FIG. 84. WILLEM VAN DE VELDE
Temps calme. ( .Va/iOHn/ Gallcry.')
Willem van de Velde, le Jeiine^ est non seulement le plus grand peintre de marine de Técole hollandaise, il est aussi un des plus grands marinistes du monde entier. Son admirable connaissance des navires, la transparence magnifique qu^il sait donner à Teau et au ciel, les alternatives d'ombre et de lumière avec lesquelles il se ménage une série de plans successifs, la douce et fine har-
monie qui règne dans ses compositions, toutes exécutées dans des tons gris et délicats , la prodigieuse exactitude des détails, leur fini, qui ne dégénère cependant jamais en sécheresse, font de la plupart de ses tableaux autant de petits chefs-d'œuvre. Fait très remarquable, ce peintre de la mer du Nord et de la Manche, si agitées Tune et rautre,si troublées, si peu clémentes, ne peignit presque jamais que des temps calmes. Les orages et même les brises un peu fortes sont une exception dans son œuvre. Passionnés pour les choses de la mer, les Hollandais et les Anglais se disputèrent après sa mort les ouvrages du peintre, comme de son vivant ils s'étaient disputé Tarliste lui-même. Aussi est-ce en Angleterre et en Hollande qu'on trouve le plus grand nombre de ses œuvres. Le Louvre ne possède de lui qu'un tableau.
Si Willem van de Velde avait pour la mer calme une préférence marquée, Ludolf Backhuizen, au contraire, chérissait la tempête. Ses commencements, toutefois, n'étaient pas pour foire prévoir de pareils goûts. Né à Emden en i63i, il commença par travailler chez son père, homme de loi et secrétaire de sa ville natale. En i65o, il vint à Amsterdam et entra comme comptable dans une maison de commerce, puis il s'adonna à la calligraphie et finalement à la peinture. Dans cette dernière branche d'activité où le conduisait sa vraie vocation, il eut pour professeur un mariniste nommé Hendrick DuBBELs, dont nous parlerons bientôt, et Aldert vax Ever- DiNGEN, le peintre de rochers et de cascades dont nous avons déjà parlé. Est-ce ce dernier qui inspira à son élève son culte singulier pour la tempête? On l'ignore ; mais cette passion était telle que celui-ci n'hésita point à ex-
poser plusieurs fois sa vie pour saisir dans toute leur horrible vérité les effets du t^ros temps.
Fie. 85. LUDOLF BACKHUIZI-, N.
Le Port d'Amsterdam. (Muscc d'Amsterdam.)
Malgré cette conviction profonde, doublée d'un talent très réel, LudolfBackhuizen est demeuré très inférieur à
LES PEINTRES DE MARINE. zsj
Willem van de Velde. Ses marines, comparées à celles de son rivai, ont un aspect sec, dur, cru ; sa couleur est sans transparence : défauts que ne peuvent contre-balancer lafuria des vagues bouleversées et la course furibonde des gros nuages dans le ciel. Malgré cela, une certaine poésie répandue dans ses tableaux les fit excessivement rechercher par ses contemporains. Le roi de Prusse, rélecteur de Saxe, le grand-duc de Toscane le favorisèrent d'importantes commandes. Smith a catalogué cent quatre-vingt quatre de ses œuvres; un grand nombre de celles-ci font partie de collections publiques, etBACKHUizEx, quand il mourut en 1708 à Amsterdam, avait conquis une véritable fortune à la pointe de son pinceau.
Un autre preuve non moins convaincante de la faveur qui accueillit en leur temps les ouvrages de Backhuyzen, c'est le nombre considérable de peintres qui prirent soin de rimiter. Hexdrick Dubbels, son maître, fut un de.^ premiers, lorsque le succès de son élève se fut accentué, à s'inspirer de ses sujets et à copier sa manière. Bien mieux, il voulut que son fils Jan Dubbels prît Back- HuizEN pour professeur et pour modèle, et ce fils soumis se conforma si bien au désir de son père, qu'aujourd'hui la confusion se produit souvent entre les deux artistes, et que beaucoup de tableaux de Jan Dubbels figurent dans les collections privées sous le nom du maître qu'il s'efforça de pasticher.
Les autres élèves deBACKHuizEN sont : Pieter Coopse, duquel on sait fort peu de choses et dont les tableaux sont d'une extrême rareté ; Jan Claesz Rietschoof, né à Hoorn en i652, mort en 1719, qui s'assimila assez bien
aSi HISTOIRE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.
le Style de son maître, ainsi qu'on en peut juger par les deux tableaux, le Calme ei la Tourmente ^qne possède le musée d'Amsterdam; Michirl Madderstag (1659-170Q), qui travailla longtemps à la cour de Berlin ; et entin Abraham Stork (lôSo-ijoo), dessinateur habile et soigneux, inférieur cependant au point de vue de la composition, de la transparence des eaux et de la vérité générale, mais qui figure avec honneur dans les musées de Dresde, de Berlin et de La Haye. Dans ce dernier musée on voit de lui deux panneaux, une Marine et une Plage, qui portent le même millésime, i683.
Parmi les peintres de marine, émules deVAXDEVELDE et de Backhuyzen, qui font honneur à l'école hollandaise, nous citons encore Renier Nooms, assez connu sous le surnom de Zeeman ^marin), à cause de l'affection toute spéciale qu'il avait vouée à la mer. On est mal renseigné sur sa vie. On croit qu'il naquit en 16 12 ou 161 5 à Amsterdam ; mais il voyagea beaucoup car, d'une part, il résida assez longtemps à Berlin et, d'autre part, on sait qu'il séjourna en Angleterre et en France. Il habita même Paris, et notre galerie nationale possède de lui une Vue de l'ancien Louvre. C'était un artiste de mérite, peignant dans une gamme claire, légèrement ambrée, et dessinant avec beaucoup de soin.
LiEVE Verschuur, qu'on croit avoir été élève de Simon DE Vlieger et qui mourut en i(3(i[, est également un bon dessinateur en même temps qu'un peintre soigneux, mais il manque d'harmonie. Deux tableaux du musée d'Amsterdam peuvent faire juger de son habileté.
Jan van Capelle appartient aussi à cette pléiade d'artistes qu'un talent consciencieux et honnête a placés
au second rang, et sur la vie desquels on sait fort peu de choses. Ses œuvres, qui sont rares, nous le montrent affectionnant la mer tranquille, aimant à Téclairer d'une belle et chaude lumière, rappelant celle de Cuyp, et la peuplant de barques et de bateaux. Quant à JanParcellis et à son fils Jules, ils n'ont guère laissé de traces plus profondes. Le père fut élève de Vroom. Il poussa Tamour de sa profession jusqu'à s'exposer à de sérieux périls pour surprendre les secrets delà mer en courroux, mais sans parvenir cependant à être autre chose qu'un peintre assez médiocre. Pour le fils, né à Leyderdorp en 1628, bien qu'il eût reçu des leçons de son père, il s'appliqua surtout à imiter Willem van de Velde, et Smith mentionne des tableaux de lui exécutés avec assez de talent pour amener une confusion entre ses œuvres et celles de ce maître. Une de ses Eaux tranquilles^ entre autres, fut adjugée à Londres sous le nom de Van de Velde pour la somme de 3oo livres l7,5oo francs).
Enfin, il nous faut encore mentionner, parmi les peintres de marine, Gerrit Toorenburgh (1737-1785), dont on voit à La Haye une Vue de l'Amstelj et qui clôt la série des marinistes hollandais.