‹ Histoire de la peinture hollandaiseChapitre 14 sur 47 · FIG. 21. G. VAN DEN EECKHÛUT · texte numérisé non relu

FIG. 21. G. VAN DEN EECKHÛUT

La Femme adultère. (Musée d'Amsterdam.)

Aart be Gelder et Samuel van Hoogstra.\ten s'inspirent aussi du grand maître parla façon d'agencer les scènes bibliques et de draper les personnages. Leur manière de distribuer leurs compositions et leur conception de la lumière procèdent également de lui, mais ils restent à une effrayante distance en arrière, tant pour la facture que pour l'ordonnance et l'éclairage de leurs tableaux. Juriaen Ovens s'en rapprocherait davantage. Quoique de

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bonne heure il se soit fait une manière à lui et qu'il ait peint plus spécialement les effets de nuit, sa touche reste puissante, large, moelleuse, sa couleur énergique. Les tètes de ses personnages se distinguent, en outre, par une vie et une animation peu communes. Sa Consj^iration de Claiidius Civilis et un tableau de Régents, tous deux à Amsterdam, le rangent parmi les plus sérieux disciples de Rembrandt.

Il nous resterait encore à mentionner, parmi les sectateurs du maître, Pieter Verelst qui l'imita dans ses portraits ; Willem de Poorter et Frans de Wette, qui s'inspirèrent de lui dans l'interprétation des sujets sacrés. Mais, malgré leur facture précieuse, ce ne sont là que des petits maîtres, et d'autres infiniment plus grands, plus importants à tous égards, se recommandent à notre attention.

Parmi les portraitistes du xvii^ siècle, qui tinrent en échec la réputation et Tinauence de Rembrandt, la première place appartient assurément à Van der Helst. Né en i6t3, Bartholomeus Van der Helst semble avoir étudié sous Thomas de Keyzer. Il débuta de bonne heure et conquit en peu de temps un renom singulier. Sa peinture claire, précise, irréprochable au point de vue de la ressemblance, la pondération correcte avec laquelle il savait, dans ses vastes compositions, distribuer ses groupes, la façon magistrale dont il dessinait ses figures, l'expression qu'il donnait à ses têtes, l'accord parfait qu'il arrivait à créer entre l'âge, la profession de ses personnages et Tattitude, le maintien, la physionomie de chacun d'eux, devaient au plus haut point séduire ses contemporains.

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Avec lui, point de mécomptes. Lorsqu^on lui commandait une de ces vastes toiles où devaient prendre place quinze, vingt, trentegardes civiques, ou autant de régents, on était sûr que chacun en aurait pour son argent, que personne ne serait sacrifié, et qu'il saurait placer tout son monde en belle et pleine lumière. Ce qu'il fallut d'art à Vax der Helst pour résoudre ces problèmes un peu bourgeois, ses admirateurs eux-mêmes ne le soupçonnent guère. Personne mieux que lui dans Técole hollandaise ne sut dessiner un visage ou une main, personne mieux que lui ne sut charpenter et construire un corps, le poser d'aplomb, l'asseoir; personne ne sut mettre plus d'unité entre le geste et l'expression, entre le caractère et l'attitude, entre le détail et l'ensemble. En parlant de son grand Banquet de la garde civique, qui ne compte pas moins de 24 figures, on a dit qu'on pourrait couper toutes les mains et toutes les têtes, les jeter dans un panier et qu'on ne serait point embarrassé ensuite pour réunir les têtes et les mains appartenant aux mêmes personnages. C'est là un bien grand éloge, mais qui peut s'appliquer à tous ses ouvrages. De toutes les figures qu'a peintes Van der Helst, il n'en est peutêtre pas une où l'on trouve une faute de dessin à reprendre, une négligence à blâmer.

Malheureusement cette admirable correction, qui séduisit si fort la clientèle patricienne d'alors, nous paraît aujourd'hui singulièrement froide. Malgré ses qualités magnifiques, nous reprochons au peintre son manque de subordination. L'absencede perspective aérienne, la précision des détails, qui font parfois avancer des figures du troisième au premier plan, nous choquent et

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nous gâtent Tensemble. Dans ses portraits isolés, toutefois, ou dans certains de ses groupes où ces défauts éclatent moins, le charme est complet, la beauté de Poeuvre absolue. Dans le Jugement duprix de l'arc, qu'on voit au musée d'Amsterdam, et dont le Louvre possède une réduction, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer de Télégance des poses, de la belle allure des personnages, de l'observation délicate et consciencieuse de la nature, de l'harmonie générale, ou de la perfection des détails. Ce tableau peut compter assurément parmi les plus beaux spécimens de portraits qu'ait produits la peinture hollandaise.

Malgré sa renommée et la faveur dont il jouit auprès de ses plus illustres contemporains. Van der Helst fit peu d'élèves, ou du moins presque aucun peintre ne s'est recommandé de ce titre aux yeux de la postérité. Parmi les portraitistes qui lui ressemblent ou qui paraissent s'être inspirés de lui, on peut citer Joannes Spilberg (1619-1690), PiETER Nason et Abraham VAN den Tempel (1623- 1672). Mais si Van den Tempel, élève de son père Lambertsz Jacobsz^ (dont nous avons déjà parlé à propos de Govert Flinck) et de van Schooten, apporta dans ses portraits une élégance, un fini, un modelé, une science magistrale qui rappellent Van der Helst; s'il joignit aux magnifiques qualités du peintre d'Amsterdam une certaine grâce maniérée qui semble era-

I. Abraham Lambertsz emprunta ce nom de Van den Tempel à une pierre servant d'enseigne à sa maison de Leyde, laquelle pierre représentait le temple de Jérusalem. (Voir Houbraken groote sdioubiirg, etc.)

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pruntée à Van Dyck, il n'est nullement certain qu'il ait connu Pun ou Tautre de ces deux maîtres ; car on sait qu'en quittant Leeuwardcn il habita à Leyde et que, fort jeune encore, il passa en Angleterre, où il paraît être demeuré longtemps. Quant à Pieter Nason, qu'on croit né à La Haye, il semble avoir été l'élève de Ravesteyn et JoANNES Spilberg fut celui de Govert Flinck.

Rien ne ressemble moins au talent sobre, correct, sage et contenu dans des notes bourgeoises de Van der Hei.st que le talent vivant, emporté, primesautier de Frans Hals. Autant l'un possède de vérité calme dans son soigneux pinceau, autant l'autre a de fougue impétueuse dans sa brosse. Le premier n'exprime rien qu'il n'ait contrôlé sur le modèle et écrit sa peinture comme un comptable tient ses livres; l'autre s'abandonne à son entrain, s'emporte, déborde, et n'imposant aucune limite à son improvisation, arrive promptement au terme extrême où la liberté de facture peut atteindre. Ampleur de touche, coloris brillant, vigueur d'oppositions, harmonies inattendues, tout se réunit en ses œuvres audacieuses pour constituer une sorte de Rubicon qu'il est interdit de franchir. L'art ne doit pas oser plus. Il est défendu d'aller au delà.

Né à Malines en 1 584, Fraxs Hals semble, par le lieu où il vit le jour, ne point appartenir à l'Ecole hollandaise; en outre, par la date de sa naissance, il se trouve placé en dehors de ce «Siècle d'or« dont nous retraçons brièvement la splendeur, et cependant il relève doublement de l'un et de l'autre. S'il ne naquit point en Hollande, il y vint fort jeune. Presqu'au sortir du berceau il s'établit à Haarlem, patrie originelle de sa famille, et quand il mourut, en

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1666, âgé de quatre-vingt-deux ans, il avait été précédé dans la tombe par un grand nombre des peintres dont

Fie. 23. FRANS HAL3.

Le Fou. (Musée d'Amsterdam.)

nous venons de tracer les noms. Voilà pour sa vie; quant à son talent, si par la vigueur de son pinceau il rappelle,

avec une audace encore plus grande, le procédé magistral de RuBENS, sa manière d'éclairer ses œuvres, sa lumière contenue, sa façon de composer et le choix de ses sujets, le cantonnent d''une façon absolue dans TEcole hollandaise. La place qu'il occupe dans cette école est même d'une importance extrême; car on p»eut présumer que son exemple excita la plupart des portraitistes, ses confrères, à élargir leur facture et qu'il exerça sureux une considérable influence. Jamais, du reste, action ne l'ut mieux Justiiiée. Personne, avant ni après lui, n'a égalé la merveilleuse certitude avec laquelle il juxtaposait les tons de ses chairs sans les fondre et tels qu'il les prenait sur sa palette. Personne, avant ni après lui, n'a dépassé la fermeté de son dessin, l'entente qu'il avait de l'ensemble, et la puissance dont il faisait preuve. L'étonnante facilité • de son p^inceau l'entraîna parfois à une largeur excessive, à une tierté de touche voisine du genre décoratif; le décousu de sa vie, son amour de la bonne chère, le culte qu'il avait pour la bouteille le forcèrent trop souvent à brosser hâtivement des ouvrages, qui demeurèrent imparfaits; mais personne ne mania jamais le pinceau avec une sûreté, une franchise, une vivacité supérieures; si bien qu'on a pu dire de cet artiste extraordinaire et singulier qu'il est en quelque sorte la peinture faite homme.

C'est à Haarlem qu'il faut voir Frans Hals pour le bien connaître et pour l'apprécier à sa juste valeur. Qui n'a pas considéré ses magnifiques réunions de gardes civiques, ses Arquebusiers de Saint-Georges^ ses Officiers et sous-officiers de Cluveniers ; et, dans un autre ordre d'idées, les Portraits de Berestejm^ ne le connaît pas,

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Portniit d"homme. (Collection van Pallandt.)

OU du moins le connaît impartaitemcnt. A Paris, nous ne pouvons le juger que d'une façon insuffisante. Son Portrait de Descartes, au Louvre, est une œuvre secondaire, et la Bohémienne Hille Bobe, aussi bien que le Portrait de femme du musée La Gaze, sont des ouvrages de second rang. Mais, considéré dans Pensemble de son œuvre, Hals est assurément Tartiste qui poussa le plus loin la virtuosité du pinceau.

Fait très remarquable : de ces trois grands peintres, Rembrandt, Van der Helst, Frans Hals, qui avec une valeur inégale et des mérites différents figurent au premier plan, un seul fonda une école et forma des élèves qui lui ressemblèrent. Rembrandt, Tinventeur, le poète, le génie rêveur que nous avons décrit, parvint à infuser ses idées, ses procédés, son idéal, non seulement à ses disciples directs, mais à ses élèves de seconde main ; et son influence, battue en brèche par ses adversaires, bruyamment repoussée par ses contemporains, déteignit sur un grand nombre de ses confrères. Van der Helst, Tesprit sage, méthodique, le talent rangé, exact, qui plaisait si fort à son temps et qui représente si bien les qualités maîtresses de sa race, ne fit point d'élèves. Frans Hals, le peintre emporté, débordant, maître absolu de sa main, admirablement servi par son œil, qui devait éblouir son entourage par sa merveilleuse facilité, forma beaucoup d'élèves et n'eut pas un imitateur. Ni son-frère Dirk Hals, ni Brauwer, ni Adriaen van Ostade ne cherchèrent à suivre les traces du maître audacieux qui leur avait appris leur art. Quant à Frans Hals le fils et à Glrard Sprong, s'ils peignirent de bons portraits, ils demeurèrent à une telle distance de leur modèle, qu'ils

ne peuvent guère prétendre qu'au titre de sectateurs. La raison de cette inégalité d'influences s'explique par la

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