FIG. 60. SIMON DE VIIEGER
Les Régates. (Musée d'Amsterdam.)
musée de Munich et représente une Tempête sur mer. De Vlieger mourut vraisemblablement en 1660.
Salomon van Ruysdael, dont le nom de famille devait être immortalisé par son neveu Jacob van Ruysdael, que nous allons voir bientôt apparaître, naquit peu après Tannée 1600. En 1623, il fut admis dans- la gilde de Saint-Luc à Haarlem ; en 1648, il fut élu doyen; il mourut en 1670. SMl ne fut pas Télève de Van Goyen, il lui ressemble cependant singulièrement par ses qua-
ij6 HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
lités et par ses défauts ; son coloris affecte la même sobriété et sa touche, également facile, semble parfois un peu sommaire et même négligée. Ses feuillages surtout sont monotones de tonalité et de facture, mais son
Fie. 61. SAtOMON VAN RUYSDAEL,
La stâ:ion à Tauberge. ( Musée d'Amsterdam.)
dessin est vif, spirituel et plein de brio. Le musée d^ Amsterdam possède un fort beau tableau de lui intitulé la Station, et représentant deux coches arrêtés à la porte d'une auberge bâtie le long d'un canal. On trouve également des ouvrages considérables de lui au musée de Berlin et au musée de Munich.
PiETER MoLYN et WvNANTSz, ces dcux autrcs promoteurs du paysage hollandais, naquirent l'un et Tautre
en 1600. C'est à peu près tout ce qu'on sait de leur vie. PiETER MoLYN aida beaucoup, par ses vues de pays plats ou accidentés, à faire entrer les paysagistes dans lu voie indépendante oii ils devaient remporter de si brillants succès. Ses figures d'hommes et d'animaux sont fort bien dessinées, son coloris est chaud, puissant, sa touche est légère, mais parfois pèche par un 'peu trop de laisser-aller. Ses ouvrages sont assez rares. Le Louvre possède de lui un Choc de cavalerie. On voit un autre de ses tableaux au musée de Berlin. On le rencontre peu dans les musées de Hollande. Suivant Balkema, il mourut en 1654. Pieter de MoLYxest connu sous le nom de Vieux, pour le distinguer de son fils Pieter Moly.v, dit Tempesta ,1637-1701)^ Ce dernier, quoique disciple de son père, fut un grand voyageur devant rÉternel, et quitta de bonne heure son pays natal pour parcourir ritalie. Entre temps, il devint un maître habile, peignit dans plusieurs genres et se rendit surtout célèbre dans des représentations de chasses. Ayant abjuré le protestantisme à Rome, le jeune Pieter se vit hautement protégé par un certain nombre de prélats italiens, protection qui ne put, toutefois, le sauver de la prison; car, étant à Gènes, il fut accusé d'avoir fait assassiner sa femme pour épouser sa maîtresse, et condamné à une détention perpétuelle. Il ne fut délivré qu'en 1684, lorsque Louis XIV bombarda et prit la ville. Il se retira alors à Plaisance, où il mourut en 1701.
Mieux encore que Pieter Molyn et que Van Goyex, Jan Wyxantsz peut revendiquer l'honneur d'avoir ouvert au paysage moderne sa vraie voie. Il serait curieux de savoir comment le talent de Wvxantsz se forma, com-
ment ses facultés se développèrent et quel fut son maître; malheureusement on ignore ses commencements. Le certain , c'est qu'il était exceptionnellement doué.
FIG. 62. JAN WVNANTSZ.
Le Vieux cliéne. (Collection Wilsoii.)
Quoiqu'il ne varie pas beaucoup ses motifs, ses sujets sont toujours choisis avec goût. En outre, on rencontre dans ses ouvrages une perspective aérienne, une vérité d'exécution et une fidélité de rendu qu'on chercherait vainement chez ses prédécesseurs. On sent qu'il possède absolument la matière qu'il traite. La façon dont il égratigne le sol de ses avant-plans est d'une
habileté étonnante ; les détails de ses végétations, les plantes, les arbres, la différence des terrains sont rendus avec un soin et une exactitude inconnus avant lui. Pour être un maître de tout premier ordre, il n'a manqué àWvNANTsz que de peindre avec Une égale habileté les hommes et les animaux. Mais pour Vétoffage de ses paysages, il était obligé d'avoir recours à d'autres mains, et la plupart de ses tableaux sont animés de personnages dus au pinceau de Lingelbach, d'AoRiAEN VAN DE Velde et de Helt Stokade.
Malgré sa vie longue et laborieuse, Wynantsz, pour un paysagiste, n'a pas beaucoup produit. Smith, qui a .catalogué son œuvre, n'a pu retrouver que deux cent quatorze tableaux de lui. Cette pénurie relative s'explique par le soin extrême que le peintre apportait dans ses études et dans l'exécution de son travail. Cette rareté relative n'empêche pas, toutefois, ses tableaux de figurer avec honneur dans presque toutes les collections publiques.
Deux autres paysagistes, qu'on peut également ranger parmi les innovateurs de l'Ecole, Aart van der Neer et Aalbert Everdingen, méritent de prendre place immédiatement après les maîtres dont nous venons de parler. Né à Amsterdam en 161 9, Aart van der Neer (le père de cet Eglon van der Neer que nous avons déjà mentionné à propos des peintres d'intérieur), nous est à peu près inconnu en dehors de son œuvre. Les biographes n'ont rien. retenu sur lui, ni une date ni un fait. Mais ses tableaux sont assez éloquents pour se passer de commentaires. Alors que Van Goyen se plaît dans un demi-Jour brumeux et incertain, alors que Wynantsz aime à représenter ses paysages baigYiant dans la lim-
pide chaleur du Jour. Van der Nef.r, lui, représente des rivières et des canaux ombragés de grands arbres, bordés de chaumières et de villages, reposant à la douce et pâle clarté de la lune. Rien ne peut rendre la pénétrante mélancolie de ses campagnes silencieuses.
Parfois aussi, mais rarement, il représente le jour, et alors une lumière chaude et vibrante remplace les reflets vaporeux de Tastre des nuits. Il a peint également des hivers, la neige, la glace, les patineurs; il a peint des incendies empourprant le ciel et mirant leurs sinistres lueurs dans Tonde troublée des canaux , et tout cela avec un égal bonheur. Ses œuvres, précieusement recueillies par les plus célèbres galeries, peuvent compter parmi les plus recherchées de TEcole.
Aalbert ou Allard van Everdingen, né en 1621, à Alkmaar, et mort dans sa ville natale en lôjS, appartenait à une famille d'artistes, car ses deux frères César et Jan furent également peintres. César (1606- 1679] acquit même une certaine réputation comme peintre de figures et de portraits. Il pratiqua aussi le paysage et les vues de villes, comme le prouve son tableau du musée de La Haye. Quant à Aalbert, Jeté pendant un voyage sur les côtes de Norvège, il y fit de nombreuses études de rochers et de cascades, et quand il revint dans son pays il exécuta, à Taide de ces souvenirs, une quantité de tableaux représentant des torrents, bordés de hautes sapinières, jaillissant entre de sombres masses de roch'ers et troublant de leur écume de grandes flaques d'eau transparente. Sa facture, qui se ressent de ces sujets tumultueux, est d'une facilité extraordinaire. Ses ciels se distinguent par leur clarté; sa couleur, parfois un peu lourde et même
monotone, a souvent aussi beaucoup de force. Son Paysage du Louvre et son Paysage en Norvège^, du musée d'Amsterdam, sa Colline boisée, du musée Van der Hoop, font bien connaître ses solides qualités.
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FI G. (5j. AALBERT VAN EVERDINGEN.
Diogène cherchant un homme. (Musée de La Haye.)
Mais eùt-il eu moins de talent, que son nom n'en serait pas moins devenu fameux, car il fut le précurseur et peut-être même le maître de J.iCOB v.\n Ruysd.\el.
J.\coB ou Jacques Vax Ruysdael, en effet, n'est pas seulement le plus grand des paysagistes hollandais, on peut encore dire qu'il est le plus grand des paysagistes qu'ait produits la peinture moderne. Aucun autre peintre n"a su
rendre avec une puissance supérieure la poésie des campagnes du Nord. Dessinateur de premier ordre, il est, en outre, un harmoniste achevé; son coloris, chaud et velouté, chante dans la demi-teinte du clair-obscur des symphonies d'une douceur exquise; sa brosse, tantôt énergique et tantôt moelleuse, passe avec une flexibilité étonnante de Texécution la plus finie, la plus délicate, la plus lisse, à la facture la plus libre et la plus large qu'on puisse emplover. Jamais artiste n'a su concentrer, dans ses ciels chargés de nuages sombres et menaçants, une poésie plus mélancolique et plus pénétrante. Jamais la nature simple et rustique de son pays n'a trouvé un interprète à la fois plus savant et plus convaincu. Jamais personne n'a traité avec plus de majesté farouche les sites montagneux, les déserts norvégiens et les cascades écumantes. Après cela, on imaginerait volontiers que la vie de Jacques van Ruysdael est exempte de tout mystère et qu'on connaît l'existence d'un si grand homme Jusque dans ses moindres détails. Il n'en est rien cependant. On croit que cet étonnant artiste est né à Haarlem ; on pense qu'il naquit en 1625 ; on sait qu'en 1648 il entra dans la gilde de Saint-Luc; plus tard, en lôSg, il s'établit à Amsterdam , y obtint le droit de bourgeoisie, végéta dans cette grande ville, méconnu par ses contemporains et réduit à la misère. En 1681, revenu dans sa ville natale, il sollicita du bourgmestre de Haarlem une place dans l'hospice de la ville. C'est là qu'il mourut, le 14 mars 1682, ignoré, obscur, réduit au désespoir par l'indifférence dont il était entouré. Voilà tout ce qu'on sait de lui ; pour le reste, on est réduit aux conjectures.
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Il semble, toutefois, que dans le principe il ait exclusivement consacré son pinceau à sa patrie ; le grand