ANDREA MANTEGNA
Au quinzième siècle, on vit paraître un artiste dans une spécialité qui jusqu'alors n'avait pas été séparée de la pratique, je veux dire renseignement. Les maîtres traitaient leurs élèves plutôt en apprentis qu'en écoliers, utilisant leur travail comme cela se fait de maître à ouvrier dans les arts manuels. L'élève apprenait par la pratique beaucoup plus que par l'enseignement théorique. Le Squarcione, c'est le nom de l'artiste dont nous parlons se fit instituteur, et ne fut rien de plus; c'est à peine s'il est conna par quelques œuvres rares et médiocres, mais il avait beaucoup voyagé en Italie et en Grèce, d'où il avait rapporté un nombre considérable de dessins faits sur place» de fragments d'antiques, de statues et de bas-reliefs. Il réunit tous ces objets dans une sorte de musée, et ouvrit des classes pour l'enseignement des beauxart. C'est le premier établissement de ce genre qui ait été formé en Italie ; la médiocrité de ses résultats, semblables sous ce rapport à ceux de l'Académie que Léonard de Vinci fonda à Milan cent cinquante ans plus tard, semble justifier cette opinion que l'enseignement par la pratique, par une collaboration avec le maître, est de beaucoup préférable. Cent trente-sept artistes sont sortis de l'école de Squarcione, et c'est à peine si dans ce nombre il en est deux qui méritent d'être mentionnés, encore la part qu'on peut faire à l'enseignement de Squarcione dans leur talent est-elle précisément celle qui prête le plus à la critique.
Il arriva au Squarcione, comme à la plupart des instituteurs, qu'enthousiaste de son système il ne sut rien voir au delà. Pour lui, la connaissance de l'antiquité fut un but, et non pas un moyen ; les artistes florentins, en étudiant les chefs-d'œuvre de la statuaire grecque, cherchaient à se pénétrer de la beauté des formes pour arriver ensuite à la perfection dans l'expression j le Squarcione s'arrêta à ses modèles ; il ne vit rien au delà, ne comprenant pas que, pour la peinture, l'étude de la statuaire ne suffit pas, et que la société moderne a d'autres besoins, d'autres exigences que l'antiquité païenne. De là la roideur et la froideur si remarquables chez ses élèves, et chez Mantegna plus que chez tous les autres, parce que les éminentes qualités de ce grand maître font d'autant plus ressortir ses défauts.
Andréa Mantegna — 1430-1506 — est à l'école lombardeceque le Masaccio a été à l'école de Florence : l'artiste éminent qui a préparél'ère moderne,mais dont le style appartient encore si étroi-
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lemeDi à la RenaUsance, qu'il (nul posséder îles eonnais^ancet trèi-ipâclales dans riiUtaire des lieaux-arts et àam la pratique de la peintura pour apprécier «alnement son :iiérite. Son nom est grand parmi ceux des urliites qui oui fait la glulre du siècle d'or ; malsbieDdesgensVudiiiIrentgeulement sur SB réputation, comme CN araateurg de musique qui marquent la mesure à contre- temps et tombent «n exlase au seul nom de Sébastien Bach ou de Bee-
Pourle vërllable amateur, qui, plein de curiosité il l'égard d'iu artiste ai illustre, SE trouve en présence d'une Œuvre qui n'a nll charme de la couleur ni la grùce des formes, le désappointemen est grand. Hanlegna a des eonloura secs, et ses draperies son comme des tuyaux d'orgue paraUËles les uns aux autres, sans souplesse et ne laissant point apercevoir les formes qu'elles r couvrent. Les Qgures ont de l'eipression. mais les corps soi d'une roideur désespérante. C'est le caractère de l'époque, et Uasacclo, l'urtisle le plus avancé de sou temps, n'en est poii exempt. On étudiait les létes, on n'en éiuit pas encore h étudier le nn dans l'antique, encore moins dans la nature, ou, al l'on copiait les statues et les bas-reliefs des anciens, c'était sans apprendre A g'en^ervir dans d'autres positions.
Né en lUO, Mantcgna mourui enljOC ; il a donc élé témoin de la révolution que la découverte du procédé i l'huile apporta dans la peinture; il en profita lui-même sur 1a fin de sa vie. Le Louvre possède un de ses tableaux, qui, sous le rapport de la couleur et du clair-obscur, ne mérite pas la critiqiae que je faisais tout à l'heure.
C'est una Vierge entourée de saints, et qui étend la main sur François de Gonzague, agenouillé à. ses pieds '. a Manloue, dit Lanzi, n'a peut-être puinl de peinture qut soit aussi souvent visitée et admirée des étrangers ; fuite eu NOS, elle supporte trèsbien ses trois siècles ' de durée j c'est une merveille que de voir des carnations si délicates, des armures si brillantes, desétolTes si bien nuancées. Chacune des (êtes pourrait servir de modèle pour
&eplaagéaaîre Jonifv'i!
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la vivacité ainsi que pour le caractère, et quelques-unes même pour l'imitation de Tantique; le dessin a un moelleux qui dément l'opinion généralement admise que le style de Mantegna est sec. On y admire en outre un empâtement de couleurs, une finesse de pinceau, une grâce tout à lui, qui me semble être le plus haut degré de l'art avant qu'il fût parvenu à la perfection que lui donna Léonard de Vinci. » Entre Mantegna et Léonard de Vinci il n'y a, pour l'âge, que quatorze ou quinze années de différence; mais quel progrès dans ce court intervalle !
11 est fort possible que Mantegna, qui avait épousé une sœur des deux Bellini et entretenu avec eux des rapports suivis, ait modifié son coloris sur celui de l'école vénitienne ; je suis tenté de le croire, d'après cette Madone qui est au Louvre et une ou deux autres peintures vers la fin de sa vie, mais je n'en ai aperçu aucun autre exemple dans les tableaux assez nombreux que j'ai vus de lui en Lombardie et dans les États de Venise ; tous m'ont désappointé au premier coup d'œil et charmé à l'étude.
Il y a de lui, au Louvre, deux compositions allégoriques qui doivent appartenir à l'époque de sa vie où son talent avait atteint toute la force et la maturité dont il était susceptible. Dans l'une, on voit les neuf Muses qu'Apollon fait danser au son de sa lyre ; au- dessus, xMars et Vénus, figures pleines de noblesse et de grâce ; d'un côté, Vulcain dans sa forge ; de l'autre, Mercure et Pégase, disposés de manière à former un contraste qui se rattache sans doute au groupe par une pensée allégorique assez difficile à saisir. Quelques-unes des Muses sont d'une ravissante beauté, sans rappeler cependant les statues antiques ; la figure de Vénus, d'un type non moins original ni moins gracieux, est sévère et chaste, malgré sa nudité.
Le second tableau représente une sorte de lutte entre le bon et le mauvais principe ; les figures hideuses des génies infernaux et des vices sont en opposition avec les figures célestes de la Foi, de l'Espérance et de la Charité.
A une époque où le Louvre offrait, par droit de conquête, la réunion des plus grands chefs-d'œuvre de l'art, A. G. Schlegel, qui le visitait souvent, s'arrêtait toujours de préférence devant ces deux tableaux, dont le dernier agissait si vivement sur son imagination, que le seul éloge qui lui semblait digne de ce chefd'œuvre était de le comparer aux plus belles conceptions du
S79 ÉCOLE LOMUlKUi;. ^
DaDle ; on mi i|Uë G. Sctilegel était du asiei bon juge des productions ies Icaux-arts.
Les ptpes, île retour i Rome de leur long eiil à Avignon, se plurent i embellir le Vallcdn, de même qu'un nouveau pcapriëtalre croit prendre mieux posieaston <\f. sun bien en le traosFormant. Ce fui la première arigioe ûet iiumenses iiavau^ qui de- Talent amener eI rapideinent à maturité tous l«s ajts plastiques, et surtout la peinture.
Tous legp<!iDtres italiemde grande réputation y concouiurent; la plupart étaient étrangers & Rome et appartenaient A l'école de Florence] Mantegna Tut le représentant des écoles lombardes, et ■es cBUTres, qui eiistent encore dans la chapelle d'Innocf.ot VIII, prouvent qu'il éloit digne de prendre place ï cfilé de Masncoio, Beato Angclico, du Botticelli et de ce Genllle de Fabriano qui fut l'un des premiera maîtres de l'école d'Ooibile et en quelque sorte l'un des fondateurs de l'école lénitïenne, puisqu'il eut pour élÉTe le père des deux Celllni.
Haotegtia avait soixante ans quand il Tut appelé ù Ruine pour décorer de ses peinluiea la chapelle d'Innocent VIII.
Noua avons eu déji l'occasion de remarquer le peu d'influence qu'exerça sur les [.einlres vénillens la vue des chefs-d'œuvre des autres écoles; il en fut de mâme pour Nantegna. On volt bien qu'il a prollté des antiques qui ae trouvaient à Rome pour perfectionner son dessin, mais ses notions sur l'art n'ont subi aucune modification esacntielie; entre son premier tableau et te dernier, qui fut aussi son plus grand chef-d'œuvre < , il n'y a pas une différence telle, qu'on puisse hériter eut l'authenticité, ni y découvrir aisément un changement dans le procédé ou la pensée. Il y avait entre l'école de Venise et celles de Rome et de Florence des divergences trop grandes pour qu'une fusion fût possible; le coloris, Iedessin,rinspiialion, tout provenait de sources dillérentes, et l'onremarque queles qualités spéciales que possède l'uned'elles ne sont dans les autres écoles pas moins caracléristiques par leur absence, c'est-à-dire que les difféiences n'e\i sien t pas à un degré relatif, mais qu'elles sont dans une opposition directe.
Un autre fait non moins remarquable parmi les tr.iils qui distinguent les écoles, c'est, chez les Vénillens et les Lombards, le Irèa-petit nombre de peintres qui sont sorlis de leur BjjécialUé:
■ L. Sa« Crisloforo.