CHAPITRE V
LES PEIXTRi;S 1) HISTOIRE ET DE PORTRAITS
^;^ uisQUE nous sommes résolus à ranger nos
^Jié peintres par ran^ d'illustration , nous allons m'-Éll i"ious occuper du premier d'entre tous les maîtres hollandais, de Rembrandt, mais non sans avoir, au préalable , donné un salut à Mierevelt, à Ravesteyn et à Thomas de Keyzer, qui furent, avec des talents divers et une valeur inégale , les promoteurs de la peinture de portraits en Hollande.
Michiel van Mierevelt, fils d'un orfèvre-graveur, naquit en i568, à Delft. De bonne heure il montra un goût prononcé pour le dessin. Tout jeune encore, il grava un certain nombre de planches, puis alla àUtrecht, chez Blockland,oli il étudia la peinture, revint à Delft, peignit d^abord des natures mortes et des intérieurs, puis s'adonna au portrait et obtint, dans cette spécialité, un succès sans précédent. Sa peinture, mince, propre, finie, un peu froide, était faite pour plaire à son élégante clientèle. On peut dire que ce fut lui qui généralisa dans les Provinces-Unies l'habitude de se faire portraire. Sandrart rapporte que, de son aveu même, Mierevelt aurait peint près de dix mille portraits.
Quoiqu'on ait la certitude qu'il se soit fait aider par
Fie. II. M I C H K L VAN' M I E R E V E L T.
Portrait d.- femme. (Collection lic M. de Bi.ssières.)
son petit-rils J.\cob Delkk (1619-1661), il est croyable
que ce chiffre est fort exagéré. Il mourut en 1641, chargé d'honneurs et d'années, et possesseur d'une fortune considérable. Son principal élève, Paulus Moreelse (rSjit638|, natif d'Utrecht, où il retourna après avoir fait à Delft son apprentissage, égala son maître, sinon en renommée du moins en talent. Il apporta même dans ses ouvrages une intensité de vie qu'on chercherait vainement dans les peintures de Mierevelt. Fort apprécié de ses contemporains, non seulement comme peintre mais encore comme hom.me, Moreelse exerça à Utrecht les importantes fonctions de bourgmestre. Il mourut riche et entouré de T'estime générale.
Comme Mierevelt, Thomas de Keyzer eut pour père un artiste. Il était le second fils de Téminent sculpteur Hendrick DE Keyzer. On croit qu'il naquit à Amsterdam en i5g5 ; on sait qu'il se maria en 1640 et qu'il mourut en 1679. C^est à cela que se bornent les renseignements biographiques qu'on a sur sa peisonne. Sa peinture, d'une couleur franche et vive, d'une touche hardie, d'une puissance peu commune, l'accent de vérité qu'il sait mettre dans ses physionomies, le placent au premier rang des portraitistes hollandais.
Quant à Jax vax Ravesteyn, né en i58o et mort en i665, sa brosse large, grasse, peignit les premières assemblées de gardes civiques , les premières réunions de régents, qui appartiennent véritablement par leur style, par l'abondance de l'exécution et par la qualité de leur couleur, à l'Ecole hollandaise parvenue à son apogée.
En tout autre pays et en tout autre temps, ces artistes, ces grands artistes, devrions-nous dire, seraient
capables de nous retenir de longues heures. Plus d'un parmi eux est de taille à illustrer une école. Mais quelque talent quMls dépensent, quelque habileté qu^ils déployent , de quelque esprit ingénieux qu'ils fassent preuve, tous pâlissent devant Tauréole de gloire qui entoure le nom et les œuvres de Rembr.\ndt. Celui-ci n'est pas seulement le plus grand peintre qui ait illustré la Hollande, c'est un des plus merveilleux génies dont Tart du nord de PEurope ait le droit de se montrer lière; car on peut dire de lui qu'il est à la fois le Titien et rx\lbert Durer de son pays.
Comme Albert Durer, en etfet, il est un des plus grands « inventeurs » que l'on connaisse. Rien n^etfraye sa vaste intelligence ; il fouille dans son imagination comme dans un réservoir inépuisable, et chacune des compositions qu'il en tire possède un tel cachet d'originalité et de sentiment, qu'on éprouve tout de suite cette impression, qu'elle lui appartient tout entière. D'autres, en effet, s'efforceront de lui ressembler; mais lui, il ne ressemble à personne, pas même à Pieter Lastmax, son dernier maître.
Non seulement tous les personnages qu'il représente lui appartiennent, mais encore la lumière dans laquelle ils se meuvent, les costumes qu'ils revêtent, leurs attitudes, leurs gestes. Jusqu'à leur expression. Il a pu les voir ainsi dans la rue, à la synagogue ou sur les quais, les rencontrer dans le Jodenstraat qu'il habita longtemps. Mais en les faisant passer sur la toile, il les transforme. Ce ne sont plus des hommes qu'il nous montre, ce sont des caracères qu'il développe devant nos yeux surpris. Certains de ses rivaux peuvent être plus bril-
lants, plus tapageurs, plus à Teffet, nul n'est plus poi-