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offrir clinqiie jour les sacrifices aux dieux. Ces prêlres-devîns étaient aussi (Conseillers du roi et classés parmi les serviteurs les plus distingués du palais; les mages avaient seuls, avec les femmes du sérail et les eunuques, le privilège d'approcher souvent de la personne du roi : on présume qu'ils composaient aussi le tribunal des juges royaux, ou tribunal supérieur de l'empire.
Pour rehausser l'éclat du trône, sept princes étaient rangés à l'entour quand le roi l'occupait. La cour se composait à la fois de courtisans, d'une suite nombreuse de dignitaires, d'une armée considérable, surtout de cavalerie, qui gardait la personne du souverain et l'accompagnait en tout lieu. La cavalerie était divisée en plusieurs corps organisés, selon la diversité des pays d'où ils étaient tirés; les Perses avaient le pas sur les Modes. De nombreux gardes du corps veillaient toujours aux portes du palais.
Les moindres fonctions, les plus infimes services, devinrent des charges de cour à mesure que la richesse et le luxe multiplièrent les courtisans. Ainsi, pour faire le lit du roi, il fallait un grand nombre d'officiers, chacun d'eux ayant son office spécial et déterminé : c'étaient sans doute des officiers d'un ordre inférieur; mais ils étaient organisés, divisés par sections de dix et de cent, et soumis à des chefs d'un rang élevé, comme l'étaient, dans notre ancienne monarchie, le chambellan, le connétable, le grand écuyer, le grand maître de la garde-robe, les capitaines des gardes, chacun de ces grands officiers de la couronne étant le chef d'un service, ayant sous ses ordres un grand nombre d'autres officiers inférieurs ou serviteurs commissionnés pour ces services. Gtésias, médecin grec à la cour de Perse, porte à (juinze mille le nombre des fonctionnaires employés au service du roi; ils étaient tous nourris dans le palais aux frais du souverain.
Les grands officiers étaient classés et titrés, et l'usage établi parmi les souverains modernes de se qualifier mutuellement de frères ou de cousins, a été dès longtemps précédé, dans la Perse, pur rem[)loi des titres de parent, d'ami, de lidcle du roi, épithètcs
rcscrvccs à certains ordres de fonctions qui comportaient ces qnalilications honorifiques et hiérarchiques à h\ fois. Cet usage passa des Perses chez les Grecs; les rois grecs d'Egypte donnaient aussi à leurs principaux officiers le titre de parent, d'ami, de garde du corps du roi. Les anciens rois d'Egypte ajoutaient à ces qualifications, et à d'autres analogues, le droit, pour le titulaire, de siéger à la gauche ou à la droite du roi. Nous retrouverons, sur les monuments de Persépolis, le souvenir de ces formules de la cour persane, plus anciennes que ces monuments mêmes. De nos jours encore, le titre de parent est conféré par le schah à des tribus de la Perse occidentale qui ont le privilège de fournir ses gardes du corps.
Le costume des officiers était réglé selon l'importance de leurs fonctions; cet usage fut de tous les temps; l'habit annonçait la dignité. Gomme dans les sociétés modernes, les Perses y ajoutèrent une décoration en or dont les formes variées étaient en rapport avec les fonctions de ceux qui en étaient revêtus; une étiquette sévère réglait tout ce- qui concernait la cour et y assujettissait rigoureusement les personnages qui en faisaient partie; son étude était indispensable : cette science futile entrait dans l'éducation des princes et des courtisans.
Le précis de la vie d'Esther à la cour du roi de Perse suffit pour nous faire connaître l'organisation et l'ordre du harem royal ; nous ne reviendrons pas sur ce sujet.
L'existence des eunuques fut, dans le Levant, la conséquence inévitable delà polygamie. Cette institution assurait aux deux sexes une égale abjection. Elle est pour le souverain une source d'erreurs et d'iniquités; les femmes et leurs gardiens sont ses maîtres; leur odieuse influence sur un prince faible dégénère en tutelle ; souvent elle décide de son sort et lui donne, par la trahison et par le meurtre, un successeur plus misérable que lui. Les ministres surtout redoutent cette coalition des vices. Le sort d'Aman est pour eux un cruel avertissement, comme les égorgcincnts ordonnés par Esther sont un témoignage de l'autorité redoutable d'une favorite passionnée. L'Estlier de l'immortel Racine nous in-
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lére>so, pîwcc (in'oHo ne nous raconte que In première moitié de son hisluire.
La jalousie muluelle des femmes était féconde en meurtres : Hérodote nous a dit comment la reine Amestris se vengea, sur une mère, de l'amour que conçut son mari Xerxès pour sa jeune fille. Plus cruel que sa femme, Xerxès l'abandonna à ses fureurs. Anie.-lris fil enlever par des gardes la malheureuse et innocente mère, et la fit cruellement mutiler : elle lui fit couper les mamelles, (\\\\ furent jetées aux chiens, et aussi les oreilles, le nez, les lèvres, la langue, et la renvoya chez elle en cet horrible état; son mari périt à son tour en méditant une secrète vengeance : ce mari était le beau-frère du roi.
Le nombre des concubines était considérable à la cour de Perse; les pourvoyeurs assuraient au roi, pour chaque jour, une victime nouvelle. Les Perses, selon Hérodote, adoptaient avec ardeur tous les usages étrangers en fait de voluptés. Ils s'acconmiodèrent des mœurs viriles des Grecs, ajoute l'historien. Mais il est difficile de croire que les Orientaux aient reçu ces leçons de la Grèce : l'Orient avait tout inventé, même les turpitudes, avant les premiers essais de la civilisation occidentale.
Le choix des épouses légitimes était fait par la cour avec une grande attention, et toujours parmi les femmes de la première des trois tribus nobles, celle desPasargadcsou Achoeménides. Mais à l'égard des fenunes du harem , le goût ou le caprice n'était sounnsà aucune loi. Esther était une pauvre Juive; sa grande beauté lui tint lieu de noblesse. De font temps et dans tous les pays, on a découvert ce moyen de concilier les convenances sociales avec la dépravation des mœurs. Néanmoins, les femmes légitimes conservaient, chez les Perses, la supériorité du rang et de l'autorité; elles étaient soumises à la loi générale qui défendait aux femmes de se montrer en public sans cire voilées : on a rappelé, comme un condamnable exemple, celui de la reine Statira, qui enfreignit cette loi.
L'anniversaire de la naissance du roi était célébré tous les ans par un festin roy;il. Ce même jour le roi se faisait oindre la tète et distribuait des présents. Une loi privait le roi du droit de re-
fuser les grâces qui lui étaient deinaiidces pendant que le leslin royal était servi.
La succession au trône appartenait exclusivement aux fils de la femme légitime, mais les intrigues du sérail étaient pins fortes que la loi ; tous les crimes !?e faisaient les auxiliaires de ces intrigues. Le second et le troisième Darius montèrent sur le trône par cette voie , et le second a été pour cela surnommé Notiuis ou le bâtard. Le roi désignait son successeur parmi ses fils légitimes, et la mère exerçait sur ce choix une forte influence. Ayant fait élever son protégé, elle en espérait une passive obéissance; et pour prévenir les embarras que pouvaient susciter des prétendants plus légitimes ou plus entreprenants, on les égorgeait ou bien on leur crevait les yeux. Cette coutume facile et expéditive de gouvernement s'est conservée jusqu'ici chez les Perses et dans d'autres Etals de l'Asie orientale; les résultats du despotisme omnipotent sont les mêmes partout.
Le goût des souverains de la Perse pour les voyages et pour la variété des résidences , était une tradition de leur ancienne vie nomade : suivant la saison, ils changeaient de demeure. Les descendants de Cyrus habitaient tour à tour Babylone, Suse, Ecbatane et d'autres grandes cités; l'automne et l'hiver à Babylone, le printemps à Ecbatane, l'été dans la Susiane : l'étendue de l'empire leur assurait l'avantage de cette agréable variété de climats. Les empereurs delà Chine, originaires de la Tartarie, vont aussi chercher des plaisirs de saison dans leur ancienne patrie.
Les voyages du roi de Perse exigeaient une suite nombreuse, semblables à des expéditions guerrières; les provinces en étaient écrasées, puis(jue partout le roi despote était chez lui. Cet usage subsiste encore : les coutumes qui sont utiles au despotisme se cons'ervent autant que lui ; et , afin de ne pas laisser abolir la mémoire de leur ancien état, les rois de Perse , dans leurs voyages, courbaient la civilisation même aux anciennes pratiques de la barbarie. Au lieu de tentes mobiles ils habitaient des palais; mais ces palais, comme les anciens campements nomades, devaient être entourés de vastes territoires ; les armées y étaient passées en
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revue, et ils étaient peuplés d'iui grand nombre d'animaux sauvages : le roi pouvait se donner ainsi le plaisir de chasser sans sortir de sa résidence. Ces terrains portaient le nom de Paradis, et le palais celui de Porte, dénomination encore conservée à Constantinople.
Comme les rois de Perse ne se montraient que rarement en public, tout particulier qui demandait justice déposait sa supplique au vestibule du palais; peu de jours après, il venait prendre la réponse écrite, et il y en avait toujours une. On a vu dans l'histoire d'Esther que Mardochée communiquait facilement, par cette voie, ses vœux à la jeune reine. Les cours extérieures et intérieures, les péristyles, les couloirs et les portes étaient gardés par des officiers dont les fonctions étaient nettement déterminées; l'étiquette, très-sévère, assurait au roi les plus expressifs témoignages de respect. D'après le livre de Daniel, le chef des eunuques était le grand maître des cérémonies; le nombre des officiers sous ses ordres et celui des gardes devaient être très-considérables. Les demandes parvenaient au monarque par leur intermédiaire, et pour cela on les nommait les oreilles du roi et les yeux du roi.
La table du roi était réglée par un statut qui ne pouvait pas cire enfreint; le goût du roi n'était pas consulté, mais sa table était servie de tout ce qu'il y avait de plus exquis dans le monde, et le monarque, s'il était gourmet, devait être satisfait. Maître absolu de l'empire, toutes les provinces contribuaient à son bienêtre : il ne buvait que Teau du fleuve Choaspes qui arrose la Susiane; le sel venait de l'oasis d'Ammon en Egypte; le vin, de Echalyban en Syrie, et le froment de son pain, de l'Éolie; durant ses voyages, des employés du palais étaient à la découverte de tout ce (jue les provinces produisaient de plus recherché.
La chasse était un plaisir fort goûté, quoique fort bruyant; la nature i)rimilive des Perses, montagnards et robustes, en avait conservé le goût parmi eux; ils chassaient à l'arc, aux picgcs et an lacet; à la guerre ils traitaient les hommes comme les animaux des forêts; ils lançaient habilement sur les uns et sur les autres
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des lacets autour de la tÔte cl devciiaient ainsi leurs maîtres. L'administration du pays soumis à l'autorité du roi était simple, puissante, mais non point parfaite. Le royaume était divisé en provinces, chacune d'elles était gouvernée par un satrape, occupée par des soldats, exploitée par des agents du fisc. L'empire était le domaine du roi régnant; tous les produits lui appartenaient. Dans les pays conquis, les mêmes principes étaient professés, la même administration les contenait et les pressurait. Des tributs en argent étaient imposes; ils appartenaient exclusivement au roi , servaient à ses dépenses, à ses largesses ou à ses prodigalités. Des contributions en nature, levées dans tous les districts, étaient affectées aux dépenses publiques; la Médie fournissait cent mille brebis et quatre mille chevaux ; d'autres provinces, delà laine et les matières variées qui croissaient sur leur sol. Ces impôts étaient réunis dans les magasins de la cour; une portion restait pour les approvisionnements des satrapes, dont la suite et le faste égalaient ceux de leur maître. Comme dans l'Inde, les bourgs et les villes étaient chargés de pourvoir à un service : quatre grands bourgs fournissaient à la nourriture des chiens indiens du satrape perse
de Babylone.
Les impôls étaient répartis sur tout l'empire, mais la Perse proprement dite en était exempte, le peuple dominant s'étant donné ce privilège. Du reste, il est difficile de se faire une idée, même approximativement, exacte, du produit de ces divers impôts, en nature, en métaux précieux ou en argent monnayé; une grande partie de ces métaux étaient fondus en lingots et enfouis dans le trésor du roi.
Ce que le roi recevait en présents surpassait encore le produit des impôts. C'est la coutume de l'Orient (jue l'inférieur n'approche jamais le supérieur sans lui offrir un présent. Les satrapes conservaient, en se conformant à cet usage, la faveur du souverain. Au jour de sa fête particulièrement, les offrandes des objets les plus précieux et les plus rares parvenaient au roi de toutes parts, et cette politesse apparente n'était pour les officiels du roi que l'accomplissement d'un devoir rigoureux, «pie l'habi-
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lelé (les satrnpos savait rendre plus ulile ijne (lis| omlieux ; les bourses envoyées eneore à propos par les pachas à la Porle, sont aussi un secret de leur polifirpie prévoyante.
En résumé, il ne faut jioint clierclicr dans radniinistration de ces anciens empires la pliis faible analogie avec l'administration des États modernes; le despotisme n'est point formaliste. Un comptable soupçonné était mis à mort, ses biens étaient confisqués, et ses comptes définitivement ajournés. Les confiscations qu'entraînaient les jugements à mort, étaient une source de revenus annuels pour le prince; il profitait ainsi directement des sentences qu'il prononçait. Monstrueuse combinaison dont l'avarice et la perversité abusèrent peut-être plus d'une fois!
Les mêmes vices existèrent dans l'administration des dépenses. L'entretien de l'armée et les soins donnés aux canaux pour les irrigations étaient les plus considérables; mais les armées restaient à la charge des provinces qu'elles occupaient, et les canaux, soit pour les construire, soit pour les entretenir, étaient l'occasion d'impôts exprès sur les localités qu'ils arrosaient. Ainsi, l'or et l'argent entraient dans le trésor du roi et s'y accumulaient d'année en année, en lingots ou en vaisselle, pendant tout un règne : ce qui explique les sommes, souvent fabuleuses en apparence, que l'histoire mentionne à l'occasion de ces trésors. Ils s'augmentaient aussi de divers impôts arbitrairement établis. Un fleuve arrosait une province entière où il se divisait en cinq branches; le roi de Perse fit construire une écluse à la source même de ce fleuve, dans la montagne où il prenait naissance, et vendit l'eau à ceux qui voulaient arroser leurs champs.
Dans les satrapies, les officiers publics recevaient leurs émoluments en nature; il en était de même à la cour. Un historien grec raconte que les officiers de la cour étaient élégamment vêtus et leur tenue d'une extrême propreté. Ils employaient la plus grande partie de la journée à préparer le repas du roi ; peu de ses hôtes étaient admis à sa table, ou |iliitôt admis à diucr dans rintéricnr du pahiis. Le roi élan! plac(' dans une smIIc, et ses hôtes les plus honorés dans une salle (jui lui faisait face, le
roi apercevait, de sa table, ses protégés à travers un rideau, sans qu'ils pusseut repaître leurs yeux de la vue du suprême monarque; et ce n'était qu'aux jours de fêtes que le roi les réunissait à sa table dans une grande salle. Le nombre des convives ne dépassait jamais douze. Le roi mangeait à part; les convives étaient près de lui, buvaient avec lui, mais non pas du même vin; ils étaient assis sur un simple carreau, et le roi sur un tabouret d'or. Quand le roi dînait en famille, les jeunes fdles du harem chantaient pendant le repas. Le nombre des animaux abattus chaque jour pour le service du palais était estimé à mille, soit bœufs ou brebis, soit ânes, chevaux ou chameaux. La volaille y abondait; chacun était servi devant soi et emportait ce qu'il ne mangeait pas; enfin, les gardes du palais étaient nourris avec les restes. Ainsi parlait des usages des Perses concernant la bouche du roi et de sa cour un écrivain grec, Héraclide de Gumes, qui avait écrit un ouvrage, en cinq livres, sur l'histoire des Perses *.
Les émoluments que le roi payait à ses officiers, même les plus élevés en dignités, étaient assignés sur les bourgs et sur les villes: une partie de leurs tributs ou impôts appartenait, sous ce titre, à ces officiers. De semldables localités étaient affectées aussi à l'entretien de la maison des reines, à leur toilette, à leurs divers services, et avec une profusion qui éleva au plus haut point le luxe et la magnificence. Une province, assez étendue pour ne pouvoir être traversée en une journée de marche, était affectée à l'entretien de la ceinture de la reine. Le roi donna à Thémistocle, pour son pain, la ville de Magnésie, celle de Lampsaque pour son vin, et Mynnle pour ses légumes. Les charges, à la cour, étaient sur le même pied; des terres ou des maisons, c'est-à-dire leur produit, étaient la dotation des titulaires : tous les émoluments étaient aussi territoriaux. Chaque titulaire les administrait à sa guise, l'Etat n'était [)lus percepteur et payeur au moyen d'une foule d'agents qui consommaient une quotité de leurs percep-
Citc par Diogène de Ldërle, Athonéo et Vosslus. Voir Ilecren, Politique, et Commerce des anciens, lomc 1" de la tradiiclion franc iisl*, page ;i20, note 2. rrnsE. 12
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liuiis: (le lïK^me, durant la pivmière et la seconde race des n^is de France, les grandes charges de l'État étaient dotées de bénéfices territoriaux, dont la jouissance cessait à l'extinction de lofrice, et qui faisaient retour à la couronne. On attribue cette institution A Cyrus; les dotations qu'il accordait retournaient aussi à la couronne : elles étaient héréditaires quand les fonctions l'étaient. Cette coutume subsiste encore dans la Perse moderne.
Cette organisation financière, quoique informe, avait exigé quelque expérience : au commencement, un chef militaire et un percepteur formaient toute l'administration politique, militaire et financière : vers le règne d'Artaxercès, le système s'était perfectionné par la séparation du pouvoir civil et de l'autorité militaire. Les commandants militaires gardaient les provinces; les satrapes les administraient, s'occupaient de l'agriculture, des routes, percevaient les revenus, payaient l'armée, surveillaient les chefs militaires et les magistrats; ils avaient sous leurs ordres des intendants. Le roi visitait les provinces, ou les faisait visiter par des délégués directs : c'était une sérieuse inspection dans l'intérêt des localités, et du gouvernement : là où la négligence des satrapes ou celle des intendants se manifestait par quchpie désordre, ces administrateurs étaient destitués ou châtiés.
Le roi nommait les satrapes; il les choisissait parmi les plus grands personnages, dans sa famille même; ses frères étaient pourvus dos meilleures provinces; il les leur donnait libres de tout tribut, les assimilant ainsi à une seigneurie indépendante, qui ne reconnut pas toujours la suzeraineté de la couronne : l'histoire a conservé plusieurs exemples de rébellion de ce genre, notamment celui de la révolte de Cyrus le jemie.
Un écrivain royal était auprès de chaque satrape; c'est à cet autre agent royal que parvenaient les ordres du roi; il devait en assurer l'exécution prompte et entière.
Dans sa province, le satra|)e était un vice-mi; sa cour était formée à l'imitation de celle du roi; il avait ses troupes |)articulières, et un luxe sans borne régnait dans ses palais, dans sesjar-
(lins, dans tous les services de sa maison. Son pouvoir était pour ainsi dire illimité; mais l'espionnage gouvernemental était habilement organisé : sur le moindre soupçon, le roi demandait la tête du satrape; il envoyait un courrier tout exprès, rpii la lui rapportait! Le courrier remettait directement l'ordre du roi aux gardes du satrape, qui l'exécutaient à la minute! Orontes, sous Darius fils d'Hystaspe; Tissaplierne, sous Artaxercès, virent ainsi s'éclipser subitement toutes leurs grandeurs! Mais plus lard, les satrapes prirent leur revanche; ils ruinèrent la monarchie par leurs révoltes. Le roi leur avait donné de trop vastes gouvernements dont ils firent des empires indépendants.
Les courriers, pour la correspondance journalière du gouvernement, étaient organisés par stations où ils se relevaient : les communications étaient très-promptes.
Dans toutes ces institutions, quoique incomplètes, le despotisme prenait ses sûretés, il y a déjà plus de vingt siècles; depuis ce temps, et dans les mêmes lieux, il n'a fait que changer de mains; les belles provinces de la Perse sont encore sa proie.
Tous les Perses étaient soldats; ceux qui possédaient des terres devaient servir dans la cavalerie. La population entière des hommes était classée par groupes de dix, de cent, de mille, et de dix mille; un chef commandait chaque groupe; les ordres se transmettaient des uns aux autres avec une très-grande promptitude : des armées nombreuses étaient mises inopinément sur pied. C'est encore l'organisation des Mongols; Tamerlan n'en eut pas d'autre. Les Kalmouks et les Baskirs, qui suivent les armées russes régulières, représentent les nomades de l'ancienne armée persane : il y a des climats où la nature a donné à l'esprit des hommes une invariable forme qui défie les siècles.
Les Perses nomades ne recevaient pas de solde; ils ne connaissaient même pas l'argent monnayé. Les nomades de l'Asie centrale, au service des Russes, ne sont ni plus instruits, ni plus exigeants : comme aux anciens leurs prédécesseurs, le pillage leur suffit.
Lcb Instituts de Timour ou Tamerlan sont l'iiisloire même
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de l'ancien état militaire des Perses. Les levées en masse amenaient, des provinces de l'Orient et de l'Occident, des nuées d'hommes dont le méhinge était un des plus singuliers spectacles du monde. Quand Xerxès les conduisit avec lui à la conquête de l'Europe, il avait mis quatre années à les rassembler, et les Perses seuls étaient investis des commandements supérieurs : les Mongols ont conservé cette coutume. Des approvisionnements de b!é étaient faits sur la route de l'armée de Xerxès. Quand ce roi fit, dans la plaine de Dorisque, en Thrace, la revue de son armée, il la trouva composée de cinquante-six nations différentes et de deux millions et demi d'hommes; les Indiens y étaient vêtus d'étoffes de coton; les Éthiopiens, de peaux de lions; les Mèdcs et les Baclriens, de riches vêtements; les Libyens étaient montés sur des quadriges; les Arabes sur des chameaux. Un roi n'eut jamais plus de forces dans sa puissanic main. Toutefois, trois cents Spartiates arrêtèrent cette innombrable armée aux Thermopyles; Platée et Salamine furent son tombeau. Cette mémorable catastrophe témoigne néanmoins de la grandeur et de la puissance de l'empire des Achaiménides, rois de Perse et de l'Asie.
Pour compléter notre résumé des souvenirs qui concernent la forme de leur gouvernement, nous ajouterons quelques mots sur le protocole de leurs actes, minime sujet pour l'intérêt de l'histoire sans doute, mais non point pour sa philosophie : les faiblesses et les {iréjugés des hommes élevés par la foilune au sommet du pouvoir, excitent bien aussi quelque curiosité et font connaître leurs misères.
L'ancienne Perse fut fort cérémonieuse; son culte religieux abondait en formules variées à l'infini, et ses rois étaient honorés à l'égal des dieux : les qualifications d'Ormuzd sont en grand nombre et des plus élevées dans son rituel ; nous les rappellerons au chapitre suivant. Darius, fils d'Hystaspe, dans les inscriptions historiques de Bi-Sutoum, après avoir énuméré ses illustres ancêtres, en remontant jusqu'à Achgeménès, son cinquième aïeul, prend les titres de roi grand et roi des rois. Les Séleucides qui succédèrent au dernier de ces Aciiteménides, se distinguèrent par
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les surnoms de sauveur , de vainqueur , de grand, illustre, de divin; Cliosroës le grand s'intilulail : roi des rois, seigneur des princes, maître des nations , souverain de la paix, sauveur des hommes, entre les dieux lionvne très-bon et éternel, entre les hommes, dieu très-illustre; plein de gloire, victorieux, qui s'élève avee le soleil, et qui donne des yeux à la nuit, distingué par ses ancêtres, roi qui hait la guerre, bienfaisant , qui conserve l'empire, qui tient à ses gages les bons génies. Les Sassanides s'intitulaient : le serviteur , Yadorateur d'Ormiizd, le dieu, le roi des rois de l'Iran, le germe céleste, de la race des dieux. Les califes et les kans ne furent pas plus modestes*.
Durant cette longue succession de princes, aucune amélioration favorable aux hommes ne fut introduite dans le gouvernement ni dans l'administration de la Perse. Les rois grecs Séleucides défendirent leur territoire sans en prévenir le démembrement; les Arsacides soutinrent leur indépendance les armes à la main, et les Sassanides résistèrent com^ageusement et avec succès à l'invasion romaine : les soins de la guerre auraient laissé à ces monarques peu de loisirs pour l'administration, s'ils en avaient eu la pensée. Le premier des Sassanides, Artaxercès, parvint au trône en l'année 22G de l'ère chrétienne, rédigea, disent les historiens ses compatriotes, notamment Mirkhond, un corps de lois civiles et politiques, composa un traité sur les devoirs des princes et des ministres, et fit plusieurs règlements pour encourager les sciences, les arts, l'agriculture et le commerce. Afin d'assurer sa conquête, Artaxercès se démit sagement de la couronne pour la placer sur la tête de son fils. Selon l'usage du pays , il se donna en même temps une garantie certaine contre les prétendants qu'il avait détrônés : il les fit tous mettre à mort; un astrologue, qui lui inspira par ses prédictions des craintes pour l'avenir de sa famille, le porta à celte cruauté. Une fille inconnue échappa
* La flatterie d'occasion ou intéressée surpassa dans le monde moderne l'iiiveiition méditée de ces orgueilleux protocoles. On a vu à Rome des portraits du pape Paul V, auquel ou donnait le titre de Vice-Dieu : Paulo V, Vice-Deo OMiMy. (Ciicégius, de Titulommia eiudi'.oniin , page 40.)
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à ce maf^sncrc; elle était \y,\vim les esclaves (r.\rl;i\erxcs, et réussit à lui plaire. S'étant iiiiprndcuiineut fait connaî- Ire, le roi ordonna de la faire mourir; au moment suprême, elle déclara au vizir qu'elle était enceinte; le vizir l'épargna, la cacha dans un souterrain, où il s'enferma avec elle après s'être privé de ses signes de virilité; et un jour (|ue son roi s'affligeait d'être sans descendants, le vizir lui déclara son secret, lui fit reconnaître le fds qu'il avait protégé et qui succéda au trône d'Artaxercès sous le nom de Scbawar, qui signifiait fils du roi.
On peut recueillir, éparses dans les écrits des anciens, d'autres traditions relatives à l'état de la cour de Perse et à la législation de ce vaste royaume : ces détails compléteront notre exposé.
Un Perse pouvait être admis à donner au prince un conseil utile sur un objet d'intérêt public; le Perse était placé sur une bri(pie d'or; elle lui appailenait si le conseil était agréé; dans le cas contraire, le conseiller était chassé à coups de fouet.
Xerxcs prit de lui-même la résolution de considter plusieurs princes de l'Asie sur la guerre qu'il allait faire à la Grèce; il leur dit : « Je vous ai rassemblés pour ne point paraître agir d'après mon sentiment seul; mais souvenez-vous qu'il vous faut bien plus m'obéir que me conseiller. »
Un père de famille demanda à Darius, partant pour la guerre contre les Scytlies, de lui laisser un de ses trois fils pour soutenir sa vieillesse, les deux autres devant suivre le roi à l'armée. « Je te les laisserai tous les trois, dit le prince, « et il les fit tous met Ire à mort.
La même demande fut faite à Xerxès par le père de cinq enfants; le roi en laissa un, mais il fit couper son corps en deux parties qui furent exposées sur le chemin où ses troupes devaient passer.
Démocède de Crotonc fut appelé comme médecin auprès de Darius, blessé à Suse. Le roi crut voir qnel<pje dissimulation dans la physionomie de l'étranger; il fit apporter les instrimienls de torture, croyant s'assurer ainsi le dévouement du médecin.
Les personnes admises auprès du roi se prosternaient jus-
qu'à terre en Tabordant et lui disaient : Vivez élernellementl
Le roi ordonnait quelquefois de se prosterner aussi devant un favori : c'était la plus grande marque de la protection royale.
La charge d'éclianson était une des plus importantes de la cour, et donnait au titulaire un grand crédit. Le Juif Néhémias remplit ces fondions; en les quittant, il obtint le gouvernement de la Judée : il rendit de grands services à ses coreligionnaires.
Les qualifications données à certains fonctionnaires publics, ô'yeux et d'oreilles du roi, paraît avoir été d'usage pour la cour et pour les provinces : ces yeux et ces oreilles à divers degrés s'exerçaient dans le même but, une surveillance mutuelle au bénéfice de l'autorité royale. Il y avait un intendant des forêts du roi, un intendant de ses bâtiments, un intendant de ses troupeaux; il y avait enfin un intendant de la maison de la reine, un grand maître du palais, un garde du trésor royal administrateur des finances; sur le trésorier ou le trésor de chaque province, le roi assignait le paiement des dépenses ou des grâces (ju'il lui plaisait d'accorder. L'écurie et la vénerie du roi étaient aussi commises à des officiers de son choix. II dirigeait avec toute autorité l'éducation et la vie entière des princes de sa famille.
D'autres fonctions, quoifjue moins relevées, pouvaient donner un égal crédit à ceux qui en étaient revêtus : tels étaient l'introducteur auprès de la personne du roi, le gardien de son lit, les hérauts proclamant ses ordres, les courriers qui les portaient. Les eunuques étaient employés à tous les services-, nous avons déjà rappelé leur dé[ilorablc influence en participant surtout à l'éducation de l'héritier du trône, et quelquefois en se désignant à leur gré en opposition aux lois de l'État.
La tiare du roi placée sur sa tête s'inclinait en arrière : les conjurés pour Darius, fils d'Hystaspe, afin de se reconnaître, en firent incliner la pointe en avant : cette manière de porter la tiare leur fiit concédée à perpétuel honneur.
Pour honorer et reconnaître le courage des femmes qui , par leurs exhortations, rallièrent les Perses prêts à fuir devant les Mèdes, Cyrus ordonna que toutes les fois qu'il entrerait dans la
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ville, les femmes recevraient une jiièee d'or. On njonfc que Darius Oclius, prince d'une sordide imirice, cvilail d'entrer dans la ville et en fiiisait le tour, afin d'économiser cette dépense.
Les sacrifices précédaient l'entrée en campagne; les actions d'éclat du soldat étaient récompensées par des gratifications ou par des distinctions, telles qu'un coq d'or placé au bout de la pique.
Les vaincus étaient réduits en esclavage. Les rois prisonniers étaient épargnés quelquefois, mais plus souvent égorgés ou mutilés. On distribuait aussi aux vain(|ueiirs les maisons des vaincus. Xerxès, maître des Thermopyles, fit trancher la tête à Léonidas mort, et attacher son corps à une croix.
Les rois de Perse avaient toujours au chevet de leur lit une réserve de cinq mille talents d'or, et une autre au pied du lit de trois mille talents d'argent : c'est ce qu'il appelait Voreiller et le marchepied du roi.
L'esclavage était complet; il donnait au maître le droit de vie et de mort.
La multiplicité et la barbarie des supplices étaient analogues à ces atroces usages, à ces affreuses lois. Celle du talion était souvent appliquée : Aman voulait injustement faire attacher Mardochéc à un gibet haut de cinquante pieds; ce fut Aman qui subit ce supplice.
La peine capitale était quelquefois précédée de l'amputation d'un bras; le corps était ensuite jeté aux animaux. N'avoir pas les mains cachées dans les manches en paraissant devant le roi, mettre un vêtement de prince, s'asseoir sur le siège du monarque, ou tirer avant lui à la chasse, étaient des crimes de lèse-majesté punis de mort.
Un magistrat qui se laissa séduire par de l'argent fut écorché vif, et son siège fut couvert de sa peau. Le supplice des deux auges était des plus cruels : le patient était enfermé entre deux pierres creusées selon le volume de son corps; mais la tète, les mains et les pieds nus restaient en dehors de cette épouvantable enveloppe , ces parties nues étaient ointes de miel et exposées à la
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voracité des insectes; le patient succombait ainsi pendant dixsept jours à d'horribles souiïrances, dévoré par les mouches et la vermine! Cambyse fit enterrer jusqu'à la tête vivants douze personnages persans d'un rang élevé qu'il déclara coupables. Un de ses successeurs fit périr du même supplice sa sœur, qui était aussi sa belle-mère. L'action de la reine Amestris, déjà mentionnée, prouve la barbarie de cette femme et la lâche complaisance de son fils. Daniel fut jeté dans une fosse pour y être dévoré par des lions : cette fosse était recouverte par une pierre scellée du sceau du roi. Les accusateurs du prophète, leurs femmes et leurs enfants y furent ensuite précipités à sa place et dévorés. On écrasait aussi la tête d'un condamné entre deux grosses pierres, ou bien on le brûlait sur un bûcher; on le lapidait; enfin la décapitation simple était le plus noble des supplices; elle était opérée au moyen d'un rasoir. L'amputation des deux mains ou d'une seule précédait quelquefois la décapitation.
Les écrivains anciens parlent souvent du supplice de la croix. On ne sait pas s'ils indiquent réellement une croix ou une potence, comme instrument de ce supplice : du reste, la peine était d'autant plus infamante quela potence était plus élevée. La croix, quelle que fût sa forme, était le supplice capital habituellement indiqué pour des rois vaincus comme pour des eunuques condamnés ; on salait quelquefois les têtes des malheureux suppliciés. Une femme reine, mère du roi, imagina de faire écorcher vif un malheureux, d'attacher son corps en travers à trois croix, et d'étendre sa peau à part sur des pieux placés entre les croix. Le roi d'Egypte Psamménite, vaincu par Cambyse, fut condamné à boire du sang de taureau. Un gouverneur de la Lydie périt par le supplice de la cendre; il fut précipité vivant du haut d'une tour dans un monceau de cette substance qu'on agitait avec une roue jusqu'à ce que le patient fut étouffé. On fait à Darius, fils d'Hyslaspe, l'honneur de l'invention de cette cruauté raffinée; mais l'on doit faire remarquer que, dans la relation de ses victoires sur ses ennemis et des supplices auxquels il les voua successivement, celui de la cendre n'est pas mentionné; il lui
sufns;iit de leur faire couper le nez, 'es oreilles et les lèvres, de les exposer oinsi mutilés en publie et de les faire ensuite mettre en croix *.
La plupart des cruautés horribles que nous venons de citer se passèrent pendant le règne de Cambyse : la férocité traditionnelle de ce prince, et ses outrages au tombeau et au cadavre (l'Amasis, roi d'Egypte, peuvent faire considérer le plus grand nombre de ces faits comme des exceptions de circonstance et non pas comme des lois générales. On ne peut cependant oublier que souvent les peines étaient héréditaires, et que les enfants subissaient le même supplice que le père; ils étaient étrangers au crime de celui-ci, mais ils étaient ses enfants : tous les parents d'Aman, l'ennemi de Mardochée, furent mis à mort. Les conspirateurs contre Artaxercès Mnémon, subirent le même supplice, ainsi que leurs femmes et leurs enfants. On préparait quelquefois un malheureux à la mort par de longues tortures... Ces usages et ces lois, d'une férocité inouïe, sont heureusement bien éloignés de notre temps, de nos climats et de nos mœurs.
Au-dessous de la peine capitale était la mutilation, qui consistait à couper les oreilles, les mains, les pieds et le nez du coupable ; on lui laissait la vie , s'il était possible qu'il vécût. La langue était aussi coupée, arrachée, percée. A d'autres victimes, les yeux étaient arrachés ou crevés ; ou bien ils étaient brûlés avec del'huile bouillante ou avec une aiguille de fer rougie.On arrachait les mamelles aux femmes. Quelquefois les lois, ou plutôt les fureurs de la guerre, exposaient les prisonniers à la mutilation ; la déportation dans les îles de la mer Erythrée était aussi dans le code [)énaldes Persans. La peine du fouet était fréquemment appliquée; le roi le faisait donner comme une grâce à ses ofticiers qui s'empressaient de l'en remercier.
C'était une peine d'être condamné à perdre les cheveux, d'être privé des honneurs ou d'une décoration mérités pour des services, tels que bracelets, colliers, cordons et pierreries, che-
* IniscripUon de BiSutoum.
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vaux à frein d'or, cimeterre à poignée d'or, et autres ornements que le roi seul accordait. La confiscation des biens suivait d'ordinaire les peines aftlictives ou infamantes; parfois ce n'était qu'une amende. Le vol entraînait la mutilation partielle et môme la mort. Le voleur payait aussi le double de la cbose volée. Un carcan triangulaire , qui retenait le bras droit élevé , était une peine souvent infligée.
Toutes CCS coutumes, sommairement rapportées, appartiennent en général au temps où régna sur la Perse la famille des Gyrus (du septième au quatrième siècle avant notre ère). La législation antérieure, celle de Zoroastre, avait éprouvé quelques altérations par le laps de temps écoulé. Nous avons indiqué plus haut les dispositions principales de cette législation à la fois civile et religieuse, laquelle , malheureusement , ne fut pas toujours plus humaine que celle des temps postérieurs; ce qui n'était pas plus conforme à l'ancienne loi, ne peut être attribué qu'à l'ardeur des passions qu'excitèrent à ces mêmes époques les guerres intestines et extérieures, les usurpations et les meurtres des princes, la nécessité des circonstances et les déplorables abus d'une autorité sans limites soutenue par d'innombrables cohortes d'esclaves armés.
Pour affaiblir l'horreur de tels souvenirs, rappelons que, en diverses occasions, de grands services rendus à l'État suscitèrent quelqu'indulgence pour de grands crimes. Des juges équitables, des défenseurs courageux, des rois justes se rencontrèrent quelquefois. Des commutations de peines étaient alors accordées. Sataspès, de la race royale, condamné à mort, obtint qu'on substituât à cette peine l'obligation de faire, par mer, le tour de l'Afrique, à la condition pour lui de sortir par les Colonnes d'Hercule et de rentrcrparlegolfe Arabique :rintéretde la sciences'associaitainsiîî la clémence du prince. On imagina aussi des peines en quelque sorte symboliques, châtiments d'opinion qui épargnèrent à l'humanité un grand nombre de victimes : mutilations partielles, massacres,clc. Au lieudecouperlesoreillcsauxgrands, on tranchait Icsfiiscpii tenaient à leurs casques, ou bien des chaînes d'or et d'argent étaient lem-
placées, dnns les suppliées, par des chaînes de fer; et dans tous ces exemples, il ne faut pas oublier que les peines procédaient de la volonté arbitraire du nioiianjuc plutôt que du texte des lois, ce qui peut en expliquer à la fois et la variété et la barbarie : il n'était écril d:ins aucun code que le roi, sur la demande de sa favorite du jour, pijt ordonner d'égorger soixante-quinze mille de ses sujets, suspectés seulement d'être les ennemis de cette favorite.
Ajoutons, pour n'omettre aucun trait propre à affaiblir refletde ce sanglant tableau, que leroilout-puissant n'avait pas seulement le droitde fairegTâce,droitdont il usait quelquefois; mais encore qu'il pouvait réparer ainsi de fatales erreurs ou prévenir les effets d'une cruelle précipitation ou d'une résolution insensée. Psamménite, roi d'Egypte, vaincu par Cambyse, était du nombre des condamnés à mort parlesjuges royaux persans; il marchaitau supplice, et Cambyse donna de lui-même l'ordre d'épargner les condamnés ; ces malheureux étaient conduitsla corde au cou etia bouche bâillonnée. Souvent les juges, dans des causes singulières, déféraient le jugement au roi lui-même. Un père accuse son fils de graves désordres qui jettent le trouble dans sa famille entière; il l'entraîne devant les juges, les mains liées, et les juges le renvoient devant le roi. Le père accusateur renouvelle avec force les griefs dont il charge son tils, malgré l'étonnement que le roi en témoigne : mais le monarque, frappé de la rigide justice du père de famille envers ses propres enfants, et pensant qu'il devrait être un juge incorruptible, équilable pour tous, se montre clément envers le tlls, et confère au père une des magistratures royales.
11 paraît que le supplice suivait de près la condamnation. Le coupable était aussitôt pris par la ceinture et emmené. Au moment fatal, on envelop[>ait d'un voile la tête du malheureux : dès qu'Assuérus eut décidé du sort d'Aman, les serviteurs couvrirent aussitôt d'un voile la tête de l'infortuné ministre. Il ne paraît pas qu'Artaxercès Mnémon se soit conformé à cette ancienne coutume, puisqu'après qu'il eut fait abattre la tête de son frère, il la saisit |)ar les cliovcux et la montra à toute l'aiisistance, afin (pi'on ne doutât point de la mort de ce pjince.
On peut étudier dans la Gyropédie, composée par le grec Xénophon, les institutions nouvelles fondées par Gyrus après la soumission des Mùdes et la réunion des deux royaumes sous le même sceptre. On en trouve le germe des plus importantes dans les livres de Zoroastre. La corruption successive des anciennes mœurs persanes par l'imitation du luxe des Mèdes, explique très-bien la décadence séculaire des anciennes lois et les cruautés quelquefois monstrueuses qui en firent oublier la pratique.
Les temps postérieurs sont marqués par d'autres innovations : à l'avènement des califes, en l'année 650 de Jésus-Christ, la loi et la croyance de Mahomet furent mises à la place de celles de Zoroastre : la Perse fut conquise par les Arabes qui dominèrent depuis l'Euphrate jusqu'à l'Oxus; Bagdad fut la capitale où résida le calife, chef du nouvel empire : la Perse se soumit humblement à la nouvelle loi; un petit nombre seulement de fidèles à l'ancienne se retirèrent alors à Ormuz, ensuite dans l'Inde, où ils portent encore le nom de Parsi ; ce sont les mêmes que les écrivains turcs et persans appelent Guèhres, et dont nous avons déjà rappelé l'existence et les coutumes.
Le gouvernement et l'administration de la Perse, par les nouveaux maîtres qui se succédèrent à la suite des guerres et des meurtres, ne pouvaient point s'améliorer : le bien-être des sujets dépendait toujours du caractère du prince, et il en est peu dont l'histoire ait loué la justice, les lumières et l'humanité. Elle cite cependant un roi tartare nommé Alparstan (un des Seldjoukides, qui monta sur le trône en 1065), et son fils Mélik-Schah, dont les rares qualités auraient mérité l'estime de tous, s'ils n'avaient cruellement persécuté les chrétiens de leurs États. On y éleva de nombreux édifices d'utilité publique et de bienfaisance. Les lettres furent honorées; le calendrier fut rectifié. Un ministre illustre, Nizam, né Persan, fut considéré comme l'oracle de la religion et de la science. Plus tard, maître de la Perse, en 1369, Tamerlan rédigea un nouveau code qui n'apporta aucun adoucissement aux infortunes du peuple; le règne des Sofis (1478) ne lui fut pas plus propice; Abbas le Grand (mort en 1628) se
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montra sage, équilable , protecteur des arts de la paix; les Afghans remplacèrent ses successeurs en 1722. Vint ensuite Nadir-Schah, et après lui l'histoire nomme les ambitieux criminels ou les con(picrants insatiables (jui ont gouverné la Perse jusqu'à nos jours.
Démembrée et abattue, la Perse ne compte plus parmi les nations que par sa position topographique: elle sépare les deux grandes puissances de l'Europe qui menacent l'Inde, dont la Perse est le chemin pour les armées russes.
Aujourd'hui son gouvernement est encore despotique comme au temps de Cyrus; il n'est modéré que par l'influence bien incertaine des moudjteheds, hommes réputés saints, qui exercent l'autorité spirituelle pendant l'absence de Malidi, dernier iman descendant d'Ali, que Dieu a dérobé à la vue des hommes, mais qui existe toujours: c'est le peuple qui élit ces'moudjteheds, qui sont ses conseillers spirituels et ses protecteurs contre la tyrannie temporelle. Ceux-ci peuvent parfois opposer une barrière infranchissable à l'omnipotence du roi, qui a sur ses sujets droit de vie et de mort. Le roi exerce ce droit particulièrement sur les personnes de sa famille ; il leur donne des emplois, les enferme dans un harem, leur fait crever les yeux , leur ôte la vie même, selon son bon plaisir.
Le schah emploie son temps selon les prescriptions de la loi ou de l'usage, et il s'y montre fidèle. Il a un premier ministre, de médiocre origine ordinairement, parce qu'il peut, avec moins de crainte pour sa politique, lui faire trancher la tête. Il y a pour chaque département des espèces de secrétaires d'État pour percevoir les impôts, régulariser les dépenses^ ou diriger les travaux d'utilité publique* Les eunuques, que la polygamie rend toujours indispensables, sont rarement employés en dehors du harem.
La loi écrite est tirée du Koran et de la partie de la Sonna qui est adoptée par les schiites, sectateurs d'Ali. Quelques provinces ont aussi un droit coutumier qui est respecté. Les moudjteheds influent sur les décisions de la justice, s'arrogent môme le droit de les modifier; le souverain ne peut refuser de les entendre
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lorsqu'ils viennent intercéder en faveur d'un accusé. Un scheik-oulislam, ou chef de la foi, nomme par le roi d'après le vœu des habitants, réside dans chaque ville principale; il en est le juge; le cadi est sous ses ordres; le mokah le remplace dans les villages, où il fait aussi les mariages et les enterrements, juge les affaires courantes et rédige les actes les plus ordinaires. Le mokah peut en référer au cadi, et le cadi au scheik-oul-islam. Le mufti, près les cours de justice, est le rapporteur des procès. Les juges civils rendent la justice en public; les huissiers maintiennent l'ordre dans l'auditoire à force de coups de bâton; mais comme ils ne peuvent pas frapper les femmes, celles-ci abusent de ce privilège. Les frais du procès ne sont pas considérables, mais les plaideurs dépensent beaucoup d'argent pour acheter les juges.
Il n'y a pas de ministère public en Perse ni de poursuite d'office par le magistrat; le volé s'arrange avec le voleur, les héritiers d'un mort avec l'assassin. Le roi juge souvent lui-même et se conforme aux prescriptions du Koran. Feth-Ali-Schah était d'une grande sévérité contre les voleurs; il les condamnait à mort. Le supplice qu'ils subissaient était horrible : on courbait, à force de bras, deuxjeunes arbres vigoureux ; on attachait à chacun d'eux une jambe du patient; on lâchait ensuite subitement les cordes, et les arbres en se redressant déchiraient le corps en deux parties qui restaient appendues aux arbres. Le meurtrier convaincu est remis à l'héritier du mort, qui lui ôte la vie s'il ne compose pas avec lui. Les femmes et même les enfants aident à l'exécution selon leurs forces. Le fouet, la bastonnade sont les châtiments ordinaires pour les délits; la torture, dans l'instruction d'une affaire, est permise, mais rarement employée. Les révoltes, les entreprises contre l'autorité royale sont punies cruellement : on arrache les yeux aux coupables, et même à tous les habitants mâles d'une ville complice de la rébellion.
Les condamnés à mort sont étranglés, poignardés, ou décapités. Selon la nature du crime , on y ajoute des tortures , le pal , par exemple; un esclave coupable d'avoir empoisonné une famille entière, fut pendu par les pieds et dépecé vivant comme un
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mouton à la boucherie; les femmes condamnées sont rarement exécutées en public. Quand leurs maris sont accusés de grands crimes, elles sont quelquefois comprises dans leur condamnation, même lorsqu'elle entraîne la peine capitale : souvent les femmes et les filles de la plus haute condition sont faites esclaves.
Il y a aujourd'luii, comme il y eut dans tous les temps, un gouverneur dans chaque province, un beglerbeg et un hakim dans chaque ville, et de plus un magistrat de police, un principal magistrat, un chef de quartier, nommés par le roi, mais toujours choisis parmi les habitants notables : s'ils étaient nommés contre leur gré, la persistance des réclamations corrigerait bientôt le mauvais choix : c'est une espèce de succès que l'opinion publique remporte dans ce pays de terrible despotisme. Les corps de métiers ont aussi leurs syndics, défenseurs nés de la communauté, choisis par elle, et confirmés par le souverain. Ces syndics font la police pour leurs commettants, veillent sur les apprentis, et maintiennent la plus grande liberté de l'industrie. Dans ce pays le chaudronnier peut travailler sur l'argent et sur l'or. Quelques métiers sont soumis à une corvée au profit du roi ; les autres paient un droit qui les en relève. Les chefs de quartier remplissent les fonctions de nos commissaires de police, et surtout de nos juges de paix, mais gratuitement et uniquement dans le but de protéger leurs co-habitants. Ils rendent compte des naissances, des mariages, des décès et des accidents extraordinaires. Il y a ainsi sûreté dans toutes les villes, môme contre la rapacité des gouverneurs : on peut d'ailleurs pétitionner contre eux librement auprès du roi.
Un autre magistrat exerce des fonctions analogues dans les bazars sur le commerce en général, et dans le môme but de protection; mais il est soupçonné de recevoir en présents les plus belles marchandises, et de permettre aux marchands de vendre et de faire circuler les mauvaises. Il transige aussi , dit-on, pour les fautes contre les bonnes mœurs.
Ce magistrat, nommé daroga, n'exerce ses fonctions que le jour; un autre, du môme nom et du môme rang, est chargé de tous les services de nuit; il réi)ond des vols, recevant des mar-
chands du bazar une indemnité pour faire le guet; mais il est rarement obligé de subir cette garantie, étant en bons rapports avec les voleurs et ayant avec eux des intérêts occultes.
Un mohtisib règle le prix des marchandises et surveille les poids et les mesures. La fraude en appoint entraîne quelquefois la peine de mort.
Tous ces usages concernent les habitants des villes; mais il y a aussi les tribus errantes qui ont une justice et une administration différentes. Les compositions y sont plus habituelles. Les anciens, qui sont des juges nés, les encouragent assidûment , afin que cette espèce d'arrangement prévienne les vengeances et les représailles entre les familles ennemies. Quelquefois un mariage termine les différends, et la fille, donnée en indemnité à l'offensé , dispense celui-ci de faire un douaire à sa future et de payer une somme quelconque à son beau-père. Le meurtrier qui ne peut payer l'indemnité due à l'héritier du mort, va mendier en portant un collier de fer au cou, jusqu'à ce qu'il ait réuni la somme de son engagement.
L'adultère et le rapt sont punis de mort, mais ces crimes sont rares dans les tribus errantes. Les plus proches parents de la femme insultée la vengent de leurs propres mains, et, si la femme est coupable, ils la mettent en pièces.
Les ch^fs des tribus, comme les principaux officiers de l'empire, laissent dans la capitale quelques personnes de leurs familles : ce sont de véritables otages placés sous la main du souverain.
Les impôts dans la Perse moderne sont à la fois réguliers et irréguliers : la couronne possède des revenus en terre; elle lève des taxes sur les propriétés particulières , sur les denrées et sur les marchandises. Les provinces pauvres paient les impôts en nature, mais elles ont beaucoup à souffrir de l'avidité des collecteurs. Les tribus errantes paient en proportion du nombre des animaux qui composent leurs troupeaux. Les juges et les prêtres sont payés sur les revenus publics. Les présents faits tous les ans au roi par les provinces et leurs gouverneurs, par les ministres et par tous les fonctionnaires principaux du royaume, forment un véritable com-
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plémeut des impôts publics et sont estimés à la valeur des deux tiers des im|)ôts ordinaires : ces présents ressemblent beaucoup aux dons yraliiits (pie faisaient autrefois certaines provinces de France au roi ; ces dotis n'étant que la reconnaissance du droit qu'avait le roi de lever de-.i intpôts sur ces provinces. Le souverain de la Perse trouve encore un supplément aux impôts dans le produit des amendes; enfin, il frappe des impôts extraordinaires à l'occasion des nouveaux ouvrages publics qu'il fait exécuter, ou lorsqu'un prince se marie. La recette totale du trésor royal est, de notre temps, évaluée annuellement à ioO millions de francs, et les dépenses sont au-dessous de ce produit.
En général, les fonctionnaires publics sont soupçonnés de malversations et d'exactions habituelles : ils échappent néanmoins le plus souvent aux châtiments qu'ils méritent, quoique tout individu ait accès auprès du roi ou des ministres pour dénoncer ces méfaits. Le dénonciateur, en effet , est accueilli favorablement, parce qu'il donne l'occasion de sévir contre un homme puissant dont le châtiment procurera , par la confiscation de ses biens , un profit réel au trésor royal; mais le fonctionnaire est encore mieux avisé ; il achète sa grâce à force d'argent. S'il n'était riche, il serait pendu; il échappe au supplice s'il peut satisfaire l'avidité de ses juges. La vénalité et le despotisme pèsent depuis longtemps sur la Perse; néanmoins, la baule classe y» vit dans le luxe ; la société moyenne, les marchands et les propriétaires , dans une grande aisance. La liberté est complète pour les individus de cette seconde classe, qui se fait peu remarquer; ils changent de résidence à leur gré sans aucune opposition de la part de l'autorité publique.
L'armée du schah actuel de la Perse n'est pas aussi nombreuse que le fut celle du grand roi Xerxès ; elle est composée de quelques corps disciplinés à l'européenne, de milices mal organisées, levées dans les villes, et principalement de corps de cavalerie irrégulière, fournis par les tribus errantes, et montés sur des chevaux agiles et vigoureux : ces corps font la guerre en partisans, en pillards; ils ont conservé toutes les coutumes
de leurs ancêtres, les Parllies, combattant contre les Romains. Les chefs de ces tribus fournissent au roi un nombre d'hommes montés, proportionné à l'étendue des terres (pii leur sont assignées : on évalue le total de ces hommes à quatre-vingt mille. Durant la guerre, ils sont nourris, eux et leurs chevaux, et reçoivent une faible solde : leur service n'est obligatoire que pendant quelques mois , à l'approche de l'hiver ils rentrent spontanément dans leurs steppes. La garde réelle du roi consiste dans un corps permanent de quatre mille cavaliers, levés parmi les principales familles, armés, équipés, exercés à l'européenne : on les nomme les esclaves du roi. Les milices locales constituent une garde de police, mais elles peuvent être appelées pour le service du roi, et reçoivent alors la solde; on en porte le nombre à cent cinquante mille hommes, habillés, armés à leur frais, mais non assujettis à porter l'uniforme militaire. Leurs chefs sont choisis parmi eux; leurs armes consistent dans un fusil à mèche et un poignard. D'autres milices sont armées d'un mousquet, d'une épée, et d'un bouclier pendant sur le dos.
L'usage des voitures à roues étant inconnu dans la Perse moderne, les grandes routes seraient du luxe; les Persans les considéreraient d'ailleurs comme une voie plus facilement ouverte aux invasions étrangères. Dans les plaines, il serait facile de trouver de bonnes, même de grandes routes; mais l'accès et la pratique des montagnes sont d'une insurmontable difficulté; néanmoins, on trouve sur tous les chemins publics de la Perse des radliars ou inspecteurs des chemins, qui lèvent des taxes sur les caravanes ; ces radhars répondent aussi de la sûreté des voyageurs; mais les stations étant très-éloignées, cette sûreté est plus fictive que réelle. Du reste, la puissance de ces inspecteurs est pour les voyageurs une fâcheuse rencontre, tant ils sont insolents et cupides, vivant du produits de leurs honorables fonctions exercées sur les grands chemins.
Aux notions que nous avons sommairement réunies dans ce chapitre sur la cour des anciens rois de Perse, nous ajouterons, afin de les compléter, la description de leur palais de Persépolis,
d'après les éludes plus récentes sur les ruines mêmes, faites par deux artistes français, MM. Eugène Flandin et Pascal Coste, qui les ont visitées de nos jours : ils y avaient été précédés, il y a moins d'un siècle, par un autre voyageur français, Chardin, qui étudia aussi ces classiques localités.
En arrivant dans la vaste plaine de Persépolis, qui s'ouvre à la suite d'un long défilé entre de hautes montagnes, et qui est bornée du côté opposé par le cours de l'Araxe, on remarque un plateau élevé au-dessus du niveau de cette plaine, retenu dans son étendue par un mur d'enceinte, et dont le sol est occupé par deux autres terrasses en retraite, successivement plus élevées l'une au-dessus de l'autre et également soutenues par les murs qui les entourent.
La superficie totale du plateau a près de 500 mètres; elle présente à l'œil du voyageur une série d'édifices ruinés ; un grand nombre de colonnes, des portiques avec leurs sculptures sont encore conservés; le fond de cette vue est une montagne à pic qui, formant sur ce point une concavité, s'avance à ses deux extrémités comme pour enfermer cet ensemble de magnifiques édifices.
Le premier mur d'enceinte est construit en grands fragments d'une belle espèce de pierre noire, taillés en polygones irréguliers, néanmoins parfaitement assemblés; ces fragments ne forment aucune assise régulière; ils ont l'aspect de ces constructions singulières de la Grèce et de l'Italie, qu'on a nommées cijclopéennes, pour donner une idée de ces masses mises en œuvre, car les Cyclopes n'ont jamais construit aucune de ces antiques merveilles.
Un escalier à doubles rampes, la seconde étant dans une direction opposée à la première, qui commence sur le sol même, conduit sur la première terrasse. Du sol au sommet de l'escalier il n'y a que 10 à 11 mètres de hauteur verticale, et celte courte distance est divisée en 104 marches, de 7 mètres de largeur; ce qui confirme la tradition d'après laquelle les rois de Perse montaient cet escalier à cheval, et que plusieurs cavaliers pouvaient y passer de front.
Le premier escalier est placé sur la gauche de cette façade gc-
nérale du plateau et non pas au milieu, d'où l'on peut conjecturer qu'il avait été spécialement construit pour l'accès du palais au(|uel il conduit. Les deux rampes supérieures aboutissent, en effet , à un portique précédé d'un parvis en larges et longues dalles de pierre, parfaitement jointes, et attachées les unes aux autres, sur plusieurs côtés, par de doubles queues d'aronde qui préviennent tout écartement.
Ce portique s'annonce par deux pilastres, ayant l'un et l'autre sur leur face la ligure d'un taureau colossal, dont le cou est orné d'un collier à rosaces; sa têlc est mutilée, son poil est bouclé sur le poitrail, sur les flancs et à l'extrémité de la queue.
A droite et à gauche de l'intérieur du portique, l'animal se voit tout entier, en bas-relief, sur un de ses côtés, tandis que l'autre côté se perd dans l'épaisseur de la construction; mais sur les deux faces du portique, la tête, le poitrail et les jambes antérieures font saillie en ronde bosse, l'animal se montrant ainsi complet lorsqu'il est vu de face.
Le portique a 40 mètres de profondeur. Le milieu de celte étendue était marqué par quatre grandes colonnes, dont deux subsistent encore. A l'autre extrémité se voitun autre portique semblable au premier; il s'ouvre aussi sur le point opposé, par deux semblables pilastres, également ornés de deux figures colossales de taureau, de même dimension que les deux autres, mais qui se distinguent par des caractères différents : ces deux taureaux ont une face humaine , une longue et volumineuse barbe bouclée; les cheveux aussi sont bouclés; la tête est couverte d'une tiare ornée de rosaces sur le cercle et dont le devant est occupé par trois paires de cornes. Deux grandes ailes complètent cette figure symbolique des taureaux gardiens de l'entrée du palais de Persépolis : lu hauteur de ces taureaux sculptés est de 4 à 5 mètres.
On a découvert des figures absolument semblables dans les ruines de Ninive, figures qui ont été heureusement transportées à Paris *. Cette uniformité d'art et de coutume entre Ninive et
* Au Musée assyrien du Louvre.
MO LA PFR9E.
Persépolis, est un fait d'une haule portée, sur lequel iiuus nous arrèlerons dans une autre partie de cet ouvrage.
Le reste du sol voisin de ce double porti(|uc est couvert de ruines; (juchjues colonnes cannelées, hautes de 1^ à 15 mètres, et 1 mètre 50 environ de diamètre, sont encore debout. L'ex[)loralion attentive de ce plateau a permis de distinguer sur les trois terrasses plusieurs édifices différents; on en a compté j»s(jn'à huit.
Un autre palais est précédé d'un grand bassin solidement construit en pierre. Un riche soubassement décore et soutient sa façade. Un escalier à deux rampes placées dans une direction contraire, et réservé dans l'épaisseur du soubassement, conduit à l'entrée du palais. Le soubassement, ainsi que les couloirs des deux escaliers, sont couverts de sculptures historiques du plus grand intérêt.
Le palier de l'escalier occupait le milieu de la façade du palais; son massif était appuyé contre le swibassement; mais comme il n'en cachait qu'une faible partie, à droite et à gauche de l'escalier, celte longue façade était libre : elle est entièrement occupée par des sculptures historicpies.
La partie qui forme le mur de la rampe à gauche (en regardant le palais) présente vingt-huit figines dont les personnages ont de longues robes, la tête nue et ceinte d'une bandelette, marchant sur une seule fde, armés d'une longue pi<iue droite tenue des deux mains; leur costume est le même pour toutes : ce sont des gardes du palais qui ouvrent la marche d'un cortège solennel. Après ces gardes viennent, en effet, quatorze autres figures, dont sept sont uniformément vêtues d'une longue robe, sans armes, coiffées d'une toque évasée à son sommet, la poitrine ornée d'un collier; et chacune d'elles conduit une autre figure vêtue d'un costume tout à fait diflérent; ces figures à longues robes sont des officiers du roi , qui conduisent des hommes à courtes tuniques, quelquefois recouverts d'un manteau à manches, coiffés d'un bonnet rond, portant à la ceinture un poignurd dont le fourreau est assez orné; ces autres personnages ne peuvent être
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que des envoyés des provinces de l'empire, apportant au roi leurs tributs, ou les présents qu'elles lui devaient au jour anniversaire de la naissance du roi. Le dernier de ces personnages étrangers paraît être, par son costume et par la place qu'il occupe dans cette cérémonie, d'un rang plus élevé que les autres.
Les sculptures qui se remarquent à la rampe opposée sont d'un intérêt encore plus piquant; elles sont aussi plus complètes : ici ce sont vingt-neuf gardes d'un autre ordre que les premiers, car ils sont aussi vêtus d'une longue robe , armés de la pique droite , mais ils ont l'arc et le carquois sur l'épaule; leur tête est couverte d'une toque écrasée à son sommet ; mais cette file de personnages est échelonnée de manière que le plan sur lequel elle est posée s'élève successivement comme les marches de l'escalier dont elles ornent le mur.
Ces figures ouvrent aussi la marche d'un nombreux cortège de plus de soixante personnages, rangés sur une seule file, mais distribuées en trois registres superposés, qui sont encadrés et séparés par un cordon en relief orné de rosaces. Ces personnages sont aussi conduits par ces mêmes officiers du roi vêlusde longues robes, portant de longs collets, une toque écrasée, une longue barbe et un poignard à la ceinture, lesquels font, comme dans le précédent basrelief, l'office d'introducteurs; et comme pour mieux caractériser leurs fonctions, ces personnages portent une canne delà main droite et conduisent de la main gauche le premier individu de chaque groupe', qui ne peut être que le député de la province suivi de ses serviteurs apportant les présents ou les tributs : telle est la composition uniforme de chaque groupe. On doit toutefois y remarquer que la figure de l'introducteur est alternativement celle des officiers à longue robe que nous venons de décrire , et celle d'une autre classe de fonctionnaires du palais, dont le costume est plus simple, coiffés d'un volumineux bonnet rond, mais portant comme les autres un collier de perles qui est l'insigne de leur office.
Dans l'état actuel où se trouve ce bas-relief, il y a seize groupes différents et autant d'officiers introducteurs, huit de chaque costume; chaque groupe est séparé du suivant par un arbre pyramidal ;
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on Tie pouvait indiquer par un signe plus expressif la séparation des provinces de l'empire dont les divers députés viennent présenter au roi des tributs et des présents : rien n'est plus varié que les costumes de chaque groupe et la nature des objets apportés en offrande.
Le premier groupe est composé de six personnages, dont trois sont coiffés d'une mitre pointue recourbée en arrière, et trois autres ont la tête nue : tous sont barbus, velus d'une tunique courte et d'un manteau à grand collet rabattu sur le dos, où il se termine par une pointe garnie d'une houppe. Des bottines com[)0sent leur chaussure : ces personnages présentent des vases de parfums ou d'autres liquides, des bracelets ou des colliers en métal précieux, et un char ouvert par devant, attelé de deux chevaux bridés; les deux roues du char sont élégamment ornées.
Le second groupe est composé de cinq personnes coiffées d'un ample bonnet replié surle devant, commele bonnet phrygien, et portant une simple tunique et un petit manteau; elles amènent un cheval de main et portent des tissus et des peaux préparées.
On voit dans le groupe suivant huit personnages couverts d'une tunique rayée (dont Chardin avait fait des peaux d'ours), et d'un ample manteau dont le collet descend jusqu'aux coudes et retombe en pointe sur le dos. Ces personnages ont l'avant-bras et la tête nus, la barbe et les cheveux frisés; ils offrent des vases, des comestibles et des boules de cire ou de métal. Ils sont chaussés de bottines pointues.
Le groupe qui suit (le quatrième) est composé de cinq personnages coiffés d'un bonnet rond sans ampleur, barbus, habillés d'un large pantalon et d'une tunique courte serrée au-dessus des hanches par une ceinture : ils portent aussi des vases contenant des objets différents, et amènent un chameau à deux bosses. Dans le cinquième groupe on remarque cinq figures, deux armées d'un bâton; elles conduisent en lesse un bel âne; la troisième tient dans ses mains deux maillets ou haches à deux tranchants, élégannnent façonnés. Des deux autres, l'une porte dans ses mains quatre petits vases, et l'autre quatre
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mais ces derniers sont placés dans deux caisses rondes attncliées à une perche portée sur les épaules de ce serviteur. C'est un moyen facile et connu en Orient de transporter de lourds fardeaux. Tous les serviteurs de ce groupe ont les jambes nues; le chef seul a les pieds chaussés légèrement.
Au registre intermédiaire, le premier groupe, élégamment habillé et drapé, vient présenter un superbe taureau à bosse, espèce de bison à longues cornes.
Le groupe suivant apporte diverses pièces d'habillement, des vestes à manches, et des bottines.
Ceux qui suivent viennent offrir aussi des bottines, deux vases, deux flacons et deux chèvres conduites par deux hommes armés d'un bâton. Ce sont encore des tissus, des bottes et des vases qui sont offerts par le groupe suivant, mais de plus un beau cheval. L'autre groupe est composé d'un chef et de six guerriers armés de longues piques; trois d'entre eux en portent deux, une dans chaque main; un porte un bouclier rond, deux autres conduisent un bœuf à bosse.
Dans le groupe qui suit et qui est le douzième, six guerriers revêtus de longues tuniques portent leur carquois enfermé dans son étui pendant à la ceinture sur le côté gauche ; ils offrent un poignard enfermé dans un étui de bois, tel qu'on en fait encore au Japon, des bracelets en or et des haches à deux tranchants; l'un d'eux amène aussi un beau cheval entier. La physionomie de ces personnages est remarquable; leurs traits sont fins, leur nez est droit; ils ont la barbe pointue et rare, la téie couverte d'un bonnet qui s'élève en pointe sur le devant, enveloppe rocci|)ut et vient s'attacher sous le menton. L'habit serre le corps, et un ample pantalon en couvre tout le bas : ce sont des habitants des pays froids.
Du registre supérieur, il ne reste que la moitié inférieure des figures; le haut a disparu; mais l'on y distingue encore quelques offrandes d'animaux. Dans le premier groupe figure celle d'un chameau suivi d'un personnage couvert d'une tunique sur laijuclle est jeléc une peau de lion. Dans un autre groupe, cinq [icrson-
nages sont vêtus de longues robes à franges, comme le sont les figures de Ninive, el conduisent un taureau. Plus loin, d'autres individus amènent un autre taureau, mais ils portent une tuni(iue courte et leurs formes annoncent des hommes d'un fort embonpoint.
Sur des bas-reliefs isolés on remarque des combats d'animaux réels ou symboliques : un lion contre un taureau. On a cru y reconnaître la lutte continue des deux principes ennemis, qui figurent au premier rang dans le livre de Zoroastre.
On ne peut douter que les divers groupes qui composent les bas-reliefs que nous venons de décrire ne représentent les provinces de l'empire persan, (jui viennent, au temps marque par la loi ou par l'usage, offrir au roi leurs tributs ou des présents. On n'a pas oublié que les impôts étaient, en grande partie, payés en nature; ils différaient d'objet suivant les provinces et selon leurs productions : plusieurs donnaient à l'État des bœufs , des chevaux, des chèvres, des parfums ou des liquides destinés à la consommation de la cour.
Ce tableau historique est l'un des plus intéressants monuments qui nous soient parvenus de l'antiquité; c'est une belle page de l'histoire ancienne de la Perse : il y manque malheureusement des indications écrites qui eussent donné à ce bas-relief un plus grand intérêt pour l'ethnographie de l'Orient asiati(iuc. Nous ne prendrons pas sur nous de rechercher les noms de ces peuples; il y a pour toutes ces figures un type trop analogue dans leur physionomie; d'ailleurs, la plupart sont martelées.
Chardin a donné un dessin complet de ces précieux basreliefs, mais l'on n'en peut rien déduire de particulier après avoir décrit l'ensemble de ce qu'ils représentent. Les dessins publiés par MM. Flandin et Coste méritent plus de confiance, étant plus grands et scrupuleusement exacts. On y dislingue le nez aquilin des officiers persans du nez droit des autres asiati- (pies, et la figure rond(; et pleine des Assyriens tels (pTils sont représentés sur les monuments mèine de Ninive transportés ù Paris.
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L'escalier qui conduit à uu autre temple, élevé sur le même plan que le premier, est orné également d'une procession de personnages échelonnés parallèlement aux marches de l'escalier, vêtus de costumes dilTérents et apportant aussi au roi, vers lequel ils se dirigent, les tributs et les présents [)rovenant des diverses régions de son empire. Ce bas-relief a un peu souffert, mais l'on peut y observer que les figures à longues et amples robes alternent avec celles qui ne sont velues que de simples tuniques; elles ont la tête complètement enveloppée par un bonnet ramené et attaché sous le menton, et portent une épée droite à la ceinture; ces personnages, chaussés de longues bottes, apportent de jeunes agneaux et d'autres offrandes dans des vases à couvercle. Toutes les figures à longues et amples robes ont la tête fort enveloppée; leur bonnet a la forme d'un capuchon attenant à leur manteau; ce capuchon ne descend pas au-dessous de l'épaule ; elles portent uniformément sur l'épaule gauche un roffre dont le couvercle est arrondi et dont les pieds sont visibles. Le même cordon à rosaces encadre aussi ce bas-relief, dont le plan général est incliné comme la ligne de l'escalier.
Plusieurs bas-reliefs isolés représentent le roi, la tête ceinte du diadème, combattant contre un taureau qu'il vient de terrasser. Le roi saisit de la main droite la corne ou les cornes de l'animal, pendant que de la gauche il le frappe au cœur avec son poignard. Le plan de ce bas-relief, dénué de perspective, ne laissant voir qu'une seule des cornes, a renouvelé l'idée de la licorne fabuleuse des anciens.
Dans un autre bas-relief analogue , c'est contre un griffon ailé, à tête de lion et à cornes, que le roi combat avec le même succès. Ailleurs le roi étouffe un lion par la seule force de son bras. Ces combats sont symboliques et trouvent leur explication dans les légendes religieuses de l'ancienne Perse.
Dans les ruines d'un autre temple, élevé jadis sur le même plateau, on retrouve sculptés et les taureaux monstrueux attaqués et combattus par un lion, et les processions des provinces. Sur une autre portion du même temple, c'est le combat d'un lion
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coiilrc lin clicvnl, et, dans différentes parties, on voit des inscriplions en caractères cunéiformes.
Parmi les sculptures d'un autre palais, se trouve représenté le roi , avec sa volumineuse chevelure et de riches houcles à ses oreilles; ses souliers sont attachés avec trois cordons pendants; il combat de nouveau contre un lion dressé contre lui, qu'il a saisi de la main gauche par sa crinière, et qu'il frappe au ventre de son long poignard. Le même roi combat aussi de la même manière contre un griffon à tête d'aigle et à queue emplumée. On voit enfin le même prince marchant à l'ombre d'un énorme parasol et du chasse-mouche, portés derrière lui par deux officiers à longues robes; et dans une autre sculpture le roi assis sur un trône d'une riche structure, tenant un bouquet de fleurs dans la main gauclie, une canne à pomme dans la droite, et les pieds posés sur un tabouret. Un officier élève au-dessus de sa tête le flabcllum qui doit écarter les mouches ou l'ombrager, pendant qu'un autre officier demande respectueusement les ordres du monarque en s'inclinant, et en mettant sa main devant sa bouche afin que son haleine, en parlant, n'atteigne pas le roi. A la suite de cette scène royale se trouvent cent cinquante figures de soldats persans, diversement armés, semblant représenter les différents corps de troupes du roi. Des gardes isolés, à longues tuniques garnies de manches très-amples, chaussés de souliers à cordons, coiffés d'une toque , à barbe et à chevelure touffues^ sont armés d'une longue pique qu'ils tiennent à deux mains.
Ces diverses sculptures ne sont pas toutes du même règne; le style a cependant beaucoup d'analogie; mais nous indiquerons plus bas quelques caractères d'art qui aideront peut-être à distinguer les époques relatives de ces antiques sculptures, quoique appartenant au même art et aux mêmes traditions religieuses.
La vue, si riche en belles ruines, du plateau où existent les restes de ces palais persans a été souvent reproduite : les planches publiées par MM. Flandin et Coste se recommandent sur toutes les autres par l'exacliludc et parleur belle exécution.
Les inênios artistes ont fait connaître les palais modernes des
rois actuels de la Perse musulmane : tout le luxe oriental y a été déployé. A Téhéran , le palais du roi fait partie de la citadelle qui renferme aussi les casernes des gardes, les archives, la trésorerie, le palais du soleil (où Feth-Ali-Schah recevait les ambassadeurs), le harem, les bains et le jardin des princes. A Ispahan, comme à Téhéran, le palais du roi était défendu par des murailles; plusieurs des appartements étaient souterrains et néanmoins décorés de marbres , ornés de cascades versant l'eau des appartements supérieurs. Les pavés et les plafonds sont peints et rehaussés d'or : des glaces y sont placées pour les effets de perspective. Les plafonds en dômes sont de formes variées : des peintures, produit de l'art local, servent à l'ornement de cette royale habitation. Le harem y est entouré d'un jardin rempli de fleurs, divisé en compartiments et arrosé par des cours d'eau gracieusement distribués. L'orangerie conduit du harem aux appartements du roi; sur les murs sont peints des fleurs, des oiseaux, des quadrupèdes; on y remarque un portrait qu'on nomme le prince Européen, c'est en* effet celui d'un personnage vêtu à la mode française du xvi® siècle. Des portraits du roi se trouvent dans ces appartements; les Persans s'inclinent toujours en passant devant ces peintures.
Des chambres, spécialement affectées à certains usages, font partie du palais , et sont décorées somptueusement. On les nomme maisons des coffres, des pipes, des cafés, des flambeaux, du vin. Les approvisionnements du roi y sont déposés, renfermés dans des vases de toute matière, cristal, cornaline, agate, jaspe, corail, porcelaine, émail, argent et or : le vin est en gros flacons de plusieurs pintes, bouchés de cire, recouverts d'un taffetas rouge serré par un cordon de soie qui est scellé du cachet du gouverneur de la province d'où le vin est tiré; le flacon n'est jamais servi (pie cacheté. Les sentences philosophiques et morales sont nombreuses dans ces caves royales. On y lit : « La vie est une ivresse successive : le plaisir passe , le mal de tête reste. » Cela peut être vrai; mais le bon vin ne se moisit jamais dans les belle;, et philosophi(iues caves du roi de Perse. Les palais les plus
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modernes ne le cèdent à aucun des anciens en magnificence. Les galeries ouvertes, les dômes, les colonnades sont des caractères essentiels de leur architecture : l'élégance de l'extérieur répond enlièremenl à la richesse intérieure. C'est encore le luxe proverbial de raniiipie Asie.