces choaea. > J<.>s?pli suspend m lecture ; ce que l'artiste a tris-bien exprimé par le mouvement de U main gaucbe. Marie réQéchU trlitemeut aui ilouleure qui attendent ce fllB el tendrement aimé. Un sac de grains sur lequel Joseph est appuyé a fait donner à ce tableau le nom de la Madone du Sac, C'est un des lableaut les plus remarqualiies de cette époque, la plus belle dans l'histoire delà peinture, La gravure qu'en a fait Uorghen montre i ceuxqul n'ont pas vu l'oil^inil quelle place distinguée Andréa del Sarto occupe parmi le^ petiUrei si conlemporaius.
Ce groupe admirable de trois figures placées dans des altitude» aussi simples que gracieuses est bien Buprrif.ur à la plupart dea Sainte Famille qu'il avait peintes jusqu'alors ; le type de la Vierge a plus de noblesse, des formes plus belles, une eipreaslon ; Élevée. Lorsqu'on voit de près cette peinture, on ne se lasse paa de l'étudier; elle est Hmc comme le serait un 1ni}leau de cJiBvalet; Il n'y a pas une demi-teinte qoi ne snii graduée avec 1 le plus consommé, pas un contour qui ne soU Indiqué avec grâce et une netteté merveilleuses ; el, malgré le soin que le peintre a mis dans tous ces détails, il y ri^gne une facilité el une aisance telles, que tout y parait naturel et spontané. Cependant H. Constantin, qui a fait une magnillque topie < de cette fresque, préfère celles qu'Andréa del Sarto a peintes sous le portique de l'AuDODciade à une époque antérieuj e.
U ne lui Fut alloué, pour chacune de cre fresques du vestibule, que quinze écus d'or, soit cent quarante et un francs vingt-cinq centimes ; il est vrai que le couvent lui fournissait... les couleurs! Quelle que soit la dilTérence de la valeur de l'argent dans ce siècle, comparée au nôtre, il faut convenir que la dllference entra les prix des peintres modernes et cent d'Andréa del Sarto eut encore bien plus grande.
On reproche un peu d'afTectation aux draperies de la Madone du Sac, comme, au reste, à toutes lesaulres peinluies d'Andréa, depuis son retour de France. La Vierge, est, dit-on, le portrait de ce démon qu'Andréa avait pris pour femme ; il l'a répété dans
I poteewloa de S. H, \e roi de Sardi