‹ Histoire de la peinture flamande et hollandaise. ComplémentChapitre 24 sur 91 · II · texte numérisé non relu

II

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« L'ange me montra encore un fleure d'eau tito, clair comme du cristal , qui sortait du trtee de Dieu et de F Agneau. » — «c Us n'auront plus ni iaim, ni soif, et le soleil ni aucun souffle brûlant ne les incommodera plus ; parce que TAgneau^ qui est au milieu du tràne, sera leur pasteur, et il les conduira aux sources d'eau vivantes, et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux. » Jamais certes allégorie n'a été peinte d'une manière plus habile : cet accessoire est un chef^l'œuvre. Une colonne, surmontée d'un ange en bronxe, s'élève au milieu ; les tètes de dragons qu'elle supporte vomissent dans le bassin des filets d'eau, clairs et purs comme le diamant. Ils agitent l'onde prisonnière entre des parois de marbre ; les cercles mobiles, les petites vagues qu'ils forment sont rendus avec une patience et un bonheur extrêmes ; la lu* mière devenue liquide ne serait pas plus brit* lante. Ces flots en miniature ont Tair de scintiller, de trembler; le regard se joue a la suriaoe et y plonge tout ravi : ils sont limpides comme les sources des montagnes, riches d'aspect comme les vins précieux que les monarques boivent dans l'or. S'écbappant de leur réservoir, ils baignent un can^l peu étendu, où la main de l'homme n'a pas laissé de traces. On en pourrait nonjbrer les cailloux ; des perles et des diamants ornent ce lit sans souillure ; d'admirables fleurs, des plantes délicates poussent sur les bords, se

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juchent gur le ruisseau et y projettent' leurs ombres mignonnes. Le soin , la poésie du détail sont parvenus à leurs dernières limites : Gérard Dow lui-même n'a pas feit mieux.

Une pelouse éclatante , semée de violettes , de marguerites, de lys, de pensées, de primevères et de campanules, se déroule autour de l'Agneau et de la fontaine. Des buissons de roses, des palmiers, des cyprès, y grandissent ; le terrain va en montant , un horizon lumineux couronne te paysage, à Textrémité duquel on aperçoit la Jérusalem céleste. Elle offre l'aspect d'une ville ordinaire : les flèches qui Fembellissent et la dominent paraissent avoir eu pour modèles les flèches de Maestricht '. Un souvenir de 'son enfonce vint encore inspirer l'homme de génie ; dans le fond de cette riante perspective, au-dessus de la ville bien* heureuse, il dressa les fiers clochers, les saintes pyramides qu'il voyait durant sa jeunesse, tantôt lorsqu'il errait au milieu des bois et qu'une vaste clairière lui permettait d'en saisir le profil, tantôt lorsqu^il s'ébattait sur le gazon des pftl;uragesou suivait les bords de la Meuse , troublé , charmé déjà , ayant pour compagnon le noble gtiide qui révèle aux âmes fortes les secrètes harmonies des choses.

' Unula, princeêêe briimnniquef par le baron Di Kiv».

tt fllSTOIRB DB LA KINTURE

A. tniTers la campagne étoilëe de fleurs, s*avaiiceat des groupes bénis : ce sont les élus qui Tiennent adorer reoatUème du Christ. <c Ils se tenaient debout, Têtus de robes blanches, et ayant des palmes dans leurs mains. Us s'écriaient et disaient d'une Toix forte : c'est à notre Dieu , qui est assis sur le tr^ne, et à TAgneau qu'est due la gloire de notre salut'. i> Nous aperccTons d'abord près de la Jérusalem céleste, dans le haut du panneau et sur la droite , la l^on des douces héroïnes, qui ont souffert le martyre. Elles sont conduites par sainte Agnès, sainte Barbe et sainte Dorothée. Presque toutes portent des turbans. De longues cheyelures blondes, crêpées en éventail, flottent sur leurs épaules. Une grâce extraordinaire embellit leur visage, leurs formes et leur attitude. Mais leur dimension étant très petite^ elles n'ont pas la même importance que les figures masculines, dont nous allons parler. Le sexe aimable se trouve donc sacrifié ici, comme dans toutes les peintures flamandes'. Elles tiennent des palmes à la main , signes de leur triomphe et de leur joie.

Plus bas rayonne une troupe de moines, de papes et d'évèques, placés vers la droite et regardant l'autel. On distingue parmi eux saint Lié vin,

' Apoosl^pse de St-Jean, cfaap. VU.

» Yoyei le tome I*', pag. 178 et suiv.

FLAHANltt Et HOLLANDAISB. »

apdtre de la Beigfique, martyrise' en 63S. On seiK timeni de pieuse eom ponction anime leur figure t on ne peut rien voir de plus doux et de plus noble. il ne faudrait pas néanmoins étendre cet éloge aux cénobites Tètua de lourds manteaux et âge» nouilles sur le devant. Je ne sais dans quel but le peintre sagace leur a donné des visage comiques; menton saillant, nez camus, bouche di^ forme , les traits sont d'une complète vulgarité. La magie de la couleur ne rachète pas ce défaut , qui Toile sans le moindre doute une intention. Ils ont les mains jointes et une ferveur enthousiaste répand un demi<^jour idéal sur leurs têtes communes.

Derrière les prêtres marchent les saints ermites : des rochers, une épaisse forêt occupent le second plan; de nombreux orangers, couverts de fruits, déploient leur feuillage sur la lisière. Les anachorètes sortent d'un ravin obscur, symbole de leur vie paisible et retirée. Us cheminent d'un air pensif, tenant d'une main un bftton de voyage et de l'autre un chapelet. D'où viennent-ils sous leur froc sombre, d'un pas lourd et chancelant, qui trahît l'habitude religieuse d'une immobilité contemplative? Leurs chevelures, leurs barbes touffues, que la vieillesse a blanchies de sa première neige, ou qui ont gardé leur couleur noire, sont incultes et désordonnées comme les brous* sailles de leurs thébaïdes; leur peau brune, leurs

U BiSTOUUS M LA FBnfTTOB

traits «éyères et même feroudbes àananeent éf^ lement les priTatkms de leur rude existence, la funèbre solitude où jk passeut leurs jours. L'un d'eux, la tète inclinée, eherdbant l'a^pMau da regard, prie avec une ardeur sublime; Textase est peinte sur sa figure austère. Son voisin de gauche a peut -être une expression plus frappante encore; une humilité sainte, un profond recueillement voilent ses yeux; il parait abimé dans les visions magiques d'un autre monde. Les sourcils relevés de quelques ermites, leurs fronts couverts de plis, Tair étrange de leur figure dénotent aussi l'exaltation. Marie^adddne , por* tant son vase de parfums, et une seconde sainte, qui pourrait être Marie^-l'Égyptienne, terminent ce groupe merveilleux.

Nous découvrons ensuite les pèlerins, Pmregrim Ëoncti. La forêt se prolonge, mais une vallée en sépare les derniers massife d'une colline charmante, où verdoient quelques arbres. Une eau limpide arrose le sol inférieur : dans le lointain, on aperçoit une ville, puis des coteaux mollement ondulés qui ferment l'horizon. De ce champêtre val sort la pieuse troupe : un géant marche à leur tête et leur fait signe de le suivre ; une tunique blanche lui descend jusqu'aux genoux, il porte un vaste manteau rouge, qui lui cache les deux bras et une main , et tombe en plis harmonieux sur le devant. Ses pieds maigres, comme ceux

TtAUàJXm ET HOLLAIIDAISB. fW

des autres Toyageurs, téinoignent de ses longues ialtgues. Il a pour s'appuyer un bâton énorme; une ehevdure épaisse et noire, une barbe pareille assombrissent ses traits, dont l'exécution n'est point d'ailleurs fort heureuse. Ce géant, on le deiine, représente saint Christophe. Dix-sept pèlerins d'une taille exiguë cheminent sous ses ordres. Un d'entre eux, ayant sur la tète un chapeau garni de coquilles, se feit remarquer par une attitude graye, par un air sérieux. Un autre, phis jeune et le bourdon à la main, regarde ce Toyage comme un plaisir et offre au spectateur une mine joyeuse. Un rude caractère, une physionomie pensive distinguent quelques-uns de ses compagnons \

En face de ces nobles cohortes, des groupes symétriques nous apparaissent sur la gauche. Les martyrs d'abord , vers le haut de la colline : on obsenre dans le nombre des papes, des éyèques et des cardinaux ; ils étreignent les palmes ricto* rieuses. C'est pourtant la section du tableau la moins brillante.

Au-dessous des martyrs sont dessinés les prophètes de l'Ancien Testament, qui s'agenouillent sur l'herbe et ont les yeux tournés vers l'Agneau rédempteur: ils tiennent des Hyres entre leurs

' NoHcê du docteur FVaagen sur le tableau de Sàint-Bavon. Messager des sciences et des arts, année 1814, pag. 19S.

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mains, lesquels; sans doute, renfermeiii leurs ténébreuses prédictions. Une phalange frfacée derrière eux offre aussi ses hommages à la TÎetime expiatoire; les indifidus qui la compo8ent sont debout, lai^ment drapés. L'un d'eux, ayant pour costume une robe et un manteau blancs, porte sur la tète une couronne de laurier et, dans la main droite, une branche d'oranger avec un fruit. Son voisin, en manteau bleu, en camail rouge, porte aussi un rameau yert, mais d'une autre espèce et dont le feuillage annonce un myrthe. Ils ont l'un et l'autre une grande dignité de pose, d'expression et de figure. Ce sont deux poètes indubitablement ; l'on croirait même que le peintre a touIu représenter Virgile et le Dante. La branche d'oranger, avec son fruit jaune comme le soleil, indiquerait alors le rameau d'or, qui ouvre les portes de l'enfer, selon les paroles de rÉnéide; la branche de myrthe rappellerait le brûlant amour d'Alighieri pour Béatrice. La grS^ vite un peu sombre du personnage conyiendrait d'ailleurs très bien au chantre des malédictions et des tortures célestes. Le groupe dont ils font partie se compose Traisemblablement dauteurs, d'artistes sacrés : il serait injuste de les omettre dans le nombre des serviteurs d'Emmanuel, ceux qui revêtent sa doctrine de formes éblouissantes! Du même côté, chevauchent les soldats du Christ, Milites Christi, et les juges équitables,

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Juêti Judicei. Un splendide paysa^ les environne : des maMes de rochers^ pleines de fissures^ de rayins, et dont le sommet est couvert d*herbes et de buissons, occupent le premier plan. Derrière les broussailles montent de frais coteaux, où Ton aperçoit des tours et des forteresses qui dominent les arbres. Par delà ces hauteurs et ces cfafttellenies régnent des sommets phis élevés, dont un bandeau de neige ceint le front orgueilleux. Les soldats du Christ ont pour guides trois jeunes cavaliers, tenant des drapeaux sur lesquels brille le signe de la rédemption ; des couronnes de laurier pressent leurs cheveux flottants, des cuirasses polies abritent leur poitrine. Le personnage du milieu, que sa situation et son cheval blanc désignent comme la figure principale, étonne le spectateui* par son imposante majesté : une dévotion profonde exalte ses traits. On voit en lui un homme énergique, une forte nature, qui reconnaît cependant une puissance plus grande et s'humilie devant le Créateur. Il représente, selon Waagen, le célèbre héros Godefroi de Bouillon : le même auteur suppose que ses deux acolytes sont Tancrède et Robert de Flandres * : le visage de ceux-ci annonce la valeur et la fidélité. Quatre princes portant des couronnes et deux individus portant des toques marchent sur leurs

' Meê$ayer de$ sciences et des ariSj année 1824.

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tràoes. Parmi les premiers, il en est un que signale le diadème des Empereurs. Malgré sa barbe blan* diissante, M. Louis de Bast pense qu'il figure Baudouin de Gonslantinople '. Un autre dieTalier passe pour être saint Louis. Le reste de la phalange a les caraelères du type flamand.

Les juges équitables montent aussi d'élégants coursiers. Le pKis extérieur s'offre à nous sur un cheval blanc couvert d'une riche housse; une magnifique pelisse bleue l'enveloppe et un bonnet fourré orne sa tète. 11 est déjà vieux, mais sa physionomie a une grande douceur, un air de tranquille bonté. Cest le portrait de HubeK Yan Eyck. Plus loin , on observe un homme encore jeune et d'une heureuse figure, qui exprime la paix et la sensibilité : il porte une robe noire, une coiffure en manière de turban, que dépassent les bouts de l'étoffe : un chapelet de corail est suspendu à son cou. On l'a baptisé du nom de Jean Van Eyck '• Ces tètes ont servi de modèles

' Messager des sciences et des aris, année 1824.

* Le témoignage de Karel Van Mander est positif à cet égard. Dans la collection de portraits d'artistes, ornée des yen de Lanipsonius, qui parut en 1572, ceux des frères Van Eyck sont d'ailleurs copiés sur ces deux tètes du retable de Gand. Il Ce qui nous parait appuyer encore la Térité de cette tradition, écrit Waagen, c*est que la figure, qui doit représenter Jean Van Eyck, est tournée fort singulièrement; c'est comme s'il se {leignait lui-même dans une glace, et cette

FLAMANDE ET HOLLAHBABB. »•

pour toutes- le$ images des célèbres frères* Ils ne soat pas rassembles, niais deux individus les séparent; un de ceux-ci devrait, selon le texte de Karel Yan ftlander, nous montrer Philippe-le*Bon;- Yan Mander commet une erreur, les effigies au«thentiques de ce prinœ détruisent son hypo-* tbèae. Il fiiudrait plutôt y chercl^r le comte de Flandre Cbarles-le-Bon , qui promulgua de nouvelles lois et affermit la justice ^ L'un et l'autre cavaliers sont du reste peu importants. Six com*« pagnons trottent près d'eux et longent les rochers. Le soin, avec lequel le peintre spécifiait et caracté-» risait toute chose, se trahit jusque dans la manière dont il a exécuté les chevaux : les blancs paraissent

position, par laqadle la figure noua frappe, n'eit pas autre-^ meut motivée dans le tableau. Tous nos doutes à ce sujet seraient éclaire!», si Ton parvenait a retrouver les portraits des deux frères, qui ont existé autrefois dans la galerie d'Orléans, mais dont on a perdu les traces. » On obtiendrait le même résultat, si Ton découvrait celui de Jean Van Eyck, qui était jadis exposé dans l'église de St-Donat, à Bruges, et faisait pendant a celui de sa femme que possède l'Académie de la même ville. Meêtager des sdencws ei des mrtsy année 1834, pag. âSK et 226. — Les deux têtes de StrBavoa se trouvent d'ailleurs reproduites avec une entière exactitude parmi les cavaliers qui entourent la croix, sur un tableau de Jean Van Eyck, dont l'ambassadeur russe Tatitscheff est maintenant possesseur. Messager des sciences ei des arîSy année 1841, pag. SOI, article de Waagen. ' C'est l'opinion de M. Louis de ikist.

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bénins et dociies ; un des noirs agite TÎoleinment sa tèle, comme s'il élaii finrouche et indomptable.

Des rayons lumineux, qui parlent du saint Esprit, viennent frapper les groupes les plus rapprochés de l'Agneau : la colombe mystique semble tous les vÎTifier et les unir. Le trait de flamme touche le sein des Vierges, qui se gonfle sous les caresses de ranKwr divin.

Au bas du retable, on voyait autr^is un panneau longitudinal qui en ibrmaK, pour ainsi dire, l'appui et représentait le lieu des supplices éternels. Les damnés, dans leur sombre asile, fléchissaient eux* mêmes le genou devant l'Agneau rédempteur, qu'ils avaient méconnu et outragé. Malheureusement cet enfer était peint à la détrempe: des restaurateurs inhabiles, voulant le nettoyer, Peflhcèrent et le gâtèrent par la suite.

Telle est la scène prmeipale exécutée sur ce fiimeux tableau : on dirait un vaste synode, une immense réunion de tous les peuples, qui glorifient le principe chrétien et ont pour ambassadeurs, pour représentants des individus choisis dans toutes les classes de la société. D'autres personnages complètent le symbole : par leur rapport avec les traditions catholiques, ils donnent le sens intime de cette fête solennelle.

En haut du retable, à ses deux extrémités supérieures, nous voyons Adam et Èyc. L'inconséquente pécheresse est toute nue, debout, dans

FLAMAIIDE fiT BOLLANDAiSE. M

une atlitttde gracieuse. Une Icmgue cheteture sann anneaux tombe derrière ses épaules et roule autour des seins irotuptueux, qui n'ont pas encore allaité les fils de Thomme. Son visage est régulier, noble et doux. La forme générale du corps étonne par la souplesse des lignes, dans ce premier essai pour exécuter Tensemble de la figure humaine. Sa main droite , soulevée à la hauteur de la poitrine, tient un fruit du Sud, orange pâle ou ananas % qu'elle offre au guide bien-aîmé de son existence. De la main gauche, elle cache impariaitement son sexe avec des feuilles de figuier. L'artiste nous révèle ici d'une manière curieuse son amour de la nature et l'ii^pénuité de son coeur : il ne veut rien omettre, il ne craint pas les licences de l'esprit et retrace le voile qui entoure les organes de la passion. Au-dessus d'Eve, Caïn tue Abel : un petit encadrement isole cette image; les suites de la faute se trouvent ainsi rapprochées de la faute même. Adam a une tête grave et un peu triste; de la main droite il cache son sexe, mais aussi imparfaitement que la séductrice. Il porte la main gauche à son buste, auHle»^ tous du sein. droit et a l'air de refuser le dangereux présràt de sa compagne. Le double sacrifice de Caïn et d'Abel termine ce volet. La désobéis-

' Karel Yan Mander se trompe en le désignant comme une figae.

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aance des premiers coupaUes Tient de la sorte -expliquer la mort volontaire du Dieu martyr.

Ces différents sujets occupent douze panneaux et toute la surface du retable ouvert : huit de ces panneaux sont mobiles et, en se fermant, couvrent les autres. Les Van Eyck les ont donc peints à Textërieur comme à l'intërieur. Au dehors sont 4ig[urës rAnnonciation, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste, la sibylle de Gnmes, la sibylle d'Erythrée , le prophète Zacharie et le prophète Michée. Nous n'avons pas besoin de feire voir le rapport qui unit à la scène capitale et TAnnon*ciation et les deux St-Jean. Pour les sibylles, ce qui motive leur présence, c'est qu'on les regarde comme ayant annoncé la venue du Christ. La même raison légitime celle des prophètes. Les phylactères déployés au-dessus d'eux portent les phrases suivantes, tirées de leurs écrits : « Eœ te egredtetur qui sii damtnaior 4n Israël^. » — f( Emtdta mHs, fiUa Sion jubila. Ecce rew iuui venit*. n Marie, agenouillée devant une espèce d'autel, reçoit d'un air humble et pieux le message divin : sa figure exprime une douce résignation. Elle croise les mains sur sa poitrine et témoigne par ce geste de son entier dévouement» Raphaél porte dans sa gauche un lys splendide

' MiciÉi, 1*' venet du YI* chapitre.

* Zacharii, chap. IX, verset 9.

FUMANDE a BOLLANl^AISE. 68

et montre ieg deux de la droite : il a de grandes ailes vertes, des ailes de perroquet. Au fond de la chambre gothique, où ils se tiennent, on aperçoit une Tue de Gand, prise du coin de la rue aux Vaches et du marche aux Oiseaux. Les ombres quY projette le soleil donnent à penser qu'elle a été peinte durant le mois de juin ou de juillet, entre les cinq ou six heures du matin '. La sup^ posant faite dans l'atelier même des Van Çyck , on en a induit, avec une hardiesse trop grande peut-être, la situation de leur demeure à Gand. saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste sont des grisailles^i qui simulent deux statues de pierre blanche et fine : le premier nous offre une tête analogue à celle d'Esculape, le deuxième à celle d'Apollon juvénile. Le peintre connaissait^^il les ouvrages des anciens? Il a du reste largement exécuté ces figures. Elles remplissent les deux panneaux inférieurs du milieu ; les deux autres panneaux , ceux de droite et de gauche , contiennent deux portraits. L'un représente un homme âgé, qui étend ses mains jointes, lève son regard vers le ciel et prie à genoux. On peut don^ner à la tête le nqm de chef-d'œuvre ; le soin. du détail, la profondeur, la vivacité de l'expression, le caractère de la physionomie rangent ce travail

* Louis Ds Bast , Meism^r dw êciences et deê arti , année 1834, page 219.

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parmi les plus beaux que Ton ail dessines en ce ^nre; mais contrairement à son habitude, le peintre a ébauche les accessoires. La seconde image est celle d'une femme sur le retour, qui joint les mains et prie de la même manière : elle a une face agréable où la piété répand son tranquille enthousiasme. Les nuances du visage sont grsH duées avec une finesse extraordinaire; on admire malgré soi l'adresse que Yan Eyck a déployée en reproduisant Tombre légère, qui tombe du bon* net sur le front. Ces deux personnages sont indubitablement les donateurs, Josse Vydt et Isabelle Boorluut, sa femme \

Nous aTons décrit longuement ce retable, a cause de son extrême importance. Œuvre capitale des frères Van Eyck , il était par cela même le plus Yasté morceau entrepris jusqu'alors dans les riions cisalpines. Ce fut la grande épopée homérique de la peinture néerlandaise, une fertile création étudiée pendant près de deux siècles. Sur ce tronc merveilleux, sur cet arbre de Jessé, yerdoyèrent tous les rameaux, s'épanouirent toutes les fleurs que, durant une longue suite d^années, Fimagination produisit dans les campagnes flamandes.

Le haut seulement de la composition était achevé, lorsque le 18 septembre 1426, la mort

■ MêêêOfer dei Mci^nceM ei deê arit, année 1824, ps|[es U5 et 236.

FLAMANDS fit H0U.ANDA1SE. 6S

brisa la palette d'Hubert et lui arracha les pinceaux qu'il avait consacrés au Sei{]^neur. On l'enterra dans le caveau sépulcral de la femille Vydt, sous la chapelle même qu'il décorait naguère'. On lui éleva une tombe sous une arcade ouverte dans la muraille, et tailla sur la dalle qui fermait son dernier lit de repos un squelette en marbre, tenant une plaque de cuivre, où on lisait une épitaphe que nous traduisons du flamand :

Voyez en moi votre image, vous qui passez au-dessus de ma tête : j'étais jadis semblable à vous y maintenant je sais mort et couché sous la terre , comme il y parait bien* Ni la pradence , ni l'art, ni la médecine ne m'ont senri. Honneur, habileté, sagesse, pouvoir, opulence , grandeur, la mort n*épargne aucune chose. Je m'appelais UoBiBT Yar Etol , j'étais célèbre et admiré comme un grand peintre ; maintenant les vers me dévorent* J'étais quelque chose il y a peu de jours et ne suis pins que néant.

Ce fut en l'an da Seigneur mil qaatre cent Tiogt-six, le dix-huit du mois de septembre, qoe je rendis avec peine mon àme à Dieu *• Priez-le pour moi, vous qui aimez l'art, afin que je paisse obtenir sa grâce, et fuyez le péché, accomplissez le bien, pour qu'un jour il vous soit donné de me suivre.

* Alessager des arti et dee êciencee, année 182S, page 265 ; amiée 18:24, page 160.

* Hubert, éuut né en 1S66, avait alors soixante ans ac« complis. .

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