LE PONTORMO. — DANIEL DE YOLTERRA
vérité dans le nu qui semble la nature même ; une couleur, un aspect général, qui s'accordent merveilleusement avec le sujet, en ce qu'il a plus de vigueur que d'agrément: enûn un relief vraiment étonnant. »
Cette description est exacte; mais c'est exagérer de placer ce tableau à l'égal du Saint Jérôme et de la Transfiguration. 11 ne faat pas non plus oublier que son mérite appartient beaucoup plas à Michel- Ange qu'à Daniel de Volterra qui n'a, pour sa part, que le coloris et la touche.
Le Sodoma, Pontormo et Daniel de Volterra ont des titres qui semblent annoncer sinon des rivaux, au moins de dignes émules des trois grands maîtres qui ont créé l'art moderne ; mais Daniel de Volterra, sauf par sa Descente de croix ^ n'est guère • connu que comme le rhabilleur des figures trop nues de Michel Ange dans le Jugement dernier, et de Raphaël dans l'église de Saint-Augustin. Ses fresques dans la salle des Rois n'ont pas été achevées, tant elles en parurent peu dignes, lorsqu'en 1549 les échafaudages furent enlevés momentanément, pour faire place au conclave qui élut pape Jules III.
Les peintures de Sodoma, à la Farnésina, ne peuvent soutenir aucune comparaison avec la Galatée, Psyché et V Amour de Raphaël ; elles ne rappellent non plus ni la grâce ni la noblesse des têtes de Léonard de Vinci.
Le Pontormo, qui avait débuté de la manière la plus brillante, qui était devenu, comme Sebastiano del Piombo et Daniel de Volterra, le collaborateur de Michel- Ange, tomba dans une décadence complète en cherchant dans l'imitation cette inspiration que jusqu'alors il avait trouvée en lui-même, si pure et si abondante.
Une fâcheuse influence commençait à prévaloir à Florence, je veux parler de Tengouement dont se prirent pour Albert Durer plusieurs des principaux artistes de cette école, Pontormo plus encore que les autres; il avait imité Michel-Ange, il imita alors Durer.
Quelle preuve de l'instabilité en" toutes choses que cette influence d'un peintre allemand exercée en Italie, du vivant même de Raphaël, sur les condisciples, les émules ou les rivaux de ce grand niattre !
Raphaël avait été en échange de bons procédés avec Albert Durer; il ornait volontiers sa demeure des gravures de celui-ci;
îl« ÉCOLE DE FLOKENCP. "
centBcgplua tard, Guido Renl empruntait largement à l'arliite de Nuremberg. Cela prouve qne Durt^r avait de irèa-hautes qualité», mais non pu que l'éule <]<; FbicTice, au temps de Raphaël, eût rien A gagner à le prendre pour modèle, ni pour le Blyle, dan» lequel JamaU 11 n'approcha do la noblesse, encore moins de la grâce de Raphaël ni pour l'exécution, où il mit toute la sécheresse de l'école allemande k son eommencement.
Les éloges de Raphaél, la tupérlonté de eon talent comma graveur, et un peu aa qualité d'élraiiger, voilà led eourcee de l'intliipice qu'Albert Durer exerça en Italie du TJvant de Raphaél, et qui devint avec les ann^^ea une dtt principales cauaea de la décadence de l'école norenlliie,
L'Imitation d'un maître, quelque t^rand qu'il soil, a toujours été, dans les lettres et dans les arts, une cause de prompte décadence; l'imitation porte sur les résullala et non pas sur la marche intellectuelle aulvle par le maiue ; ce qu'on copie, c'est ce qui frappe l'œil; on veut tlkcher au l>ut sans s'astreindre à suivre la voie qui y a conduit. Dans lUphei^l, ce qu'un Imite, ce n'est pas la recherche de la beauté par l'étude de la nature, cette Inspiration qui prend ea source dans l'observalion et l'amour du beauj c'est tout simplement ceitains airs de léte, une manière de disposer les draperies, l'arrangement des groupes. Ce n'est pas plus le modèle que des imitations en cire ne sont de véritables fruits; la forme et la couleur peuvent tromper l'iHil; mais, quelque parfaites qu'elles soient, il leur manquera toujours la saveur.
L'Imitation ne fut pas la aeule cause de la décadence de lu peinture dans la seconde moitié du seUicinu alMe. De Jules 111 a Pie V, c'ÉSt-à-dire de 1560 à lâTj, les travaux publics traînèrent en longueur; Ils étalent réparlLj entre plusieurs artistes, chacun agissant pour son propre compte, dans une complète Indépendance les uns deaautres, sans ensemtilo ni direction commune.
Le goût des grandes entreprises n'était pas tout k Tuil éteint, mais les grands moyens d'exécution n'existaient plus comme au temps de Jules II et de Léon X. Il n'y avait plus parmi les artistes , une supériorité si décidée chei l'un d'cui, qu'il pût sans opposition se poser en chef d'école, et par l'autorité de son talcjil dij'lger selon ses vues les travaux de ses collaborateurs.
Hichel-Ange se faisait vieux; Il n'avait jamais eu cette socia- Ullté IndJapenstible a qui veut ae placer à la tête de ses égaux. Il