SANSOVINO
pensée religieuse, ou qui furent, comme l'Arétln, la personnification de la plus scandaleuse immoralité.
Son excuse pour une si grande inconvenance est dans la reconnaissance qu'il devait au poète si honteusement célèbre; c'est par le crédit de l'Arétin et du Titien que Sansovino, s'exilant en France, où l'appelait François le»", avait été retenu à Venise par le sénat, qui lui conféra le titre de premier .architecte de la République; et ce fut encore à l'intervention de ses deux amis qu'il dut la prompte rémission des peines qu'il encourut pour la mauvaise construction de la Bibliothèque de Saint-Marc. Pétrarque avait légué ses manuscrits à Saint-Marc ; cent ans plus tard, le cardinal Bessarione, l'un des plus illustres théologiens grecs qui travaillèrent dans les conciles de Ferrare et de Florence (1438- 1439) à la réunion des deux Églises, donna à Venise sa bibliothèque, la plus riche peut-être qui existât alors. Ce fut pour loger ces précieux trésors que le sénat, en 1529, chargea Sansovino de construire un édifice digne de sa destination et de la munificence de la République. A peine la construction était-elle achevée, que la voûte s'écroula ; cet accident eut de graves conséquences. Sansovino fut jeté dans un des cachots souterrains du palais des doges; on put craindre qu'il ne payât de sa vie une erreur d'artiste ; mais non-seulement l'Arétin et le Titien obtinrent par leur crédit sa liberté et la restitution de ses biens, qui avaient été confisqués, ils le firent encore réintégrer dans son emploi avec des avantages pécuniaires plus considérables qu'auparavant.
La Bibliothèque de Saint-Marc est le chef-d'œuvre d'architecture de Sansovino ; elle offre cependant de nombreuses fautes ; mais la grâce et l'élégance de l'aspect général les font en quelque sorte disparaître pour le spectateur qui n'analyse pas l'œuvre scientifiquement.
Sansovino est plus grand artiste comme sculpteur que comme architecte; de son vivant, ce fut, au contraire, surtout en cette dernière qualité qu'il acquit sa célébrité. Il avait été le rival de Michel-Ange, de Raphaël, de San Gallo, et l'avait emporté sur eux en plusieurs occasions ; il eut à Venise une position supérieure à celle de Sanmicheii, le plus grand architecte que les États vénitiens aient produit, et même à celle de Palladio, dont le nom éveille l'idée de la perfection dans cette branche des beauxarts, comme celui de Raphaël dans la peinture.
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Palladio, né H Vkence en ISIR. est le dernier, mnts le plus illuslrede ces artistes justement conaldérés comme les restaurateurs de l'art. C'est â lui qu'on doit tant il'édiûceasiilendiiles qui omeut Vlcence, Vérone, Padoue, Venise, L'dine, et hicn d'autres lleui en Italie, o£i des palais et des ëgliies ont été élevés sur ses dessins.
Il fit qaatre rois le voyage de Rome, dans la Bocièié du poète TrisslDO, dont la Soiilirmishe a trouvé en France des imitateurs depuis Hairet jusqu'à Voltaire, et qui faisait alors pour la scène dramatique ce que Palladio allait accomplir pour l'architecture, on art nouveau basé sur les chefs-d'œuvre de l'antiquité.
C'est an (ait remarqualtle que celte constante asBOclalion des hommes Illustrées dans tous les genres, nu sel/lème siècle surtout, où l'aristocratie intellectuelle et l'aristocratie de naissancs et (ta position semblent ne former qu'une seule et même société. Tous les nome de quelque célétirité se rattachent !ea uns aux autres, de telle sorle qu'on ne saurait en rappeler un seul sans en évoquer à l'instant une foule d'autres.
AlDsl Palladio restaure i Vlcence l'ancienne salle gothique, coii' nue sous le nom de la Radions, et 11 se trouve en concurrence avec Jules Romain. Il conatiuit, sur les bords de la Brenta, le palais des Foscarl, qufind Sansovlno embellit Venise de ses derniers ouvrages. A Venise 11 élèi e un théâtre, et c'est Frederigo Zuccaro qui vient le décorer de ses peintures. Il rebâtit l'église de Saint- Georges -Majeur, qu'Albert Durer avait fait construire, et qui devient comme un musée pour les peintures du Tintoret. La mort le surprit avant que l'église filt achevée.
Il était infiniment lié avec Paul Véronèse et en relations avec le Titien. C'est en commémoration de lalerrible peste de ISTfi.dont le Titien mourut, que Palladio a construit h Venise l'église de Santa Maria deila Salute, si connue de tous les touristes. Palladio a coordonné les principes que ses prédécesseurs avaient mis isolément en pratique. Orcagna, en construisant la Loggia dei Lanzi, avait plulût cédé à une inspiration isolée que créé un nouveau genre ; Brunelleschi, le premier qui ait fait une élude savante de l'architecture antique, cherchait il approprier au style gothique certains principes des constructions de l'ancienne Rome: c'est ainsi qu'il conçut le DAme de la cathédrale de Florence et qu'il éleva, dans cette ville, l'église de San Lorenzo et du Spiritu Santo les chefs-ii'teuvre de cette nouvelle architecture. Bramante,