CHAPITRE DIXIÈME
Troisième dynastie (deuxième des Fisdidadiens) : Féridonn. — Guerre avec le Touran.
Avant la bataille deDamawend, Gaôh, haranguant son armée, lui annonça qu'il ne combattait point pour un intérêt personnel, mais pour le salut du pays; qu'après la victoire et la destruction de l'ennemi, l'Iran choisirait un roi par le libre suffrage du peuple. Gaôh fut élu tout d'une voix; mais il refusa la couronne, rappela que la descendance deDjem-Schid n'était pas éteinte, et que d'Alhvian-Polourna, son onzième descendant, il restait trois fils, héritiers légitimes de ses droits, Barmaïoun , Féridoun et Kataïoun. Aussitôt Féridoun fut proclamé roi de l'Iran. Lui et ses deux frères furent de zélés serviteurs de Dieu \
Féridoun était né à Veréné dans le Ghilan, province voisine de l'Adcrlmijan, (jui est borné à l'est par la montagne de Damawend. Féridoum se rendit au vœu de l'armée, en prit le commandement; animé du désir de venger la mort de Djem-Schid, le chef de sa race, et de reconquérir le troue dont il avait été dépouillé, il se servit de l'étendard de Gaôh ", fit enfermer Zohak dans ime caverne du Damawend, poursuivit son armée sans relâche, l'obli-
* Boun-Dphesrh, §xxxii, Anquctil, Zend-Avesta, toiii. Il, pag. 418. ** leschts-SaJé, lescht de l'Eau, D* carde, pay. HiH,
gea d'iiabitcr les bords dn Zarè (la mer Caspienne, vraisemblablement), cl. rétablit son autorité dans toutes les villes de l'Iran* après 'en avoir entièrement chassé les Tazians, descendants de Tazé, chef de la famille des Zohak, collatérale de celle de Hous-
ching.
Féridoun reçutle snrnom de victorieux , se montra libéral, et répara autant qu'il le put les désastres causés par la race de Zohak. La reconnaissance des peuples attribue à ce prince un nombre mllni de mérites, entre autres celui d'avoir introduit l'usage du hom blanc, arbre créé par Ormuzd, et qui est le chef des arbres, donne la santé, fait concevoir, et chasse les maux du corps; arbre sacre employé aussi dans les cérémonies religieuses, qui éloigne la mort ; à la résurrection générale, il rendra la vie aux bienheureux.
Féridoun, selon les mêmes traditions, chassa les dcws de lu terre, et son invocation délivre encore l'honnue de la méchanceté des mauvais génies, et de celle des magiciens.
L'avénemeiit de Féridoun au trône de l'Iran peut être fixé vers l'année 1 265 avant l'ère chrétienne : il fut le chef de la troisième dynastie iranienne, qui, formée des descendants directs de Djem- Schid, fut aussi la seconde dynastie des rois pischdadiens ou rois delà première loi. On peut conjecturer avec quelque fondement que cette dynastie établie dans la Médie , et qui précéda celle des Kéaniens sur laquelle Gyrus répandit un si grand éclat, fut celle même que les écrivains grecs ont désignée sous le titre de
rois mèdes.
Les premiers actes de Féridoun, lorsqu'il fut sur le trône, furent inspirés par la reconnaissance : il conféra à Gaôh le titre de palilaven-gihan, héros agissant et vigoureux , le créa généralissime des armées iraniennes; sa famille fut comblée de ri-
fhesses.
Les Arabes-Assyriens tenaient encore dans le Kousistan, province voisine de l'Assyrie où ils dominaient depuis longues années; Féridoun y envoya Gaoh, qui la reconquit et refoula l'en-
' Bmn-Déhesch, § xxii.
nemi dans son territoire, où il le poursuivit, se rendant maître d'une partie de l'Assyrie. A son retour à Istakhar, après plusieurs années de guerre, le généralissime fut investi du gouvernement de l'Aderbidjan; il y termina sa glorieuse carrière dix années après.
Le roi voulut consacrer le souvenir des éminents services qne ce grand homme avait rendus à sa patrie : il ordonna que le tablier du forgeron généralissime, qni avait été le signe de la délivrance, serait désormais l'étendard royal de l'Iran. Il le fit orner de pierreries; ses successeurs y en ajoutèrent encore, perpétuant ainsi les marques de respect si légitimement dues à ce symbole du salut du pays; et la piété des rois se montra si généreuse, le tablier de cuir fut successivement enrichi de tant de pierreries, que lorsque les Musulmans, en l'année 630 de Jésus-Christ, vainqueurs des Persans à la bataille de Quadesyah, dans l'Irak, s'emparèrent de l'étendard royal iranien, toute l'armée fut enrichie par le partage des pierreries dont il était orné.
En mémoire des succès de Gaôh sur les Arabes-Assyriens, à Damawend , Féridoun institua une fête qui avait lieu vers l'équinoxe d'automne; elle est encore fidèlement célébrée par les Persans, réfugiés dans l'Inde avec les livres de Zoroastre.
Féridoun fut un des plus sages monarques de l'Iran; il fut, comme le dit VAvesta, bon serviteur de Dieu. Il envoya son fils aîné, nommé Tour, à la conquête de la Tartaric occidentale. Ce prince , à la tête d'une armée nombreuse , passa l'Oxus et s'empara des vastes et montagneuses contrées situées sur la rive droite : le prince y fonda un royaume qui de son nom fut appelé leTouran; ses habitants sont les Touraniens des annales persanes et des traditions tartares. L'accord de ces relations donne à ces souvenirs assez d'autorité pour mériter d'être recueillis par l'histoire.
A la mort de Gaôh, Féridoun fit élever ses enfants à la cour et leur distribua toutes les possessions de leur père; le roi y en ajouta encore lorsqu'ils eurent atteint l'-age d'homme. Il donna aussi à chaque province un gouverneur choisi parmi les person-
nages les plus capables et les plus intègres. Son prédécesseur Zohak avait laissé une fille qui possédait une grande fortune : Féridoun l'épousa, et en eût deux fils; ils participèrent de toutes les mauvaises passions qui rendirent leur grand-père maternel si justement odieux. Féridoun en fut affligé et voulut réparer, s'il était possible, celte faute où sa cupidité l'avait entraîné, en épousant une jeune femme persane, Iran-Dokht, d'un naturel excellent, qu'elle transmit à son fils avec la vie : et ce fils devint les délices de Féridoun qui porte sur lui toutes ses affections.
Des écrivains orientaux modernes célèbrent à l'envi la sagesse de Féridoun et le bonheur dont il jouit sur le trône; les suites de son second mariage, comme on le verra bientôt, furent cependant la source de guerres cruelles entre ses enfants ; il eut la douleur de les voir s'entre-égorger dans de fatales dissensions, et sa couronne passer à l'un de ses petits-fils, ses trois fils ayant péri dans ces guerres fraternelles.
Ces mêmes écrivains racontent en effet que Féridoun était parvenu à un âge assez avancé pour qu'il dût choisir son successeur : il consulta les grands du royaume. Attirés par les bonnes qualités du fils de la Persane, ({ui se nommait Iretz, ils le désignèrent d'un avis unanime. Féridoum confirma leur légitime préférence par son assentiment, et afin de prévenir, s'il était possible, des guerres pour la succession de la couronne, il assigna aux deux fils de la fille de Zohak, à Tour, l'aîné des trois, les provinces orientales de l'Iran avec le Touran, à Salem, les provinces occidentales, ne laissant à Iretz (jue la Perse, la Mésopotamie, la portion de l'Assyrie conquise par Gaôh, et ses trésors.
A la nouvelle de ces dispositions royales. Tour et Salem, unissant leurs forces et leur ressentiment, envahirent l'Iran, déclarant la guerre à leur père et à leur frère. Iretz, mû par le désir de la paix, se rendit dans leur camp podr tenter un rapprochement; ses deux frères s'emparèrent traîtreusement de sa personne, lui tranchèrent la tête et l'envoyèrent à leur malheureux père. Irelz laissait un fils qui se voua à le venger: il marcha
282 LA PEUSE.
contre ses oncles, leur livra plusieurs combats où ils trouvèrent la mort, et rentra dans ses États; il y mit en prati(|ue, durant un long règne, les bons préceptes et les grands exemples laissés par Féridoun , son grand-père.
Cette relation du règne de Féridoun n'est pas d'accord avec celle des écrits orientaux plus anciens; et comme les livres sacrés de l'Iran et les généalogies qu'ils contiennent méritent plus de confiance , qu'ils rendent raison des temps, et font connaître les noms des princes qui les remplirent, selon les lois ordinaires de la durée des règnes et des dynasties, nous préférerons, comme plus vraisemblables, les notions historiques tirées de ces anciennes écritures.
On y apprend donc que Iretz fut le troisième fils de Féridoun et qu'il régna douze ans*; il eut deux fils et une fille; Iretz périt dans les guerres contre ses frères consanguins; ses deux fils, Vanidar et Anasîetokh, périrent aussi en défendant leur couronne contrôleurs oncles. La fille de Iretz, nommée Gendji, mit au monde un fils qui continua la race de Féridoun pendant dix générations encore, et l'ensemble du règne de ce!te race fut de cinq cents années**. Zoroastre était de cette illustre famille.
Dans ces mêmes anciens livres, la mémoire de Féridoum est singiilièrement honorée, exaltée même, comme celle d'un sage par excellence, d'un bon prince, d'un homme également grand dans la paix et dans la guerre. Ses préceptes de conduite sont cités comme des sentences de morale utiles à tous : les Orientaux font autant de caiî de la sagesse que de la valcm-, et ce sont eux (jui ont invente toutes les philosophies.
Féridoum disait à sou fils : « Considérez chaque jour do votre
règne comme le feuillet d'un livre; appliquez-vous à n'y rien
écrire qui ne soit digne de l'estime de la postérité ***. » Il ajoutait :
« Si l'homme considérait bien sa propre nature, la vanité des
biens de cette vie, et la grandeur de Dieu, il ne s'attacherait qu'à
* leschls-Sadés , 19* néreng. — Bow>-Déhcsch , § xxxii.
*' Jioun-Déhrsch , § xxxiv.
'** Ravaët, de Bctiiam Sdiapour; Anciuclil, tnin. Il, pag. 410.
LA l'ERSE. 283
cet être souverain; que tes richesses n'excitent point ton orgueil; que la chute de ceux que lu as élevés te serve de leçon; une même fin nous attend tous; souviens-toi, qui que tu sois, que le monde manque à un chacun ; donne ton cœur au Créateur, il ne te manquera jamais. »
Foridoun a laissé une réputation de clémence que sa sagesse faisait déjà présumer : ses panégyristes modernes le nomment le Salomon de la Perse; aucun héros de Tantiquité grecque n'a conservé dans le souvenir des hommes et dans les écrits des poètes, une renommée si éclatante que l'est celle de Féridoun parmi les Orientaux. Dans leurs histoires comme dans leurs romans, en prose ou en vers, Phridoun fut le héros des héros; ils ne lui refusent aucun des mérites qui excitent la reconnaissance des hommes; c'est Phridoun qui composa les tables pour calculer les mouvements des astres, qui créa la médecine, qui enseigna Fart de dompter les éléphants et celui de composer la thériaque. L'auteur du Leblarikii (Cazuini), du Tarikh-Cozideh , les historiens Mirkond, Khondeniir, les poètes Saadi, Djiami , Ben-Schonah, Ferdoussi le premier de tous, et un nombre considérable d'autres écrivains orientaux, ont à l'envi célébré la gloire de Phridoun '.
Ce roi avait fixé sa résidence dans l'Aderbïdjan , où il avait reconquis sa couronne; limitrophe de la Médie au nord-ouest, cette province avait à l'est le Ghilan et la mer Caspienne.
Après avoir pleuré la mort de son fils Iretz, Féridoun eut la consolation de ne pas mourir sans laisser le trône de l'Iran à un héritier de son sanii. Il fit élever avec les soins que lui inspirait sa tendresse, le fils de Gendji, sa petite-fille : ce fils se nomma Frégozeg; il eut neuf successeurs par autant de générations dont il était la souche. Le neuvième successeur fut une fille nommée Ménosch-Khernar; elle fut la mère de Minotcher, dont le père n'est pas connu, et qui fut le onzième successeur d'iretz et le douzième de Féridoun.
* Bibliothèque orientale, de D'Herbelot, au mot Féridoun.
Malgré l'iiicertiliule de son origine, le jeune Minolcher régna sur l'Iran. On dit qu'il tut allaité par une brebis; pendant son règne, il tomba de la neige noire et de la grêle rouge *; il régna cent vingt ans, dit le Boun-Déhesch ; il y eut en effet plusieurs rois successifs de ce même nom de Ménosch ou Minotcher et du même sang.
Le règne du dernier Minotcher fut troublé par des guerres intestines et par l'invasion étrangère. Les populations du IMazanderan, resserrées entre la Médie et la mer Caspienne, habituellement peu soumises, s'insurgèrent et marchèrent contre l'autorité du roi , excitées et conduites par un chef descendant de Salem, frère de Tour, roi du Touran et ennemi de la race d'iretz.
Minotcher avait pour ministre l'homme le plus sage et le plus habile de son royaume, Sam, fils de Nériman , qui fut le père de Zab, l'un des plus célèbres héros de la Perse. Sam se mit à la tête de l'armée iranienne, et ramena les insurgés à l'obéissance : il raconta lui-même au roi les circonstances et les résultats de ses combats.
Mais la haine des princes touraniens contre l'Iran, et leur ardeur pour en conquérir le trône dont ils prétendaient que Tour et Salem , fils de Féridoun et leurs aïeux avaient été injustement privés, ne se ralentissaient pas : Afraziab, fils de Pécheg et descendant direct de Tour, régnait au delà de TOxus, pendant que l'autorité de >iinotcher s'étendait jusque sur la rive opposée de ce fleuve : Afraziab le franchit à la tête d'une très-nombreuse armée de ses Tartares, pénétra dans le Mazanderan , province limitrophe de l'embouchure du fleuve, et à peine remise des dernières émotions. Minotcher lui opposa ses troupes, et fut défait en bataille rangée; il se réfugia dans Ramadan; l'ennemi en entreprit le siège, mais il l'abandonna à l'approche des troupes levées parle gouverneur des provinces méridionales, qui s'avançaient en toute hâte pour lui couper la retraite. Un traité fut conclu; la nécessité le dicta au Touranien, qui renonça entièrement à ses prétentions
* Vieux Ravaët; Anquotil , tom. L n* partie, pag. 37.
sur l'Iran, et se relira au delà du fleuve qui marquait la limite des deux royaumes.
Ce sueeès était le fruit de la prévoyance et du eourage de Sam; le roi le récompensa en lui donnant en apanage héréditaire le Sistan, partie orientale du Sedjestan, vers les sources de l'Indus.
Bientôt après, Fresch-Noder, fds de Minotcher, remplaça son père sur le trône ; il confirma Sam dans ses dignités , et le ministre lui continua ses conseils, lui garda la même fidélité qu'au roi défunt. Mais l'envie et de haineuses rivalités s'éveillèrent dans le cœur des grands du royaume; l'élévation de Sam ne se justifiait point à leurs yeux par ses nombreux mérites; ils excitèrent des troubles, des séditions, et le roi du Touran, Afraziab, toujours porté par les mêmes passions à profiter de ces désordres, foula aux pieds le traité qu'il avait récemment conclu, leva deux armées nombreuses, passa l'Oxus sur deux points, marchant de sa personne sur Zarend, capitale du Sedjestan et résidence du roi Fresch-Noder, laissant son frère Agueriretz atttiquer en même temps le Mazanderan, dont le peuple était toujours disposé à la révolte.
Le roi Noder laissa la défense de Zarend aux soins de Sam , et se rendit dans le Farsistan pour opérer une levée de troupes dans les provinces soumises , et marcher à la rencontre d'Agueriretz.
Le destin traversa ce projet de défense : Sam mourut sur ces entrefaites. L'armée iranieime perdit tout courage, se laissa battre et disperser; Afraziab s'empara de la ville de Zarend, des trésors du roi, et marcha aussitôt vers le Mazanderan pour réunir ses troupes à celles de son frère. Noder arriva; mais l'ennemi ayant opéré la jonction de ses forces, Noder eut à combattre les deux armées combinées et occupant des positions formidables. Bien digne d'un meilleur sort, il succomba sous le nombre; vaincu, (^it prisonnier, il fut mis à mort par l'ordre exprès d'Afraziab, roi du Touran : cette victoire rendit le roi de Touran maître d'une grande partie de l'Iran.
La mort de Fresch-Noder livra l'Iran à toutes les calamités
qu'en2:endrent les guerres intestines et les invasions de l'étranger. Les descendants de Xoder luttèrent contre le conquérant ; les provinces qu'il n'avait pas soumises leur furent fidèles , fournirent des troupes , et soutinrent courageusement la lutte dans vingt combats.
Zal-Zer, fils de Sam, succéda à son père; son courageux dévouement égala celui dont ce ministre guerrier avait donné tant de preuves aux deux derniers rois de l'Iran. Zal-Zer avait secrètement suborné les personnages les plus marquants des provinces iraniennes qui n'étaient pas occupées par l'ennemi; il leva des troupes dans ces provinces, les^réunit par des chemins peu connus, se mit inopinément à leur tête, attaqua Afraziab, le poursuivit, et le força de repasser l'Oxus en lui accordant une caititulation.
La lutte fut longue et sanglante ; les deux fils du roi Noder y perdirent la vie. L'invasion des Touraniens dura douze années ; Afraziab, dit le Boun-Défiesch , fit le mal dans l'Iran pendant douze ans. Zal-Zer y mit un terme : sauveur et maître du pays, il fit couronner roi Zab, fils de Thamasp, frère aîné du roi Noder.
Zab fut un prince pacifique; l'administration de Zal-Zer favorisa les inclinations du prince; mais l'âge secondait mal le zèle du héros, il ne pouvait plus se mettre à la tête de l'armée, et le roi du Touran ne laissa pas échapper cette nouvelle occasion de û\ire une troisième irruption dans l'Iran. Il y réussit d'abord, en occupa une grande partie : mais Zal-Zer avait un filsdignedelui,Roustouin, héritier de son courage et de sa fidélité. Dirigé par son père, il conduisit heureusement la guerre contre Afraziab le Touranien , le contraignit de repasser l'Oxus , et délivra de nouveau sa patrie de son ennemi.
Parvenu à la fin de son règne, le roi Zab se montra bon pour ses peuples , déchargea les provinces malheureuses de tous leurs impôts, réforma quelques abus , ramena à leurs devoirs les grands dépendants de la couronne , récompensa digrtement les deux héros qui l'avaient sauvé par leur valeur, leur donna à titre d'apanage perpétuel le Sistan, partie orientale du Sedjestan, et ce roi mourut justement regretté de ses sujets.
Gueschasp lui succéda : selon les uns il était fils de Zab , et selon d'autres fils de Noder. Il est nommé plusieurs fois dans les livres sacres ; son règne ne peut donc être mis en doute. La tradition historique en a d'ailleurs conservé les principales actions, toutes condamnées comme l'effet des plus mauvaises passions : ce roi est qualifié d'injuste, de cruel , rempli d'orgueil, ingrat, régnant par la terreur et les exactions. Le désordre était partout ; l'insubordination des grands minait l'autorité royale, une nouvelle invasion desTouraniens vint mettre le comble à tant de malheurs. Gueschasp, dans son orgueil, dédaigna le concours, les conseils et l'expérience de Zal-Zer et de Roustoum : il voulut seul soutenir la guerre; il fut défait dans plusieurs batailles rangées et trouva la mort dans la dernière. Afraziab fut une quatrième fois maître de l'Iran.
Avec Gueschasp finit le règne de la troisième dynastie, issue de la famille piscbdadienne^ et composée des descendants directs de Féridoun qui en fut le chef. La race de ce prince illustre gouverna l'Iran pendant six cents années consécutives * , et laissa ce vaste royaume au pouvoir des descendants de Tour, roi du Touran, héritiers persévérants de ses prétentions au trône de l'Iran en qualité de fils aillé de Féridoun , père commun des rois touraniens par Tour, et des rois iraniens par Iretz, ses deux fils.
Les six cent vingt-cinq ans attribués par les textes orientaux à la famille de Féridoun furent remplis par seize règnes dont ces mêmes textes donnent la succession individuelle, avec la généalogie des princes qui occupèrent le trône durant cet intervalle de temps; et cet intervalle porte vers l'année 640 avant l'ère chrétienne la fin de celte troisième dynastie de l'Iran et le commencement de la quatrième dont les princes sont généralement connus dans l'histoire sous la dénomination de Kéaniens, Kœans, Kéanides ou Akœménides, dynastie qui fut à jamais illustrée par les noms de Gyrus, de Gambyse , de Darius, et qui fut anéantie par les mémorables victoires d'Alexandre en Orient !
* Boun-Déhesch, § xxxiv. — navaiit, de BehramSchapour; Anquetil, tom. Il, pag. 420, note 4,