FIG. 15. REMBRANDT
La Résurrection de Lazare. Fac-similé Je l'eau-forte de Rembrandt.
chambre. C'est assurément la Timage la plus naturelle et la plus vivante de ce sentiment si élevé qu'on appelle la charité. Au premier plan, que voyons-nous? la bestialité la plus triviale sous la forme d'un chien qui s'oublie. Dans la Descente de croix, les disciples qui entourent le Christ, qui le soutiennent, qui portent ses membres ou retiennent son suaire ont Tair profondément ému. Une douleur poignante, une désolation anxieuse se lit dans leurs veux, sur leur visage, dans leurs gestes et dans leurs attitudes. Au premier plan, les mains derrière le dos, le nez au vent, le ventre rebondi, une sorte de commissaire de police pharisien assiste à la « levée du corps « avec l'indifférence d'un fonctionnaire ne voyant, dans cette lugubre scène, qu'un acte courant de son ministère. Dans le Jésus prêchant, pendant que tous les assistants semblent absorbés par la sainte prédication et écoutent la parole sacrée avec un recueillement profond, au premier plan, un petit enfant, couché à plat ventre, trace avec son doigt des tigures sur le sol, — et la distraction de cet enfant, tout comme TinditTérence du pharisien obèse et la bestialité du chien, rendent plus saisissante et la charité du Samaritain et la désolation des disciples et l'attention des auditeurs.
Par cette diversité de moyens, de procédés ingénieux, savants et surtout admirablement raisonnes, Rembrandt s'est mis, on le voit, au premier rang des inventeurs, de la peinture. Nous avons donc eu raison de dire qu'il est l'Albert Durer de la Hollande, avec cette réserve toutefois qu'il surpasse Albert Durer de vingt coudées. — Plus maître de son art, plus complet que le maître allemand,
ço HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
nous allons voir qu'il mérite également d'être appelé le Titien de son pays.
Il V a, en etïet, entre le mai^icien hollandais et le grand maître de l'école vénitienne, des rapports nombreux et pour ainsi dire évidents. Certes, leur idéal n'est pas le même. Mais, poursuivant chacun une voie différente, il leur arrive plus d^une fois de se rencontrer au passage et de se tendre la main, comme deux proches parents. Cette parenté éclate, pour ainsi dire, dès qu'on les met en présence. Au Louvre, par exemple, avec ces deux merveilleux portraits qui se font pendant dans le salon carré, mais surtout à Florence, au palais Pitti. dans la salle de Vénus.
Pour être juste, toutefois, nous devons reconnaître que, supérieur par l'invention et plus profondément penseur que son rival vénitien, le maître hollandais lui est de beaucoup inférieur dans l'expression de la beauté, telle que nous la comprenons. Comme une foule d'autres peintres hollandais, Rembrandt paraît n'avoir pas eu le sens de cette régularité de traits, de cette pondération de formes, de cette élégance, de cette grâce qui. pour nous, constituent le beau. C'est une note qui lui manque, un sentiment qui lui fait défaut. Cette délicatesse, ce choix, qui constituent le goût, sont la moindre de ses préoccupations, et son pinceau caresse des laideurs repoussantes avec la même complaisance qu'il pourrait apportera reproduire un chef-d'(tuvre parfait. Qu'on ne vienne pas dire, en effet, que c'est l'amour de la vérité qui l'entraîne, ce serait une injure inutile faite à la nation hollandaise. Qu'on ne vienne pas non plus le transformer en un pontife de la chose vue. Il n'v a qu'à
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prendre son œuvre et à voir la place que Thiérologie et Tallégorie y tiennent pour se refuser à une pareille explication de son manque de goût. Ou a t-il vu Jésus? où a-t-il rencontré Marie, saint Joseph et les apôtres? Oii a-t-il, dans son pays, découvert ces rochers, ces grottes, ces montagnes et ces ruines qui meublent ses compositions? Il eût pu choisir comme modèles de jolies hlles et de beaux garçons, mais il semble qu^il ait pris un malin plaisir à étudier le bizarre, à cultiver Tétrange.
Cest dans les nudités surtout que ce manque de goût se révèle. On dirait que, pendant que les Italiens, fidèles au précepte de Raphaël, s'efforçaient de peindre la nature, « non telle qu'elle est, mais telle qu'elle doit être », Rembrandt et un certain nombre de ses compatriotes aient pris à tâche de la représenter telle qu'elle ne doit point être. Car ces poitrines tombantes, ces Jambes cagneuses, ces ventres flasques, ces chairs molles, ces charpentes mal construites, ne sont, il faut l'espérer, que des exceptions malheureuses, et qu'ils auraient dû se garder d'imiter.
Avec une pareille puissance de conception, avec un génie aussi inventif s'appuyant sur des bases si larges et si solides, il n'est pas étonnant que Rembrandt soit parvenu à triompher de cette furie d'indépendance qui semble être un des caractères distinctifs du tempérament néerlandais. Il eut donc des élèves, des disciples, et nous entendons par ce mot des imitateurs. Mais, avant de nous occuper d'eux , résumons en quelques mots l'existence de l'homme de génie dont nous venons d'analyser le talent et d'étudier les œuvres.
Rembrandt naquit à Leyde le i5 Juillet 1607. Son
père, qui se nommait Harmen Gerritsz van Rvn, était meunier. Il avait, en iSSq, épousé la HUe d\in boulanger, Neeltjen \\'illems. Les parents, ambitieux pour leur iils, le placèrent à Técole latine, avec Tespoir qu^il prendrait ses grades. Ils voulaient en faire un homme de loi. Mais Rembrandt s'accommoda mal de ce régime; les études classiques n^étaient pas son fait ; la vocation le tourmentait, et ses parents, pressés par ses obsessions, finirent par Penvoyer à Tatelier de Jacob van Swanen- EURGH, Swaxenburgh était un artiste de médiocre valeur, mais il avait fait le voyage d'Italie, et ce fait suffisait à lui donner un certain relief. Après avoir travaillé trois ans dans son atelier, Rembrandt obtint d'être envoyé à Amsterdam , chez Pieter Lastman. On croit qu'il ne demeura point longtemps chez ce nouveau maître. Le certain, c'est qu'il revint à Leyde, où, en 1628, Gérard Dov venait lui demander des leçons. Ses premières œuvres datées sont de 1627 ; en i63o, il avait déjà conquis une certaine réputation comme peintre et comme aquafortiste. Il en profila pour retourner à Amsterdam, où il s'établit et demeura jusqu'à la fin de ses jours.
Rembrandt, en effet, ne voyagea pas. Il ne visita ni TAllemagne ni l'Italie. C'est à peine même s'il parcourut la Hollande. La Frise et la Gueldrc reçurent sa visite, surtout à l'époque et à l'occasion de son mariage. Peut-être visita-t-il Clèves , mais ce déplacement fut tout à fait accidentel et n'eut aucune influence sur son talent. En 1634, il se maria. Il épousa une jeune fille de bonne famille, Saskia van Ulenburch, qu'il semble avoir beaucoup aimée, car elle tient une place considérable dans son «ouvre. Sasi-cia mourut jeune ;
elle avait eu quatre enfants dont aucun ne survécut à son père, et dont un seul, Titus, vécut assez âge pour que les biographes aient eu à s'occuper de lui. Rembrandt épousa à une date inconnue une certaine Catharina van Wijck, dont il eut deux enfants. Il eut encore un enfant d'une autre femme, Hendrickie Jaghers, qu'on croit avoir été sa servante.
Malgré ses brillants débuts, il s'en faut que Rem- BR.\NDT ait mené une existence fortunée et paisible. A la mort de sa femme, son patrimoine se trouva dissipé; la dot de Saskia avait été entamée, et le peintre endetté fut déclaré insolvable !i6561. Ses biens furent saisis, inventoriés et vendus. Rembrandt, qui jusque-là avait habité sa propre maison, située à l'entrée du quartier juif, et par conséquent non loin du centre de la ville, s'en fut habiter, sur le canal des Roses [Ro^engracht] ^ un logis de plus modeste aspect. Ces revers, dont on n'a pu jusqu'à présent pénétrer la cause , n'abattirent point toutefois son courage. Il travailla au contraire avec un redoublement d'énergie, et ses œuvres les plus fameuses coïncident avec les époques les plus troublées de son existence.
Il mourut en octobre 1669, toujours insolvable, malgré sa production incessante et malgré les puissantes ressources que devaient apporter dans son intérieur le- prix de ses leçons et Pabondante collaboration de ses élèves. Ceux-ci furent, en effet, très nombreux. Les plus célèbres sont : Jacob Backer (né en 1609 à Harlingen, mort eni65i ) ; Ferdinand Bol (né à Dordrecht en 161 1, mort en 1681); GovERT Flinck (né en 161 5 à Clèves, mort en 1660); Jan de Wet (né à Hambourg en 1617 (?) ;
9+ HISTOIRE DK LA PEINTURE HOLLANDAISE, WiLT.EM DE PoORTER, JOHAXNES ViCTOR, GeRBR.VNDT VAN DEN
Eeckhout, (1621-1674) ; Philips DE Koninck 1 16 19- 1689) ; JuRiAEx OvENs (1619-1678) (?); Adriaen Verdoel (né en 1620) ; Fabricius ( 1624- 1654) ; Samuel Hoogstraaten ( 1627-1678) ; Drost (1630-1690) ; Nicolas Maas (i632- 1693) ; AartdeGelder (1645- 17 27) et vingt autres; Leu- PExius, Fcrnerius, Jacob la Vecq, Christoph Pandiss, Hexdrik Heerschop, J. Micker, CoxsTAxrmus van Re- NEssE, Hermax Dullaert, Michiel Willemans, Johann Ulrich Mayr, Frans Wulfhagex, Gérard Ulenburg, Godkried Kneller, etc., etc., dont les œuvres sont aujourd'hui à peu près ignorées, ou du moins si peu connues, que leur principal titre de gloire est d'avoir fréquenté Tatelier du vieux maître.
Parmi ces élèves, les deux qui jetèrent le plus vif éclat furent Ferdinand. Bol et Govert Flinck. NéàDordrecht en 1609, Ferdinand Bol, de deux ans seulement moins âgé que Rembrandt, fut un des premiers élèves qui fréquentèrent son atelier. Très heureusement doué, il s''assimila promptement les procédés de son maître et ne tarda pas à exceller dans son art. Les portraits qu'il exécuta encore tout imhu de ce fécond enseignement sont des morceaux superbes, dignes des plus belles collections. Le Louvre possède quatre tableaux de Ferdinand Bol, et Pun d'eux a reçu les honneurs du salon carré; c'est dire le cas qu'on en doit faire. Une i^ewnion de Régents, qu'on peut voir encore au Lepro:{etihiiis d'Amsterdam, pour lequel elle a été peinte, est un des plus magnifiques ouvrages qu'ait produits TEcole hollandaise. Malheureusement Bol ne resta point fidèle à ces préceptes féconds. Il voulut s'émanciper de cette
LES PEINTRES D'HISTOIRE ET DE P O R T R A IT S. j S
tutelle. Il sacriiia au goût de son temps, il renonça à ces belles images sobres et graves, à cette peinture
Fie. l6. FERDINAND BOt.
Portrait J'un professeur. (Musée du Louvre.)
sévère, contenue, à ce clair -obscur puissant, pour chercher dans les allégories débordantes et dans Timitatioa
de Rubens une nouvelle source de succès. Mal lui en prit. Ses dernières œuvres , peintes en pleine lumière, sont très inférieures aux preniières. La couleur en est dure, criarde, discordante. Quant aux compositions, elles sont le plus souvent emphatiques et prétentieuses.
Il semble que, jusqu'aux environs de 1660, Bol soit demeuré le digne élève de Rembrandt (Sa toile du Lepi-n-cnhuis est de 1649 et son chef-d'œuvre du Louvre est de 1659). A partir de ce moment, les commandes officielles gâtèrent à la fois son goût et son pinceau. L'Allégorie de la Paix (1664), qu'il peint pour l'hôtel de ville de Levde, la ville d' Encklni)--{en, qu'il représente dans une nouvelle allégorie, ses grandes compositions deFabricius dans le camp de Pj^rrlius, de Moïse, de l'Election des soixante-dix, qu'il exécute pour l'hôtel de ville d'Amsterdam, accusent la transformation de son talent; une peinture de gardes civiques qu'on peut voir à Gouda en marque le déclin.
GovERT FLiN'CK,lui uou plus, ue demeura point tidèle à rhomme de génie qu'il eut le bonheur d'avoir pour maître. Né à Clèves en 161 5, sa vocation, qui se manifesta de très bonne heure, fut entravée par son père, homme à cerveau étroit, blanchisseur de son état, et qui méprisait les artistes. Il ne fallut rien moins que les prédications d'un nommé Lambert Jacobzs, anabaptiste fervent doublé d'un artiste habile, qui vint à Clèves dans le but de convertir les habitants aux doctrines mennonites, pour que le père Flinck abdiquât ses préjugés et consentît à ce que son fils embrassât la profession de peintre. Govert suivit son maître à Leeuwarden, où il se lia avec Abraham Lambertz, le fils de Lambert,
Jacobsz, qui devait dans la suite se faire un nom justement célèbre dans les arts, et avec Jacob Backer, né en 1608, plus âgé par conséquent de sept années et qui l'accompagna à Amsterdam, chez Rembrandt On sup-
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FIG. 17. OUVERT FLINCK.
La Bénédiction d'Isaac. (Musée d'Amsterdam.)
pose que ce fut vers 1634 que les deux Jeunes gens débarquèrent dans la capitale liollandaise. Les premières toiles signées par Govert Flinck portent la date de 1 63/ {Jeune Militaire, musée de PErmitage), la Bénédiction (i'ZsacJC (Amsterdam), datée de i638, accuse la plénitude de son talent. A partir de 1642, il obtint des commandes
çH HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
ofticielles et fat chargé de peindre des réunions de gardes civiques et de régents. A ce moment, renseignement de Rembrandt fait encore sentir toute son influence dans les œuvres de Flinck. Sa touche est large, sa couleur franche, vibrante, ses attitudes, simples, naturelles, ses physionomies frappantes de vérité. Sans avoir la puissance de Bol, il approche cependant si près de Rembrandt, que les contemporains avouent ingénument que, de son vivant même, on vendait, sous le nom de son maître , certaines œuvres échappées à son pinceau. Une nouvelle commande officielle qui lui fut donnée en 1647 dénonce une première évolution dans son talent. En reproduisant les portraits des arquebusiers de la Bannière d'Orange, il se rapproche de Van derHeî.st, baignant ses personnages dans une lumière douce, égale, uniforme, mettant toutes ses figures au même point, et oubliant déjà ces grands principes de subordination dont Rembrandt avait tiré de si merveilleux effets. Enfin, en 1648, dans son vaste tableau de la Paix de Munster, son évolution est complète. C'est aux Flamands qu'il demande ses modèles, et les commandes que lui confient les magistrats d'Amsterdam ne font qu'aggraver son apostasie. Son Salomon demandant à Dieu la sagesse et son Marciis Ciirius Dentatus, qu'on peut encore voir au palais royal d'Amsterdam, prouvent qu'il n'avait conservé du merveilleux enseignement de son maître qu'une grande vigueur de touche et une connaissance supérieure de la technique de son métier.
Flinck mourut en 1660. Backer, son camarade de Leeuwarden, était mort en i65i. On sait peu de chose
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sur le compte de ce dernier. Ses contemporains disent seulement qu'il travaillait avec une facilité et une rapidité extraordinaires. Ses portraits, qu'on rencontre à Dresde et à Munich, la Réunion d'archers^ qu'on peut voir à rhôtel de ville d'Amsterdam , dénotent un réel talent, mais leur couleur maussade et leurs carnations déteintes plaisent peu.
Parmi les élèves de Rembrandt, ceux qui après Bol et Flinck se rapprochent le plus du maître, comme peintres de portraits et d'histoire, sont : Carel Fabritius, JoHANNES VicTooR OU FicTOOR et NicoLAAS Maas. On ne sait presque rien de Fabritius, si ce n'est la date de sa mort (1654), et par ricochet celle de sa naissance, car Bleysvijk rapporte qu'il mourut à l'âge de trente ans. Il étudia d'abord à Amsterdam , chez Rembrandt ; Samuel van Hoogstraaten, qui fut son condisciple chez le grand maître, nous a conservé quelques-unes de ses reparties ingénieuses, qui font bien Juger de son esprit et de son instruction. On ne sait point quel fut le lieu de sa naissance, mais tout donne à supposer qu'il vit le jour à Haarlem ; du moins sa famille devait être originaire de cette ville. Agé d'environ vingt-cinq ans, il vint s'établir à Delft, y épousa une personne de qualité et fut tué lors de l'explosion du magasin de poudre. Mort jeune, il a peu produit, et le petit nombre d'ouvrages de sa main, qui nous ont été conservés, neportent même plus son nom. Ils figurent sous celui de Rembrandt dans les collections publiques et privées. Celles de ses œuvres qu'on a pu retrouver et authentiquer sont du plus haut mérite. Sa Décollation de saint Jean, au musée d'Amsterdam, son Portrait d'homme, au musée de Rotterdam,
loo HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
son Chardonneret, que possède M'"^ Lacroix, à Paris, font honneur non-seulement au peintre, mais à Técole.
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Fie. 10. — CAREL FABRITIUS.
La Décollation de saint Je.in. (Musée d'Amsterdam.)
JoHANNKsViCTOOR,surrexistence duquel on est encore moins bien renseigné que sur celle de Fabritius, est du
LES PEINTRES D'HISTOIRE ET DE PORTRAITS. loi
moins plus connu par ses œuvres. Il est probable qu'il fréquenta Tatelier de Rembrandt à la même époque que Flinck, parce qu'on trouve entre diverses compositions de ces deux peintres ^ des analogies flagrantes. Sa couleur est abondante et ses compositions sont traitées avec soin, mais il manque de finesse, son coloris est sans souplesse et la lumière générale qui éclaire les œuvres de son maître lui fait absolument défaut. Son Isaac et lacob, du Louvre, son Joseph expliquant les songes, du musée d'Amsterdam, son Tobie, du musée de Munich, sont de bonnes, honnêtes et solides peintures, mais rien de plus. Victoor a aussi traité de petits sujets, des scènes de la vie courante où Ton retrouve ses qualités et ses défauts.
C'est plus spécialement par ses tableaux de chevalet que NicoLAAS Maas se distingue; mais comme il a peint quelques vastes compositions, notamment la Jeune Fille accoudée à sa fenêtre, du musée d'Amsterdam, et qu'on lui attribue toute une série de portraits de grandeur naturelle nous avons cru devoir lui réserver une place dans cette première division des peintres hollandais.
A rencontre de Victoor, Nicolaas Maas est peut-être celui des artistes sortis de l'atelier de Rembrandt qui mania la lumière avec le plus d'éclat. Ses intérieurs ensoleillés par un rayon qui frappe contre la muraille ont un aspect éminemment rembranesque. En outre, ils sont peints avec une ampleur, une puissance, une
I. Notamment la Bénédiction de Jacob. Il est curieux de comparer l'exemplaire de cette composition qu'on voit au Louvre et qui est attribuée à Victoor avec celui du musée d'Amsterdam qui est de Flinck.
abondance tout à fait remarquables. Sa Vieille Femme au rouet, du musée d'Amsterdam, son Ménage
Fie. 19. — N ICOL A AS M A A s.
La Pileuse. (Musée d'.'^mstcrJ.im )
hollandais, sa Serrante paresseuse, de la National Gallery, sont des morceaux de toute première qualité. Sa
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Servante curieuse, de la collection Six, quoique Tcffct de lumière soit moins concentré et par conse'quent moins brillant, est aussi un ouvrage de premier ordre. La couleur que Maas paraît avoir préférée est le rouge. C'est à elle qu'il réserve la plus belle place dans ses tableaux; c'est elle qu'il fait chanter de préférence. Nul ne mania le rouge avec plus d'audace et de bonheur que Maas dans la série de ses premières œuvres, et c'est ce qui fait douter que toute cette suite de grands portraits emperruqués, qu'on lui attribue, sombres et moroses figures s'enlevant uniformément sur un fond de paysage noir, soient de lui. On a peine à se représenter le peintre éclatant du Berceau oubliant sa puissance de luminariste et son amour de la nature, pour s'abandonner, dans ces productions banales, à la manière et à l'affectation.
Les tableaux de G. Van den Eeckhout sont, eux aussi, pour la plupart, de dimensions réduites; mais de toute l'école, ce sont eux qui, comme composition et comme genre, se rapprochent le plus des ouvrages de Rembrandt, surtout dans les représentations bibliques. Non seulement Van den Eeckhout emprunte au maître ses sujets, mais encore ses personnages, leurs costumes, leurs attitudes et le talent de composition qu'il déploie ; présente de telles analogies avec celui de son professeur que, dans beaucoup de ses ouvrages, on croit retrouver la copie ou l'interprétation d'une œuvre rembranesque. Toutefois, il n'apporte pas, dans le maniement de la brosse, la même chaleur et la même tenue; il est plus confus, moins précis, ses effets sont moins saisissants, sa couleur plus embrouillée. La vie, en outre.
est moins intense; en un mot, c'est de Toriginalité de seconde main. Le tableau de Van den Eeckhout que
Fie. 20. G. VAN DEN EECKHOUT.
L'Adoration des rois m.iges. (Musée de L.i Haye).
possède notre Louvre et qui représente Anne consacrant sonjils au Seigneur, V Adoration des mages, du musée
de La Haye, la Femme adultère, du musée d'Amsterdam, peuvent passer pour les plus curieux pastiches qu'on connaisse de la manière de Rembrandt, dans ses représentations des Saintes Écritures.