KAREL DU JARDIN
Le Repos.
est, le portrait de grandeur naturelle, témoin celui de G. Reynst, qui mesure i'",2 5 sur i'",o3 et qu^on peut voir au musée d^Amsterdam. Il a même peint de grands tableaux représentant des réunions de Régents. Tels sont ses Syndics de la maison de réclusioti^ tableau qui mesure 2", 23 sur près de 4 mètres, et appartient au même musée. Mais , pour ces ouvrages de grandes
dimensions, le peintre est moins bien servi par son talent, et s'il est impossible de ne pas reconnaître, dans ces vastes morceaux, une science de dessinateur peu ordinaire, un modelé remarquable, une connaissance approfondie de la perspective, leur couleur sèche, froide, un peu blafarde, leur facture étroite, enlèvent à ces œuvres démesurées tout le charme qu^on éprouveàcontempler les petits tableaux du maître, ses cascades, ses troupeaux, toutes œuvres charmantes, comme les neuf tableaux de première qualité par lesquels Karel du Jardin est représenté au Louvre.
On a dit que Jan Lingelbach avait été Télève de Karel du Jardin; nous ignorons sur quelle base s'appuie ce dire, peut-être sur la ressemblance du talent, qui présente quelque analogie, quoique Lingelbach, Allemand d'origine, soit plus lourd et moins élégant.
Né en 1625 à Francfort-sur-le-Mein, notre peintre vint tout jeune encore s'établir avec sa famille à Amsterdam. En 1642, il quitta sa patrie d'adoption pour aller en France, où il demeura deux ans. Puis il se rendit à Rome, où il séjourna huit années, revint ensuite en Hollande, et s'établit de nouveau à Amsterdam, où il mourut en 1687. La facilité avec laquelle il savait poser et draper les petits personnages le fit rechercher par les peintres paysagistes, ses contemporains, pour e7ojf<?r leurs paysages et leurs vues de villes. Ce fut là sa principale occupation. Il peignit cependant un grand nombre de tableaux, notamment des vues italiennes, des marchés, des fontaines ruinées auxquelles viennent s'abreuver une troupe de cavaliers, des muletiers ou des pâtres. Son coloris, remarquable par son ton argentin, devient, dans ces vastes compositions,
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froid et blafard. Il est même rare qu'il échappe à ce défaut. Son chef-d'œuvre est conservé à Phôtel de ville d'Amsterdam. Il représente le Stathuis de cette grande et noble cité pendant sa construction.
FI G. 79. — - JAN LINGEIBACH.
Le Charriot de foin. (Musée de La Haye.)
Pour clore la série des paysagistes hollandais, il nous reste encore à parler de quelques artistes de second ordre qui consacrèrent leur pinceau à reproduire, de pratique, des sites italiens ou des paysages de genre décoratif. Ces artistes sont : Thomas Wyck, Bartholo- MEUS Breemberg, Frederic et IsAAC Moucheron et les trois Van der Does.
Thomas Wyck (1616-1696), né à Haarlem, n'a point
trouvé grand accueil chez les biographes. On croit savoir qu'il visita Tltalie, que, plus tard, il se retira en Angleterre, et mourut à Londres. Il excellait à peindre les ports de mer italiens. Son ordonnance, un peu emphatique, est cependant spirituelle; son coloris est chaud et ses groupes sont bien dessinés. Il ne lui en fallut pas plus pour lui valoir, de son temps, une certaine vogue qui, du reste, s'est conservée depuis, car quelques-unes de ses œuvres figurent dans les musées du continent.
Les trois Van der Does, Jacques le vieux {i623-i6j3) et ses deux fils Simon (i 653 -17 17) et Jacques le jeune (1654- 1699), imitèrent, tous les trois, Karel du Jardin. Le père avait été Tami de ce peintre éminent; les deux lils furent ses élèves. Jacques le vieux, toutefois, est le seul des trois qui visita Tltalie. Simon et Jacques le jeune ne firent donc de Vitalianisme que de seconde main. Tous trois, malgré cela, sont des artistes de goût, mais faibles observateurs de la nature; et si Ton peut louer les groupes de personnages et d'animaux, qui tiennent dans leurs compositions une place dominante, leurs paysages, traités avec trop de fantaisie, ne sont là que comme un décor. Le père fut un des fondateurs de la société Pictura , à La Haye (i656), et devint Tun de ses trois directeurs. Les deux fils furent moins heureusement servis par les circonstances. Simon, ruiné par sa femme, mena une existence précaire et faillit mourir à l'hôpital. Quant à Jacques le jeune, ayant accompagné en France l'ambassade hollandaise, il voyait s'ouvrir devant lui un avenir riant et prospère, quand la mort l'enleva brusquement (1699),
LES PAYSAGISTES. 2j$
Né à Emden en 1 633 , mort à Amsterdam en 1686, Frédéric de Moucheron, après avoir étudié quelque temps à Paris, vint se fixer à Amsterdam, oii il peignit un grand nombre de paysages italiens, qui prouvent surabondamment qu'il n'avait jamais vu Tltalie. Ses sites hollandais ne sont, du reste, guère plus exacts. Sa peinture est généralement froide et ne se recommande guère que par une certaine science d'arrangement. Plus heureux que son père, Isaac (1670- 1744) visita l'Italie, mais il ne parait pas qu'il en ait rapporté autre chose qu'un sentiment très vif de la décoration. A son retour dans sa patrie, il consacra son pinceau à orner les habitations des riches Amsterdamois. Ses ouvrages se recommandent par une belle ordonnance, une couleur vraie, mais lourde, et une grande entente de la perspective.
Bartholomeus Breemberg, par qui nous allons terminer cette classe si intéressante des peintres hollandais, fut un artiste de grand talent, mais le paysagiste le moins épris de la nature qu'ait produit l'école hollandaise. Né à Deventer en 1600 , il visita l'Italie et s'établit en France, où, à l'imitation du Poussin et de Claude Lorrain, il se mit à architecturer des paysages, à distribuer les ruines, les massifs de rochers et les groupes d'arbres suivant les besoins de la symétrie, à orner ses premiers plans de petites figures habilement peintes, chargées de représenter des scènes empruntées à l'Ecriture sainte , à la mythologie ou au Decameron. II fut ainsi Fun des plus ardents adeptes du «paysage classique». Ses qualités de dessinateur, sa perspective aérienne très juste, son exécution à la fois solide et soignée, lui valurent en
ajî HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
France, où il s'était fixé et où il n'était connu que sous son prénom, « le Bartholomé », une très grande vogue que ne ralentit même pas la froideur singulière qu'on rencontre dans ses œuvres dernières. Il eut l'honneur de figurer, au xviii*' siècle, dans toutes les galeries célèbres de Paris, et c'est à cet engouement, bien plus qu'à leur supériorité, qu'il faut attribuer la présence de six de ses tableaux au Louvre.
Aux peintres de paysages il convient de rattacher les peintres d'Intérieurs de villes. Ce n'est guère que vers le milieu du xvii^ siècle qu'on vit, en Hollande, des artistes se consacrer exclusivement à la reproduction des monuments qui frappaient journellement leurs yeux , des canaux, des rues, des places, qui donnaient à leurs hospitalières cités un caractère si typique. Il semble qu^ils aient été initiés à ce genre de peinture par ces vues de places, de marchés exotiques, dont les peintres italianisants avaient encombré les salons d'Amsterdam, et que, en présence de cette invasion da forums qx dt plaças, ils se soient écriés : Et nous aussi, nous avons des rues, des monuments et des places à peindre !
Le premier qui s'adonna exclusivement à ce genre éminemment pittoresque fut Johannes Beerestraaten. Jusqu'en ces derniers temps, on était assez mal fixé sur Texistence de cet artiste ; aujourd'hui sa biographie est clairement établie par la production de documents irréfutables. Johannks Beerestraaten naquit à