‹ Histoire de la peinture hollandaiseChapitre 32 sur 47 · FI G. 70. PAUL US POTTER · texte numérisé non relu

FI G. 70. PAUL US POTTER

Prairie aux besiiaux. (Musée de La Haye.)

des troupeaux, des prairies et des etables ; mais ses paysans trapus et ses animaux épais n'ont rien à démêler avec les sujets distingués de Paulus Potter. Aalbert Klomp offrirait avec lui un peu plus d'analogie, mais sa facture, quoique habile, est plus lourde et sa palette moins variée. Abraham Hondius (iôSS-iôqSJ, qui a peint également des chasses à Tours et au sanglier, est

trop vigoureux et pas assez correct pour prêter à un rapprochement sérieux. En outre, sa pre'occupation dominante est d'être décoratif, et c''est ce qui tourmente le moins Paulus Potter. Restent Willem Romeyn et Adriaen Pynacker (1621-1673), Tun et Tautre artistes habiles, tins, délicats, ennemis des grands effets; celui-ci plus sommaire, celui-là plus fondu ; le premier plus concentré, le second plus coloré, qui ont, eux aussi, souvent consacré leur talent à ces pâturages verdoyants et à leur peuple ruminant de bêtes à cornes. Mais tous deux se sont surtout distingués par des vues italiennes, par ces campagnes semées de ruines que Nicolaas Berchem et Karel DujARDiN, à leur retour de Rome, avaient mises si fort à la mode, et c^estàla postérité de ces artistes qu'ils se rattachent, bien plus qu'à celle du maître simple et ému d'Enkhuyzen.

Parmi tous ces peintres intéressants à tant d'égards, il n'est guère qu' Adriaen van de Velde qui puisse être comparé à Paulus Potter. Comme lui il était fils de peintre, comme lui il mourut jeune, à peine âgé de trente-six ans, comme lui enfin, il ne quitta jamais sa patrie. Né en i636, élève deJANWYNANTSz, A. VANDE VELDEfit preuvc, dès ses débuts, d'un talent si précoce, que la femme de son professeur, témoin de ses premiers efforts, s'écria, dit-on : « Wynantsz, tuas trouvé ton maître! » Bientôt la prédiction s'accomplit, et les tableaux du jeune débutant furent plus recherchés que ceux du vieux paysagiste. Plus varié que Paulus Potter, Adriaen van de Velde se laisse parfois gagner par le goût de ses confrères italianisants, et, à leur exemple, il lui arrive alors de chercher à anoblir ses compositions. Sous son pinceau, un berger

2i6 HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.

devient souvent un pâtre, une bergère, un tendron, une

Fie. 71. ADRIAEN l'YNACKtR.

Paysage d'Italie.

jument, une cavale. Mais quand il se borne à représenter

quelque paysage bien hollandais, il se rapproche de Pau- Lus PoTTER, non point comme facture, car sa touche est plus molle, plus fondue, sa pâte moins abondante,

FIG. 72. — ADRIAEN VAN DE VELDE. Le Bac. (Musée d'Amsterdam.)

et sa couleur moins claire tourne souvent, dans les feuillages, au vert sombre et même au bleu, mais pour le choix et l'ordonnance de ses compositions.

Malgré sa vie courte et la complaisance avec laquelle il étoffa les paysages non seulement de son maître Wynantsz mais encore de ses camarades Hobbema, van der Heyden, Verboom et Moucheron, le catalogue des œuvres d\A.DRL\EN

2i8 HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.

VAN DE Velde ne compte pas moins de cent quatre-vingt sept numéros. Etant donné le tini de ses œuvres, ce chitilVe prouve une facilité prodigieuse et une extrême activité. Ses ouvrages, recherchés de son vivant même, ont pris place depuis longtemps dans les principaux musées de TEurope. Berlin. Florence, Cassel, Munich, Bruxelles possèdent de ses tableaux. Le Louvre, à lui seul, en compte six : là plage de Scheveningue, trois Paysages avec animaux, la Famille du pâtre, un Canal glacé. On n'en trouve que deux au musée de La Haye : des Bestiaux et une Plage hollandaise, et trois à Amsterdam : lo. Passage du bac^ la Cabane, et un Paysage.

On rattache généralement à Adriaex vax de Velde DiRK VAN Bergen (1645-1689), qui fut son élève, et Pieter VAN DER Lel'w (1704I, quI s'etforça de Timiter. Mais Tun et Tautre, plus lourds de ton, plus durs de contours, d'une exécution plus crue, d'un goût moins heureux, restèrent à une grande distance de celui qu'ils s'étaient donné comme modèle.

C'est aussi aux habitants paisibles des Polders hollandais, à leurs ruminants superbes, qu'AALBERX Cuyp demanda les sujets d'un ^rand nombre de ses tableaux ; mais, avec sa peinture solide, puissante, robuste, ennemie du détail et se bornant à chercher les grands ensembles, nous entrons dans un tout autre milieu. Bien que le bétail occupe une place considérable dans Tœuvre de Cuyp, il n'y a aucun rapport, en erfet, entre ses vaches et celles de Paulus Potter ou cI'Adriaen van Velde. Moins soignées , moins finies , moins bien étudiées, malgré leur importance apparente , ce n'est point sur elles que se concentre l'intérêt. Le charme de la composition

est tout entier dans la splendeur du jour qui les éclaire. Emule en ce sens de Pieter de Hooch, Cuyp a le sens de la lumière plus qu'aucun autre peintre de paysage, et, à Texception de Claude Lorrain, personne n'a su mieux

FIG. 73. AALBERT CUYP.

La Pêche du saumon. (Musée de La Haye.)

que lui rendre Tardeur d'un midi brûlant, ou les chauds et vibrants adieux du soleil à son déclin.

Cuyp, toutefois, ne s'est pas borne à représenter des bestiaux et des pâtres paisiblement groupés dans ces immenses prairies qui bordent la Meuse; parfois, comme dans son Départ pour la promenade , du musée du Louvre, il s'est fait le peintre des seigneurs de son temps.

Parfois aussi il a pcini des marines ; ei alors il nous montre la Meuse couverte de bateaux et encombrée de barques chargées de passagers, comme dans la belle toile de la galerie Six, ou une mer orajeuse , comme dans sa

Page 1