‹ Histoire de la PerseChapitre 28 sur 32 · LES ZENDS · texte numérisé non relu

LES ZENDS

Les gouverneurs de la Perse, profitant de cette anarchie, affectaient l'indépendance, se faisaient la guerre, se supplantaient, s'entre-tuaient : le chef d'une petite tribu de Zends, d'une origine vulgaire, mais qui avait déjà figuré dans les affaires de la Perse dès le règne d'ismaël Sofi, fut le plus heureux de ces rebelles et se trouva enfin le maître de la Perse entière. Il se nomma Kérim-Khan et fut le chef de la dynastie des Zends. Il acquit et conserva son autorité souveraine à force de modération. Il maintint aussi la paix à l'extérieur et la tranquillité à l'intérieur de ses États.

L'agriculture et le commerce se relevèrent; sa cour fut fréquentée par les savants et les lettrés qui y trouvaient bienveillance et protection ; la mort de Kérim-Khan excita des regrets universels parmi ses peuples; elle survint en 1779; ce roi avait vécu quatre-vingts ans.

Un historien persan raconte ainsi le bonheur de la ville de Schiraz durant le règne de Kérim : « Les rayons de ce soleil mate jestueux s'étendaient sur tout l'empire : l'inQuence de sa cha- « leur bienfaisante se faisait plus particulièrement sentir dans la « ville de Schiraz. Les habitants de cette ville heureuse jouissaient (' du calme et du bonheur auprès dcjcimcs filles à face de lune. « Leurs jours s'écoulaient dans une douce oisiveté, au sein de « ces groupes joyeux : le vin animait leurs plaisirs, et l'amour

132 LA PEKSK.

« remplissait tous les cœurs de ses plus pures jouissances*. »

Kérini-Khan racontait aussi une anecdote qui lui était personnelle : «J'étais alors, disail-il, un pauvre soldat de l'armée de « Nadir-Schah, et le besoin me porta un jour à voler chez un c sellier une selle brodée d'or qu'un chef afghan avait envoyée « pour la réparer. J'appris bientôt après que le malheureux « sellier était en prison et condamné à être pendu. IMa con- « science me dicta mon devoir. Je replaçai la selle où je l'a- « vais prise, et j'attendis. Peu de temps après, la femme du sel- « lier vit la selle, se jeta à genoux, et demanda à Dieu que celui « qui avait rapporté la selle en possédât un jour un millier de fi semblables. Je suis persuadé, ajoutait Kérim, que le vœu de « la bonne femme a beaucoup servi à ma fortune et à mon éléva- « tion. » On ne sait pas si, en attendant, le sellier n'avait pas clé pendu, et si sa veuve fut indemnisée du mal qui lui survint par l'effet du vol commis par Kérim.

Il est du devoir de l'historien de ne pas taire que ce prince montra toujours beaucoup de piété envers Dieu , de bonté et d'éiiuité envers les hommes; le goût des plaisirs ne le détourna pas de la pratique de ces rares vertus.

Un marchand courut à lui tout effaré; il venait d'ôtre volé. « Comment avez-vous été volé? lui demanda le roi. — Pendant que je dormais. — PoiUYpioi dormiez-vous? — Parce que je pensais /lue le roi veillait pour moi. » Le grand-vizir reçut aussitôt l'ordre de pny(M^ au marchand la valeur de ce qu'il avait i)erdu. C'était au roi, disait-il, à tacher de reprendre cette somme sur les voleiu's.

Zéki-Klian , son frère, succéda à ce bon piince. Ce fut encore un roi féroce et inhumain; il fut bientôt après massacré par ses propres gardes.

Le second fils de Kérim, Abonl-Falh-Khan, fut proclamé à sa place, cl unanimement accueilli à Schiraz. Ce jirince était un nomme faible cl dissolu, S(H) (uk^Ic, Sadid-Klian , le |)riva du

* L. I)iil)('ii.\, la l'erse, pag. ;5(i(l.

trône et de la vie. Un neveu , Ali-Mourad-Khnn , déposséda presque aussitôt cet oncle usurpateur et l'assassina en l'année 1781 ; le nouvel usurpateur mourut de maladie en 1785. Djafar régna après lui et fut empoisonné en 1788. Plusieurs autorités, également usurpées, se partagèrent la Perse; Loutf-Ali , fils de Djafar, succéda à son père. Son ministre, qui l'avait élevé sur le trône par sa sagesse, lui fit ensuite la guerre et se déclara maître de la ville de Schiraz, capitale de l'empire persan; Loulf-Ali en fit et en renouvela le siège pendant deux années; son ministre, Hadji- Ibrahim , lui résista par son habileté ; un insurgé de la tribu des Cadjars, Aga-Mohammed, qui tenait leGhilan, le Mazanderan et plusieurs grandes villes, secondait le ministre enfermé dans Schiraz. Les efforts du roi contre les deux rebelles réunis, furent sans succès; après une sanglante bataille, le roi s'échappa, lui quatrième, à la faveur de la nuit. Sa fuite doubla la rage des vainqueurs; Aga-Mohammed fit donner la mort ou crever les yeux à tous les hommes du roi. Vingt mille femmes ou enfants furent donnés comme butin aux soldats victorieux. Loulf-Ali-Khan fut pris; on lui arracha les yeux et il fut envoyé à Téhéran pour y recevoir la mort. Le nombre des victimes fut considérable parmi les personnes soupçonnées de tenir le parti du prince zend, dojit Loulf- Ali fut le dernier.

Page 1