FI G. 7$. JAN ET ANDRIES BOT H
Paj'SJge italien. (Musée de La H.iyc.)
de travailler ensemble, l'étroite intimité qui les unissait, avaient si bien fini par fondre leurs deux^ talents qu'aujourd'hui, si Ton ignorait cette fraternelle collaboration, il serait impossible de la deviner. Excellents dessinateurs l'un et l'autre, moins émus que Clvi' mais beaucoup plus distingués, ils étaient parvenus à interpréter d'une façon admirable les dernières heures du Jour, et pendant que l'ainé dorait de reflets magiques les cimes
vaporeuses de ses rochers et de ses hêtres, Tautre allon- ^eait sur les terrains du premier^" plan les ombres émaciées et flottantes de personnages dont les silhouettes se dessinaient dans une poussière d'or.
En i65o, Andries mourut à Venise des suites dVtne imprudence. Sortant d'un dîner ou il avait trop célébré Bacchus, il se laissa tomber de sa gondole dans Teau bourbeuse d'un canal. Jan, désespéré, revint à Utrecht, où il vécut quelques années encore, demandant à Poe- LEMBURG, son ami, de remplacer son frère disparu et d'animer ses grands paysages. Les tableaux connus de Jan Both s'élèvent à cent cinquante; leur mérite est souvent inégal ; plusieurs d'entre eux sDnt de dimensions considérables. Tous uniformément représentent des Paysages ital'ens. Le Louvre en possède deux, le musée d'Amsterdam quatre, celui de La Haye deux, le musée de Bruxelles un ; on en trouve encore à Dresde, à Berlin, à Munich, mais le plus grand nombre est en Angleterre.
Parmi les élèves de Jan Both il nous faut citer Henri Verschuring (1627- 1690), qui, après avoir beaucoup voyagé, finit par revenir en i655 dans sa ville natale, où il remplit les fonctions de bourgmestre. Ses sujets préférés sont des scènes de la vie militaire et des brigands. Son exécution est soignée, son imagination féconde. On remarque en lui un certain talent décomposition, mais sa couleur est terne et opaque. Jan Both eut en outre pour imitateur Willem de Heusch, son contemporain et son compatriote, qui, dit-on, fut aussi son élève. De Heusch copia avec assez de bonheur les effets de soleil couchant; mais il échoua complètement dans la tentative qu'il fit de transmettre à son neveu Jacob de Heusch
(i 65 7-1 701) un talent et des procédés qu'il n'avait luimême que de seconde main.
Avec Jan Both et ses élèves nous sommes entrés dans une catégorie nouvelle de paysagistes. Nous n'avons plus affaire aux interprètes émus des campagnes néerlandaises, nous sommes en présence de « joyeux déserteurs » qui sont allés au loin, au delà des rivières et des monts, chercher des sujets plus en harmonie avec les préoccupations nouvelles qui se faisaient jour dans leur pays. Avant de continuer à suivre cette voie, peut-être serait -il bon de dire quelques mots d'un groupe de peintres, Philips de Koning, Jan van DERMEER(le jeune), Herman Saftleven, Jan Hackaert et quelques autres, qui marquent la transition ou se rattachent encore à la classe précédente.
Elève de Rembrandt, Philips de Koning (1619-1689) est, avec son beau-frère FuRNERius,à peu près le seul des disciples du maître qui se soit adonné spécialement au paysage, A son imitation, il se plut à produire ces énormes vues panoramiques dont Rembrandt, on doit le reconnaître, fut l'inventeur; et, dans ce genre un peu spécial, il approcha si près de son illustre initiateur, que souvent la confusion s^est produite entre leurs œuvres. Jan van der Méer (le jeune) s'inspira, lui aussi, de cet illustre exemple. Il choisit pour les animer de ses moutons, dont il avait fait une étude toute spéciale, des vues étendues prises d'une hauteur. Les rivages du Rhin, à l'endroit où le fleuve commence à être accidenté et pittoresque, le retinrent et n'eurent pas d'interprète plus consciencieux.
Ce sont aussi les bords du Rhin et de la Moselle qui
inspirèrent à Herman Saftleven (i 609-1 685) ses principales compositions. Ses motifs bien choisis, son dessin correct, son exécution soignée feraient recherch'er ses tableaux, si ses toiles singulièrement uniformes ne péchaient par une facture surannée, que viennent souligner la touche un peu rude avec laquelle sont exécutés les objets du premier plan et un ton bleuâtre trop accusé dans les lointains. Un des meilleurs tableaux de H . Saftleven se trouve au Louvre (n° 583); par lui on peut avoir une très exacte idée du talent de Tartiste et de ses défauts. Malgré ses côtés fâcheux, Saftleven exerça une certaine influence sur son entourage, et plusieurs peintres, entre autres Jan Griffier (1656-1720), s^inspirèrent de son exemple ou subirent son ascendant^.
Quant à Jan Hackaert, il marque en quelque sorte le point intermédiaire entre les peintres qui se sont voués au culte du Nord et ceux qui se sont laissé séduire par le soleil du Midi. On ignore quel fut son maître. Mais on sait que, jeune encore, il voyagea en Allemagne et en Suisse et se passionna pour les montagnes qui déroulaient sous ses yeux leurs cimes majestueuses. Plus tard, de retour à La Haye, il reproduisit aussi des paysages de sa patrie, se forma une seconde manière, et ses vues de bois, animées par Adrla.en van deVelde ou J. Lixgel- BACH, ne le cèdent en rien à ses montagnes correctement dessinées et peintes avec une sûreté peu commune. Le musée d'Amsterdam possède de ses œuvres ; on en
I. Jan Griffier eut un fils qui naquit pendant son séjour en Angleterre (1688) et reçut le prénom de Robert. Ce fils peignit absolument dans le genre de son père, dont il était l'élevé, et leurs tableaux ont été souvent confondus.
trouve également à Dresde, à Munich et à PErmitage, A côté de Hackaert il nous faut encore ranger Anthoni Waterloo, né à Lille aux environs de i63o, que nous trouvons en i653 à Leeuwarden et, en 1661, à Amsterdam. Assez rare comme peintre, mieux connu comme graveur, Waterloo marque, lui aussi, le point de jonction entre les deux tendances, tandis qu'avec Jan Baptista Weenix, Nicolaas Berchem et Karel du Jardin nous entrons en plein dans la bande italianisante.
Par ordre de date, le premier de ces artistes voyageurs est J.-B. Weenix. Il est né en 161 8, alors que Berchem est né en 1620 et Dujardin en 1625. On lui donne pour maître Abraham Bloemaart. Jeune encore, il se maria à la tille de Gilles de Hondekoeter, mais son désir de voir ritalie lui fit bientét délaisser sa jeune femme pour s'en aller au delà des Alpes promener sa palette et ses pinceaux. Il avait promis de ne rester absent que quatre mois et il demeura à Rome des années. Le choix de ses sujets se ressentit de ce long séjour; la plupart de ses tableaux représentent des ruines au pied desquelles paissent des moutons et des chèvres surveillés par un pâtre ou mal gardés par une bergère endormie. Sa couleur est belle, sa touche est puissante, sa pâte est abondante; sa lumière surtout est superbe et se rapproche de celle de Pieter DE Hooch; mais sa facture est sèche, parfois même dure, et son talent manque de variété. C'est à Munich que se trouvent ses meilleures oeuvres. Jan
Baptista exécuta aussi quelques ports de mer, et les Corsaires repousses (du Louvre) sont peut-être dans ce genre ce qu'il produisit de mieux. Rentré en Hollande, notre peintre se fixa aux environs d'Utrecht, où il mourut en 1660.
FIG. 76. NICOLAAS BERGHEM.
La Chasse aux sangliers (Musée de La Haye.)'
Si Weenix est le premier par ordre de date de ce groupe d'italianisants^ on peut dire que Berchem en est le premier par le talent, la facilité et la fécondité. Ses compositions se distinguent par un dessin correct et une couleur agréable. Une exécution brillante, un peu décorative, d'où le plus souvent les glacis sont absents, beaucoup de liberté dans le maniement de la brosse, un certain sentiment poétique, ont fait, de son vivant même, rechercher ses tableaux, et aujourd'hui
ceux-ci lieiineat encore une place honorable dans les musées du Louvre, de TErmiiage, d^\msterdam, de La Haye, de Munich, de Dresde et de Berlin. Cependant on ne peut se défendre de trouver à la longue ses ber-
FI G. 77. NICOLAAS BERGHEM.
Un Gué italien. (Musée de La Haj-e.)
gersetses bergères d^une monotonie singulière, et Tuniformité de ses animaux prouve qu'il travaillait d'après un petit nombre d'études, sans beaucoup consulter la nature. En outre, comme la plupart des peintres qui ont produit de nombreux et hâtifs ouvrages, il répète très souvent le même sujet, et il n'est guère de galerie un peu fournie où l'on ne trouve un Passage du
g^ué. OU une Femme sur un duc en conversation avec un autre personnage. On croit reconnaître dans sa production trois manières assez différentes. Dans la première, encore imbu des préceptes de Van Goyen et de N. Mo- YAERT qui furent ses maîtres, on trouve le sentiment de la nature hollandaise; puis il devient Italien, mais avec un soleil chaud et tout en conservant sa couleur vibrante ;enlin, dans sa troisième manière, il reste Italien, mais devient argenté, sec, un peu dur et beaucoup plus décoratif.
On a raconté nombre d'anecdotes sur la vie de Berchem; on a dit que l'avarice de sa femme ne lui laissait aucun instant de repos, et qu'elle le forçait à produire sans trêve ni relâche. Il est assez difficile de démêler ce qu'il y a de vrai dans ces histoires plus ou moins apocryphes. Mais ces accusations, si elles étaient fondées, aideraient à expliquer la prodigieuse fécondité d'un peintre relativement soigneux, et dont les ouvrages, cependant, se comptent par centaines. Berchem mourut en i6S3, riche et considéré.
Malgré ses succès, Berchem eut peu d'élèves. On en cite trois ou quatre, pas davantage, et encore est-ce plus sur une similitude de procédés et de préoccupations que sur des données bien sérieuses qu'on se fonde pour établir un lien entre Abraham Begeyx, J.-F. Soolmaker, Jan Glauber, Aalbert Meyering et leur prétendu maître.
Né à Utrecht de parents allemands, Jan Glauber (i 646- 1726) est presque le seul qui se soit recommandé de ce titre de disciple. Et encore, dès qu'il put voler de ses propres ailes, s'empressa-t-il de partir pour l'Italie.
2jo HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
Aalbert Meyering (1645-1714), son condisciple et son ami, raccompagna dans son voyage, mais ce déplacement ne suffit point à faire de nos deux artistes des peintres de premier ordre. Les tableaux de Glauber, bien qu"'ils se recommandent par un coloris chaud et par un soin extrême, restent bien en arrière des oeuvres de Berchem, et Mf.yering est encore moins heureux dans ses tentatives. Quant à Begeyn et à Soolmaker, dont on ne connaît qu^in petit nombre d'œuvres (le muse'e de Bruxelles possède un tableau de chacun d'eux), on ne sait rien de leur existence, et leur talent froid, leur coloris opaque ne sont pas pour faire regretter beaucoup Pobscurité qui plane sur leur vie.
Karel du Jardin, né (nous Pavons déjà dit) vers 1625, mourut à Venise en 1678. On a prétendu qu'il avait, lui aussi, fréquenté Tatelier de Berchem, mais rien ne le prouve, et on peut ajouter que s'il ressemble beaucoup à ce peintre par le choix de ses sujets et le brillant de sa touche , il se rapproche presque autant de Paulus Potter par le soin et la vérité avec lesquels il représente les animaux. Ceux-ci sont, en effet, plus vrais, plus variés de poses et d'allures et plus sincèrement rendus que ceux de Berchem. Dessinateur d'une habileté peu commune, tout ce que Karel touche devient sous son pinceau gracieux et distingué; sa fantaisie ne connaît d'autres bornes que celles du bon goût, sa facture est vive, sa couleur généreuse, sa lumière harmonieuse et limpide. Ses moindres compositions ont, en outre, un côté original, ingénieux, spirituel qui séduit. Ses petites scènes paysannes sont presque des idylles, pendant que ses tableaux de genre, le Charla-
taiij par exemple, le désignent comme un observateur et un humoriste de premier ordre.
Karel du Jardin a peint aussi le portrait, et qui plus