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»8 HICTOIRS M LA PEINTURE
M. Aders, le célèbre amateur de Londres, Tacheta pour sa belle collection et elle est restée entre ses mains.
En 1566, au moment où de stupides sectaires brisaient et lacéraient les chefs-d'œuvre nationaux , l'original fut adroitement soustrait à leur frénésie.
Le 1*' juin 1641, le feu embrasa la toiture qui couvrait la grande nef de St-BaTon. Heureusement la Yoùte avait été reconstruite à neuf, par les soins de l'évéque Triest, et elle arrêta les flammes. Néanmoins, comme le péril était imminent, comme on ne savait pas que l'incendie aurait une fin aussi prompte, le retable fut enlevé dans l'espace d'une heure.
Quand il eut repris sa place sur l'autel, son ancien trône, la foule continua de se presser alentour aux époques solennelles. Cet usa (je était encore observé, lorsque l'empereur Joseph II parcourut l'église en 1785. On lui montra V Agneau mjfs^ tique y et, chose vraiment surprenante! Adam et Eve le scandalisèrent. Le prince voltairien jugea peu décente leur nudité naïve : le lecteur de la Pucelle blâma la chaste ingénuité des vieux ar^ listes; il s'étonna de ce qu'on laissait voir un pareil tableau à la multitude. On prit pour des ordres fies remarques saugrenues et on ferma servilement les ailes. Une nuit feictioe enveloppa la noble image : un monarque pudibond l'avait critiquée,
elle n'était plus digne de Toir la lumière et ne devait plus affronter le soleil.
En 1794^ les commissaires français enlevèrent les panneaux du milieu. On profita de leur absence pour cacher les autres. M. Deuon, directeur du musée de Paris, demanda, réclama, exigea ces volets : il offrit même en échange des toiles de Rubens. Mais Tévéque, M. Fallot de Beaumont, qui comprenait Fimportance énorme de ces tableaux pour la ville, demeura inébranlable et ne voulut jamais les donner. A la chute de Bonaparte, ils furent rendus à la Belgique : on les exposa quelques semaines dans le musée de Gand ^ où ils firent naître la plus vive admiration, puis le bourgmestre les remit solennellement à la fabrique : un procès-verbal de cet acte public fut dressé le 10 mai 1816. Les panneaux brillèrent encore une fois sur l'autel ; malheureusement on avait gardé la mémoire des sottes paroles de Joseph II ; on se prosterna devant son ombre et les volets ne furent pas remis en place. Cette condescendance posthume devait amener de tristes résultats.
On n'est jamais trahi que par les siens, dit un proverbe populaire. Dans le cas présent, l'expérience vint encore justifier cette lugubre maxime. La composition admirable qui avait échappé à tant de malheurs, que Philippe H et l'incendie avaient respectée, que les Iconoclastes n'avaient pas détruite, que la France avait rendue, que
les barbouilleurs n'aTaieDt pas aanulëe, qui se trourait pure et entière au bout de quatre cents ans^ ce fut un Belge qui la démembra, qui la dépiëça, eq employant la fraude et en se moquant de la nation. Les peintures centrales étaient revenues depuis peu , révéque De Brogplie s'était retiré en France, et un YÎcaire du même pays administrait par intérim le diocèse de Gand, lorsqu'un nommé ?iieu wenhuys , marchand de tableaux, jugea qu'il élait bon de pécher en eau trouble, comme s'exprime M. Louis de Bast. Il se présenta donc aux chanoines , il leur assura que les images des ailes n'avaient aucun mérite, sauf celui de l'anciennelé , qu'elles ne se rapportaient nullement au sujet du milieu, que la mode des vantaux était d'ailleurs passée ; il leur ofirait une occasion de s'en débarrasser avantageusement et ils auraient tort de ne pas la saisir. Il n'était point ladre, et leur en donnerait jusqu'à six mille francs! Les bélîtres le crurent et acceptèrent. Le trésorier Volders lui signa une quittance ; il emporta sa proie, courut à Bruxelles et mit en lieu de sûreté les magnifiques panneaux. Avec l'instinct du brocanteur, il flairait quelque poursuite judiciaire. Le lendemain de ce désastreux marché, M. Louis deBast, l'investigateur patient et habile, en eut connaissance. Il alla trouver immédiatement, à Bruxelles, M. Yan Hulthem, alors greffier de la deuxième Chambre des États gêné-
raux ; le comte de Lens^ bourgmestre de Gand ^ l'avait accompagné dans le même but : grâce aux deux personnages , la police fit une descente chez M. Nieuwenhuys. Mais le négociateur madré ayait pris ses mesuces : on ne trouva rien et il fallut se cont<»iter d'un procès. On le cita donc devant les tribunaux. Or les procès enchantent cette classe d'individus : la justice humaine, telle que nous la voyons à notre époque, est une forêt où l'on s'embusque pour piller légalement ses adversaires. Notre homme accepta donc le terrain où on le plaçait et commença par traîner l'affaire en longueur. On l'avait actionné dans le courant de 1816; en 1818, le jugement n'était pas rendu. Tandis que les avoués griffonnaient, que les avocats jasaient, M. Nieuwenhuys fit clandestinement sortir de Belgique les six panneaux. Il les vendit cent mille francs à un Anglais, M. SoUy, qui habitait la capitale de la Prusse. D'une autre part , le vicaire de M. De Broglie avait quitté le pays : le sieur Volders portait seul désormais la responsabilité de la vente. On ne continua pas les poursuites, dont l'objet principal se trouvait hors d'atteinte, et qui n'avaient plus d'autre résultat possible que de vider la bourse de l'ignorant trésorier. Ce fut ainsi que les chanoines aliénèrent un ouvrage qui n'était pas leur propriété, mais celle de la cathédrale; ce fut ainsi que M. Nieuwenhuys rendit superflue la disposition législative, qui
102 HISTOIRE DE LÀ PEUfTURE
annule tout contrat, où une des partie» est des cinq sixièmes*. Voilà comment on fait fortune et comment on se pousse dans le monde'!
M . Solly ayant yendu par la suite sa coUection au roi de Prusse 500,000 thalers, on jugea que les Yolets de V Agneau mystique avaient étë payés à peu près quatre cent mille francs !
Le 11 septembre \9H% ce qui restait en Belgique de TœuYre étonnante courut un danger plus grand que tous ceux dont elle avait jusqu'alors été assaillie. Les toits latéraux de l'église s'embrasèrent et le feu déploya sa principale rage au-dessus de la chapelle, où était conservé V Agneau myetique. On sait qu'il est peint sur bois ; une nappe couvrait l'autel et des franges de broderie pendaient jusqu'à terre ; la voûte s'était lézardée^ il en tombait une pluie de cendres brûlantes et de plomb fondu. Le retable pouvait être saisi parles flammes d'une minute à l'autre et l'histoire de la peinture néerlandaise privée d'un monument unique. Des hommes courageux se dévouèrent : faisant abnégation d'eux-mêmes, ils s'élancèrent dans l'oratoire, sous l'averse infernale. Sans outils, sans échelles, ils parvinrent à descendre les panneaui,
* Les cinq sixièmes de la valeur réelle de Tobjet aliéné.
^Messager des sciences et des arts, année 182IS, pag. 165 et suîv. — Ursula, princesse britannique, par le baron De KsvsBBEaG, pag. 110. — Description de la galerie à^ S. M. le roi des Pays-Bas, par Nibcwerivys fils, pag. 126.
FLAMANDB ET HOUANDAISB. 105
ce qui o£Frait un autre péril, car ils sont très lourds, pouvaient les accabler de leur poids et les précipiter sur le sol couvert de métal en fusion. La tentative réussit : grâce à leur patriotisme, le curieux admire, étudie encore cette œuvre essentielle de rimagi nation flamande.
Un autre tableau de Jean Van Eyck eut aussi une destinée singulière. Il représentait un jeune homme et une jeune fille, contractant mariage et unis par la Fidélité : nous en avons déjà dit un mot. Cette composition allégorique tomba entre les mains d'un barbier à Gand \ La princesse Marie, sœur de Charles-Quint et gouvernante des Pays-Bas, eut Toccasion de la voir chez lui : elle la trouva si belle, si brillante, qu'elle en fit l'acquisition et donna au propriétaire, pour l'obtenir, une charge qui lui rapportait cent florins annuellement.
Tous les travaux des célèbres frères n'ont point eu, comme V Agneau mj/sttque^ le bonheur d'échapper à la démence des Iconoclastes. La plupart furent anéantis : dans cet odieux massacre, les ouvrages d'Hubert périrent presque sans exception. Ces artistes brilleraient d'une splendeur bien plus vive, si on n'avait pas éclipsé leur gloire
MI y a dans le texte de Karel : wandkeeler, chirurgien ; ies barbiers alors exerçaient les deux professions. Vaernewyck eiuploLc le mot barbier.
lOi HISTOIRE DE LA PEIIfTCTRE, m.
ei mutilé leur génie. De profondes nues voîlent maintenant leur astre chagrin : on dirait un soleil d'hiTer qui se couche tristement au sein des sapeurs. Il fallait bien que ces douloureuses paroles fussent légitimées d'avance : ce Là où un grand homme a mis le pied, il y a émulation des soU pour en effsicer la trace '. •>
■ Dr LàToucis , ia F'aliée mus loups.