‹ Histoire de la peinture hollandaiseChapitre 36 sur 47 · FI G. 80. JOHANN ES BEERESTRAATEN · texte numérisé non relu

FI G. 80. JOHANN ES BEERESTRAATEN

La Bourse aux bateliers. (Musée d'Amsterdam.)

places, les carrefours, et laissant partout sur son passage un nombre incalculable de croquis et de tableaux. Ces derniers sont d'une touche large, grasse, pleine; leur couleur est harmonieuse. Le peintre empâte avec solidité, et, s'il est parfois légèrement incorrect comme aplomb et un peu sommaire comme détail , par contre il est toujours abondant et agréable. Bien que le Louvre

possède un tableau de lui représentant le Port de Gênes, il est assez peu probable que Beerestraaten soit allé en Italie, et il ne faut voir, dans cette peinture de fantaisie faite sans doute d'après les croquis de Lingelbach, qu'un sacrifice au goût de son temps.

Après Beerestraaten, par ordre de date, nous trouvons Job Berckheyden (i 628-1693) et son frère Gerrit Berckheyden (1638-1698), tous deux peintres de talent; Taîné, peignant d'abord des paysages, puis ensuite étudiant la figure pour pouvoir animer ses compositions, et plus tard étoffant non seulement ses « vues de villes », mais encore celles de son frère; le cadet, avec une touche moins hardie, plus réservée, plus froide, mais très fort sur la perspective linéaire et aérienne, reproduisant avec une sûreté remarquable les vues architecturales les plus compliquées. Tous deux se ressemblent, du reste, beaucoup et travaillèrent souvent ensemble. De Gerrit le musée d'Amsterdam possède une Vue du Dam et le Louvre une vue de la Colonne trajane. De Job le musée de Rotterdam possède une vue de l'Ancienne Bourse d'Amsterdam , et le musée d'Amsterdam une vue du Poids de Haarlem.

Jan van der Heyden, qui vient ensuite, toujours par ordre chronologique (1637- 1712), est incontestablement le premier des peintres de « vues de villes » par ordre de talent. On a dit qu'il était le Gérard Dov des peintres d'architecture, et Ton a eu raison. Comme Dov, il est, en effet, d'une finesse prodigieuse d'exécution, et cependant il sait si bien noyer son étonnante minutie dans les vues d'ensemble, que ses tableaux restent harmonieux et vrais. Ses sujets, en outre, baignent dans

une lumière douce, chaude, transparente, et son excellente perspective enlève à ses ouvrages Paspect maigre et froid qu'on pourrait redouter d'un finisseur aussi accompli.

Si étonnamment doué pour rendre les « vues de villes » et les tableaux d'architecture, Jan van der Heyden peignait assez mal les arbres et ne savait pas dessiner les personnages. Heureusement il avait sous la main, pour cette indispensable besogne, Adriaen van de Velde, dont les petites figures ajoutent un nouveau charme à ses compositions. Malgré le soin minutieux qu'il apportait à ses moindres ouvrages. Van der Heyden a beaucoup produit. Smith a catalogué cent cinquantehuit de ses œuvres, et la peinture ne fut point son occupation unique. Il remplit, pendant la seconde moitié de sa vie, des fonctions publiques à Amsterdam. C'est à lui que Ton doit l'éclairage de cette ville et l'établissement des pompes à incendie, dont il avait inventé un nouveau modèle, et dont il fut longtemps directeur.

Comme peintre, Van der Heyden fut très apprécié de son vivant, et ses oeuvres étaient cotées à des prix élevés. Après sa mort, ces prix augmentèrent encore, et le Louvre possède un tableau de lui, la Vieille maison de ville d'Amsterdam, payé à l'un de ses descendants 6,000 fi. (soit près de i3,ooofr.) et qui même, pour cette somme, ne fut obtenu que par surprise. On voit également au Louvre deux autres ouvrages du peintre, une Eglise et place d'une ville de Hollande et la Vue d'un village au bord d'un canal , qui ne sont guère moins précieux. On rencontre en outre de ses œuvres à Dresde, à Munich, à Cassel, à Vienne. Le musée de La Haye possède un

seul de ses tableaux : une Vue prise dans Vintériew d'une ville des Pays-Bas. Plus heureux, le musée d'Amsterdam en compte trois : le Pont de pierre, le Pont-levis et un Canal hollandais.

FI G. 8l, JAN VANDER HEYDEN.

Intérieur de ville (Musée de La Haye.)

Parmi les peintres qui vouèrent leur pinceau à reproduire la silhouette si pittoresque des vieilles cites hollandaises, il nous faut encore citer Jacob van der Ulft, né à Gorinchem en 1628, par conséquent compatriote de Van der Heyden et plus âgé que lui de dix années. Tous deux eurent sans doute le même maître. Mais, possesseur d'une imagination féconde et variée, Van der Ulft peignit d"ahord des paysages et des marines, et ce ne fut

Page 1