FI G. 6^. JACOB VAN RUYSDAEL
La ÇascaJe. (Musée d'Amstjrdam.)
nombre de Vues de Haarlem qu'on trouve aux musées d'Amsterdam et de La Haye, les paysages boisés qu'il copia dans les dunes, tout près de sa ville de travail, le
Buisson, qu'on admire au Louvre, appartiendraient à ce temps. Plus tard, voyant combien ses essais étaient peu appréciés, il s'inspira des dessins que lui avait communiqués Van Everdixgen pour se faire, lui aussi, l'interprète de cette nature septentrionale si farouche et si terrible, dont son maitre avait rapporté le secret.
Smith a catalogué ses œuvres ; elles montent à plus de quatre cents ; on comprend que nous ne tentions pas d'en donner une description, ni même d'en tracer une nomenclature, d'autant plus que le nombre de rochers, de cascades et de plages que nous rencontrerions nous obligerait à de constantes redites. Nous nous bornerons à mentionner les tableaux de ce grand maître qu'on rencontre au Louvre et ceux; qu'on admire dans les principaux musées de Hollande.
Le Louvre possède six tableaux de Ruysdael : la Forêt, qu'on appelle aussi le Buisson, une Tempête sur les bords d'une digue en Hollande et quatre paysages. Le musée d'Amsterdam en compte cinq : le Château de Bentheim, la Cascade, Hiver, la Forêt,, la ville de Haarlem^ A La Haye, on en trouve trois : la Cascade, une Plage, et la Vue de Haarleni prise des dunes d'Orerveen.
Meindert Hobbema, peintre d'imagination moins voyageuse que Jacques van Ruysdael, ne fit point d'infidélité à la nature qu'il avait sous les yeux. C'est à la Gueldre et à la Drenthe surtout qu'il demanda ses modèles. A la Drenthe il emprunta ses joyeux villages égayés d'un coup de soleil, avec leurs rustiques maisons reliées entre elles par des sentiers sinueux; et la Gueldre lui fournit ses primitifs moulins à eau qui
tiennent une place si importante dans son œuvre. Comme RuYSDAEL, HoBBEMA, méconnu de ses contemporains, n'a laissé chez les biographes qu'une très faible trace de son passage sur cette terre, dont il a e'té pourtant un portraitiste si fidèle. Il faut attendre jusqu'en i/Sg pour voir son nom figurer sur les catalogues de vente ; en 1768, ses chefs-d'œuvre n'étaient ^ère prisés plus de 200 à 3oo florins, et c'a été seulement de nos jours que justice a été rendue à son immense talent. En même temps, un document découvert dans les archives d'Amsterdam faisait connaître la date et le lieu de naissance de ce grand artiste. Ce document, un acte de mariage, nous apprend, en effet, que Meindert Hobbema était âgé de trente ans en 1668, qu'il était originaire d'Amsterdam et ami de Jacob van Ruvsdael. Pour le reste, nous ne sommes pas plus avancés qu'il y a cinquante ans.
Mais si la biographie du peintre nous échappe, ses œuvres nous restent, et nous pouvons les étudier tout à loisir. Moins élevé de goût, moins poétique que Ruys- DAEL, Hobbema serre la nature de plus près. Alors que le premier cherche son effet dans la mystérieuse indécision du clair-obscur, l'autre, au contraire, éclaire ses compositions de coups de soleil qui font circuler partout, sous les massifs de ses grands arbres, une sorte de contentement et de joie. Alors que l'un choisit les heures indécises du jour où la nature s'enveloppe d'une sorte de voile, l'autre représente plus volontiers le soleil couchant dans toute sa rutilance, promenant ses chauds rayons sur le gazon qu'il dore de ses reflets. Au point de vue de l'exécution, par exemple, les deux maîtres sont d'égale valeur, et si la brosse de Rlvsdael semble être plus
2o8 HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
moelleuse et plus souple, celle J'Hobbema offre plus de solidité dans la pâte et de robustesse dans rexécution.
Les œuvres d'HosBEMA, inconnues, nous Tavons dit, jusqu'en 1739, sont demeurées rares et leur rareté explique, au moins autant que leur mérite, les prix excessifs auxquels elles sont actuellement cotées. Les musées de Berlin, de Bruxelles et dWmsterdam sont à peu près les seuls du continent qui en montrent à leurs visiteurs. C'est dans les collections particulières, et surtout en Angleterre, que se trouvent les plus beaux échantillons du maître.
Parmi les artistes, trop peu nombreux, hélas! qui marchèrent sur les traces de Jacques vanRuysdael et d'HoB- BEMA, celui qui s'approcha les plus de ses modèles fut Cor- NELis Dekker, dont les ouvrages peuvent compter parmi les meilleurs paysages hollandais. Son coloris est sans doute un peu plus lourd, sa perspective aérienne est moins savante, mais ses moulins et ses forêts sont encore dignes des premières collections. Après Dekker il faut placer Jan van der Haagen, né à La Haye en i635. Il se montre plus indépendant, mais Tinfluence de Ruysdael est encore chez lui fort évidente. Sa peinture est vraie, d'un ton heureux, ses sites sont bien étudiés, mais sa facture, souvent un peu rude, dégénère d'autres fois en minutie. Beaucoup plus loin, et très fort en arrière, viennent ensuite Jan van Kessel (1648- 1698), imitateur habile et copiste ingénieux, dont les ouvrages sont assez rares; Jan de Vries, qui meubla des paysages dans le goût de Ruysdael d'architectures imitées de Claude Lorrain; Ront- BOUTS, qui s'imprégna si bien du faire de ses modèles, que quelques tableaux de sa main figurent dans les
musées et dans les collections abrités sous le nom de RuYSDAEL et d^HoBBEMv ; Abraham Verboom, qui emprunta au premier de ces deux maîtres Pharmonie de sa couleur et au second sa science et ses connaissances botaniques, et enfin Jan Looten, qui alla initier l'Angleterre aux beautés du paysage néerlandais.
Au nombre des artistes qui, dans une note différente, mais cependant entièrement inspirée par leur pays natal, ont su conquérir un rang élevé parmi les paysagistes hollandais, il faut placer en première ligne le célèbre Paulus Potter. Fils d'un peintre peu connu, nommé Pieter PoTTER, qui lui donna ses premières leçons, il quitta de bonne heure Enkhuyzen, oii il était né en 162 5, pour venir habiter Delft et plus tard La Haye. C'est à Delft, oii il fut reçu membre de la gilde de Saint-Luc en 1646, que son talent se manifesta tout d'abord, et que son nom commença d'être connu. La protection de Jan Maurice de Nassau l'ayant attiré à La Haye, il s'y maria en i65o, puis ayant eu, dit-on, à se plaindre de la légèreté de sa femme, il abandonna brusquement la résidence des États- Généraux pour aller s'établir à Amsterdam. C'est là qu'il mourut, le 17 janvier 1654, âgé de vingt-huit ans et deux mois.
Paulus potter ne fut pas seulement un paysagiste de premier ordre, il fut surtout un peintre d'animaux, et dans le genre un peu spécial auquel il a consacré son talent, il peut être regardé comme un artiste accompli.
En outre, parmi les peintres qui ont placé la vérité et Texactitude au premier rang de leurs qualités, il est assurément l'un des plus grands et Tun des plus distingués que rÉcoIe hollandaise ait produits.
FIG. (58. PAULU3 rOTTER.
La Vache qui 3e m re ( Masee de La Haye.)
Ses tableaux, toutefois, sont généralement de petites dimensions, et il gagne beaucoup à ne pas trop développer ses compositions. Deux vastes ouvrages, où sont représentés des animaux de grandeur naturelle, son Taureau, dont on a fait un éloge outré, et sa Chasse à l'ours du musée d'Amsterdam, sont à tous égards inférieurs à ses productions réduites.
C'est par la perfection du dessin, par ime admirable
connaissance de ranatomic de ses modèles, par la fidélité et la puissance du modelé, par une couleur qui sUiarmonise supérieurement avec les différentes heures du jour, que Paulus Potter arrive à donner à ses compositions leur étonnant accent de vérité. Ses paysages, meublés au premier plan de quelques saules, se développent, dans une perspective aérienne d'une limpidité incomparable. De grandes plaines, d'interminables prairies, bordées au loin de bouquets d'arbres et peuplées de vaches, de moutons, de chevaux en liberté, lui fournissent ses motifs préférés, sans que jamais, cependant, il se répète au point de devenir monotone. Parfois, comme dans son Orphée, il fait comparaître devant le spectateur des animaux exotiques ou carnassiers ; mais bientôt sa nature pacifique et simple reprend le dessus; il retourne à ses moutons et surtout à ses vaches. Smith a compté cent trois tableaux de Paulus Potter. En tenant compte des sujets chargés et compliqués qu^affectionnait le maître, et aussi de sa fin prématurée, il faut reconnaître que son ardeur au travail a dû être singulière, pour qu'il ait pu laisser tant d'œuvres après lui. Fort renommés de son vivant, très appréciés des amateurs, ses ouvrages, qui se vendaient un prix considérable au sortir de son atelier, sont allés prendre place presque immédiatement dans des collections princières. Aussi les rencontre-t-on aujourd'hui dans la plupart des musées. Le Louvre possède deux tableaux de lui: des Chevaux attachés à la porte d'une chaumière, datés de 1647, et la Prairie, datée de ibSi. Le musée de La Haye en compte trois : la Vache gui se mire, datée de 1648, la Prairie avec bestiaux, de i652, et le Jeune
taureau, de 1647, — cette vaste toile, si prônée, si vante'e, si fameuse, qui, transportée à Paris, reçut au musée Napoléon les honneurs de l'apothéose, bien qu'elle soit, so:Time toute, une œuvre plus étrange que belle et d'un
Fie. 69. PAULUS POTTER.
La Cata-.ie du berger. ( .Musée d'Amsterdam.)
goût assurément contestable. — Enfin, au musée d'Amsterdam on peut voir cinq tableaux du maître: la Cabane du berger, datée de 1645; la grande Chasse aux ours ^àox\\ nous avons parlé plus haut et qui est datée de 1646 ; Orphée charmant les animaux, de i65o ; les Bergers et leur troupeau^ de i65i, et les Coupeurs de paille^ sans date. Malgré ses vifs succès, PaulusPotter ne tit pas d'é-
m HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
loves et compta peu de sectateurs. Les artistes qui peignirent dans son genre sont même rares en Hollande. Govert Camphuysen qui, né à Gorcumen 1624, obtint en i65olc droit de bourgeoisie à Amsterdam, a aussi représenté