‹ Histoire de la PerseChapitre 27 sur 32 · LES AFGHANS · texte numérisé non relu

LES AFGHANS

Quand les Al'ghans du Kandaharse révoltèrent, ils eurent pour chef Mir-Wéis qui fut proclamé roi de cette province. Celui-ci étant mort, son frère, Mir-Abdallah, lui succéda; un autre frère, Mahmoud, prévint par sa violence tout arrangement [)acilique avec la Perse, attaqua Ispahan, l'enleva, comme nous venons de le dire, se rendit au palais, fut proclamé roi, et salué comme tel par Hussoin lui-môme et toute sa cour.

Mahmoud fut le premiei' de la dynastie des Afghans; il prit le

titre de sultan, rejetant celui de schah; mais son génie ne répondait pas à son audace. Un compétiteur, Thamasp, fils d'Hussem , se montra avec quelques succès. Mahmoud perdit une bataille; ce malheur exalta sa férocité ; il fit massacrer un grand nombre de seigneurs persans, de gardes et de personnes employées par Hussein ; le massacre des vaincus était toujours la suite de ses victoires. L'esprit de sédition se répandit dans l'armée ; la Porte et la Russie envahirent des provinces : Mahmoud en perdit la raison; il était en proie aux plus horribles souffrances , et afin de les abréger, sa mère le fit étouffer! Ce n'est que dans les pays du plus complet despotisme qu'on rend de pareils services.

Aschraf, fils de Mir-Abdallah, lui succéda, et inaugura son règne par des massacres. Il fit trancher la tête à Mahmoud, craignant que la strangulation préalable n'eût pas été efficace; il ordonna de nieltre à mort quelques seigneurs qui restaient encore à Ispahan ; mais il avait devant lui trois ennemis redoutables, la Turquie, la Uussie et Thamasp, fils d'Hussein, qui était soutenu par ces deux puissances. Aschraf était un homme habile; il fit valoir les intérêts de la religion. Les Afghans et les Turcs étaient sunnites, et les Husseïns hérétiques schiites. Au nom de leur commune orthodoxie, Aschraf ralentit habilement l'inHuence des Turcs, battit môme leurs armées, renvoya les prisonniers au Grand Seigneur, et en obtint, en 1 727, un traité par lequel il fut reconnu roi de Perse.

Mais Thamasp occupait le Khorassan ; il avait pris à son service, en 1727, un chef de brigands, qui fut ensuite le célèbre Nadir-Schah ou Thamasp-Kouli-Khan. Une première et une seconde rencontres furent malheureuses pour les Afghans : Thamasp entra dans Ispahan. Aschraf avait fui à Schiraz, emmenant à sa suite le trésor et toutes les femmes de la famille royale; il périt dans sa fuite, et sa tête fut envoyée à Thamasp vainqueur.

Schah-Thamasp II rétablit momentanément la couronne de Perse dans la famille de Hussein, son père. Il la devait aux succès de Thamasp-Kouli-Khan, le prince esclave de Thamasp, qui fut, au contraire, son maître. A la suite de la guerre contre les Turcs, Schah-Thamasp avait fait un traité de paix; Kouli-Khanie

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désavoua et refusa de le ivconiitiili'c; à son tour, le seliah désavoua son niinislre, (|iii ne vouliil passe soumelireà son maître, et qui, s'avanrant vers Ispalian avec une année de 70 000 hommes, invita le souverain de la Perse à une grande revue, lui oiïril un magnifique festin, l'enivra, le déposa et renferma dans un aj»partemeiit des jardins du palais.

Kouli-Khan ne s'en tint pas à ces premières mesures. Il proclama roi de Perse Abbas III , fils de Thamasp, âgé de six semaines, s'attribua la régence et continua la guerre contre les Turcs. Le pacha de Tiflis obtint sur lui des succès mémorables. Ce pacha est cependant battu dans un quatrième engagement; les hommes y succombent par milliers; le pacha de Bagdad est envoyé par la Porte pour négocier la paix, et les limites des deux empires sont réglées, en 1736, telles qu'elles étaient avant l'invasion des Afghans.

Le jeune roi mourut ; le régent fut soupçonné de lui avoir donné du poison. Quoi qu'il en soit, le régent se fit roi ou se fit nommer roi.

Le jour du nourouz, ou équinoxe du printemps de cette même année 1736, il assembla dans la plaine de Mogam, sous des portiques élevés pour cette solennité, tous les grands fonctionnaires de l'Etat et une jiartic de l'armée. Plus de cent mille Persans s'y trouvèrent; Nadir leur dit : « Schah-ïhamasp et Schah-Abbas « étaient vos rois, et les princes de leur sang sont les héritiers 1 du trône; choisissez pour votre souverain ou l'un d'eux ou un « homme que vous connaissez grand et valeureux. C'est assez <( pour moi d'avoir rendu au tronc son ancienne gloire et d'avoir « délivré mon pays des Afghans, des Turcs et des Russes. » Nadir- Kouli-Kban se retira dans l'intention de laisser à l'expression du vœu géiH'ral plus de liberté. Il fut appelé d'un avis unanime au trône de Perse; il le refusa. Pendant un mois, chaque jour, même manifestation , même i^ehis. Kouli-Klian céda enfin à l'insistance de l'assendjlée; il accepta la royauté.

Le premier acte de son autorité hit celui d'un [)rofoii(l politique.

Les Sofis, qu'il avait déliôni's, [)rofessaient la doctrine des

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schiites; le peuple, en tleinciirant lidèle à eetle doctrine , semblait persister dans les mêmes sentiments à l'égard de ses anciens rois. De j)lus, dans ses projets de con(iuête sur les autres pays de l'islamisme, où les sunnites dominaient, Nadir craignait que sou liérésie, illicite selon ces pays, ne contribuât à y soulever contre lui des résistances, et qu'une guerre de contiuéte ne se changeât ainsi en guerre de religion; il demanda donc, avec l'autorité que lui donnait le vœu public, que la Perse se rangeât du côté des sunnites, reconnaissant ainsi la légitimité des quatre premiers califes, et renonçant à leur préférer Ali et ses adhérents, il institua le saint iman Djafar, de la famille du prophète, pour le chef de la nouvelle religion persane. Unédit royal proclama ce changement, et Nadir en informa le sultan de Constantinople.

Nadir-Schah passa quelque temps à Ispahan , occupé des affaires du royaume; il se lança bientôt après dans la carrière des conquêtes et des hasards qu'elle engendre. Son fils aîné, Réza- Kouli, le seconda par ses victoires dans la Bactriane et au delà de rOxus. Nadir pénétra dans le Kaboul, au delà de l'Indus, à Dehh, sur la L\joumma; le Grand-Mogol perdit vingt mille hoinmcs, tués dans la première rencontre, et autant de ijrisonniers ; le bulin fait par le vainqueur fut immense.

Ceci se passait en l'année 1739. La nouvelle se répandit dans Dehii que Nadir-Schah était mort; elle excita une révolte qui fut apaisée par le massacre de huit mille habitants. Nadir-Schah av;iit reçu une blessure en essayant de l'apaiser. Son second lils se maria avec la fille du Mogol vaincu, mais qui avait été traité avec une grande générosité et rétabli sur son trône.

Nadir retourna dans ses États, regreté par les Indous, (juoiqu'il les eût traités sévèrement. Sa marche fut lente et embarrassée par l'immensité du butin, estimé à sept cent cinquante millions. Son retour à Ilérat fut célébré [)ai- des fêtes; il sup{»rinia les impôts pendant trois années ; il étala publi(piement les trésors qu'il avait coiifiuis. L'Oxus fut reconnu parles Usbcks connue limites de la Perse et de la Tartarie. Il passa trois mois à .Mesched, dont il lit la capitale de ses Étals. Les beaux jours de la Perse

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étaient revenus; elle touchait à l'Oxus, au Tigre, à la mer Caspienne et à l'Indus.

Cinq années de succès avaient produit ces grands résultats. Des accidents (lé[)!orables vinrent altérer les inclinations modérées du monarque victorieux. 11 soupçonna son fils aîné d'avoir tiré sur lui et de l'avoir blessé à la main ; il ordonna de lui crever les yeux. « Vos crimes, lui dit Nadir, m'ont forcé à cette terrible « mesure. — Ce ne sont pas mes yeux (pic vous avez crevés, lui « répondit le prince Réza-Kouli, mais ceux de la Perse. » Le caractère de Nadir s'aigrit de plus en plus et se montra plus sévère contre les officiers et contre les grands du royaume. Il fit mettre à mort cinquante nobles seigneurs qui avaient assisté au supplice de Réza-Kouli sans tenter de l'empêcher. Dès ce jour, il se montra de plus en plus féroce et avide de biens; sa fureur ne connut bientôt plus de bornes : des villes entières étaient détruites; ailleurs, les habitants les abandonnaient et se réfugiaient dans des cavernes. L'existence de tous ses officiers était menacée; ils l'assassinèrent. Le capitaine de ses gardes lui donna le coup mortel, et le monstre expira. Sa vie et son règne finirent en 1747.

L'histoire et la tradition l'ont jugé diversement : elles en font à la fois un monstre et un libérateur. Ses forfaits inspirent plus de pitié que d'horreur; on regrette qu'à tant de belles actions Nadir ait ajouté tant de crimes. On assure qu'il fit faire une traduction des quatre évangiles chrétiens, mais elle fut si mal faite qu'il la tourna en ridicule. Les Bénédictins disent de Thamasp- Kouli-Klian qu'on ne peut lui refuser la bravoure et la science militaire, mais il lui manqua les qualités qui font l'honncte homme, et il était plus propre à commander à des bandes de voleurs qu'à des peuples policés. Ce jugement conviendrait également à un assez grand nombre de rois de la Perse; le despotisme pervertira toujours le meilleur des hommes s'il est fait roi.

Les assassins de Thamasp-Konli-Khan élurenl pour lui succéder son neveu Ali. Ce nouveau roi fit remise de trois années d'impôts, afin de faire oublier les extorsions et les crimes de son oncle :

mais en même temps il fit égorger Réza-Kouli, déjà aveugle, et treize autres cousins descendants de Thamasp, et plus près du trône que lui. En conséquence, ce roi meurtrier prit le nom d'Adil- Schah, le roi juste; il tâcha d'acheter le suffrage populaire par ses libéralités; son frère l'attaqua, le prit et lui fit crever les yeux. A son tour, celui-ci fut assassiné par ses soldats. Schali- Roch, fils de Réza-Kouli avait été épargné; il fut fait roi, dépossédé ensuite, aveuglé aussi , rétabli sur le trône et rappelé de nouveau comme roi du Khorassan.

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