ILL. SCULPTORIS LUCÆ FAYD’HERBE
HUJ. ECCL.
CONDITORIS QUI OB. 31 Xbris 1697.
Fayd’herbe était d’une constitution nerveuse et grêle, il était peu élevé de taille. Son portrait fut peint par Gonsalès Coques et gravé par Pierre de Jode; cette miniature appartient aujourd’hui à M. van den Wiele-van den Nieuwenhuysen, de Malines; elle servit à la gravure qui orne le Gulden cabinet de De Bie et à une lithographie
Mechelen opgeheldert, etc., tome I, p. 125.
exécutée en 1854 par Aug. van den Eynde. Un autre de ces portraits, peint lorsqu’il était plus jeune, fut exécuté par Pierre Franchoys; il est conservé au Musée de Malines (n° 37). M. van den Wiele possède aussi un remarquable tableau par Jean-Ant. de Coxie, où sont représentés outre le grand sculpteur, son fils, sa bru et ses petitsenfants *.
La ville de Malines érigea en 1854 une statue à Luc Fay d’herbe; cette œuvre remarquable, placée dans le vestibule de rhôtel-de-ville, a été confiée à la main habile de Je an-Bapt.- Joseph de Bay.
Luc Fayd’herbe mourut dans la demeure qui lui appartenait, sise dans la rue de la Chaussée. Il acheta cette propriété le 3 septembre 1669 1 2 3; la maison portait au moment de l’acquisition le nom : Roi de France , mais en vertu d’une autorisation de la ville du 23 décembre 1669, l’artiste lui donna pour enseigne le Roi d'Espagne.
Il est à regretter pour le talent du maître malinois qu’il n’ait pu étudier de près les chefsd’œuvre de l’antiquité ; ce complément manquait à son savoir et le statuaire lui-même ne se faisait aucune illusion à cet égard, puisqu’il avait formé, au sortir de l’atelier d’Anvers, le projet de se perfectionner en Italie; son établissement matrimonial l’empêcha, de réaliser ce désir, comme nous le voyons par la lettre de félicitations de mariage que Rubens lui adressa le 9 mai 1640 5.
1 Les peintres malinois, p. 191.
2 Adhéritances de Malines.
3 Gachet, Lettres inédites de P. P. Rubens.
F ay d’herbe s’était, voué corps et âme au développement de l’art à Malines, aussi dans le but de faire progresser l'enseignement artistique dans sa ville natale, il forma avec d’autres artistes un plan pour établir une académie. Poursuivant cette idée, il voulait rompre complètement avec les anciens principes qui gouvernaient les maîtrises et les corporations , mais ce fut là l’obstacle qui lit écliouer l'accomplissement de sa pensée1. Plusieurs fois le statuaire manifesta la répugnance que lui causait l’antique organisation des gildes et il tâcha de réagir contre elles dans chaque circonstance ; ainsi il prit parti pour J. Cossiers, peintre anversois, qui avait été, en 1656, appelé à décorer de tableaux l’église du Grand-Béguinage de Malines et qui de ce chef fut poursuivi par le métier; mais le sculpteur et le peintre perdirent leur cause devant les doyens de Saint-Luc. Cependant Fayd'herbe, n’abandonnant point son ami Cossiers , crut avoir trouvé un moyen qui permit au peintre anversois de continuer à exercer son talent à Malines. A cet effet, il prit en 1661 Cossiers dans sa maison, le faisant passer pour son serviteur et voulant ainsi le couvrir par sa franchise personnelle ; cette fraude cependant ne lui réussit guère et Cossiers dut céder devant les statuts de la gilde.
Après avoir effleuré la vie de Luc Fayd’herbe, jetons un regard rapide sur ses œuvres; nous diviserons celles-ci en œuvres d’architecture et en
1 Voir La peinture et la sculpture à Malines, p. 51 .
œuvres de sculpture; souvent, il est vrai, notre maître a uni son double talent dans l’exécution de ses monuments architectoniques.
Parmi les constructions de Luc Fayd’herbe, l’église paroissiale du monastère d’Hanswyck à Malines est son travail le plus important. La façade de cet édifice mesure plus de 20 mètres de long, et le vaisseau de l’église a une profondeur totale de 41 mètres. La façade du temple a été achevée dans le courant du siècle actuel sous la direction de M. Bouwens, architecte communal de Malines; celui-ci fit construire le fronton de l’église d’après le plan de Fayd’herbe, mais une erreur dans les proportions de la partie moderne a gâté l’aspect général de la construction.
La partie principale de l’édifice et d’une hardiesse vraiment surprenante, est le dôme qui couronne l’église ; cette coupole , la première qui ait été élevée en Belgique, a une hauteur intérieure de 117 pieds. L’artiste a réservé tout son talent pour cette partie, au détriment même des nefs et du chœur de l’édifice. Si ce reproche peut lui être fait à juste titre, il faut cependant tenir compte des difficultés qu’il avait à vaincre pour établir une église sur un terrain étroit et resserré entre la Dyle et la voie publique. L’emplacement -étant en pente vers la rivière , l’architecte se vit obligé de construire une crypte étendue pour pouvoir ensuite obtenir le niveau voulu pour le temple.
L’église de Notre-Dame d’Hanswyck fut commencée en 1663. Fayd’herbe se plaignit souvent de n’avoir pu réaliser son plan comme il l’aurait
voulu, grief qu’il imputa au monastère. Cette circonstance exige naturellement une grande circonspection dans le jugement que l’on voudrait porter sur cet édifice. De nombreuses discussions, des procès même s’élevèrent entre les moines et l’ architecte ; ces querelles, dont l’examen serait long et oiseux, ont été exposées avec assez de précision dans la notice sur L. Fayd’herbe par M. du Trieu de Terdonck La question même de savoir si l’autel principal de l’église est dû à notre architecte, est indécise encore; il est sûr cependant que ce dernier n’en revendiquait pas la paternité entière 1 2.
Luc Fayd’herbe associa son fils Jean-Luc à l'érection du temple de Notre-Dame d’Hanswyck. Le 10 septembre 1676, Jean-Luc Fayd’herbe se chargea d’une partie du voûtage de la nef de l’église ; il s’engagea à parfaire la voûte du côté de la façade, moyennant un salaire de 300 florins, mais la journée des ouvriers, la fourniture de la petite bierre pour ceux-ci et les matériaux devaient être aux frais du couvent.
Nous regrettons de ne pouvoir examiner en détail ici les beautés et les défauts de l’église d’Hanswyck; les appréciations de cette nature ont été faites en partie dans les opuscules cités qui nous ont guidés pour la rédaction de cette notice biographique 3.
1 Notice sur la vie et les ouvrages de Luc F ay d'herbe, 1858; notice publiée par A. Van dee Poel, 1854.
2 Idem.
3 Neuf vues de l’église et du couvent d’Hanswyck , gravées
Le second monument que Fayd’herbe éleva à Malines est démoli depuis 1836 ; c’était un corps de bâtiment faisant face à la rue du Brui , et servant d’entrée au palais de Pitzembourg de l’ordre teutonique. Cette construction en pierre de taille , ornée de pilastres à bossage et d’un balcon , datait de l’année 1664; elle est reproduite en gravure dans le grand Théâtre sacré de Brabant, tome I, et dans le troisième volume de Sanderus , Chorographia sacra Brabantice.
L’église claustrale du monastère de Leliendael à Malines, également représentée par le burin dans le tome I de l’ouvrage cité de Sanderus et dans le premier volume du Théâtre sacré de Brabant , a été édifiée en 1674 d’après les dessins de Fayd’herbe (1662). Cet oratoire existe encore et présente un aspect élégant; nous en avons parlé avec détails dans une brochure intitulée : Le monastère du Val-des-Lys, Louvain , 1868 \
Il était également l’ordonnateur de l’ancienne chapelle du grand séminaire, démolie en 1750, mais dont le plan est conservé par une gravure, dans le Théâtre sacré de Brabant.
par L.-J. Fruytiers, d’après les dessins de J. -B. Joffroy, ornent l’histoire flamande de ce monastère par P. Siré (1738). M. Schayes a donné également une vue intérieure de ce temple.
1 Le vaisseau de l’église a une nef unique, dont la longueur est de 34 mètres 25 centimètres sur 10 mètres 56 centimètres de large. M. Schayes, dans son Histoire de l'architecture en Belgique, a donné la description de cet édifice.
Luc Fayd’herbe est l’auteur de plusieurs habitations particulières bâties à Malines ; parmi celles-ci nous connaissons d’une manière positive la maison située dans la rue de Sainte-Catherine, au coin du pont sur la Mélane. Cet édifice, élevé en 1684, offre un ensemble gracieux de décorations géométriques et d'enroulements en pierre de taille. Il est à supposer aussi que la maison le roi d'Espagne , propriété de notre artiste , a été rebâtie par ses soins et sur ses dessins; cependant , le genre adopté dans cette façade n’a point le type du maître et paraît postérieur à son temps. Avant de se fixer en cette demeure où il mourut, Luc en occupa, mais pendant peu de temps, une autre dans la ruelle aux Chevaux; jusqu’à ces dernières années on y voyait deux bas-reliefs en terre cuite , représentant le buste du sculpteur et celui de son épouse.
Toutes les constructions de Luc Fayd’herbe ont le caractère du siècle de Rubens ; on y rencontre des ornements rustiques, des pilastres et des colonnes à bossage, des chapiteaux corinthiens, des frontons rompus et des consoles renversées; ces productions ont un aspect riche et régulier , mais elles pèchent souvent par une lourdeur qui ne compromet cependant pas l’élégance.
Le maître-autel de l’église métropolitaine de Saint-Roinbaut, ainsi que les tombeaux adjacents des archevêques , doivent être classés parmi les œuvres architectoniques recommandables de notre compatriote. Cet autel , sans
doute , contraste désagréablement avec le style de la basilique qu’il dépare ; mais considéré en lui-même, on ne peut lui refuser une imposante simplicité; ses proportions sont grandioses et en parfaite harmonie avec les vastes dimensions de la cathédrale. Fay d’herbe lui-même considérait cet autel comme un de ses morceaux principaux, et à certains égards il n’avait pas tort. Il acheva cet ouvrage en 1665, ainsi que l’indiquent les deux chronogrammes du fronton , kvmoldo ceevsenvs et sanctus eumoldus ; le savant jésuite G. Hesius et Yervoort approuvèrent le projet de l’architecte ; le premier de ces deux artistes engagea même la ville à faire reproduire sur cuivre cet édicule qu’il considérait comme une merveille.
Lorsque Fayd’herbe construisit son autel , le chapitre métropolitain lui confia un travail d’ensemble se rattachant à cet objet principal et comprenant une clôture complète du choeur ; le sculpteur s’engagea par écrit à mener cette entreprise à bonne fin; il fut convenu que celle des deux parties contractantes, qui se refuserait à l’exécution du plan admis , paierait une amende de 500 patacons. Fayd’herbe fut le premier à rompre l’accord et solda l’amende comminée ; voici dans quelles circonstances : Lorsque son maître-autel était placé , il fut lui-même tellement ravi de l’effet que produisait son œuvre , qu’il ne voulait pas en offusquer la vue par une clôture à l’entrée du chœur , et il préféra une perte pécuniaire plutôt que la perte du mérite artistique
de son travail. Le chapitre ne tint cependant pas compte des considérations présentées par Fay d’herbe, car en 1672 il chargea Jean van der Steen de la besogne que l’auteur du maîtreautel avait déclinée pour de si bons motifs. Cette clôture du chœur disparut en 1812.
En 1669, Luc Fayd’herbe plaça à peu de distance de l’autel en question , le monument funéraire de l’archevêque André Cruesen ; un cénotaphe du même genre est répété symétriquement du côté de l’épitre, où il rappelle la mémoire de l’archevêque à Precipiano. L’une et l’autre de ces tombes figurent dans le Théâtre sacré du Brabant.
Les deux arcades qui surplombent les deux tombes archiépiscopales adjacentes de part et d’autre au maître-autel , ne sont pas entièrement de l’ordonnance de Luc Fayd’herbe; celui-ci, en élevant les tombeaux de Hovius et de Cruesen , n’avait qu’indiqué pour l’avenir une sorte de projet d’après lequel ces tombes formeraient des dépendances du monument central ; remarquons néanmoins que les statues seules du tombeau de Cruesen sont dues à son ciseau ; l’image qui décore le cénotaphe de Mathias Hovius ne lui est qu'attribuée. La partie architectonique des deux monuments placés du côté de l’Évangile a été conçue par F ayd’herbe , mais plus tard , lorsque l’on dressa les monuments de A. de Berghes et de H. de Precipiano du côté de l’épître, l’on ne suivit plus avec fidélité le plan que la symétrie régulière aurait exigé.
Fayd’herbe fut aussi l’auteur du tombeau de Jacques de Bruxelles et de Philippe Daneels. Ce monument simulait un portique , orné de blasons et encadrant un cercueil couvert d’un linceuil. Il parait en gravure dans le tome I du Théâtre sacré du Brabant , p. 68. Cette œuvre se trouvait à Malines dans l’ancienne église des Récollets , ainsi que la tombe de Pierre van den Broucke, sur laquelle notre statuaire plaça une image de la Samte-Vierge en pierre.
Bon nombre d’autels furent ordonnés d’après les modèles d’architecture fournis par Luc Fayd’herbe. Dans ces conditions furent construits les monuments suivants :
A Louvain , dans l’église de Saint-Pierre, en 1658, l’autel de Notre-Dame dite Sedes Sapientiœ à Malines , l’autel principal en marbre d’Italie du couvent des Lépreux ( Sieke lieden) fut entreprit par lui; le 20 novembre 1651, il toucha de ce chef la somme de 1600 florins; dans la même ville , à l’église de Sainte-Catherine , l’autel de Saint-Joseph dont les génies et les décorations sculpturales sont de la main même de l’architecte. Ce dernier édicule fut érigé par les soins d’Isabelle Danesyn , laquelle eut à ce sujet un procès avec Fayd’herbe en 1648.
Les nombreuses discussions qui surgissaient à chaque instant entre Fayd’herbe et entre ceux qui lui confiaient un travail , ne donnent guère une idée avantageuse de l’aménité de son caractère. A Malines il se créa ainsi des difficultés successives avec l’administration jjaroissiale d’Hans-
wyck, avec le chapitre de Saint-Rombaut, avec la donatrice de l’autel de Saint-Joseph à Sainte- Catherine ; à Anvers , il intenta un procès à un ancien marguillier de l’église de Saint- Jacques, N. Colyns , duquel il exigeait le paiement du modèle fait pour le jubé de ce temple. Malgré son humeur capricieuse , on ne cessait d’avoir recours à l’expérience du bâtisseur malinois; on le consultait fréquemment, même de l’étranger, car ce fut encore lui qui fut appelé à donner son avis sur les conditions de solidité de l’édifice de l’église des jésuites, aujourd’hui Saint-Michel, à Louvain
L’église abbatiale d’Averbode en Campine fut commencée par Fayd'herbe en 1664; elle fut terminée en 1670. Ce temple, en forme de croix latine, a une longueur de 251 pieds sur une largeur, dans le transept, de 138 pieds et 6 pouces; la voûte mesure 70 pieds de hauteur sous clef. Le Théâtre sacré du Brabant, tome I, et la Chorograjphia sacra Brabantiœ, tome I, donnent chacun la vue de cet important édifice, que nous regrettons de ne pouvoir examiner de près dans cet aperçu sur la vie et les œuvres de notre compatriote1 2 3.
Une quantité infinie de statues monumentales sortirent des mains de Luc Fayd’herbe.
A Bruxelles, il plaça dans la collégiale de Ste- Gudule les images en pierre des apôtres Saints- Simon (1641) et Jacques le Majeur (1636) "; dans
1 Van Even, Louvain monumental, église Saint-Michel.
2 Voir J. -B. Schayes, Histoire de l’architecture en Belgique.
3 A l’occasion des statues d’apôtres qui décorent les piliers de
l’ancienne église des Jésuites un groupe en marbre, Saint- Joseph et l'Enfant Jésus, morceau qui a été transporté dans la suite au château de Seneffe.
A l’église de Saint-Gommaire, à Lierre, il décora l’épitaphe funéraire d’Adrien de Bie 1 .
Le 11 mai 1652, notre sculpteur s’engagea par contrat à livrer à l’église d’Audenarde l’autel du Rosaire, à raison de 450 florins.
Il a été également l’auteur du maître-autel de l’église de Wechter et des trois autels de l’église de Haeren, non loin de Vilvorde. L’autel principal de cette dernière église n’existe plus.
Nous passerons sous silence la quantité énorme
l’église de Sainte-Gudule, nous citerons une pièce de vers flamands qui en fait connaître les auteurs :
In de sinte Goedele kerk zyn twelf apostels een schoon werk, t’beeld van Ckristus onsen Heere sneed van Delen tôt zyn eere.
Men kan de maegd gesneden zien door douden Arnoldus Quellin Jan, Jakobus en Mattheus zyn gesneden door Tobias; door Quesnoy; Barthelemeus,
Paulus, Thomas en Matthias maer Fayd’lierbe Simon snede en Jacobus Major mede.
Peeter, Philippus snee van Milder.
van Andréas is het wilder den beeldhouwer op te zoeken Ik en vind hem in geen boeken.
1 M. A. Bergmann, dans son ouvrage, Geschiedenis der stad Lier (p. 300), attribue à Fayd’herbe cinq œuvres d’art placées dans l’église de Saint-Gommaire. — Voir aussi : Épitaphes et objets remarquables de l’église de Lierre, par M. Redig. Annales de V Académie d’archéologie de Belgique, tome V, 1848 (p. 24).
de morceaux de la main de Luc F ay d’herbe que nous voyons apparaître, tant àMalines qu’ailleurs, dans les catalogues des collections anciennes et modernes, car cette nomenclature serait trop longue et parfois peu sûre; mais nous citerons les œuvres que nous connaissons de lui dans sa ville natale; par celles-ci l’on pourra suffisamment étudier sa manière et apprécier son talent.
Il laissa à l’église de Notre-Dame d’Hanswyck , les deux immenses bas-reliefs, de forme semi-circulaires, ornant la coupole. Ces œuvres, en terre cnite, ont une élévation de 4,50 mètres sur 7 mètres de long; on les trouve reproduites en gravure par J. B. Joffroy et L. Fruytiers, dans l’histoire flamande d'Hanswyck, de P. Siré. Le sujet du bas-relief de droite est la Nativité du Sauveur. La Sainte-Famille, dans le coin gauche, s’abrite sous un portique ruiné. Saint- Joseph couvre de son manteau la divine Mère, qui tient son Fils. Deux femmes et un berger apportent à Jésus leurs hommages. Sur le haut du portique chante un coq; au sommet de l’arcade se dressent deux petits personnages s’efforçant de regarder dans l’intérieur de l’étable. Au milieu de la composition s’avance un pasteur amenant à grands efforts un bœuf et un âne; une chèvre bondit derrière lui. Au fond apparaît une ville, sous les murs de laquelle paissent des troupeaux. Enfin dans le coin à droite , deux nouveaux visiteurs descendent les degrés d’un escalier, obstrué par un tronc d’arbre renversé.
Le deuxième bas-relief présente le Sauveur suc-
combant sous la croix. Ce sujet occupe le centre. Jésus y est entouré par quatre bourreaux qui le maltraitent. Le chemin de la voie douloureuse est tracé au milieu de constructions délabrées. La route tournant au fond du tableau laisse entrevoir toute la première partie du cortège sanglant : on y découvre des cavaliers armés, munis de bannières et de trompettes. A la suite du Sauveur, quatre hommes à cheval sortent d’une porte dont la herse est à moitié soulevée. Sur des piliers rompus se hissent des personnages pour mieux insulter le Christ. On compte dans ce dernier basrelief vingt-deux personnages et neuf chevaux.
Le grand mérite de ces deux pièces colossales réside surtout dans leurs vastes proportions; car bien que la composition en soit riche, elle est tourmentée et noyée dans une foule de détails, qui nuisent à l’effet de l’ensemble et qui sont souvent peu proportionnés entre eux. Lorsque l’artiste traitait avec ceux d’Hanswyckpour le maîtreautel, il leur écrivit une lettre dans laquelle il récusait le jugement de deux experts, partiaux à ses yeux, que le monastère voulait désigner. Il refusa le témoignage de Jean van der Steen et celui de Quellyn; ce dernier, disait il, avait déjà critiqué avec âcreté l’agencement de ses grands bas-reliefs. Les grandes figures et les groupes concourant à ces compositions ont beaucoup de mérite et d’expression; mais l’ensemble de ces tableaux pèche par le manque de goût, par la prétention et par la recherche.
Dans ces œuvres , il faut tenir compte à
Fay d’herbe de la hardiesse de son entreprise, car il produisit les plus grands bas-reliefs que la Belgique eût jamais vus avant lui, et depuis leur exécution nul artiste n’a essayé chez nous de travailler dans des proportions pareilles. L’effet que devaient produire ces deux morceaux, vus du bas et à grande hauteur, a été admirablement compris par leur auteur; en ce point encore se revèle un grand côté de son génie.
Yoici les autres œuvres de Luc Fayd’herbe qui décorent l’église d’Hanswyck : dans la façade, au-dessus de la porte d’entrée, figure une des statues les plus gracieuses et les plus sentimentales de notre statuaire, c’est la Sainte-Vierge et l'Enfant Jésus. Marie, soutient son fils debout sur le globe terrestre, tandis qu’elle-même repose de bout sur un nuage, parsemé de petites têtes angéliques .
A l’intérieur du temple, dans la coupole, les bustes, de grande dimension, de Saint- Augustin et de Saint- Ambroise, figures énergiquement taillées et d’un mérite sérieux.
Dans le chœur, de chaque côté de l’autel, audessus des portes de la sacristie, se trouvent les bustes en marbre de la Sainte-Vierge et de Saint- Augustin.
Dans l’église métropolitaine de Saint-Rombaut sont conservées jusqu’à ce jour les statues suivantes du maître malinois '.
1 Pour les détails relatifs aux places qu’elles occupent et pour certains renseignements plus complets, voir notre Inventaire historique des tableaux et des sculptures se trouvant à Malines, 1869.
Non loin du grand portail, dans la grande nef . Un groupe , Sainte-Anne ayant la Sainte-Vierge debout à côté d'elle , exécuté en 1670 pour la Sodalité des Jésuites de Malines; Saint-Joachim assis, un génie tenant un livre ouvert à côté de lui, ce morceau, de même provenance que le précédent, date de 1672. Au-dessus des niches qui renferment ces groupes sont appendus deux petits séraphins dans l’attitude du vol.
Saint-Charles Borromée administrant le Viatique à un pestiféré, statue en pierre, mais dont la tête est en terre cuite , placée contre le pilier nord du chœur (1675). Le pilier symétrique du côté droit supporte Saint-Joseph ayant à côté de lui VEnfant Jésus deboid sur le monde (1672), pierre blanche.
Dans le pourtour du chœur, un buste de Mater dolorosa; cette figure est un fragment d’une statue qui fut jadis en pied. L’image primitive en pierre étant détériorée , a été réduite à ses proportions actuelles en 1813. Un buste en marbre blanc : le Sauveur bénissant.
Un grand groupe en pierre : Saint-François Xavier agenouillé devant la Sainte- Vierge assise, tenant son Fils sur les genoux; au-dessus de ces statues trois petits génies ouvrant un livre. Cette composition ample et facile, d’un beau caractère, provient également de l’ancienne Sodalité. Actuellement elle surmonte le cénotaphe consacré à la mémoire des Berthout, seigneurs de Malines.
Dans le chœur, la gigantesque statue en pierre de Saint-Rombaut, debout sur le faîte du maître-
autel; aux pieds du martyr sont artistement groupés ses deux meurtriers , dont les torses nus révèlent un profond talent.
A côté du maître-autel s’élève , du côté de l’Évangile, le tombeau cVAndré Cruesen ; l’archevêque, en habits pontificaux, est agenouillé devant le Sauveur ressuscité , tenant d’une main la croix, de l’autre une palme. Derrière le prélat se tient le Temps, vieillard ailé, qu’un génie en pleurs essaie de conjurer. Les figures sont en marbre blanc, ainsi que les décorations architectoniques du monument. Cet édicule paraît en gravure dans van Gestel, Historia archiepiscopatus Mechliniensis, et dans Le Roy, Théâtre sacré du Brabant, tome I.
Le tombeau, à côté du précédent, de Mathias Hovius, supporte la statue de l’archevêque défunt, couché dans l’attitude du sommeil; il a à ses pieds un lionceau. Cette image, en pierre grise, largement traitée, est attribuée au même auteur que le morceau précédent. Le monument figure aussi dans le tome I du Théâtre de Brabant.
Église de Notre-Dame au-delà de la Dijle. — Ce temple renferme un bas-relief en terre cuite de moyenne grandeur, YÉrection de la croix. Cette œuvre d’un type vigoureux , inspiré d’après Rubens, se trouve reproduite par le burin d’Antoine Op de Beeck, dans la Généalogie de la famille Corten [Histoire de l'église et du chapitre de Notre- Dame au-delà de la Dyle). Elle figure également dans la Belgique monumentale , tome IL
Au premier pilier de la grande nef, près du
transept nord, se dresse une grande statue en pierre, la Sainte-Vierge ayant son Fils sur les bras, une des meilleurs pièces de Fay d’herbe, qui l’exécuta, dit-on, d’après un croquis fourni par Pierre Paul Rubens; mais on rapporte aussi que l’œuvre étant achevée, Rubens ne fut point satisfait dn modèle qu’il avait fourni à notre statuaire.
L’image en bois de la Mère des Sept Bouteurs, qui occupe l’un des petits autels devant le chœur, a été achevée par notre artiste en 1642, au prix de 260 florins
Cette statue, quoique fort expressive, est cependant lourde dans le jet de la draperie ; il lui manque le caractère ascétique qui fait le mérite d’une image religieuse, tandis qu’elle a un type matériel et profane.
En 1657, Fay d’herbe exécuta pour la même église la clôture en marbre de la chapelle de Saint-Disme.
Eglise de Saint-Jean. — Dans le chœur, de chaque côté du grand- autel, Fay d’herbe plaça deux armoires à reliques. L’une, élevée en 1675 à la mémoire de Jacques, comte de Groesbeeck, et de Claire d’Anneux, son épouse, est d’une ordonnance simple, se composant uniquement de décocorations de marbre noir et blanc et de deux vantaux, ornés d’arabesques. Une charmante statuette, en terre cuite, du Salvator mundi surmonte l’édicule. L’autre, d’un plan à peu près pareil au premier, est couronné par une petite niche, ren-
1 Comptes de la confrérie de Notre-Dame.
fermant la tête de saint Jean posée dans un plateau. La famille de Vendeville confia le 2 octobre 1675 ce travail au sculpteur, qui l’entreprit au prix de 225 florins, s’engageant à le livrer pour le 1 février 1677.
Dans la nef méridionale, on remarque le monument funèbre du chanoine Rombaut Huens. Ce tombeau, fixé contre le pilier du transept, figure un bas-relief, encadré d’ornements de marbre; une longue draperie, formant dais, occupe le fond de la composition. Rattaché dans sa partie supérieure, le rideau laisse retomber ses plis latéraux sur les deux colonnettes de l’encadrement. Sous les plis supérieurs du pavillon se tient la Sainte- Trinité, devant laquelle la Sainte-Vierge agenouillée intercède pour le défunt; celui-ci, revêtu du camail, est à genoux vis-à-vis de la divine Mère. Plus bas on lit l’inscription (1651).
Autrefois cette église possédait de notre statuaire une image de Saint-François de Paul, en pierre blanche ; ainsi qu’une épitaphe de marbre orné, placée dans la nef nord de l’église, à la mémoire de J F. van Slingelant, secrétaire du Grand-Conseil, mort en 1647.
Eglise des SS. Pierre et Raid (autrefois les Jésuites). — Une opinion reçue dit que Fayd’herbe contribua à l’érection de cet édifice ; c’est une erreur : il est l’œuvre d’un jésuite, le P. Losson, qui en fournit non seulement les plans, mais également une grande partie des fonds nécessaires à l'achèvement. Ce religieux, anversois de naissance, est un artiste inconnu jusqu’ici, bien qu’il
ait sa place marquée dans l’histoire architectonique belge.
On attribue à L. Fayd’herbe l’autel de Sainte- Appoline ; nous trouvant en présence de l’auteur véritable de l’église, nous n’oserions trancher le point de savoir auquel de ces deux architectes revient la paternité du plan de cet autel.
La statue en marbre blanc de la Sainte-Vierge ayant son Enfant debout à ses côtés, qui occupe l’autel de la nef ouest, est une gracieuse production de Fayd’herbe. Dans la chapelle de la Sodalité contiguë à l’église, se trouvait de notre maître un bas-relief en pierre de France; il représentait Y Assomption.
Eglise du Grand -Béguinage . — Cette église fut bâtie par Jacques Francquaert, qui n’a pu l’achever à cause de son décès; Fayd’herbe eut ensuite la conduite de la construction. C’est lui qui exécuta la statue en pierre de Sainte-Catherine , placée dans la façade au-dessus de la porte d’entrée, ainsi que le grand haut-relief, Dieu le Père , qui occupe le fronton extérieur du temple ; toutefois faisons observer que la tête du Père Eternel s’étant détachée, a été refaite postérieurement.
C’est dans la nef septentrionale de cette église que se trouve placée la statue en pierre de la Mater dolorosa , dont nous avons parlé et qui valut à son auteur de si chaleureuses félicitations de la part de Rubens.
Cette image a pour pendant dans la nef opposée une grande statue également en pierre , le Rédempteur, que Fayd’herbe fit sur la demande de
Marie et de Claire Cappelo. Cette œuvre renferme de précieuses qualités d’exécution, mais elle a un type profane, qui convient peu à une image religieuse.
Le groupe en marbre blanc, la Sainte-Vierge assise ayant l'Enfant Jésus sur son giron, qui domine le faîte du maître-autel, est d’un faire magistral ; la difficulté résultant de l’éloignement et de la hauteur où cette œuvre est posée, y est habilement vaincue.
Au grand séminaire de Malines est conservée une statue en marbre blanc, la Sainte-Vierge ayant l'Enfant Jésus sur les bras , par L. Fayd’herbe.
Eglise cle l'ancien prieuré de Leliendael, aujourd’hui servant aux hospices de Saint-Joseph, des vieillards, de Saint-Hedwige et au pensionnat du Brui.
L’autel, en forme de portique de marbre, a été élevé sur les dessins de L. Fayd’herbe en 1674. On attribue au même artiste le groupe en pierre, la Sainte-Vierge tenant l'Enfant Jésus par la main, qui est fixé à l’extérieur de la façade de cet oratoire. La façade de l’église de Leliendael a été complètement achevée, mais dans le courant du XIXe siècle on a démoli le frontispice du temple, sous le prétexte qu’il menaçait ruine.
Plusieurs églises et maisons religieuses supprimées à Malines , possédaient également des morceaux de Luc Fayd’herbe.
Dans l’ancienne église de Saint-Pierre se trouvait la tombe armoiriée de Henri de Yicq, président du Grand-Conseil, décédé en 1651; les déco-
rations en marbre noir et blanc de ce monument funèbre passaient pour l’œuvre de Fayd’herbe.
La plupart des productions dont Fayd’herbe décora le couvent et l’église des Jésuites de Malines ont été conservées et même nous les avons rencontrées déjà à Saint-Rombaut et à Saint- Pierre; de ces différentes œuvres une seule semble avoir disparu, c’est un bas-relief de pierre blanche, représentant V Assomption, qui orna la chapelle de la Sodalité jusqu’en 1776; l’oratoire ayant été démoli à cette époque, le bas-relief fut démonté; il se perdit ainsi par négligence et par oubli.
Luc Fayd’herbe, dont la main avait contribué à à la décoration de la plupart des édifices religieux de sa ville natale, fut à diverses reprises invité par l’administration communale à fournir des travaux à la cité. Le nom du célèbre statuaire-architecte fait plusieurs apparitions dans les comptes communaux de Malines ; mais il ne se trouve mêlé qu’à l’exécution de morceaux d’une importance secondaire; c’est ainsi qu’il fournit deux vases de pierre, en forme de lampadaire, qui furent placés de chaque côté des fenêtres de la prison. Ce travail lui valut 24 livres 1 ; en 1654 il contribua au placement de l’image en cuivre du Sauveur, qui fut érigée au portail de l’église métropolitaine et dont il avait, sans doute, fourni le modèle2; plus tard, il fut chargé du plan et de la conduite des travaux d’érection d’une estrade
1 Comptes de Malines, 1640-41.
qui devait être dressée devant l’hôtel-de-ville, à l’occasion de la conclusion de la paix entre les royaumes d’Espagne et de France \ Il donna le dessin du catafalque et de la chapelle ardente que la ville fit faire lors du service funèbre de Philippe IV, célébré à Saint-Rombaut1 2. Le dessin original de cette décoration funéraire est encore la propriété de la ville et figure au Musée communal (n° 164); il a été reproduit en gravure infolio par Pierre de Jode, 1666. Il livra le plan du théâtre qui devait être placé pour la Joyeuse entrée de Charles II à Malines.
Le Musée de Malines possède de notre artiste diverses pièces :
La sainte Vierge portant l'enfant Jésus sur les bras. Pierre de France. Hauteur 2ra,90. Ce groupe provient de la chapelle de la Sodalité des Jésuites de Malines {Catalogue du Musée, 1869, n° 16).
Buste d' Hercule. Terre cuite. H. 0ra,88 (n° 17).
Buste d'Omphale , reine de lAjdie. Ici. id. (n° 18).
Ces deux morceaux ont été acquis le 10 septembre 1840 par la ville, à la vente de l’abbé J.-L. Fayd'herbe, dernier descendant mâle du célèbre statuaire. A la vente de ce prêtre furent présentées aux enchères les œuvres suivantes de L. Fayd’herbe :
L'enfant Jésus deboid sur un globe devant lequel s'incline le petit saint Jean. Terre cuite, avec socle
1 Comptes de Malines, 1659-60.
de marbre, achetée 52 francs par M. E. Ketelaars, échevin.
Salvator mundi. Terre cuite,. H. 0m,52 centim. Esquisse de la statue du grand Béguinage , vendue fr. 6-52.
Saint Jacques le Majeur. Terre cuite. H. 0m,37. Réduction de la statue se trouvant à Sainte- Gudule, vendue 5 francs.
Le Sauveur tenant sa croix. Bois. Sous un trône en bois doré et sculpté. H. lm,43. L. 0m,85. Vendu 50 francs.
Saint Georges à cheval. Terre cuite. H. 0ra,50. L. 0m,50. Vendu fr. 10-50.
Deux bas-reliefs en bois : Saint Roch invoqué par les pestiférés, onze figures; Jésus-Christ descendu de la croix, huit figures. H. 0m,59. L. 0m,32. Vendus 110 francs.
Parmi les sculptures authentiques de F ayd’herbe, nous citerons celles qui demeurèrent dans la maison où mourut son fils Jean-Luc. L’on y voit encore une grande statue en pierre représentant Hercules; un bas-relief représentant la Fuite en Egypte; et la réduction des deux grands bas-reliefs qui ornent le dôme d’Hanswyck ; l'enfant Jésus, marbre blanc ; deux bustes en marbre blanc : le Sauveur et la Sainte Vierge.
Il est impossible de rappeler les innombrables productions qui sortirent des mains de Fayd’herbe ; la quantité en est fort grande. Par une requête qu'il adressa au mois d’octobre 1685 au gouverneur général des Pays-Bas , afin de lui permettre de reproduire en marbre les traits de ce person-
nage , nous apprenons à connaître qu’il avait exécuté de cette manière le portrait de P. -P. Rubens, des parents et des grands-parents du comte de Marchin , du marquis et de la marquise de Trazegnies.
Une autre requête, présentée le 16 février 1650 au magistrat de Malines , fait ressortir qu’il exécuta des travaux décoratifs pour la chapelle des arbalétriers à Saint-Rombaut.
Nous savons aussi qu’une statue de la Sainte Vierge avec l'enfant Jésus fut exécutée en 1641 par notre artiste , et qu’elle prit place contre le mur du refuge de Roosendael, rue de la Blanchisserie.
Fayd’herbe travailla beaucoup d’après les dessins de Rubens ; sous cette inspiration il exécuta en ivoire une salière , que les biographes citent comme un vrai chef-d’œuvre. La pièce se composait d’un triton et de trois femmes nues ; le tout d’une exécution tellement parfaite , qu’elle défiait toute comparaison avec d’autres objets de sculpture fine.
Luc Fayd’herbe eut sous sa direction un grand nombre de sculpteurs qui se signalèrent honorablement dans l’art ; parmi ceux-ci les plus remarquables sont les Malinois : J. -F. Boeckxstuyns, Nicolas van der Yekene , François Langhemans, van Hesen, et le Bruxellois Jean van Delen. Malgré sa célébrité et sa popularité, Luc Fayd’herbe ne fonda jamais une école proprement dite : Boeckxstuyns est peut-être le seul d’entre ses élèves qui fut fidèle aux traditions de son mai-
tre, dont il hérita la manière large et hardie. Cette absence d’influence doit être moins attribuée à Fayd’herbe lui-même qu’au moment où il fit son apparition, et aux changements de mœurs et de goûts qui signalèrent le XVIIIe siècle , période de décadence pour l’art flamand en général.
§ 4. Les enfants de Luc F ay d'herbe .
Luc Fayd’herbe eut de son mariage avec Marie Snyers douze enfants, dont nous avons donné la nomenclature dans le tableau généalogique cijoint. L’un de ces fils étudia la sculpture et l’architecture, c’est dans cette dernière branche de l’art que Jean-Luc se signala d’une manière spéciale : ses œuvres ont toutes le caractère de l’école de son père.
Jean-Luc Fayd’hebbe, né à Malines dans la paroisse de Saint-Rombaut , le 28 août 1654, épousa le 22 octobre 1682 à Saint-Rombaut, en cette ville, Jeanne-Marie de Croes. Dès son enfance, il profita tout naturellement de l’enseignement paternel. Reçu maître dans la gilde malinoise , il adressa en compagnie des suppôts du métier, une supplique à l’autorité locale la priant de vouloir instituer à Malines une Académie des beaux-ârts. Nous avons vu que cette demande, faite le 14 juin 1684, demeura sans effet. Jean- Luc Fayd’herbe était sculpteur et architecte ; comme sculpteur ses œuvres nous sont inconnues,
mais comme architecte, il nous a laissé la façade du monastère de Leliendael, aujourd’hui l’hospice des vieillards, rue du Brui, à Malines. Cet édifice, élevé en 1687, porte le cachet du style de son père ; c’est une construction massive , mais non dépourvue d’élégance ; dans le même goût est conçue la façade du local du Serment de la nouvelle arbalète au Marché aux Grains. Lorsque son père s’occupait de l’érection du maître-autel de Saint -Rombaut, en 1665, il confia à son jeune fils la tâche de présider au placement des pesantes colonnes de marbre de cet autel. La difficulté était grande pour un apprenti , mais l’enfant, doué d’une rare précocité, surmonta les obstacles et s’acquitta de la besogne que son père lui avait confiée. Celui-ci, heureux de ce premier succès de son enfant, lui donna en souvenir de sa satisfaction un groupe représentant Ganimède assis sur un aigle, par Jérôme du Quesnoy. Cette statue fut dans la suite la cause de sa mort. Voici dans quelles circonstances : J.-L. Fay d’herbe plaça l'œuvre de du Quesnoy dans le jardin de la maison, qu'il s’était construit en 1696-97 dans la rue du Brui, près du coin de la rue du Lierre ; plus tard ayant agrandi son jardin, il résolut de reculer la statue jusqu’au fond de ce nouveau terrain; à cet effet il fit construire un échafaudage et des poulies pour soulever la masse, mais au moment où il voulut faire agir la machine pour déplacer la statue, un morceau de bois lui tomba sur le corps et le contusionna grièvement. Il mourut des suites de cette blessure le 29 juillet 1704. La
maison de J.-L. Fayd’herbe est devenue la propriété de la famille de Meester, l’escalier qui y subsiste encore est de l’ordonnance de cet artiste.
Jean-Luc, admis dans la gilde des sculpteurs d’Anvers, y donnait l’instruction artistique à deux élèves, Rombaut Verbiest et Pierre Verpoorten, en 1673-74 *.
Fayd’herbe fut enterré avec sa femme dans la grande nef à Saint-Rombaut. Son épitaphe ne mentionne pas le noble art qu’il cultivait et ne lui donne que la vulgaire désignation de marchand :
hier legt begraven sr JOANNES LUCAS PAYD’hERBE COOPMAN IN SYNEN TYT, STERE DEN 29 JULIUS 1704 ENDE JOUF.
JOANNA MARIA DE CROES SYNE WETTIGHE HUYSVROU STERF DEN 13 JANUARY 1712
MET HUNNE KINDEREN EN NAERKOMELINGEN.
BIDT VOOR DE ZIELEN.
Les sculptures de J.-L. Fayd’herbe sont introuvables ; nous savons seulement par De Bie qu’il imita au ciseau, d’après A. van Dyck, une scène : la nativité du Sauveur.
L’une des filles de Luc Fayd'herbe , Anne- Barbe , baptisée à Saint-Rombaut le 4 décembre 1643, avait épousé le 24 juin 1666 le sculpteur
1 Rombauts et VanLerius, Le Liggere d’Anvers.
bruxellois Jean van Delen ; les relations d’amour entre ces époux prirent naissance dans l’atelier du père d’ Anne-Barbe , où le jeune van Delen travaillait en qualité d’élève. Van Delen mourut à Bruxelles le 10 mars 1703; son épouse le suivit dans la tombe le 14 novembre suivant. Ils laissèrent quatorze enfants. On a prétendu que Anne- Barbe Fayd'herbe s’était également livrée à la sculpture ; mais aucune preuve n’est venue jusqu'ici justifier cette assertion. M. de Cannart d’Hamale , sénateur, à Malines, possède deux charmantes terres-cuites, hautes de près d’un mètre , et que la tradition attribue à l’épouse de van Delen. Ces figures , marquées l’une et l’autre VD., représentent Minerve et Diane. Les deux déesses sont chacune représentées sous les traits d’un génie. Minerve est figurée par un enfant du sexe masculin, portant le casque sur la tête; une légère draperie voile le milieu de son corps ; de la main il tient une lance ; à ses côtés se tient l’oiseau obligé, le hibou. Diane, au contraire , apparaît sous l’image d’une petite fille, portant un croissant sur le haut du front et ayant un arc à la main ; à ces côtés s’élance une levrette. Ces groupes, d’un aspect délicieux, ont le caractère le plus léger et le plus gracieux imaginable. Ils sont supérieurs à toutes les productions connues de J. van Delen.
Nous ne pouvons terminer la notice sur la famille Fayd herbe sans faire connaître Maximilien Labbé ou L’abbé , le sculpteur qui épousa Cornélie Franchoys, veuve d’Henri Fayd’herbe et mère de Luc.
Cet artiste , d’un talent médiocre , ne nous a laissé aucune de ses œuvres; nous savons seulement qu’il exécuta , pour être placée dans les trophées de procession de la gilde de Saint-Luc, une statuette en bois de ce saint. L’image qui devait faire pendant à cette dernière , fut confiée à François van Loo.
Il épousa la veuve Fayd’herbe dans l’église métropolitaine le 7 janvier 1631, en présence du peintre Luc Franchoys le vieux et de Rémi Labbé.
Il occupa les fonctions décanales de la corporation des peintres en 1635, 1639, 1650, 1653, 1658 , 1661 ; il était également membre du serment des archers ; les registres de cette association marquent que le sculpteur se retira de la compagnie le 8 août 1672, parce qu’il allait quitter la ville. A ce moment Labbé, veuf depuis le 26 août 1670, songeait sans doute à établir son séjour ailleurs , mais il faut croire que le mauvais état de sa santé l’empêcha de réaliser ce projet, car il mourut trois ans après. Ses obsèques furent célébrées à Saint-Rombaut le 28 novembre 1675; il fut enterré au cimetière paroissial , non loin du lieu oû reposaient Henri Fayd’herbe et Cornélie Franchoys. Sous l’épitaphe de ces derniers était placée une petite pierre bleue portant ces mots :
HIER IS BEGRAVEN MAXIMILIAEN LABBÉ BEELTHOUWER.