ÉGLISE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS
ÉCOLE FRANÇAISE
ne mettent plus rien d'une croyance ébranlée, Flandrin a retrouvé la foi des Primitifs, foi robuste et naïve. Il descend d'eux par Eustache Lesueur; mais la grâoe tendre du peintre de la vie de saint Bruno s'est un peu évaporée au cours de deux siècles, et ce qu'il en a recueilli suffit juste à tempérer, d'un peu de douceur, sa ferveur religieuse. Ce fut un homme simple, bon, modeste, qui vécut une vie presque ascétique, toute de labeur, de sincérité artistique, de dévouement à ses convictions. Le respect des autres l'entoura. Il fut certainement supérieur à ses œuvres.
Après avoir fait ses premières études à Lyon, il était venu à Paris, et était entré dans l'atelier d'Ingres. Il devenait bientôt l'élève préféré du grand peintre, le disciple en lequel on retrouve le plus de soi-même, qui vous réserve toutes ses admirations, toute sa déférence, le fils artistique qui porte toutes vos espérances, et mérite la partialité de votre tendresse. De son maître, il avait hérité du culte de l'antiquité, de la forme, de la beauté; mais, de bonne heure, sa vocation s'était tournée vers la peinture religieuse. A Rome, où Ingres avait été le retrouver, en qualité de directeur de l'Académie de France, il peignait déjà une Sainte Claire guérissant les aveugles^ un Jésus appelant à lui les petits enfants, où se révélait une âme vraiment croyante. Il était loin cependant d'abandonner tout à fait l'antiquité; son Jeune Grec assis du Musée du Louvre, si visiblement inspiré par Ingres, en est la preuve heureuse.
Cependant, dès son retour à Paris, il se mettait à la décoration de la chapelle Saint-Jean, dans l'église Saint-Séverin ; il se laissait aller, là, à quelque tendresse pour retracer les épisodes de la vie de l'apôtre
préféré; il ne se gardait pas encore de ses rêves attendris. Puis, il était appelé à Nîmes pour décorer l'église Saint-Paul, à Lyon, pour exécuter des peintures murales dans l'église d'Ainay. Son style marquait une tendance de plus en plus accusée vers l'austérité. Ses études du procédé de la fresque Pavaient amené à imiter l'art des Byzantins, à découper ses figures sur un fond d'or, en les modelant à peine, en supprimant toute perspective. Il s'habituait à la sécheresse.
Cependant, dans sa décoration de l'église Saint- Germain-des-Prés, il devait revenir à une conception plus moderne de la peinture murale. C'était une œuvre colossale. Il s'y mit avec une ardeur vraiment religieuse. Sa foi s'y affirma. C'est avec toute sa conscience, toute sa raison qu'il développa, le long des deux côtés de la grande nef, symétriquement disposés, les principaux épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ses scènes ne s'encombrent pas; il veut avant tout être clair. Il n'y a plus une seule concession aux séductions de la peinture. Les figures se détachent en silhouette, mais presque sans relief. Les tons s'atténuent pour ne point gêner la pensée ou le recueillement. Pour la frise de l'église Saint-Vincent-de-Paul, il s'était inspiré de Phidias, dans son Parthénon, et avait fait défiler le cortège des saints, des martyrs et des apôtres, conciliant ainsi son amour de la beauté classique et sa foi de chrétien. On retrouve là tout entier l'élève d'Ingres, dans le rythme de la composition, la sobriété, le goût du dessin, la science du groupement.
En dehors de ses peintures religieuses, il y a ses portraits. Hippolyte Flandrin fut un physionomiste
très délicat. Il n'a pas l'énergie de son maître qui pénètre de force dans une âme et inscrit d'un trait un caractère. C'est un timide, un esprit mesuré, qui dégage avec douceur une personnalité, et garde comme une pudeur de dévoiler complètement le mystère d'un visage. Et cela ne laisse pas de donner un charme assez particulier à ses portraits de femme. Quelquefois cependant il fut très pénétrant. Son Napoléon II J, du Musée de Versailles, est presque un chef-d'œuvre de vérité et de profondeur psychologique.
Une vocation, qui avait dû vaincre la résistance d'une famille rebelle aux arts, avait amené Ziegler (1804-1856) dans l'atelier d'Ingres. Il débuta heureusement avec quelques bons tableaux : Giotto dans l'atelier de Cimabue (Musée de Bordeaux), Saint Luc peignant la Vierge (Musée de Brest), Saint Georges terrassant le Dragon (Musée de Nancy), Les Pasteurs de la Bible (Musée de Dijon), et fit des portraits, dont quelques-uns figurent à Versailles. Grâce à la protection de Thiers, il avait obtenu la commande de la coupole de l'église de la Madeleine, laquelle avait été promise déjà à Paul Delaroche. Le roi voulut intervenir, Ziegler refusa de lâcher l'aubaine ; mais il fut pour toujours écarté des commandes officielles. On connaît cette colossale peinture qui représente la Madeleine aux pieds du Christ et le cortège des apôtres, des martyrs et des saints. On en goûta alors l'harmonie d'ensemble, moins appréciable aujourd'hui.
Amaury Duval (1808-1885), un autre élève d'Ingres, n'est plus guère connu que par ses peintures murales de l'église de Saint-Germain-en-Laye. Il avait peint, avec une grande bonne volonté, des portraits, des
études, des tableaux historiques. C'est peut-être le livre, qu'il écrivit sur ses souvenirs d'atelier, qui le sauvera le mieux de l'oubli.
Son condisciple, Mottez (1809-1897), a laissé des œuvres plus assurées de durer. Ce n'est malheureusement pas ses fresques à fond d'or, qui décoraient le porche de Saint-Germain-PAuxerrois, et que le temps a presque entièrement rongées. Mais il reste de lui les peintures de l'église Saint-Séverin et celles de la chapelle Saint-Martin à Saint-Sulpice, qui attestent du savoir et des goûts de décorateur.
A ces satellites d'Ingres venaient s'ajouter les adeptes de l'Ecole religieuse de Lyon, fondée sur la doctrine des peintres mystiques allemands, Cornélius et Oberbeck, et dont Orsel (1795-1850) est le représentant le plus connu. Orsel, élève de Guérin, avait commencé par des compositions, Adam et Eve auprès du corps d'Abel (Musée de Lyon) et Moïse présenté à Pharaon (Musée de Lyon), qui se ressentaient de l'enseignement de son maître. Dans un grand tableau symbolique, Le Bien et le Mal, il se rapprocha de l'art ingénu des Primitifs, s'acheminant en même temps vers la grande peinture religieuse. Son œuvre capitale est la décoration de la chapelle de la Vierge, dans l'église Notre-Dame-de-Lorette, qu'il peignit avec toute sa foi de croyant, toute sa conscience d'artiste, et que terminèrent ses amis, Alphonse Périn (1798- 1873) et Gabriel Tyr (1817-1868).
C'est contre ce petit contingent de troupes fraîches, appuyé par les troupes affaiblies de l'Ecole de David, que s'avançait le bataillon bruyant des romantiques, abrités derrière Delacroix.