‹ Histoire de la peinture hollandaiseChapitre 3 sur 47 · I. Ce nom est un diminutif de Gerrit ou Gérardus · texte numérisé non relu

I. Ce nom est un diminutif de Gerrit ou Gérardus

rindépendance, des soldats lacérèrent le panneau central ; seuls, les deux volets furent conservés, ils figurent aujourd'hui à la galerie impériale de Vienne. Ce sont deux belles peintures, traitées, au point de vue de Tcxécution, avec une habileté supérieure, mais d'un ton brun et lourd. Les figures, qui sont des portraits, manquent de distinction; quant aux draperies, elles sont d"'un modelé superbe. L'influence d'OuwATER apparaît, dans ces deux volets, par le soin avec lequel est composé le paysage. Quant au style général de Tœuvre, il semble faire remonter celle-ci aux environs de 1450, plutôt après qu'avant.

A cau?e de leur ressemblance avec ces peintures, M. Waagen attribue à Geertjen deux autres volets qui figurent à Prague dans la galerie des Etats. Mais ce n'est là qu'une présomption, et la certitude fait défaut.

Avec DiRCKOu Thierry ^ Bouts ou Stuerrolt, nous sortons un peu de ces brouillards obscurs, et bien que nous n'ayons que des dates approximatives, encore pouvonsnous, par quelques points de repère, limiter le champ de nos suppositions. DiRCK Bouts, qui longtemps fut uniquement connu sous le nom deTiERRV van HAERLEM,àcause de son lieu de naissance, appelé ainsi par Vasari qui admira ses ouvrages, et par Carel van Mander qui lui consacra une courte biographie, DiRCK Bouts naquit, suivant M.Wauters, en iSgi, et en 1405 suivant M. Van Even.

On ignore quel fut son maître. M. W^aagen, s'appuyant sur le témoignage d'un écrivain du xvr siècle, Jean

I. Dirck est l'abréviation de Dicdcrick, qui signifie à la fois Didier et Thierry.

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Molaiius, prétend qu'il reçut d'abord les conseils de sou père; mais ce même Molanus raconte que le vieux Bouts n'existait plus en 1400, ce qui rend ces leçons assez invraisemblables. On a également prononcé le nom d'Hubert van Eyck, mais comme une simple hypothèse et qui même n'a rien de bien sérieux. On n'est guère mieux renseigné sur les premiers travaux de l'artiste, mais on est à peu près d'accord sur l'époque où il quitta définitivement Haarlem et la Hollande, pour venir s'établir à Louvain. Ce fut en 1458, suivant M. Wauters, et suivant M. Van Even, en 1462. Quoi qu'il en soit. Bouts devint en peu de temps le plus accrédité et le plus fameux des peintres de sa ville d'élection.

Les magistrats de Louvain lui décernèrent le titre de peintre officiel de leur cité^ et les ouvrages qui nous ont été conservés montrent qu'il était digne à tous égards de cette haute distinction. Quoique ses personnages soient souvent un peu longs et un peu roides, son dessin est élégant. Son coloris est clair, distingué, brillant. Le rouge et le vert prennent sous son pinceau l'éclat du rubis et de l'émeraude. Ses draperies sont d'un moelleux peu ordinaire, et n'ont pas cette sécheresse de plis particulière à Jean van Eyck et à plusieurs de ses élèves. Ses chairs, en outre, sont d'une tonalité chaude, vivante, et ses ombres d'une transparence remarquable. Mais son mérite se fait jour surtout dans la façon pittoresque, originale, dont il distribue ses compositions, dédaignant les habitudes d'équilibre et les exigences de

I. Son vrai titre était « portraiteur de la ville », et lui fut accordé en 1461, date qui semble donner raison à M. \\'auters.

symétrie auxquelles sacrihaient presque tous les artistes

La Justice de l'empereur Oihoii. Le seigneur injustement Jéc.ipité. (Musée de Bruxelles.)

de son temps. Enfin Bouts est encore remarquable parle

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soin et la distinction avec lesquels il agence les paysages qui servent de fond à ses tableaux.

Parmi les principaux ouvrages qu'il peignit pour la ville de Louvain,on cite le Martyre de saint Erasme et la Cène, qui lui furent commandés par la confrérie du Saint-Sacrement; puis, en 1468, un an après avoir terminé le second de ces triptyques, il livra au conseil deux tableaux représentant la Sentence inique de l'empereur Othon, qui lui furent payés 23o couronnes, somme considérable pour le temps.

Le sujet de ces deux beaux ouvrages, dont les figures sont de grandeur naturelle, est emprunté à la chronique de Godefroy de Viterbe, écrite au xn" siècle. Pendant un voyage que Pempereur Othon III fit en Italie, sa femme s'éprit d'un gentilhomme de la cour, qai, marié lui-même à une femme qu'il aimait, repoussa les avances de sa souveraine. Au retour de son mari, la princesse accusa le gentilhomme d'avoir voulu abuser d'elle, et, sur cette dénonciation qu'aucune preuve ne confirmait, l'empereur fit décapiter le gentilhomme qu'il croyait coupable. Cependant la veuve du gentilhomme vint appeler de l'injuste sentence qui avait frappé son mari et subit l'épreuve du fer rouge sans ressentir le moindre mal. Convaincu par ce miracle, Othon fit saisir l'impératrice et lui fit expier sur le bûcher l'iniquité de sa dénonciation.

Ces deux tableaux, qui sont à tous les égards des morceaux d'un intérêt capital, furent commandés au peintre pour orner la salle de justice de l'hôtel de ville. Ils devaient servir d'enseignements aux magistrats et les préserver de toute répression irréfléchie. Aujourd'hui,

u HisroïKt: dl: la peinture hollandaise. après avoir passe par la collection du roi Guillaume II

Fie. 2. DIRCK BOUTS dit DE HAEHLEM.

La Justice de l'empereur Othon. La châtelaine prouvant l'innocence île son époux. (.Musée de Bruxelles.)

de Hollande, ils font partie du musée de Bruxelles.

Bouts peignit encore pour la ville de Louvain un Jugement dernier, et pour diverses corporations ou pour des particuliers de nombreux tableaux, parmi lesquels les plus célèbres sont : le Judas, V Abraham et la Récolte de la manne, aujourd'hui à Munich; le Martyre de saint Hippolyte, maintenant à Bruges; VE lie dans le désert et la Première célébration de la Pâque juive, actuellement à Berlin. Il travaillait à un polyptyque dont les panneaux comptaient douze pieds de haut, quand la mort vint le surprendre. Il mourat en 1479, très âgé par conséquent, puisque, suivant M. Wauters, il aurait compté quatre-vingt sept ans, et soixante-quatorze suivant M. Van Even.

Si DiRCK Bouts appartient par son lieu de naissance à Part hollandais, il déserta si bien sa patrie et se fixa si résolument dans le Brabant, que ce dernier pays pourrait le réclamer, en quelque sorte, par voie d'annexion. Avec CoRNELis ExGHELBRECHTSz, il n'cu cst pas de même. Cette fois, nous nous trouvons en face d'un peintre vraiment hollandais, par droit de naissance, par le lieu de son activité et aussi par le caractère de son talent.

CoRNELis vit le jour à Leyde l'année même où Dirk Bouts achevait les deux tableaux de la Sentence inique, c'est-à-dire en 1468. On ignore quel fut au Juste son maître. On sait que son père, Enghelbert de Leyde, fut graveur, et son intervention se présente d'autant plus vite àTesprit que, suivant Rathgeberet quelques autres biographes, cet Enghelbert aurait fait de la peinture. Mais il semble que c'est surtout en s'inspirant des ouvrages de Jan van Eyck, que Cornelis perfectionna, son talent. On nous dit qu'il peignit avec beaucoup de maestria à la

détrempe et à Thuile, et qu'il couvrit de ses compositions les murs de sa ville natale. Malheureusement , le temps devait avoir promptement raison de ces vastes et fragiles ouvrages, et les hommes, plus incléments encore que le temps, n'ont laissé parvenir jusqu'à nous qu'une seule peinture de ce maître, qu'il serait cependant si intéressant de bien connaître.

Ce tableau, triptyque considérable , qui mesure de i"',46 de large sur i'",89 de haut, et provient du cloître du Marais-Notre-Dame (Klooster Marienpoel), est conservé au musée de Leyde. Sur le panneau du milieu, on voit le Christ en croix ; les deux volets représentent le Sacrifice d'Abraham et le Serpent d'airain. Dans ce bel ouvrage, qui dénote une originalité singulière, le peintre s'écarte des maîtres qui l'ont précédé. Sa couleur, plus fluide, plus transparente, a moins de brillant que celle de l'école de Bruges, et ses types, franchement copiés sur la nature, présentent déjà ces déformations étranges et caractéristiques que nous retrouverons plus tard chez Brauwer, chez Ostade, chez Stecn et chez Cornelis Dusart; enfin ses carnations, d'un brun chaud, mais lourd, ne rachètent pas absolument ce que son dessin a parfois d'incorrect et de rude.

Cornelis Enghelbrpxhtsz mourut en ]553 dans sa ville natale. Il laissait trois fils qui furent ses élèves, et, dit-on, des peintres de valeur: Cornklis (1493- 1544), qu'on nomma le Jeune, pour ne pas le confondre avec son père, et qu'on désigne aussi sous le nom de KuNST, c'est-à-dire « Art «, sans qu'on ait pu savoir au juste si c'était là un surnom qui lui fut donné ou le vrai nom de sa famille; Luc, né en i4()5 et surnommé Kok

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(cuisinier), parce que sa peinture ne lui permettant pas de pourvoir à Tcntretien de sa famille, il était forcé d'avoir plusieurs cordes à son arc ; et enfin Pieter Cor- NELis, qui porta comme son aîné le surnom de Kunst.

Le premier de ces trois fils alterna entre sa ville natale et Bruges, allant de Tune à Tautre, suivant qu^il était plus ou moins- chargé de commandes. De son vivant, il passa pour un artiste de premier ordre, et nous sommes, là-dessus, obligés de nous en rapporter à ses contemporains , car rien de ce qu'il peignit ne nous est connu. Pour le second, nous savons seulement que, peu fortuné et faisant assez mal ses affaires, il se rendit en Angleterre, où la réputation de générosité qu'on avait faite à Henri VIII l'attira; et une fois la Manche traversée, nous perdons complètement ses traces. Quant au troisième, nous ne connaissons ni la date de sa naissance ni celle de sa mort. Nous savons seulement qu'il fut un peintre de vitraux remarquable.

Mais n'eussions-nous conservé aucun tableau de CoRNELis Enghelbrechtsz, n'aurait-il eu aucun de ses fils pour continuer la tradition inaugurée par lui, que son nom n'en serait pas moins illustre, car il eut celte insigne bonne fortune d'avoir pour élève un des maîtres les plus célèbres de l'école hollandaise. Ce fut lui qui forma Lucas de Leyde.

Né en 1494, fils d'un peintre de vitraux renommé en son temps, Lucas de Leyde commença à dessiner presqu'en venant au monde. A neuf ans, il maniait habilement la pointe et gravait d'après ses propres dessins. A douze ans, il étonna les artistes, ses contemporains, par la fougue, la puissance, la sûreté d'une peinture à la

jS HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.

détrempe, où il avait représente Saint Hubert . Malgré tous les efforts de son père, Hugo Jacobsz \ et de sa mère pour modérer son ardeur, il dessinait nuit et jour, et constamment d'après nature.

Avec de pareilles dispositions, Enghelbrechtsz ne put guère enseigner à son élève que la pratique du métier, et le jeune Lucas eut bientôt fait de surpasser son maitre en talent et en renommée. Malgré ces débuts éclatants, Lucas de Leyde ne s'éleva point toutefois, comme peintre, à la hauteur où s'étaient placés les grands maîtres de l'école de Bruges, et son dessin moins élégant, sa touche plus maigre, sa couleur moins éclatante, ne lui permirent jamais d'atteindre î\. la sereine grandeur des Van Eyck et de Memling.

Par contre, sa préoccupation constante de la nature lui fit chercher partout autour de lui des modèles, et sous ce rapport il fut le digne précurseur des naturalistes hollandais. Sa promptitude à s'emparer de tous les spectacles qui se déroulaient sous ses yeux l'amena, en outre, à fixer par le crayon ou par la pointe les scènes triviales, les menus accidents de la vie, les types qui se rencontraient sur sa route, et par là il devint le créateur de \à peinture de genre^ dans laquelle ses compatriotes allaient bientôt exceller.

Ajoutons que le burin en main, lorsqu'il se contente

I. Les noms de famille n'existaient pas, à cette époque, dans la petite bourgeoisie hollandaise; et pour se distinguer le fils faisait suivre son prénom du prénom de son père mis au génitif et accompagné du substantif fOO« (fils). Ainsi Hugo, fils de Jacob, s'appelait Ji2C0^5fOO« et par abréviation Jacot^^, tandis que son fils Lucas prenait le nom de Huigens^^onn, ou Hiiigens:^, ou Ilitifçensen ce qui est le même nom sous dilTérentcs formes.

de graver, ses imperfections disparaissent. On n'aperçoit

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