LA l'EUSË
tes, et comme réparation des mauvais exemples (jn'il aviul donnés, il fit délniire tous les cabarets de son royaume. Son qua- Irièmc liis lui succéda; mais, lidèle aux usages anli(iues de l'Asie, et pour sa sûreté personnelle, il fit mettre à mort tous les princes du sang; cet autre Ismaël mourut, eu 1577, par l'abus des li(iueurs, de l'opium, et d'un autre poison.
Après quelques afinées d'anarchie, Schah-Abbas était assez bien assis sur son trône (de 1380 à 1597). Ce l'ut alors que deux Anglais, sir Anthony et sir Robert Sherley, ayant avec eux vingt-six cavaliers bien montés, offrirent leur service an schah de Perse : ils introduisirent dans son armée la discipline militaire et l'artillerie. Sir Anthony fut envoyé en Europe pour exciter les monarques chrétiens contre les Ottomans. 11 s'ensuivit des guerres terribles entre les Persans et les Turcs; ceux-ci furent vaincus : on apporta à Schah-Abbas vingt mille cent quarante-cinq têtes deTurcs.
Ce même schah de Perse enleva Ormuz aux Portugais, qui s'y étaient établis depuis plus d'un siècle et en avaient fait l'entrepôt du commerce de l'Inde. Les Anglais secondèrent les Persans dans la destruction de ce comptoir rival.
Schah-Abbas fixa sa résidence à Ispahan ; la population de la Perse doubla pendant son règne. Il fit construire une chaussée qui traversa le Mazanderan tout entier; les ponts et les caravansérails furent multipliés; il traita favorablement les Arméniens chrétiens et les autres chrétiens en général. Ami passionné de la justice, il faisait pendre les cadis prévaricateurs; il fut jaloux de ses fils, et souilla une belle vie de prince par de mauvais penchants d'homme : l'amertimie du repentir empoisonna ses dernières années; il mourut, âgé de 70 ans, en l'an 16'28. Il a reçu de l'histoire le nom d'Abbas le Grand. 11 préféra la paix à la guerre, la première étant plus favorable à la prospérité de ses Étals. Le vulgaire lui attribue encore aujourd'hui la fondation de tous les établissements d'utilité publiciuc (pii subsistent dans la Perse. Le bonheur de la Perse semble avoir lini avec la vie de Schah-Abbas.
Son potit-fils, en moulant surlc trône, Sam-Mirza, se nomma Schah-Séfi. Jaloux et cruel, il lil (Nuuic.r la mort ou crever les yeux
aux princes du sang, aux minisires el aux généraux de (luelquc renommée durant le règne précédent. Sa mère et sa favorite périrent aussi de sa main; et il régna paisiblement jusqu'en 1641 ! On voit à Kom son magnifique tombeau.
Son successeur, Abbas II, fds de Séfi I", révoqua de leurs emplois tous les fonctionnaires adonnés au vin, défendit l'usage decette liqueur, et imposa des règles sévères aux mœurs de la cour; il en secoua bientôt après les prescriptions; il admit lé voyageur français Tavernier à boire avec lui du vin de Schiraz. Il s'adonna en effet à cette liqueur, et souilla son règne de plusieurs crimes ; mais il fut bon et généreux pour les peuples, tolérant pour toutes les religions. « C'est à Dieu , disait-il, et non à moi, de juger la « conscience des hommes. » 11 eut des relations avec les États de l'Europe : il succomba en proie à une maladie dont les symptômes étaient à la fois hideux et effrayants! Sa fin est de l'année 1666. Un tombeau , plus riche encore que celui de son prédécesseur, lui fut élevé dans la même ville de Kom. Le voyageur Chardin, qui était alors en Perse, ne nomme Abbas II qu'avec les marques du plus grand respect; il qualifie sa mémoire de glorieuse, et sa mort lui paraît être un châtiment du ciel sur le grand empire que ce prince avait toujours gouverné sagement \
Le même voyageur français assista au couronnement du successeur d' Abbas II, qui fut Soliman III; il en a longuement décrit les cérémonies **. Les mérites naturels du personnage ne répondaient point à l'éclat de cette solennelle intronisation. Soliman fut un prince faible, efféminé, dissolu '**; mais il sut choisir de bons ministres. Sa cour fut des plus brillantes; les étrangers de distinction s'y rendaient en grand nombre; il se montrait très-affable envers eux; il perdit, sans combattre, quelques provinces de son royaume, et mourut, épuisé de débauches, en l'année 1694.
Hussein, son fils, d'aulres disent son frère****, fut élevé au
Chardin, Vo7jage en Perse, tom. IV, pag. 213. * Idrin.
" L. Diil)eux, la Perse, pag. 3;)M et suivantes. '" L'Art de vérifier les dalcs.
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trône par la volonté des grands de la cour. Le calme y fut habituel pendant les vingt premières années de ce règne : mais alors les eunuques du palais avaient repris leur fatale intluencc; les mollahs les secondaient, et les peuples gémissaient sous cette double tyrannie. Dans un tel état de choses, le calme apparent cachait l'affreux ouragan qui allait fondre sur l'empire de tous côtés. En effet, l'empire fut attaqué par les Kurdes qui ravagèrent le nord-ouest, et se montrèrent jusque sous les nnurs d'Ispahan ; par les Arabes de Mascate qui s'emparèrent des îles du golfe Persique; par les Afghans et les Tartares-Usbeks réunis qui s'établissaient dans le Kirman et dans le Khorassan. Enfin, des catastrophes épouvantables vinrent ajouter à tant de malheurs : la ville de Tauris fut engloutie avec ses 250 000 habitants par un tremblement de terre !
Les armées persanes firent d'inutiles efforts pour résister à toutes les invasions ; le dernier des Sofi fut renversé par un ennemi môme peu redoutable, tant la décadence de la Perse avait fait de progrès sous l'autorité de princes incapables de la gouverner.
Les Afghans mirent le siège devant Ispahan ; la famine en décima les habitants. Hussein, avili aux yeux de tous, vint melire le comble à sa honte en signant, pendant l'année 1722, une capitulation qui lui enleva sa couronne, et livo aux Afghans la capitale et le trône de la Perse.