CHAPITRE VI
MaetplMi dlMi ¥•■ Eyck.
Pierre Qiristophsen.—* Gérard et Jean Yan Der Heire.^- Hugo Yan Der Goes; biographie^ tableaux de sa main. — Rogier de Bruges; sa biographie, sa manière et ses ouvrages. — Antonello de Messine : caractère et description de ses peintures.
Nous ayous parlé déjà de l'influence qu'exercèrent les Van Eyck; les deux jumeaux fondaient une cité nouvelle, dans un payspropiceibiendeshonunes, qui fussent restés engourdis sous l'ombrage soporifique desiraditions etdela vie commune, électrisés soudain parleur appel, se hâtèrent d'accourir; unepopulation d'artistes vivifia la solitude; ce fut une espèce de Rome septentrionale, qui gouverna longtemps le
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domaine de la peinture. Elle n ami «innMment pas de bardes , ni d'hi9toneiis;sî«i&iw& eu peine à retrouyer quelques dèlifls wIb^iî Eyck, si une pâle lueur éclaire leur tombe ^oiivt de plus épaisses ténèbres yoilent leic*^^** cropole. Le temps a presque détruit U mtMtt leurs disciples; quelques souvenirs épsnta«i seuls échappé; il nous faut les ponsaiinèi» l'ombre , comme on cherche dans une o^f^ ^ ruine les ossements de ses aïeui.
Celui de leurs imitateurs sur lequel oo pos«i: les documents les plus anciens est Pierre On*phsen. Yasari le nomme PietroChristaclteni» parmi les élèves des deux frères. La date it^ naissance, Tépoque de sa mort, les joies et 1» otastrophes de sa vie sont également inoonnoes U critique Passavant a fait l'acquisition d'un taUci^ de sa main, qui se trouvait dans la g;alene ^ M. Aders, à Londres; un coup de pinceau a^à^ effacé la signature; on enleva la couleur et ou aperçut l'inscription '. Ce travail représente la Vicrp, qui tient son fils sur ses genoux ; elle est as»se soa un dais porté par des colonnettes en cristal et don les draperies sont brodées en fil d'or : deox propb tes sculptés ornent le haut du trône, Adam et È forment saiUie plus bas. St.-Jérdme, un livre à main , dans une grave et belle tfttitude , ooeupe
* Nous Fatoits reproduite pins haut . jiage 80.
^uche de Marie : de Vautre côté, St.4^rançoiS) armé d'un crucifix à manche de cristal', regarde 'avec tendresse le noble ekifant Berrièore lui la porte dé la ehambre est ouTerte et Ton aporçoit un paysage. La havdbsse et la finesse de rexécutîon , la vigueur du coloris iraliîssent une grande puissance. Le petit Jésus y que l'artisle a moins soigné, rappelle, tant pour la forme que pour l'expression delà tête, ce*" lui de Jean Yan Eyck appartenant au musée de Bruges '. Ce tableau, qui pwte le chiffire de Tannée 1417, est le plus ancien ouvrage connu ^ peint selon la méthode nouvelle. Fait bizarre ! • aucun morcean exécuté par le maître de 1410 à 1420 né nous demeure, un seul travafl de cette période bcave Isa siècles :! al doit son existence aux éCferts d'un élève!
Le musée de Berlin renferme une seconde production du mèmeartiste : on j voit le portrait d'une jeune personne de la famille Talbot. Il est signé : Opus^ Pétri Chri^iophori. Le style ressemble à celui de rôuvrage précédent et à la manière du jeune YanEyck.
H. Oppenheim, de Cologne, possède un troisième tableau, peint jadis pour la corporation des orfèvres d'Anvers. Il représente St.-£loi , qui vend un anneau 4^ mariage à des fiancés. Aësis derrière son comptoir, où brillent des vases d'argent, des perles,
* Passavant, KunttblaH^ 1841, n« 4.
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du corail et d'aairés joyaux, il pèae la bague d'un air attentif. G>nduite par son amant , la jeune fille lère la main pour saisir le précieux bijou , mais sa figure et sa pose expriment la modestie et le respect. Le recudUement des trois acteurs, surtout du mari futur, donne à la scène un caractère grare et religieux. La composition est des plus simples : les traits, les attitudes, les gestes ne manquent pas d'expression , quoiqu'on n'y trouTC point le senti* ment et l'énergie de Van EydL. Le type delà femme s'éloigne de son goût; la couleur vive et brune n'a pas non plus son moelleux et sa transparence. Derrière St.-Eloi, on observe un miroir où "nennent se réfléchir la rue et deux personnages qui passent ^ n porte l'inscription suivante : Pite**. xra. wbu WEca. A- 1449 •.
n y a seulement un petit nombre d'années, M. FrasineUi achète en Espagne deux ailes d'un triptyque et les expédia de Ségoyie à Francfort sur le Mein : elles provenaient d'un cloitre de Burgos. L'un des vantaux renferme deux sujets : Y Annonciation et la naissance du Christ; l'autre , h Jugement {iemier. Le Seigneur trône sur l'arc-en-ciel, escorté des saints et des apdtres : ses pieds ont pour appui un globe de cristal. La colonne, la croix, tous les instruments de la Passion se groupent près
* Gcsehichte der deutschen und niederlandischen Malereî, von Holho.
* Passavant, Kuiatbiaii^ loc. cit.
de lui , en témoignage de ses douleurs. Les anges de r Apocalypse font raisonner leurs trompettes; St -Michel, au centre du tableau, écrase d'un pied Satan et de l'autre la mort : au-dessous de lui, des diables monstrueux tourmentent les damnés. Sur le premier plan , les générations défuntes sortent de leurs toinbeaux. On y remarque cette signature :
PRTmVS XPE. JIS FBGIT , AITHO DOMINl MGGCG. L. II. L'eX<*
térieur des volets nous montre StrPierre et St-Paul en grisaille.
Un homme dont l'image ne se dessine guère mieux dans le sombre crépuscule de ces temps éloignés, c'est Grérard Van der Mdre. 11 fut disciple des Van £yck et peignait à Gand; il y avait exé* cuté le portrait d'une nonne 9 qui mourut en 1447 et appartenait à la communauté des pauvres filles de Ste-Claire : ce tableau fut envoyé en Picardie '. Cea faits et cette date sont tout ce que l'on sait du vieil artiste. U avait pdnt une Lucrèce fort belle qu'un amateur emporta en Hollande; elle fut ac* quise par un bourgeois d'Amsterdam et s'est depuis lors perdue ' M. Louis de Bast soutient qu'il aida les frères Van Eyck , pendant qu'ils travaillaient à Y Agneau mystiqtte^ mais 'A n'appuie cette hypothèse
* Extrait d*un manuscrit de la fin du IIS* siècle appartenant à M. Delbecq de Gand : Messager des Se, et des Arts^ année 1824, |)a[];e 132. — Passavant, Kutistreise dnrch Englattd und Befgien, page 579.
* Karel Van Mander.
f7i HiSTOmS M LA PBINTUR
daucutte preuTe ni matérielle ni morale '. Quel* ques ouvrages de lui nous sont restés. En premier beu , il faut décrire le tableau de St-Bavon. Il se trouve dans une chapelle de cette cathédrale et se diviseen trois panneaux. Celui du milieu nous offre le Rédempteur et les larrons sur la croix : Jésus n'est point remarquable : le voleur doué à gauche se tord d'une manière convulsive. Un assez grand nombre de personnages occupent le devant du terrain, mais ils sontépars, mal coordonnés et format une scène dépourvue d'ensemble. La vierge défaillante et les deux saintes qui la secourent ont des tètes gracieuses. On admire Texpresâon de Jean, pleine de douleur et de piété. Un beau cheval blanc j que monte un soldat , est une copie de i'HiiimàL qui porte Hubert Van Eyek , sur les volets de Y Agneau myitique. Le compartiment de droite représente le serpent d'airain : les couleurs en sont plus vives que celles des autres. Grérard Van der Meire a très-bien rendu l'agonie d'un homme, qui expire sur le premier plan : un autre individu, recmumandant à un des personnages de tourner les yeux vers le signe salutaire, mérite encore des éloges. Une foule conduite par l'espérance débouche d'une vallée, comme sur les ailes de V Agneau mystique. Le compartiment de gauche nous fait voir Jésus remuaDt les eaux de la piscine. Dans le fond de ces trois
^ M. Hotho Irouve , eonime nous, cette opioion injustifiable.
FLAMANDE ET HOLLANDAISE. 17tt
panneaux m déaroukat de ijraad^pajFiages peu iMtr* uumieux de couleurs ; elles y trauehent l'une sur lautre. Le dessin a toute la fiaesse de Ficole, bien des tét^s semblent des portraits \ les nuances sont p^le^^.les.chairs blf^fard^; on regret^ Ténergique pix^oeau des Van Eyck. Les draperies. trainantes et mal agencées ne valent pas n(m plus leurs costumes.
L'église St«*SauTeur, à Bruges, renferme une autre production de Van der Meire, qui a la plus grande analogie iirec la précédente ; elle est fort beUç Y quoique dans un. ^t déplwahle. Elle nous oflpre Jésu3 portant sa croix , Jésus entre les deux larrons, puis Jésus détadié de rinatrumeat £atal : aucune division ne sépare ces trois actes d'un même drapée» Comme à SL^^Bavpn, le Christ, est peu inté* resss^it ; , le voleur de gaupbe est tout à fait pareil et les. deux St,rJ^an o^t une. extrême tnmilitude. Le dessin.se recommande par une égale fermeté, le coloris surprend par- une égale pâleur. La Vierge estbeUe, plus belle qu'à Gand; le disciple bien-» aimé çbara^e anspiles jeux. Uadeleine devant le Christ mori a droit ^u plus vifs 'éloges; la têteocnir mune d un individu, qui examine le. Rédempteur sur la croix, brille d'une étonnante vérité : la manière flamande s' j montre d^à complète. Une vaste campagne s'étale derrière les figures. Nous avons appelé l'attention de la fabrique sur ce tableau qu'on laissait dépérir.
On attribue encore à Gîérard Van der Meire un
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craeiBement et un enterrement du Sanveur, qui fimat partie d'un autel suspendu au musée d'ÂB- ▼ers \ et deux tableaux du musée de Berlin.
Hotho caractérise fort habilement le style de œ peintre et nous ne pouvons mieux faire que de traduire ses paroles, c Aucun disciple des Van EjdL ne s'est approprié comme lui l'élément que Hubert apporta des rives de la Meuse, c'est-à-dire, le goât des artistes de Cologne. Il s'efforce à la vérité d'j joindre les traits essentiels du genre créé par lerieiix dessinateur et agrandi par son frère ; mais à œt égard il n'obtient qu'un demi résultat. Il assemble dans un large espace un grand nombre de personnes diversement occupées, il multiplie les circonstances et les expressions. Mais il groupe mal et , au bea de former un tout harmonieux, éparpille les figures, en sorte qu'elles ne rempUssent pas d'une manière satisfaisante le champ de ses tableaux. Les corps très-alongés ne révèlent point le sentiment des proportions humaines. D n'individualise pas complètement ; les gestes trahissent bien une heureuse intention , mais elle n'est pas rendue avec suooès. n emploie pour les visages, surtout pour les visages féminins, un type asseï uniforme; ses jeunes tèles nj^Uent les artistes de Cologne : elles sont douces,
* PassaTant, Lettre à M, Delepierre^ Messager do Sdenoo et des Aris, année 184i, page 213.
* Wangen, rotelcyiie di» ^«sce; ils portent les noméros 18 et 23.
ont un peu la couleur du parchemin et tournent au gris dans les ombres. L'agencement des costumes diffère de mérite, selon les personnages : il indique le plus souvent la posture et la forme du corps, sans néanmoins attester une science suffisante. Les draperies, dans les petites figures, ont quelque chose de mollement élancé, dans les grandes, elles se brisent en plis durs et raides. Les fonds agrestes sont semés d'arbres, de buissons épars, de rochers très^nombreux, mais qui n'annoncent point une étude séyère de la nature et prennent sur les derniers plans des formes fantastiques.
c C'est relativement à la couleur que Grérard s'éloigne le plus de ses mal très. Ses tons clairs et légers ressemblent au coloris des peintres rhénans; les nuances chaudes et brunes des Van £jck disparaissent tout à fait chei lui. Il se sert volontiers pour les habillements du bleu et du rouge vifs, du jaune pâle, de l'ardoisé, du violet lumineux. Les rocs 8<mt d'un brun jaunâtre, le gazon éckiiré par le 8ol«l prend aussi une teinte d'or. Van der Meire n'ose pmnt tracer des ombresrigoureuses et le tcmp^ kiirmême, qui assombrit les tableaux, n'a pas corrigé la faiblesse de son clair-obscur. La vie intime et l'originalité manquent à ses conceptions, la force et l'harmonie à sa couleur. >
Gérard eut un frère nommé Jean, qui se forma aussi dans l'atelier des Van Eyck et fut un peintre habile. Un de ses ouvrages, exécuté pour Charles-
le-Téméraîre, représentait Ylnauffuraiion de tordre de la Toison d'or. D était en faveur à la ooor de ce prince et le suivit dans ses campagnes. D doit être mort à Nevers, en 1471 '.
D'autres élèves marchèrent plus librement et plus hardiment sur les traces des Van Eyck. Les épisodes tirés de Tévangilc obtinrent leur préférence : ils peignirent la Vierge et son fils, la Nativité, Y Adoration des Mages , la Cène , le Crucifiement et la Sépulttê^e. Les histoires g^^andioses, mais sombres, du vieux Testament charmaient peu leur esprit tranquille et leur âme ingénue : ils ne les traitaient que par exception. Ils ne représentent jamais la sainte famille, comme les Italiens, ni St. Jean sous les traits de lenfance.
Ib n'égalèrent point leurs maîtres, quant à la poésie de la conception, à la profondeur des caractère» et à l'imitation exacte de la nature en général, aussi bien que des individualités. Ils cherchent à oompenaer leurs désavantages par une plus grande souplesse , par l'abondance et la variété ; ils font preuve de soin et d'un talent d'exécution réel.
Dans cette classe d'élèves s'oi&ent à nous Hugo Van der Groes, que Vasari nomme Hugo d'Anvena. La date de sa naissance est inconnue. D'un esprit vif, d'une intelligence pénétrante, il devint unar
I ImmerjMïel , De levens en verken der FMlamiscke en yiearnsche lÊtHtU€kMers ^ elc
FLAMANDE ET HOIXANDAISE. 179
liste habile et remarquable. On voyait autrefois de lui dans une maison de Gand, tout à fait environnée d'eau etsituée prèsdupontappelé le Muyderbrugje, un magnifique travail dont une eîreonstance de sa vie augmentait encore l'importance. Ce tableau peint sur le devant d une cheminée présentait aux q>ectateurs la rencontre d'Afaigaïl et de David. On sait que Nabal ayant refusé les vivres qu'on lui de*mandait de la part du chef hébreux, alors errant dans le désert, celui-ci marcha vers sa demeure sur le Carmel avee quatre cents hommes, pour y porter le fer et la flamme. Heureusement Abigaïl , la compagne de ce riche avare , eut le pressentiment du danger qu'ils allaient courir; elle chargea des provisions sur une béte de somme et s'achemina du côté de David» E^e l'appaisa en se jetant à ses pieds, en l'implorant d'une manière éloquente et en lui offrant toutes» maison. Telle est la scène que Hugo Van der Goes avait traitée. Le prince furieux se tenait noblement sur son dieval; l'épouse sensée l'arrêtait, le calmait par ses discours : elle était suivie de ses femmes et cette troupe charmante avait tant de grâce et de dignité que, selon Van Mander, les peintres auraient dû envoyer les modèles à leur école , pour apprendre les bonnes manières. L'in* vention, le dessin, la couleur, les expressions du tableau étaient admirables, et il ne faut pas s'en étonner, car un brûlant amour inspirait l'artiste. Un nommé Jacob Weytens était propriétaire de
m) IIISTOIRB DE LA PEINTURR
rhabilation et possédait encore une fiUe trè9-belle dont Hugo était yiolcmment épris. N'étant pas marié, il sollicitait sa main ; il avait reproduit ses formes dans cet ouvrage et la passion avait douUé son talent.
Lucas de Heere, au seizième siède, trouva ce morceau tellement parfait qu'il écrivit, pour le louer, un sonnet qui existe et où il suppose que les douces créatures interpellent le public. Elles ap« prouvent la manière dont lartiste les a peintes, se jugent très- vivantes, très-agréables; il ne leur manque que la parole, « défaut peu commun dans notre sexe, » disent-elles.
Van der Goes jouissait d'une haute considération à Gand 11 dirigea les fêtes qui eurent lieu dans cette ville , en 1467 , pour Tinstallatton de Charles* le-Teméraire sur le trône des comtes de Flandre '. L'année d'après, il travailla aux peintures de décor faites à Bruges pour la solempniié de ses nnepces et pour un chapitre de la Toison d'Or. D ouvra dix jours et demi , à raison de quatorze sous par jour ; on lui paja donc 7 livres , 7 sous *. En 1473^ il
■ }ltt»$ager des Sciences et des .4rU^ année 1896 « page 128.
* Extrait d*un regptstre de lancicnne rhanibrc des comptes, inlitalé : « Comptes de Fastré Hollet, toucliant les ouvrages fais en Toatel de monseigneur le dac de Boiirgoingne en sa rille de Bruges, pour y tenir la fesie de sa Thoison d'Or etlasolempnité de ses noepoes, aussi de plusieurs entremetz de paintures et aultres pour servir aux banquetz d'icrllcs en Fan MccccLxrm. » Celle pièce a été découverte par M. Schaves et donnée par lui À M. de ReiflTeiiWg. qui Ta inséra
fut un de ceux qui oriièrânt la commune gantoise , à propos du jubilé. Il tenait encore la palette, trois années plus tard' . Peu à peu le dégoût du monde, la crainte des justices diyines s'emparèrent de lui. Abandonnant les voies où court et gambade la mul* titude, il se fit ordonner prêtre; il devint chanoine régulier au monastère de Roodendale^ autrement dit Rouge-Cloitre , dans la forêt de Soignes , près de Bruxelles. II. passa pieusement ses derniers jours sous les chênes de cette belle vallée; il v mourut , sans que Ion sache l'époque de sa mort , et v fut enseveli. Les Augustins, compagnons de sa retraite, gravèrent sur sa tombe cette inscription tuipulaire :
Pictor mJGO vah dbr gobs humatushic quiescit. Dolet ars, cum similem sibi modo nescit.
Son principal clief-d'œuvre eut une singulière
dans son édition de V Histoire dtn dues de Bourgotjue, M. Schaycs est du très- petit nombre des auteurs belges que Ton c«time hors de la Belgique; tous la dotninaiion hollandaise, il avait uit emploi digne de lui; le gouvernement actuel Ta enchaîné dans une place inférieure, qui ne lui permet pas de continuer ses travaux. Tout le monde a {jagnc à la révolution, eioepté lui. Les Belges cependant s*irritent des plaisanteries de la France et de TAUemagne : le meilleur moyen d*y répondre ne serait-il pas de soutenir les hommes qui leur font honneur ?
> Selon Karel vau Mander , il déployait alors sa plus grande puissance : omirent denjare 1480 -t mee$t hloeide. Mais c*est là une des erreurs si nombreuses du vieil historien de la peinture flamande. Hugo  cette époque avait au moins soixante ans, puisqu*il avait eu pour maître Jean Van Eyok , morl en 1441$. et il ne pouvait ctrc dans sa plus grande ibi*cc.
IHi . HISTOIRE DE LA PEINTURE
destinée : il formait rornement d'un autel , dans Téglise St. Jacques, à Bruges. On y voyait le Ré- | dempteur crucifié entre les deux larrons , la Vierge ; et beaucoup d'autres figures, si admirablement, si soigneusement peintes, qu'elles charmaient et le peuple et les connaisseurs. Le tableau échappa au délire des Iconoclastes, mais l'édifice où il brillait fut changé en temple calviniste et les doctrines nouvelles y étourdirent les sectaires. Un peintre , dont Karel tait le nom par pudeur, conseilla de noircir le panneau et d'y tracer en lettres d'or les commandements de Dieu. Cette proposition barbare ayant été acceptée, il se chargea lui-même de l'exécution. Les fanatiques cependant furent contraints de déguerpir. On s'occupa aussitôt d'annuler leur ouvrage ; la peinture première était heureusement si solide, si ferme, si unie , que l'on enleva les lettres d'or et le fond noir encore gras , sans que le tableau eût souffert le moindre préjudice.
On voyait au seizième siècle dans l'église St. Jacques, à Gand. un morceau très-remarquable de Van Der Goes. Il brillait contre un pilier, où il servait de funèbre mémorial à un citoyen portant le nom de Wouter Gaultier. Le panneau du milieu représentait la Vierge assise avec l'enfant divin , haute d'un pied et demi tout au plus. Devant elle croissaient des fleurs, luisaient des diamants. L extrême délicatesse de cette œuvre , la modestie ravissante peinte sur la figure delà douce Israélite
enchantaient les curieux, et plus d'une fois Van Mander, comme il nous le dit lui-même, la contempla durant de longues heures. Il admirait aussi un autel du cloître des frères de Notre-Dame, à Gand i oii l'artiste, jeune encore, avait habilement représenté la légende ou Thistoire de Ste. Catherine.
Plusieurs tableaux de sa main existent encore. Dans le nombre est celui que Vasari mentionne et <|ui occupe la même place depuis quatre cents ans. On le voit au fond de Téglise Sancta Maria Nuova , à Florence , église construite par Falco Portinari , agent d'affaires des Médicis à Bruges. N'ayant point visité Florence , nous ne pouvons, que reproduire la description de M. Passavant. Ce triptyque ornait jadis le maître autel ; le panneau du milieu décore aujourd'hui la muraille à gauche , les deux volets sont placés à droite. Le premier retrace la naissance du Christ : Marie agenouillée , de grandeur naturelle ou peu s'en faut, adore son fils pouché devant elle : St. Joseph se tient à gauche , près d'une colonne; en face de lui, trois bergers en prière, qui portent le costume flamand. Des anges planent dans le haut de l'édifice ; l'ombre de la voûte les entoure , mais la clarté que répand le Sauveur illumine l'un d eux , ce qui est peut-être le premier exemple de cet effet et de cette combinaison, si souvent répétés depuis. D'autres créatures célestes s'agenouillent près du Rédempteur et chantent le Sancius pour le glorifier. On aperçoit le bœuf et
I8i HISTOIRE DE LA PEINTURE
l'âne indispensables : au loin se dessinent quelques maisons flamandes et un oâteau, où des pasteurs gardant leur bétail sont ayertis par un ange. Cette œuvre charmante est peinte de la manière la plus soigneuse ; les mains ont surtout une grande délicatesse. Les accessoires trahissent le même goût que ceux des Van Ejck ; des fleurs très^iaturelles s'épanouissent dans un vase sur le devant du tableau. Les tètes expriment une piété sincère; l'enfant Jésus est un peu roide, mais bien dessiné, bien posé. Les -deux volets ont souffert : l'un nous montre St. Mathieu et St. Antoine : le premier , quittent une lance , a une tète magnifique y l'autre séduit par une extrême vérité. Falco Portinari et ses deux fils sont agenouillés devant eux : dans le lointain se déroule un paysage que terminent des rochers. Sur le volet de droite brillent Ste. Marguerite, écrasant le dragon^ et Ste. Marie Madeleine, vêtue d'un manteau de damas blanc, broché en or; la fenune et les filles de Portinari s'agenouillent devant elles. De nombreuses figures peuplent et animent la campagne qui les environne \
La Pinacothèque de Munich renferme un St. Jean Baptiste de Hugo Van Der Goes : il est assis près d'une source , un filet d'oau y tombe dans un bassin pierreux et trancjuille. A sa gauche s'élèvent de»
' Amul^/att. année 1841 , n* 3 el siiivanU. — Mttsaytr dtx SctrMCfs el Jet Iris, aiuiée 1841 . pagr. 5l| cl 3 là.
rochers couverts de buissons; une Ibrèt peu épaisse borne la vue et communique au tableau la ina* jesté de la solitude : un cerf qui broute derrière les hautes colonnades du bois augmente cette poétique impression. Devant lanachorète fleurissent de douces plantes ; pour lui , drapé dans un grand manteau qui traine sur la terre et dont les plis se développent harmonieusement , il parait livré à une profonde méditation. Sa tète légèrement inclinée ^ d'où rayonne la lumière, sa chevelure, sa barbe aux mâles anneaux , ses paupières qui s'abaissent , son front calme et grave aimoncent la pensée. Un de ses genoux sert d appui à sa main gauche, qui tombe indolemment ; il soulève l'autre main et son doigt luontre les herbes de la prairie, comme s'il leur parlait et les interrogeait. Il n'est guère possible de mieux rendre l'extase, la préoccupation d'un ermite cherchant la vérité , la demandant à la nature et supposant une âme , un idiome aux silencieux obj^s qui l'entourent. Le petit agneau lui-même sem« ble réfléchir. Le spectateur se plonge aussi dans le recueillement : il se souvient des jours qu'il a pas* ses loin du monde , au bord des lacs , sur les pentes des montagnes , seul avec l'esprit de Dieu et les génies de son cœur.
Ce panneau ofi*re l'inscription suivante : H. V. D. Goes 1472. C'est avec les peintures de Hemling que l'exécution a le plus d'analogie. Le dessin ne présente pas la raideur que Ton observe dans quel-
ques travaux de Jean de Bruges. Le ton est moins vigoureux , la chevelure moins saillante , la couleur des nus moins finement dégradée , les ombres sont moins transparentes que chez Van Eyck et Heniling. Les chairs tirent sur le jaune, les extrémités ne révèlent pas non plus le même soin '.
Nous mentionnerons les autres peintures de Vao der Goes, dans la liste des tableaux faits par les disciples de Van Eyck, et nous donnerons alors les détails qui les concernent, détails peu nombreux, mais qu'il faut recueillir.
Le meilleur élève de Jean s'apelait Rogier ; on le surnomma de Bruges * ou parce qu'il était né dans cette ville , ou parce qu'il v résidait habitueUemeot On ne sait ni quand il vint au monde , ni quand il abandonna ce triste séjour. Il dessinait avec finesse et peignait d'une manière agréable, tantôt se servant de couleurs à l'huile , tantôt de couleurs à la gomme et au blanc d œuf. On employait alors cette dernière méthode pour historier de grandes toiles, que l'on suspendait en guise de tapisseries dans les appartements. On estimait beaucoup ce genre de travail, qui exigeait une habileté peu commune*, puisque, les proportions étant plus fortes, les erreurs de dessin et les autres maladresses
« Messager des Sciencti et Jet Arts^ année 1853, page 430. Une e»qiii!«sc du lableau se trouve jointe à rarlicle.
* Vasari , Karcl Vaii Mander; Faciiis Tappclle Rogerint Gei-
choquaient plus vite, plus sûrement. Karel Van Mander eut occasion de voir de*» toiles semblables , peintes par Rogier de Bruges, que l'on admirait et regardait comme trè»-précieuses ' . En 1 450 , année de jubilé, le disciple de Van Ejck était à Rome : il contempla dans Téglisc St. Jean de Latran une œuvre fort belle , qui représentait Thistoirc du patron de la basilique. 11 demanda le nom de Fauteur ; quand on lui eut dit qu'elle était de Gentile da Fa* briano, il le combla de louanges et Téleva au-dessus de tous les maîtres italiens '. Ses propres tableaux avaient déjà passé les Alpes; en 1449, Cyriaque d'Anoâne avait vu de sa main, chez le marquis Lio-* nel d'Esté, un Christ descendu de croix. Peut-être même lavait-il exécuté sur les lieux , ce qui prouverait qu'il demeura dans la péninsule pendant plusieurs années. Un fait légitime cette supposition : toutes les peintures de Rogier que Facius énumère se trouvaient en Italie durant l'année 1456. On ne peut guère croire qu'elles y fassent parvenues si promptement. U est bien plus vraisemblable qu'il les coloria pendant son séjour : deux de ces ouvra* étaient sur toile ^ ; quoique les anciens eussent déjà recouru à cette matière, on ne parait point en avoir fait usage dans les Pays-Bas avant notre artiste, pour les tableaux de chevalet du moins , car il ne
1 Karel emploie une forme dubitative : Ik meen gezien te hebben.
* Facius , De vins Ulwiiribns, pag« 4^.
'* Ejaadem sunt nobilcs in lititein pictara* , etc. Facius.
189 UlSTOiaE DE LA PELXTURE
s'agit plus ici des grandes décorations d'iutcrieiir qui nous occupaient, il y a un moment. Le roi Jean II , en 1445 , donna à la Chartreuse de Miraflores, près de Burgos, un triptyque où Ton vofait la naissance de Jésus, la descente de croix et l'apparition du Dieu martyr à sa mère, après sa résurrection, le tout exécuté, dit le scribe, par maître Rogel, grand et célèbre artigte Flamand ' On ne peut douter que ce soit notre Rogier de Bruges, mais ou aurait tort d'en induire, conmie certaines personnes, qu'il a visité l'Espagne; car le texte ne fait mention que d'un travail portatif : t Donacit pretiosissùnumetdevotum oratorium très kUtoria* habens.
Ce peintre a \ our nous un double intérêt; d'une part, il fut le meilleur disciple de Jean Van Eyck, de l'autre, il forma le talent de Hemling. Vasari mentionne un Atêsse*^ élève de Rogier de Bruges. Guichardin l'appelle Hausse ^ et Baldinucoi Ans di Bruges^, Dans le cabinet de Marguerite d'Autri* che, on admirait un panneau de Rogier, figurant le Sauveur mort, entre les bras de Notre-Dame, avec des volets de maître Hans^. On croit que lar-
* Fiorillo, loin. 2, page 514. — Waagen, page 19J. — Ralbcgcber, pages 45 et 44.
' Iiilroduzioiie, c. SI.
3 Descrizione d*Paesi Bassi. Anversa, 1567, p. 98.
* T. IV, pages 17 et 59.
j Ma\iiiiilicn l«' et Marguerite d'Autriche, par M. Lcglay. p. 99 et suivantes.
FLAMANDE ET HOLLANDAISE. «î<»
liste ainsi désigné est Jean ou plutôt HansHemling, comme on le nommait dans son pays. Fort habile lui-même, il servit à unir deux grands hommes : il transmit au dessinateur-poète la torche lumineuse qu'il ayait reçue de Texplorateur infatigable. Il mérite en conséquence toute notre attention.
La Belgique possède de liii une œuvre précieuse. Elle orne le musée d'Anvers et oflBre aux regards les sept sacrements*. Une église ogivale s'y déploie, claire y brillante et harmonieuse; on promène sa vue dans les nefs, comme dans une construction réelle. Le sentiment poétique dont elle est pénétrée nous éloigne des Van Eyck. On ne trouve plus ici leur gravité profonde; point de sévère demi-jour, point d'expression mélancolique. La lumière s'épanche à grands flots , la cathédrale semble gaie , suave et riante. Ni les formidables maximes, ni les pensées douloureuses, ni même l'austère sagesse des chrétiens ne peuvent régner dans cet air diaphane et sous ces voûtes sereines. L'orgue majestueux ne doit pas y déchaîner ses tempêtes, comme la voix menaçante d'un Dieu courroucé : le chant des jeunes filles ; les douces litanies des cloîtres doi • vent seules y monter vers le Rédempteur du genre humain , comme les fraiches notes de l'alouette au lever du soleil. Le génie tranquille et gracieux de Ilemling parait déjà vivifier ce monument.
' Pasjia^aiit et Boisscrée sont d^accorcl pour la lui attribuer.
i!»2 HiSTOiRB DE LA PBRtTUBE *
plus étei^du, est représentée I eaohavktwià gauche se déploîmit le bitptèine, la confession «tilacenfir' ihattoivi à 'dvefite, l^ordnft, le «mairiByr 'et-VotlglBieôfictionf. La fiancée '^st' belle, i^iitAq[oe<sM:4è«RS$ épaisses déVoilent sim origine flaHMndiB» Att-dasoi» de chaque ^oupese balance- un ongev <Iui'*])oKc nn phtlaetère, db dh litnwe in<ibri|iliiaf i rtlatiWau sacrement figuré plus bas. Les-teiichrteesaixtfstiqiies ci allégoriqnes'des Van Eyek se reproduistittiêi'dalis tonte letnr force. ■ . . * »
Selon- Hotho, Rogier de Brages a ^n4ore>€Rtéiiaié la repréRcntation de la Cène et le* «laiftynsde St. Eivisme, qui dédôt^nt Tégiise fltr Pîevrêi^tÀitmit^ain, et le martyre dé 9t 'Hifipoi7te , crniaer^éidaYis legKse <St: 8a«iyeur à Brîigi^s. * Ikris noM crajoas qu'il se trompe et r^ous donnerons frimloin^nosnotïfs: il semble^d^aiHeurs^n'ai^iiipHa vuf<wsUMtfMK, ofdf iés avoir -eiavyrfnéaiiPiinè nmnièrci ^leii^atlmitsre. Les descripCiônsqu^len h^aoeVAutinilieut dfaramtvs.
Passavant a mis horsr de^doute^ l'aiilhétifieilé d'un ouvrage, qui orne lat galerie StaoduS , à FHiiioftth liir le Mtdn. Voici cOttiiMent il en pifiic^ i 4iCtè'tltbléau, à fond doré, représente là Sditmi$(Vîierge;'lm9Dl^etofaut Jésus, debout sôtis «iiy difis rioliemetotoinné, dont dent anges tiennent lés rideaux/ A' gtftioke,rOn voit St. Jean-Baptiste, patron de Florence; «àdraile, St. Pierre avec St. Côme et St. Damien, patrons des Médicis. Le socle présente au spectateur trois écus; celui du milieu contient les armoiries de Florence,
FLAlfAIfDB ET HOLLANDAISE.
«m lj8 rouge sur un fond blanc; on a gratté le blason qui enrichissait les autres, de manière que le panneau se trouye à nu. On j remarquait sans doute les emblèmes des Hédieb. Cette composition appartenait au professeur Rossini, de Pise. Les données de cet amateur prouTcnt qu'dle fut peinte par Tordre de Pierre et de Jean de Médicis, personnages qui yécurent, le premier de 1416 à 1409, le second de 1429 a 1463 '. » Les têtes ont une noble douceur, un air graye et réfléchi dont Toeil est d'abord charmé. St. Pierre se livre à une profonde méditation et pourtant nulle raideur austtee ne dépare ses traits, qui expriment la bienveillance. Un splendide manteau, drapé en lignes harmonieuses, lui prèle une nouvelle majesté. Sur le devant de la scène foisonnent une multitude de plantes : on dirait un bocage en miniature, où les Ijs tiennent lieu de grands arbres , où les fleurs moins hautes remplacent et simulent les futaies ordinaires.
On attribue aussi à Rogier de Bruges un portrait de Pfailippe*le-Ban, qui orne le musée d'Anvers. Il est trè»*fini, plein de détails, mais sec de touche. Le duc porte le collier de la toison d'or. Ses cheveux taillés en rond autour de la tète couronnent sa laide figure d une espèce de calotte : ses tempes sont ooni- [Aètement à nu, jusqu'au sommet des oreilles. Il a
* Le Ménager des sciencet et des artSy année 1858, renferme une gravure de ce tableau. St. Pierre n*est pas k droite, comme le dil M. Passavant, mais à gauche, avec St. Jean -Baptiste.
iU QISTOIAC DE LA FBIKfkrRB
taché nr JIM foiidi irart-iinifontié j ^tme laufitocë pm a^réablet'llii ëne&ArèkiieBt4ite<lMHr8ciA)lté^^à')0«^ oommè) oeav dus AtaUfes 'de< cam joigne / îenvirMÉfé cotte pttMiaTe.' Le style oénfiliqtiè dcis èmeitttttils^, où logi^ i^Tègne prescttiephis, dalë'dè Iftfin'dh -sff siècle, n pourrait faim doufter; 'mtÛgité Vn^pii^n de > Passavant' ^ que le tableau ' »oil de Rc^gier de Bruges 1 nous erctyons * ausâ ttfès-peu eevtain qy-'tt Kepirésente Philippe-le^Bott. Mais si V élève prind]»! de Jean Van Eyck en est l'auteur, il doit 'l'être é^ lemsntdu tableau tout^à^fait afnaldgue qu^du' tÎM dans la même gakite. Un moine f ressort; *aféÉ 'tili^ lieud'uniond vert : il f»t kabiUé deblan^'èrMil ei^chon) tombe sur ses lépaules. i/éxèoMlll^à^tW(ê finesisDBeniarquable, maîs' on n^y'^trCmwttM de moëlkttx. La couleur seniée, intensif; né' bitiypoiM d'un éclat aussi grftnd>qpôi^eliez4lls>^Viatt(SSjp^^^ "t<'
Les autres ouvrages , cpn prissent pour être dos au talent de Rogier, figureroiit plus loin , dans le catalogue de ses peintii]:es, ,m,m,m>ma
Nous avons laissé Anlonelki ddHesHneii^ Venise, sollicitant les bonnes giràces dés ri^bbCèislîniÈss et les faveurs de la gloire, cette courtisane, trop lacile ou trop exigeante. Après avoir, fini <soiii travail' dans l'église San Cassano , il peignit les portraits d'un
* Lettre à M. Delopierre, Meggag» dêëStiences ettbfî jitis\ année 184â.
PlrAHMIM £T HÛLUNDAISfi. 19»
Wi^ gTiWd nombre de'pffr80iiae8..Il)ml.prolnMe qu'il .visite (la'SJktki ^laii^roMo^oil^ddiBeuia pl«* m^r^ «apôeaiiv.]!ftL)miv<oiiiU'iioquitifimfigfaBdeTé* ptVtlAiw^.pW ^i^PMvriige» '.nEvfinjderdbiniiSoitve* wrslQiVappelàrepi^ à-YeiMBcu la Setgoeunolo chargea d^phweMxs tablwuXifmur kipalaii QonMHmul s ik dev0i€ut animer la{i0bain)ire'4a conseîL Le.iyieax piwqMÎSi de DKaptoiie^ ^heniha inuliilettient.Nà lai siib«tîtai^ nn pfsmtKodfi Vémmei.Franoesoo di MonfigOOU^i'CpA'îl.avaitiprift à «on aervioe.etidoni l'hall» piaepaa lui exécuta mainte pcodiU($tion«iLe'lie»* sifioia obtint la piéfèranoe, mais il ne 'put achever 90B labow. navait traeéfleB oartoiAdaBdivarsitiçets, lQf0q« il' fut pris d'une pleurésie , dont SI wmùmâ à V,4geide 7.9 ans '« Les artistes, qui laimaienb el le i^^QttaicpMif iui firent de splendîdes ofaaèqnea, 'pomr lui fa&iAo^er< 'leur reconnaissanoe de la néthode qu'ilileur . £|vaiit enseignée. Ils gravèrent sur sa tombe une éplîta^h?! pleineNdâ» Bd^es iSontimentB* .
Ant4>nitts Pictor, praecipanm Messstntt soae cl Sicilits ...Mf'tfAw'vnvmichiuai) hdé baoÉieoiitA^ur; Nimsoloiri
t . sw^l^pffît^Qi%il^qll;bpf0Îng^I|tfearUfîcîumet«én|uia4 fuit , ied et quèd coloribus oleo misoendU splendorem " * 'et pert>etuitatéfn primu^ Italie» pictara; contulit, '- n ■ • sumBMriam|wr arliflouiu étudio oelebratus.
* Maurolico, Histoire de Sicile^ livre 5, pag. 186, ]'« édit.
* L*arguineiitatioii de M. Thomas Puccini, dans son Mémoire historicO'Otitique sur Antonelîo de Messine, pfotiTC que 1c dernier n'est
196 Hérons m la PBimnmB
Ge qui Yeul dire : Le peifiilve Antonello, prineipal omonient de Messine, sa patrie, et même de toute hr Sîoile, repose seus celte terre. Les artisteftthonoh^ roui toujours iHeusement sa mémoire, non-seide^ ment à cause de ses tableaux , où l'on admire Une beanté, vne adresse peu ordinaires, mms encore paroeqii'tl assura le premier h la peinture itÉ^iènne l'âclat et la durée, au moyen des couleurs à Thuilë.
On était nlbis en 1493, date que Ton aurait dtt inscrire sur son tombeau pour ménager le temps ek la peine des bistoriens futurs '. De nombreux amie
pas flUM k 49 an, eoaime Tafilmiâ Vanri. Mais catttt ttrÊnr-^ \k&i pa^ d'une substiiutioa do cbillrei m W^.Pacisiiû «vaifi pu tf^ les mains la première édition des biographies italiennes, publiée en 15l$0, il aurait tu que TAge d*AntonelIo est exprime en chiffres romains : XXXXIX.
* Plusieurs tableaux réfatent en réfataieni victoneosemeni Tassertion de Yasari. Vinceniio Âuria, dans son Gngino /Mtriro(1698), assure qu'on voyait autrefois & Païenne, dans la maison de la famille Âlliata, connue aujourd'hui sous la nom de princes de Villafiranca, un Eect kamOy avec Tinscription : AuUmellui de Mesnmm me fecsf, 1470. Selon le Journal des Lettrés, impriaié à Bnase aatl7)IS, le monastère de St. Grégoire, à Messine, renfermait un antre ouvrage, qui représentait la Vierge assise , tenant son fils contre son lein, et portait le nom du peintre, à cèléde ce millésime : 1475. U y avait au xvi« siècle chez un gentilhoppune Y^Uen h portmit d'iw Vichck Yianello, daté de Tan 1471S : deux autres^ signés du nom de ra«U«Hr sont restés à Yenise jusqu'en ces derniers tempo s l'un avec la date de 1478, ornait la maison Yitturi; Zanettî le montionae pafoSl; le second, avec la date de 1474, décorait la maison Maftinenfo;Lansi en parle dans son Histoire de la Peinture ItaUeutte. Or, puisque Antonello vivait et travaillait durant Tannée 1478, il ne peut avoir terminé sa carrière à Fagede 49 ans. Jean Yan Eyck est mort en 1445:
FLAMANDE ET EOLLAICDAISE. 197
déplorèrent lama^t d'Antonello; mais le plus atteisté fut le sculpteur Andréa Ricdo, qui ayait fiait pcHir^lo'palait ducal les statues d'Adam et Eve; il le louait sans cessdi comme il en avait rhabitode ^pestdapt sa vie '. ...
LaBdgique possède une œuvre authentique de aa xoaiii. Qonservée pendant plusieurs géoérations dans la fiuniUe Haekamp^ à Gand, elle fut.veodue, il y a une trentaine d'années , au professeur Van Rotterdam, après le décès de la douairière Haelcamp de fialsberge. M. Van Ertbom laoquit. de M, Van Rotterdam et elle lirille maintenant parmi las tableaux les plus pvéeittux du musée d'Axnisers. Un billet fictif^ peint sur le tronçon d^nn pieu, renferme rinscription suivante :
anionellus oieuaneas '.•>/■ me 0^ {ûnzL
Antonello de Messine m'a peint à lliuile en 1445. Qn y voit le Christ entre les deux larrons. Il a
àècMeêpoqut à celle que tioo» venons de citer trente-trois s'écoulèitmt; Antoneilo, |>ar saiie, n*âurait eu alors que seize ans et aurait entrepris à 14 ou 115 le voya^re des Pays-Bas. Cest une donnée tout à Ikl^ improbable.
* Rîotfo, selon le témoignage de Scardeonio dans ses Antiqmlaie» Pûtoûmenns, vint an monde en 1440.Si Antoneilo était mort en 1463, on ne peut {pLicre croire qu'à celte époque le premier fût déj«î cclcbrc et depuis longtemps son ami.
cessé dé viVrb/cbmme nii(âit)[ue lé tdfa VérdàCre de ses didirs et là màîgreol' * de ^s *inëùiihrés ; tA)t^ ^ peSntres pi^iîiïitifîi, et mèMe^cétix'def M tîsùÉistàtùb^; ont fiM€|[ùemnlenl exagëré-k sifiistfê actièfi'dé'lâ moW. Pdur i^éndre pltis touchantes, pltt^ ^libél^ qùes SéS'dôtiléors dé Jt&strs; les soatfrahcès t^ mdirt^rs; pdnr appelée* sar 'eux tm plus- vi£ iiïtérêt, teuf* anle nafte cbérchait l'hyperbole. Os ckroyâfient faire acte de piété, en augmentant les signes qiie léftsseàt api^ elles les tortures. Un hobune qui^venârit' de périr semblait avoir longtemps s^dmmé 'dkM le tombeau; Sa oouleui' lividié , ^ (otiad^' plates , décharnées; ' lui communiqnaieut f apparence 'dTtmfe momie. La diose allait parfois si'loin qyil' àe rest^ sur les figures aucune tracé dé Teiisténce' qui'les animait jadis : on doute malgré soi quKflaflàmihë' inlërieilre de l'esprit ait jamais éclairé éeé^^Mt'^' putréfaction, objet d'horreur et de dégoût, ceslèVrès bleuâtres, ce front violet et marbré de teihtes 'repoussantes. Antonelloa montré plus dé nibdéraftion: la face du Christ oflfte une gtatidenAbîfesfeéi'àlè repos ^u'on j observe exprime mAts la ^ii^pen'iâèn de la vie que le calme du soitimeil. 11 est attaché sur une croix régulière : les voleurs sont 'tlàtiék' sirides troncs et des branches d*arbres, ce qui leur imprime de bizarres postures. Geltd de gauche a les bras passés derrière un rameau transversal : il' a rendu le dernier soupir et sa tête tombe en arrière. Ses pieds, que Ton avait fixés à une même branche
FLAATANOJB, ET IIQUANDAISE. 199
siffq, Iq l^^nw^ dç drpjte lii^ pflis qpp»ice t«^piif^..^(m sigp^ie^ et 119. pe^u . QODâerv^ de?, teûtfa^ vivantes. Il c^ s^^^dM^ pajTî Jes jdenix. poîfqetSi à. la ciioe ijnfléqJtWv.^A r<9rl)|:ç;; pp. a «lou^son pied droit svr im f^g]|^;vÇi9M?Jl>raiM^ ^t s^ pied.gauche plus .ba$, ^\tr Je, iKOQç w^me. .C'e^t le premier e9;iQii^le de .q^ at(#^u4i^ . Hovfi^ , .. yjolenles » dramatique , de : ces' £l|^Q^.dAtajas.,q|B^ Vm a jwillipliés ftux xvi* et xîf9%sièçl(iî8. : Ift ^i^çlle. £9p^lgnpVe^ fit uii jç^,. et le»69Al»d«! ^ftwl^pp j*P w, c^ choquantes 4wagps;9e ^Yfil^ffffPfii swM ^ft«lQ p^ndaul^ -se^ pérqgrina^fws. I^,t^f$ii| qui uQui^ W(^^p? prouye^que les^ho^mie^ 4]i^;ai^di pp^^pi:éçf&d^l^.)iQmmp9 du nprçl dam œlte
rpntç.^Pj;;fagte^J[4 yi^r^ç fioppui^^it |lti;eon3i^; pp la yqi^ à fiW^Çf flffai^^^sqr ce?, taAoçis çt qoçime h^ib^tée,p^r,iJi,e, d^^poi^^ A dfoite. St. Jean saigeqQiuUe.. ^YPP . gçâjçp .;. ua «eul, A? . «es gepoux touche la, tçrrp. IJjçi ^anJ^çau feii wvpl le? ceins et tombe (liicgofwwm^ awjpur. de £)a j^poJbtie rplcYi^. Wa des. traits ^ÏVjègJfea» ft»s,pt originaux: de loBgs cheveux d'un rovtx foqc^ couyrepjt s^ épaules, et. lui descendent jusque dans les jeux. Il joint les mains avec une expres^on enfifntine et pleine de charme. Sur le de* vant se Ucnt perché un hibou; derrière les croix,
broutant et «'ébattent des li^pini et des^srli. On Im * distingue au <nuliea «d'iia' pajttige^ dont le^rfeit pâk eneadne w^\ mer .Mené, cofûmeila Héflitemn&e» La»advei OHit eàpetit flMtibreiein^ddtt^^ dans kioatey^gne'et les t^nam tw i» deg cape iaintasBeanponoBÉoil x^peiTaira-tuie gtande poixié. JLea flowremn<dei l'Italie^ lee>àapepts^ la nature imén*dienale'è'nniflasni -amt goâte «qu'inspirant! ke tetee^ du-nerd^ Unnebande.hBkiiiedu'ead, nn édàtlait rajDoa de Beleil^nl traifiersé lea brames Jamamk» t ilsont engendré oe fruit faavoureux^ cùrbrillftaticB fnâdce perksideB rosées aqp|tettlriQBrieB.C&ttablfifu/ j'en aais oon^nncvi; a élè faitdans les Bajs^fiasv Qn^ a sonlociule ooniraint en alléguant qil'<9eribfiailil sur 'dp châtaignier saUTaga MmsifimmBnse*.*Qam^ meroe «de firagefe eapy^ae aedenls tMâspoki^dD^ee bois* dane b Tille* On leDorinvdiiiid'aiBan» en tous* lieux ^>paitoeqiBBil<s inaebte» ne irfittaqBentijht*« mais. On doit Vai^ov empiété pane faeadeenp^ d'Mh tresoUvrages de la méom éptxpie. •' ' i '
Le musée d'Aflnrvers contient attS8i< up^postrail du à Anftondlo* C'e^une fignre^oeseasc^ aTcb des poai«< mettes BaillantesyUJi menton- tiiàa«fiovty dés yritatxpen tils et un nei ^pinoé. II ne semble pas qu'iÉqfe >lAta de oe genre puisse aToir le moindre agfeénwHt{ ,die plait toutefois, grAee à une expressiott'bienwiHante, calme et réfléchie. Le teint oouleor de • bisti^e ncais reporte au sud de la presqu^le italienne. La coiffure est une espèce de calotte grecque, entièrement pa-
FLAHÂN0E ET HOLLANDAISE. fO\
reiUeaa banmel do Hemlmg, bonnet que Von re^ marque idaiiB touirles tableauA de oe temps. Des che- Teaxiooif% pvesqtie'erépus, tombent jusque sur les somvils et fiDUraent an Tolwne conndérafcle autour do la tète, il 'porte une robe noire^ dépassée par un petit ool de cheaùsa Derrière lui s'étale un* pojrsage que l'on dirait éclairé par les lueurs du soir et au* quel des teintes bleues donnent un faux air de Bren« ^el« On ji aperçoit une pièce d'eau où narigueai des cjgnes et que loo^ un indiridn monté sur un cheval bfame. Un palmier très*fidMement peint orne le bord le plus rapproebé du spectateur. L'bomme p^urimadci a dans la maiii une médaille romaine, iMSrant oettoînspfiption : nao. ouun». m&àa aoo. a a. p« m. tb. p. mnaATOB. Je ne suis pas éloigné de croire que la figme eA cdle du peinèpe lui-même. Le tjpe annonce un earaûtèrô entreprenant et hardi , insinuant et voluptueux, quoique doux et honnête, qui eorrespond apcErbien aua érénements de son eii^noe '. Voilà quels furent les disciples des Van Eyck, oeui-qui apprirent des grands peintres eux-mêmes la soienee du coloidst de la perspective, et les autres procédés* Ds eurent Ubre accès dans la retraite otr les frères déployaient mystérieusement leyr génie, où ils évoquaient et fixaient sur leurs panneaux les images delà nature, les fcurmes de la civilisation contemporaine. Ces deux maîtres ne leur révélèrent pas seu-
I Pour les autres tableaux, voyez le catalogue.
lement des moyens matérids, ils leur enseignèrent encore une méthode spirituelle, méthode complètement originale, issue des profondeurs de la vie néerlandaise, exprimant une époque et une nation, pleine d'ensemble, d'harmonie, de grâce et de beauté.