‹ Histoire de la peinture flamande et hollandaise. ComplémentChapitre 29 sur 91 · II · texte numérisé non relu

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iU HiSTOIRB M LA PEINTURB

actes les plus mystërieui du christianisme : la chute de l'homme, l'incarnation, la Trinité, la rédemption, les songes de l'Apocalypse. Son frère semble avoir partagé ce goût. VAgneau mystique nous le montre en plein déyeloppement. Du sujet il passe aux accessoires : les ornements des édifices, les sculptures des prie-Dieu, les médaillons des cadres renferment de graves épisodes, qui commentent le principal motif.

Sous le rapport de l'exécution matérielle, Jean a un dessin plus libre , des tons moins sombres que Hubert. Il parait avoir manié plus hardiment le coloris : on pense même qu'une seule touche lui suffisait en nombre d'occasions. Les chairs sont tant soit peu transparentes ; il a aussi quelquefois les tons rouges que nous avons signalés dans les œuvres de son frère. « Il ne craignait pas, dit Waagen, d'employer les couleurs pures et sans mélange ; il savait les disposer de manière à ce qu'elles ne se fissent pas mutuellement tort, à ce que l'ensemble n'eût pas l'air bariolé; bien mieux, l'œil est charmé par l'intime accord de ces nuances si vives, et leur fraîcheur ne les empêche aucunement d'être harmonieuses.

» Malgré la splendeur inouïe de ses costumes, il sait avec une extrême adresse maintenir au même degré le ton de ses chairs, en sorte qu elles ne paraissent ni blafardes, ni enluminées. Il ne leur donne point d'ailleurs une seule nuance : il les

individualise et spécifie comme les traits, comme l'expression. Évitant sans cesse de prodiguer le blanc dans les lumières et le noir dans les ombres, il ménage soigneusement la couleur locale : de là vient qu'elle est si pleine. L'échelle de ses gradations, depuis la teinte la plus plus vive jusqu'à la plus sombre , est en même temps si délicate et si étendue que, par une progression imperceptible, ses formes s'arrondissent au poiat de sembler vraiment saillantes. Il adoucit les transitions, il déguise ses coups de pinceau d'une manière tellement heureuse, qu'on ne prendrait pas ses figures pour de pénibles travaux, mais pour des créations naturelles. On ne peut pas dire néanmoins qu'elles soient léchées ou flasques; tous ses tableaux prouvent, au contraire, que sa peinture est ferme et précise. » Voilà certes une appréciation très fine, très habile: on y reconnaît la sagacité allemande. L'étude particulière des œuvres de Jean Van Eyck fera ressortir les autres détails de son exécution.

Le plus ancien travail de lui, qui nous soit demeuré, est la tète du Sauveur exposée à l'académie de Bruges. Un cadre fictif l'environne ; au-dessus du Christ, on lit :

Jésus via, Jésus veritas, Jésus vita.

Au bas, dans la première gorge du cadre simulé :

116 ' HISTCMRS DE LA PBINTURB

Spectosus forma pneter fîKîs honinimi.

Dans la gorg» inférieure :

AL8 iM KAW. Johannes de Eyck inventer, anno USO,

SOjanuarii.

M. Louis de Bast, en subtilisant sur le troisième chifre, y a vu un 4, mais c'est bien un 2, et tout le monde, j'ose le dire, sera de mon avis. L'in- Hcription placée dans le champ même de la peinture , les trois bouquete d'orneroenU qui tiennent lieu de nimbe, l'alpha et l'oméga dessinés à droite et à gauche devraient d'ailleurs feiire choisir la date la plus ancienne , vu que ce sont des carao lères primitifs. La peinture elle-même a, en outre, une saveur d'archaïsme bien prononcée. Les traiU sont durs et roides; on y observe Timmobilitë sculpturale d'Hubert. Le front a une grandeur énorme et totalement disproportionnée. La chair oflPre les tons rouges transmis au jeune artiste par son frère. Les cheveux séparés sur le haut de la tête sont aussi d'un brun rougeètre : la barbe et les moustaches s'accordent avec la tradition; le coloris est vif, intense, mais âpre et sans mollesse. On ne voit plus aucune trace de majesté bysantine ; l'expression et l'élégance font déiaut, Jésus ressemble à un paysan ; la vulgarité de l'auteur se trahit dans cette première œuvre, non \9k première qu'il ait faite, car il avait alors trente-quatre

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aas, mais la première parmi celles que nous pos^ sëdons encore.

Le même édifice contient un ouvrage plus étendu ; il a gardé son cadre primitif, au bas duquel se trouvent ces paroles : Hoc optis fecit fieri tnagister Geergttts de Pala hujtis ecolene oanonicus per Johannetn de Eyck pictorem et fundavit hic duos capellanias de gmo (gremio?) chori domini 1454* Cotnplevit ànno 1436. Ce fut donc pour le chanoine De Pala, ou plutôt Yan der Paele, que l'artiste peignit ce tableau destiné à l'église St-Donat de Bruges. Dans les angles du cadre on voit tour à tour ses armoiries et celles du doyen qui présidait le chapitre, Rodolphe de Meyer. Au milieu du panneau, la Vierge est assise sous un dais de tapisserie verte; de longs cheveux crépelés descendent sur ses épaules, une ferronnière les maintient et couronne le sommet du front. Marie est grasse et mûre comme une femme de trente-cinq ans : elle a un type néerlandais et de pâles sour* cils, presque nuls. Un vaste manteau rouge la drape de ses plis fastueux et traîne abondamment sur la terre. Ses genoux servent de tràçe à l'enfant divin; il est nu, sans charme et sans grâce ; ses cheveux blonds et rares sont loin de l'embellir. L'excessif amour de la vérité, qui caractérise Yan Eyck, le poussait à donner au petit Jésus les formes d'un nouveau-né ; dans la plupart des scènes bibliques, la Naissance, l'Adoration des Mages.

celle des Bei^rs, la Circoncision, la lettre morte demande qu'on le pei^e ainsi ; l'artiste a le droit d'interpréter, de modifier les textes, mais alors il abandonne l'exactitude scrupuleuse pour envahir la sphère absolue de l'idéal ; ce n'était pas l'esprit de Jean , ce n'est point la méthode néerlandaise. Il suivait donc les paroles de l'écriture et, ne prenant pour modèles, le plus souvent, que de tout jeunes nourrissons, il avait fini par en contracter l'habitude. Il ne s'éloig^nait pas de ce type, au lieu de faire comme les peintres italiens, qui donnent à l'aimable victime le corps gracieux et potelé d'un enfant de trois ou quatre ans. Les nus sont, du reste, le côté le moins louable de ses œuvres : les figures d'Adam et Eve, qui nous ont déjà occupés, ne méritent point, à beaucoup près, une estime aussi grande que les autres personnages de l'Agneau mystique, où l'on ne voit aucune trace de faiblesse ni de mauvais goût. Sur les bras du siège que Marie occupe sont taillés en ronde bosse deux groupes, qui ont un rapport secret avec la scène principale : ils nous montrent Caïn tuant son frère et Samson déchirant le lion symbolique, dont la gueule doit se remplir de miel . A droite s'agenouille le chanoine Van der Paele : d'une main il porte ses besicles, de l'autre son bréviaire. C'est un homme âgé, qui ne manque pas d'embonpoint : des rides nombreuses sillonnent son visage. L'artiste a déployé ici toute sa patience ;

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il a exécuté un porirail auquel on peut accorder te nom de chef-d'œuvre. Holbein et même Denner ont eu de la peine à vaincre cette minutieuse fidélité. St^Georges, le patron du chanoine, est de^ bout derrière lui ; les tendances peu délicates du peintre se révèlent là d'une manière fâcheuse. Au lieu du noble chevalier, qui lutte contre les dragons, il a dessiné un rustre à la sotte mine, qui été bêtement son casque et tire le pied en arrière pour saluer le Christ. Une joie triviale anime sa figure qu'elle rend plus niaise encore. De l'autre côté, à gauche, nous apercevons saint Donat, revêtu d'une chape éclatante et d'une mitre spiendide. Une crosse non moins pompeuse brille dans sa main gauche ; une petite roue complète, avec son moyeu et ses jantes, sur laquelle sont disposés circulairement des cierges allumés, charge sa main droite. Il a de fortes joues, une tète grasse sans élévation, mais plus intelligente pourtant que celle du pieux guerrier. Le fond du tableau est une église romane , où l'ombre flotte sous les arceaux vivement accusés des nefs.

Bruges possède une autre création d une beauté rare que l'on peut attribuer à Jean Van Eyck. C'est un diptyque ornant la chambre des marguilliers dans la cathédrale. Entre les deux panneaux se trouve un Christ d'un goût et d'une tournure bien plus modernes , mais qui a sans doute remplacé un crucifix antérieur. Sur le ta-

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bleau de gauche la Vierge tombe eo d^ûllaoce ; elle est soutenue par saint Jean, lequel a ici une admirable tête flamande, pleine de douleur. Près d'eux sainte Madeleine regarde le Messie ; elle joint les mains a^ec une touchante expression. Le type de sa figure , pris sur les lieux , manque de no-» blesse, de régularité, mais ce visage est peint d'une manière si étonnante qu'on oublie ses dé-r fauls. Deux femmes occupent le second plan; une d'elles porte son fichu à ses yeux pour essuyer ses larmes ; ses traits sont beaux et harmonieux. Sur le fragment de droite se tiennent six hommes, dont l'un, Joseph d'Arimathie, montre du doigt le Sauveur en disant , selon toute apparence : Verè filiui Dei erai ùte; mais il n'y a pas d'in-* scription. Le soldat qui est sur le devant a un nez retroussé ; il lève la tète et r^arde le Christ : son visage burlesque forme une vraie caricature. Les somptueux vêtements de ces personnages soat exécutés avec un soin sans pareil. Ce groupe mé^ rite pourtant de moindres éloges que le premier. Un ciel ténébreux couronne les deux panneaux, contre l'habitude de Van Eyck ; mais le texte de l'Evangile en faisait une loi. Le coloris est d'une vivacité, d'une finesse, d'une douceur et d'une harmonie prodigieuses. Tout le monde ignore .» même à Bruges, l'existence de ce chef-d'œuvre; pas un seul connaisseur ne l'a vu , pas un seul auteur ne l'a décrit : les marguilliers ne revenaient point

de leur surprise , quand je leur en détollai Vimportanee.

Le chef-lieu de la Flandre occidentale possède, en outre, la copie du dernier tableau de Van Eyck, dont nous avons précédemment parlé '.

La galerie publique d'Anvers contient une reproduction exacte du morceau de Bruges, où se trouve dessiné le chanoine Van der Paele. Ce second ouvrage n'est pas aussi beau que le premier. Il excite néanmoins le plus vif intérêt , à cause de l'extrême fidélité de l'imitation. Peut-être faut-il le croire de Yan Eyck; mais, dans l'hypothèse contraire, il prouverait que l'artiste, ayant un modèle semblable sous les yeux, regardait son travail comme une affaire de conscience et la simi* litude comme une obligation impérieuse.

Le même local renferme un ouvrage signé par le peintre et de la dimension la plus petite'. Il est dans son état primitif et porte encore le vernis que l'auteur lui-même a étendu à la surface : le cadre, imitant le marbre, n'a pas été changé. On voit au bas, dans une rainure, la devise de Jean : ÂLS iKH KAn, et au-dessous, dans une seconde rainure : Johannxs pb Eyck me fecit f complevit ANHO 1439. Il a orné jusqu'à notre époque Téglise du village de Dikkelvcnne, situé à trois lieues de

' Voyez plus haut, pages 82 et suivantes. * Il n 3S centimètres de haut et 16 de large.

lis HISTOIRE DE LA PEINTURE

Gand , sur l'Escaut. La peinlure nous oflFre la Vierge debout, drapée dans un grand manteau bleu qui traîne autour d'elle : les plis en sont élégants et simples. Elle a une cheyelure d'un blond pâle, divisée au milieu et rejetée derrière l'oreille ; celle-ci est placée fort en arrière , ce qui donne aux tempes une grandeur énorme; le front ne semble pas moins volumineux, quoique ceint d'un bandeau de perles. La Vierge nous apparaît comme une lourde femme du nord, à l'air un peu trivial : ses sourcils légèrement indiqués annoncent de même le pays de l'artiste. De ses deux mains elle presse contre sa poitrine l'eniant Jésus, qui lui embrasse le cou. Il n'est pas beau et les plis de son propre cou, déterminés par sa position et rendus avec une fidélité inopportune, sont loin de séduire les regards : une mince étoffe lui enveloppe le milieu du corps. Les pieds de sa mère sont appuyés sur le bout d'un tapis resplendissant, que deux anges tiennent par l'autre bout et déploient. Ils sont vêtus de longues robes flottantes et ont des ailes de paon. Derrière le tapis verdoient un banc de gazon et un bosquet en fleurs. A droite de la Vierge ruisselé une petite fontaine de cuivre, où l'eau tombe par quatre embouchures dans une vasque. On y admire le fini de Van Huysum et d'Abraham Mignon.

Un autre panneau, emboîté dans son vieux cadre, orne le musée d'Anvers; ce cadre imite

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aussi le marbre et offre aux yeux rinscription suÎYante :

Johannes deEyck me fecit. 1487.

Le tableau est une grisaille à Thuile. On y aperçoit d'abord une femme assise, avec de longs cheveux crêpés, descendant sur les épaules et maintenus par un léger ruban. Un livre ouvert, qu'elle feuilleté de la droite, occupe ses genoux; sa gauche presse la tige d'une longue palme. Le bas de sa vaste robe, aux larges manches, couvre la terre fort loin autour d'elle. Son visage est régulier sans être beau, parce que les traits manquent de finesse : à peine voit-on les sburcils. Mais la pensée, la méditation, la rêverie sont très bien exprimées sur ce calme visage. Derrière elle montent les deux premiers étages d'un clocher de cathédrale ; seulement il n'y a point de nef, aucune Irace d'église : c'est donc une vraie tour percée de trois grandes fenêtres. Des maçons travaillent sur le haut; des tailleurs de pierre, des ouvriers s'agitent au bas. Un groupe de personnages éloignés marchent vers la sainte. Au fond du tableau s élève une montagne que couronnent un village et une farteresse. Les champs sont remplis d'arbres et la perspective est très bien faite. Par un caprice d'artiste. Van Eyck a déployé un ciel bleu

«ur cette peinture incolore \ La femme du premier plan a reçu le nom de sainte Agnès, mais je crois que c'est mal à propos. Elle figure sainte Barbe, comme l'indiquent la tour avec ses trois baies, le château dans le lointain , le livre qu'elle étudie et la troupe qui s'approche d'elle : son père absent rCTient; elle porte déjà la palme du martyre.

Un troisième morceau de Van Eyck enrichit le musée d'Anvers. On l'attribue à Hemling, mais je suis persuadé qu'on a tort et qu'il appartient au chef de l'école *. Un grand fleuve en occupe le milieu, un fleuve que la lune éclaire de ses doux rayons. Il a une grande largeur, et des bords variés augmentent le charme de son onde limpide. L'astre nocturne brille au fond de la perspective. Saint Christophe marche dans la rivière, qui lui mouille à peine la cheville. Ses jambes sont nues : son vêtement se compose d'une tunique bleue et d'un manteau rouge, si Ton peut appeler de ce nom l'écharpe volumineuse qui l'entoure el se croise sur le devant de son corps. Un turban couvre sa tête et une forte barbe encadre son visage. C'est une mâle figure de campagnard sans élévation. De ses deux mains il presse un arbre entier sur lequel il s'appuie, comme un autre

* Ce tableau a été gravé par Corne! is Van Noorde, de Harlem, k la manière de Ploos van Amstel. » Ost aussi lopinion de M. Wappers.

homme sur un bâton. Le petit Jésus, portant une robe noirâtre , charge ses épaules : il a des traits doux, ingénus, et lè^e la droite pour bénir le monde. Le géant ploie sous le maître de TuniTers qu'il croyait d^abord un gracieux pèlerin. A gauche du fleuTe s'élève un rocher, où Ton aperçoit dans une grotte l'ermite ayec sa lanterne , lequel doit baptiser le colosse païen, presque aussi haut que le rocher. Les couleurs sont très intenses, les ombres dures comme pendant la nuit : l'exécution ne rappelle nullement Hemling.

La Belgique doit posséder un autre tableau, qui ornait autrefois le cabinet de M. Van Rotterdam, à Gand, que l'on a yendu après sa raort, que le Gouvernement belge n'a pas toulu acheter, et qui se trouve à Anvers, sans que j'aie pu savoir ohez quelle personne. Il représente l'Adoration des Mages : Lb Messager des sciences et des arts en a donné la gravure (années 1829-1850); M. Van Rotterdam y a joint une explication; il en décrit les figures, puis il continue de la sorte : « Tel est le sujet de cet admirable tableau, certainement un des plus parfaits ouvrages qu'a produits le pinceau de ces grands artistes; c'est à la fois un cheM'œuvre de dessin et de sentiment, dont aucun commentaire ne pourrait augmenter le mérite; la vigueur de son coloris est telle, qu'exposé dans mon cabinet, au milieu des productions des premiers maîtres de l'école flamande,

tâ6 HISTOIRE DE LA PEINTURE

tels que de Rubens et Yaa Djrck, il ëcraae tout ce qui l'entoure ; découyert, il attire seul les n^rds des amateurs , même de ceux qui sont le moins inities dans la connaissance des beaux-arts. » Ce passage prouye que M. le professeur Van Rotter^ dam n'était guère initié dans la connaissance de la langue française.

Le catalogue du musée de La Haye attribue aussi à Hemling une Descente de croix % où règne le style de Jean Van Eyck. Un paysage en miniature forme la perspective : on y distingue une ville et une habitation féodale entourée d'eau. Les figures du premier plan ^ vraies et communes , semblent toutes des portraits. La Vierge et une sainte femme ont le front couvert par leur mantille, selon la mode bysantine. Le Christ est maigre, décharné, sans caractère divin : non-seulement la flamme vitale parait absente de ce triste corps, mais on dirait une momie. Les habillements sont peints avec une extrême finesse, la couleur a une grande vivacité. Les deux belles têtes de saint Jean et de saint Pierre l'emportent sur les autres. Un évêque agenouillé doit être le donateur. Les prétendus Van Eyck d'Amsterdam n'ont jamais occupé rhomme célèbre, ni déshonoré son pinceau.

Nous traiterons beaucoup mieux les ouvrages qui ornent le château du roi de Hollande. Us sont

> Elle porte le n» K9.

au nombre de trois et d'une parfaite conserYation. Ha se trouvent minutieusement dëcrits dans le catalogue, de sorte que nous y renverrons le lecteur. L'un nous offre une Annonciation, les deux autres la Vierge et son fils. L'interprète du Seigneur porte des ailes de paon d'une extrême magnificence, une robe de velours vert à grands dessins, un splendide manteau en damas où Tor et récarlate se disputent les regards des curieux ; l'opulence de ce costume ne saurait être surpassée. Le parquet de la salle attire aussi la vue : plusieurs sujets de l'Ecriture y sont esquissés, alternant avec les signes du zodiaque. Le tableau qu'on nomme la Vierge de Lucquee ' présente encore de merveilleux détails : on admire surtout un chandelier, une fiole et un bassin de cuivre rempli d'eau, qui occupent une niche; deux pommes placées au bord d'une fenêtre, à gauche, excitent le même étonnement.

On conserve dans la galerie du Louvre les JVoces de Cana, où le Rédempteur bénit les vases que lui offrent des serviteurs à genoux *. Les convives sont assis au milieu d'une salle étroite, dont le plafond est soutenu du côté de la voie publique par des colonnes, entre lesquelles la vue plonge et aperçoit une place avec des maisons gothiques

' Il appartenait jadis au duc de ce nom. • N» 458.

richement oraées. Un gros moine, la léte couwrie d'un bonnet noir, les observe du dehors : un jeune domestique franchit le seuil et apporte un gâteau. Jésus, placé à gauche et vêtu d'une robe grise, a un air digne et tranquille : sa mère joint les mains en signe d'étonnement et d adoration. Sur le devant , le marié découpe et fisit les hou* neurs du repas : ses cheveux lui tombent jusqu'aux sourcils, et là sont taillés en ligne droite et horizontale. Quant à la jeune épouse , elle siège au fond de la pièce. Des arbustes fleuris se déploient comme une tenture derrière elle. Elle porte une robe cramoisie, doublée de blanc et à grandes manches, qui dessine on ne peut mieux ses formes : un manteau de même couleur, doublé de la même manière , retombe sur se& bras ; des cheveux admirables, fins, légers et crépelés, descendent à leur tour sur le manteau. Une élégante coiffure pourpré , avec une sorte de diadème en pierreries , couvre sa tête. Nul visage ne saurait être plus charmant, plus doux, plus modeste que sa figure. Elle baisse les yeux ; mais on sent qu'elle n'a qu'à relever les paupières , qu'à dévoiler ces chastes merveilles pour inspirer des pasttona profondes. Le regard de l'amant communiquera sa flamme aux regards de la vierge : l'exaltation du bonheur, les transports de la volupté remplace* ront les craintes pudiques de la jeune fille. Van Evck ici a un moment abandonné ses terres-

.très g;oûts et, comme dans V Agneau mjfstique, cherché des formes plus suayes que les formes habituelles. Les autres personnages ont tous un air de calme et de bonté qui gagne le cœur. Ils ne s'occupent pas l'un de l'autre : leur attention est absorbée par le fait miraculeux dont ils sont témoins. A droite et à gauche , dans les coins du tableau, s'agenouillent les donateurs : la donatrice, Têtue en religieuse, a une robe de velours^ doublée de fourrure, qui lui sied à merveille : elle est pleine de grâce et d'attrait. G>uleur fine, intense et brillante ; dessin minutieux et ferme.

Les Parisiens peuvent encore examiner une seconde image. Elle offre d'un côté la Vierge et son fils, de l'autre saint Joseph ou plutôt le donateur à genoux sur un prie-Dieu, montrant par son attitude sa vénération pour le groupe sacré '. Marie occupe la droite : elle est noyée en quelque sorte dans un vaste manteau d'un rouge sombre et d'une étoffe très épaisse, comme l'indiquent les plis. Ses cheveux séparés au milieu de la tète glissent derrière ses oreilles et couvrent ses épaules : un petit ruban noir les presse en guise de bandeau. La figure, qui est jolie, exprime la paix^ le recueillement, la chasteté; mais elle annonce un caractère opiniâtre et une fastidieuse pruderie. Au-dessus de la Vierge plane un ange vêtu d'une

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