‹ Histoire de la peinture hollandaiseChapitre 6 sur 47 · FIG. C. ANTONIO MORD · texte numérisé non relu

FIG. C. ANTONIO MORD

La Fille de Charlês-Q.uint. (Galerie du Prado.)

se réfugier à Anvers, où il devint le peintre favori du duc d'Albe. 11 mourut dans cette ville en i58i.

Si HISTOIRE DELA PEINTURE HOLLANDAISE.

Malgré son séjour en Italie et les conseils éclairés dont il fut entouré, Moro ne sut point, dans ses tableaux historiques, se garantir des écarts de Técole de Jan Schoorl; mais, en revanche, dans ses portraits, la beauté magistrale du dessin, la transparence de la couleur, le fondu de la touche, la vérité de la pose, le goût qui préside à rajustement, le placent au premier rang des maîtres de son époque.

Parmi les portraits qu'exécuta Antonio Moro, un des plus connus est celui d'HuBERT Goltsius (musée de Bruxelles). Peintre lui-même, mais surtout érudit, imprimeur, historien et numismate, Hubert Goltsius (i 5 26-1 583) appartient seulement par son lieu de naissance au groupe d'artistes néerlandais dont nous retraçons rhistoire. Toute sa vie se passa à Bruges, et la peinture ne l'occupa qu'à ses moments perdus. Mais il prépara dans les arts la réputation de ce nom de Goltsius, que son cousin Hendrick ( i 5 5 8- i 6 i 7) devait achever de rendre célèbre.

Toutefois, c'est beaucoup moins par ses rares tableaux, d'un faire lourd et d'une couleur sans transparence (témoin les figures du musée de La Haye), que par ses nombreuses et charmantes gravures que Hendrick Goltsius conquit cette étonnante notoriété qu'il a conservée intacte à travers les siècles. Comme graveur, en effet, il a su se placer au premier rang de ses contemporains. Personne, en son temps, ne mania le burin avec plus de légèreté, plus d'adresse, et j'ajouterai avec plus de variété, car dans sa production il faut faire deux parts très distinctes : l'une où, s'inspirant de Lucas de Leyde et d'Albert Durer, il reste fidèle aux traditions archaïques;

Fie. 7. JÉSUS ET PILAT E.

Eau-forte de Hendrick Goltsics.

56 HISTOIPxE DE LA PEINTURE HOLLANDAISE.

Tautre où, s'abaiidonnant à ses tendances novatrices, au goût de son époque, à la mode de son temps, il s'inspire de Michel-Ange, et, redondant et maniéré, enveloppe dans des draperies invraisemblables le jeu violent de ses contractions musculaires. Du reste, aucun sujet ne Teffraye, aucun motif ne le déroute. Scènes sacrées et profanes, mythologie, allégorie, portraits, paysage même^ il aborde tout avec une infatigable fécondité et une variété surprenante d'exécution.

Cest également beaucoup moins par ses peintures que par d'autres travaux, que Jan Vredeman de Vries a conquis sa grande réputation. Né à Leeuwarden en i527, il s'appliqua à étudier Vitruve et Serlio, et Tarchitecture devint bientôt, avec la perspective, sa préoccupation dominante. Dans cette branche, il se montra rapidement d'une supériorité indiscutable, et les beaux albums quMl nous a laissés sont encore consultés avec fruit. Même lorsqu'il peint, les figures de ses avant-plans, bien qu'elles fournissent les titres de ses compositions, ne sont là (on le voit du premier coup) que comme accessoires. La principale affaire, aux yeux du peintre, ce sont les belles architectures dont il enveloppe ses personnages, et toute sa science, comme aussi toute son attention, sont concentrées sur la fidèle observation de la perspective aérienne et linéaire.

Hendrick VAN Steenwick (i55o-i6o4) fut Télève de Jan Vredeman, le suivit dans une partie de ses pérégrinations à Hambourg et en Flandre, demeura à Anvers^ où il forma de nombreux élèves, notamment Pieter Neefs, et finalement se fixa à Francfort, où il mourut. Steenwick passe avec raison pour avoir perfectionné ce

genre de peinture. Cest à lui qu'on est redevable de ces premiers intérieurs d'églises gothiques et de ces temples luthériens, animés de petites figures à la mode du temps, qui plus tard devinrent la spécialité de plusieurs peintres d'intérieurs. Il fut aussi le premier à rendre l'effet des cierges et des torches sur les formes architecturales. Comme créateur d'un genre nouveau, il mérite donc qu'on retienne son nom. Ses principaux tableaux à Amsterdam, La Haye, Vienne, attestent qu'il a largement mis à profit l'enseignement de son maître. Mais c'était malheureusement un peintre incomplet. Fort habile à représenter les architectures, il était incapable de peindre les personnages, et, pour Vétoffage de ses intérieurs, il était obligé de se faire aider par quelques confrères plus habiles. C'est ainsi qu'un grand nombre de ses tableaux ont été animés par les Francken.

Hendrick Vroom, contemporain de Steenwick, fut, lui aussi, un inventeur. Né en i566, après avoir visité les Flandres, où il se lia avec Paul Bril, il parcourut l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre, revint à Ha^rlem, sa ville natale, et y peignit les premières marines qu'on connaisse. Ses tableaux qui eurent, par le charme de la nouveauté, un succès facile à comprendre, ont, depuis, beaucoup perdu de leur valeur aux yeux des amateurs et des artistes. La gloire maritime de la Hollande, alors à son aurore, poussait ses compatriotes à rechercher avec avidité ses compositions. Les hauts faits de Willem Barentsz, de l'amiral Heemskerck, de Piet Hein, étaient dans toutes les bouches, et l'on souhaitait d'avoir leurs exploits sous les yeux. La grande marine qu'on peut voir de lui au musée de Haarlem,

aussi bien que la page liistorique dii musée d'Amsterdam, attestent, à vrai dire, une main habile et soigneuse, mais la perspective y est étrange, et la façon dont Teau est rendue montre que la peinture de marines est encore là dans sa plus tendre enfance.

Ces peintres créateurs de genres nouveaux ne doivent pas, toutefois, nous faire perdre de vue ceux qui, dans des données plus élevées, dans les tableaux religieux, dans les compositions mythologiques ou d'histoire, suivirent la trace de Jan ScHOORLet de Maarten van Heems- KERCK, et cherchèrent à transplanter l'art de Michel-Ange sur les rives de la mer du Nord et sur les bords du Zuiderzée.

Le plus connu de ces étranges classiques est Cor- NELis GoRNELisz, quc du ucm de sa ville natale on appela CoRNELis VAN Haarlem. Il uaquit en i562, et, dès son jeune âge, marqua des dispositions pour la peinture. Ces dispositions se firent jour surtout pendant le siège de Haarlem. Ses parents, en quittant brusquement la ville, avaient laissé la garde de leur maison et de leur fils à PiETER Aartsen, dont nous avons parlé déjà. En le voyant peindre, Cornelis sentit sa vocation se déclarer d'une façon irrésistible. Le siège fini, il ne voulut point quitter son maître; jusqu'à l'âge de dix-sept ans, il resta avec Pieter Aartsen et devint, grâce aux leçons de ce peintre habile, un artiste accompli. Puis, comme beaucoup de ses confrères d'alors, Cornelis fut pris du besoin de voyager. Il vint à Rouen, d'où la peste le chassa, puis à Anvers, où il travailla chez Pierre Coignet, et quand il rentra dans sa ville natale, il était peut-être le plus savant des artistes de son pays; mais il allait de-

venir le plus fatigant et Pun des plus déplaisants peintres de l'école.

Le besoin de montrer sa science, d'étaler son savoir,

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