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CHAPITRE QUATRIÈME

Religion : dorlrine de Iléôuiô; cullc; rorriiplioii. — Réforme de Zoio.islie ■ le Zend-Avetti ; cérémonies. — Autres livres canonii|ucs : ÉvargUe, Koran. — Missioas chrétiennes en Perse.

Dans les premiers siècles de Texistence sociale des Perses, leur religion devait , comme leurs lois et leur langue, conserver quelques caractères de leur origine indienne. D'après les traditions de ces temps reculés, on trouve en cflet ce rapport remarquable entre l'institution religieuse de la Perse et celle de l'Inde, qu'elles sont fondées l'une et l'autre sur l'immense principe de l'existence d'un Dieu unique, créateur de l'univers, tout-puissant et éternel. Les développements secondaires de ce principe, la manière de le faire parvenir jusqu'à l'intelligence naturellement obtuse et infime des hommes , variaient ensuite dans ces deux grands et populeux empires, et c'est dans les applications diverses de ce même principe sur les doctrines et sur le culte, que la religion des Perses ne fut plus la même que celle des Indiens.

On s'accorde généralement à reconnaître deux états successifs dans la religion persane : le premier subsista durant les siècles antérieurs à Zoroasire; le second commença avec la réforme introduite par ce grand philosophe, réforme qui dura jusqu'à l'invasion du Koran, que les Arabes introduisirent dans tous les pays soumis à leur domination.

Dans la première institution persane, l'homme tient nne grande place. Moins spirilualisle que les autres instilulions religieuses contemporaines, celle de la Perse considéra l'homme dans son séjour sur la terre et dans son état futur en l'autre vie. Tout en adorant l'œuvre du Dieu unique, l'esprit du philosophe créateur de ce système fut frappé du mélange incessant de biens et de maux, qui est la coudilion perpétuelle de la terre et de l'homme qui l'habite : il y reconnut la lutte continuelle de deux principes, celui du bien, qu'il nomma Ormuzd; celui du mal, qu'il appela Ahriman , et il fit à chacun d'eux sa part d'autorité sur les bonnes et sur les mauvaises choses de la création : ainsi, les plantes utiles et les plantes vénéneuses, les animaux dociles au joug de l'homme et ceux qui en sont ennemis, la terre fertile et le désert, le fleuve fécondant et le volcan incendiaire, formèrent des domaines distincts, ayant chacun leur maître, qui ne cessèrent de se combattre comme ces principes eux-mêmes.

Le premier fondateur du culte public dans l'Iran se nomma Hôm ou Héômô; il en fut le premier théologien et régla à la fois le dogme et les formes du culte. Héômô fut créé et envoyé sur la terre par Ormuzd avec la loi : il était de couleur d'or, la source de la pureté, de l'intelligence et de la vie. Il donna au monde l'abondance, la durée; il a tracé le chemin aux nuages; il a aidé à une bonne distribution de la pluie sur la terre; il a anéanti les méchants, et procréé les grands hommes, bienfaiteurs des peuples. Il leur enseigna à célébrer la grandeur du soleil, à brûler des parfums en son honneur. Hôm est pur, et il éloigne la mort; il est avec la pureté du cœur, de la parole, de l'action; avec celui qui fait des œuvres méritoires, avec celui qui est pur; il est beau, victorieux, doué d'éclatantes perfections*.

Le dogme primitif de cette théologie proclamait rexistence d'un Dieu unique, tout-puissant, auquel on donnait le nom de Zéroiiano (ou Zervan), (jui signifie le temps sans borne, Véternel. Le plus pur des éléments, le feu, ([ui produisit la lumière, en fut l'image,

' Zend-Aoesla.

le symbole , et par cela même le seul digne de représenter le créateur et le maître de l'univers. Ses deux agents , Ormuzd et Ahriman, toujours en action et ne cessant de se combattre, expliquent l'état actuel du monde, où le bien et le mal se produisent sans cesse, influencent également la condition de l'homme sur la terre.

Le culte extérieur était simple comme le dogme lui-même : il consistait à entretenir le feu sacré dans les temples, afin que l'image ou le symbole de l'éternel y fût toujours présent. Héômô ne fut que le ministre fidèle d'Ormuzd.

Bienfaiteur des hommes, Héômô écoutait les prières des mortels qui l'invoquaient, qui s'humiliaient devant lui, et il leur accordait ce qu'ils demandaient : ainsi , il accorda à Vivengham , un de ces mortels pieux et soumis, un fils, Djem-Schid, qui fut le père des peuples, le plus brillant des mortels, né à la vue du soleil. Sous le règne de ce prince illustre, les animaux ne mouraient point; les eaux, les arbres fruitiers , les choses bonnes à manger ne manquèrent pas dans le monde. Pendant ce règne brillant, il n'y eut ni grands froids, ni chaleur extrême, ni vieillesse, ni mort, ni passions déréglées, productions des dews ou mauvais génies. Enfin, les hommes frais et éclatants de santé paraissaient n'avoir que quinze ans. Les enfants grandirent sous le règne de Djem-Schid, père des peuples et fils de Vivengham* : lequel dut tous ces avantages à la soumission qu'il montra le prcmieraux ordres d'Ormuzd.

Djem-Schid fut chargé de méditer la loi et de la porter aux hommes; il remplit fidèlement cette mission après avoir reçu d'Ormuzd de merveilleuses promesses. Il imposa aux hommes l'obligation d'observer les fêtes qu'il institua, après avoir divisé l'année en six saisons d'inégale durée, nommées gâhanbars. La première division était de 45 jours, la deuxième de 60, la troisième de 75, la quatrième de 30, la cinquième de 80, la sixième de 75, divisions qui rappelaient les six périodes durant lesquelles

* Zend-Avpsta, d'Anqiictil, tome l^' . ii^ partie, pag. 107 et 108, et Notice historique sur l'Iran, par CliainpoUion le jeune, niauubcrit de la collection du Gouvernement.

iA l'tllSE. 16

12'2 LA PKHSE.

Orimizd avait successivement crcc le inonde. Les cinq premiers jours de cluuiue saison lurent des jours de lèle. De bons crili(|ucs altriixionl à Djcm-Seliid l'honneur d'avoir réglé l'année persane sur l'année solaire de 3Go jours.

Chacune de ces six périodes avait un nom particulier, cl le rituel prescrivait des olïrandcs différentes pour chnrpie fête. Pour la première, c'est un quadrupède cuit, très-chargé de chair et de lait, ou au moins du pain au lait, et i^ est prescrit de donner à manger aux hommes purs, véridiques, pauvres et bons, à ceux qui se conduisent sagement dans l'étal de mariage. Si l'on ne peut faù'e ces offrandes dispendieuses, on présentera un tas de bois sec montant à la hauteur de l'œil ou au moins à celle du coude : si on ne le peut encore, on priera le bon roi Ormuzd. Ces offrandes devaient être renouvelées au commencement de charpie gàhniihar ou période, dont la première commençait avec le [irintemps; et celui qui la célébrait en l'honneur d'Ormuzd, qui dans celle période avait donné le ciel , faisait une œuvre aussi méritoire que s'il avait donné mille brebis avec leurs agneaux à des hommes justes, pour être agréable à des âmes saintes et pures; et celui-là aura une place dans le behescht, où résident Ormuzd et les esprits célesles.

Durant le second gidianbar, Ormuzd donna l'eau, et successivement, durant les quatre autres périodes, la terre, les arbres, les animaux, l'homme; et ceux (pii célèbrent les fêles prescrites, font des œuvres méritoires égales mu don de mille taureaux, de mille chevaux avec leurs poulains, de mille chameaux avec leurs petits, de mille troupeaux, ou bien à du pain chaud cl à du bon vin, distribués pendant toute une année, dons faits à des hommes saints à l'intention des âmes pures. L'omission de ces olfrandes éloigne la clémence divine, eu prive le j)écheur, et son ])éché augineide de gravité d'un gfdianhar à l'autre dans une pro}>ortion telle, (|u'aj)rès la première omission il a augmenté de cent quatre-vingt fois son propre ï)oids; à la seconde omission, on considérera le pécheur comme un meilleur et l'on n'écoutera pas sa parole; |)0ur la troisième fois, il ne sera n:is admis parmi les fidèles; pour la quatrième, on ne souffrira pas (pi'il aille iiionié sur

un nninml ; pour la cinfjiiiônio, il no pourra posséder aucun bien pur en ce monde; pour la sixième, enfin, le pécheur sera exclu de l'examen favorable d'Ormuzd, et ne passera pas le pont du paradis. Telle fut la première religion des Iraniens; on la nomma Poévîodéke , ou la première loi , et ses sectateurs les Poéviodéke. Leur souvenir resta toujours en grand honneur; on les qualifiait d'hommes du premier âge, qui avaient été instruits par l'oreille (à qui Ormuzd avait parlé par ses ministres); ils étaient purs; leurs corps et leurs âmes soumis à la loi étaient dans les demeures des saints*; Ormuzd les considérait comme pieux, purs, précieux à ses yeux, utiles aux hommes, donnant libéralement, prompts à lui obéir, et leurs désirs avaient été remplis. Les Poéviodéke furent aussi nommés Pischdadiens, ou hommes damnés les premiers. Le même nom fut applique aux rois de la première dynastie persane, qui succéda aux souverains venus de l'Inde : la religion et les rois désignés par ces deux dénominations générales appartinrent aux temps antérieurs à Zoroastre.

I\IaIgTé la rigueur des devoirs et les bons exemples des saints et des hommes purs si précieux à Ormuzd, malgré le zèle du grand Djem^Schid et de ses deux successeurs, cette croyance et ce culte se corrompirent; des sectes hétérodoxes naquirent et se multiplièrent. Le culte du feu et du soleil entraîna les esprits faciles vers l'adoration des astres; les éléments furent aussi mis en honneur; les fêtes des gâhanbars n'étaient pas négligées, mais Dieu y était invoqué en même temps que d'autres êtres inférieurs et de nouvelle création : de (elle sorte que la pureté du dogme n'existait plus, et que la confusion des idées et des pratiques avait fait de l'antique religion une idolâtrie.

Zoroastre vint alors : il entreprit hardiment une réforme, et voulut ramener les Iraniens à la croyance primitive, à celle de Héoiiio, donnée par Ormuzd et propagée par Djem-Schid. Le nouvel Ormuzd considéra les circonstances du temps, la faiblesse naturelle des esprits, l'obstination de l'ignorance ; mais sa volonté dominait ces

* y^end-Avi'sla, d'Aiiquctil; Vcndidu , pag. 148.

obstacles. Secondé par l'approbalion du monarque régnant, par un ministre non moins éclairé et non moins résolu, doué d'ailleurs de cette inépuisable persévérance que donnent l'amour du bien et la volonté de le réaliser, Zoroastre attaqua toutes les sectes, les éclaira, et à force de prédications et de temps, il réussit à relever l'ancienne doctrine, qu'il fortifia par de nouvelles cérémonies qui rappelaient sans cesse à la pureté du dogme.

La lutte que soutint Zoroastre fut longue et périlleuse; le roi Vistschasp, et son premier ministre Djamaspa, combattaient avec lui; l'influence de !a cour le secondait; enlin l'unité de croyance et de culte fut rétablie dans l'Iran , et lorscjuc le roi des Tourans (les Tartares de la rive droite de l'Oxus) , défenseur de l'ancienne idolâtrie, attaqua la nouvelle doctrine, les Iraniens convertis la défendirent avec courage les armes à la main , et elle triompha de l'invasion des Tartares et des efforts des derniers sectaires.

Zoroastre , dans ses écrits, donne le nom de Vistschasp au roi protecteur de sa réforme, et c'est àBalkh ou Bactres, capitale de la Bactriane, province de l'est de l'Iran, que ce roi résidait lorsque le nouveau législateur, né dans l'Aderbïdjan, province située dans une région toute opposée (à l'ouest de l'Iran), lui communiqua la nouvelle loi : le même nom de Vistschasp ou Goustschasp a facilement amené des historiens de Zoroastre à y reconnaître Darius fils d'Hystaspe, et ils ont indi(|ué l'époque de ce roi comme celle de la vie et des livres du philosophe.

Cette opinion a rencontré des contradicteurs; on trouve dans ces livres bien des choses plus anciennes que le règne du second successeur de Gyrus. On a aussi donné de bonnes raisons pour faire remonter à 70 ans avant Cyrus l'existence d'un Zoroastre, et l'on a cru trancher les difficultés nées de cette divergence d'opinions, en supposant qu'il y eut dans l'ancienne Perse deux Zoroastre. Ici l'influence des idées grecques a été trop effective; on a fait trop facilement d'Hystaspe, père de Darius, (jui ne fut qu'un seigneur persan , le roi Vistschasp de Zoroastre.

En même temps, on a tro|) négligé les renseignements (pie Zoroastre donne lui-môme sur sa personne. Il naquit dans TAder-

Ijïdjan, qui touche au nord-ouest de la Médic et à l'ouest de la mer Caspienne. Il passa cette mer, se rendit à Bactres, résidence du roi Goustschasp, qui adopta sa doctrine : Bactres en fut ainsi le berceau. On a dit que Darius, fils d'Hystaspe, pouvait alors résider dans cette capitale de la Bactriane; mais le livre de Zoroastre répond à cette supposition, et la détruit complètement. Dans ce livre, toutes les provinces qui composaient le royaume de Goustschasp sont exactement énumérées et décrites; toutes, à l'exception de l'Aderbïdjan, patrie du philosophe, sont situées à l'est de la mer Caspienne, et s'étendent jusqu'à l'Inde septentrionale (le Kaboul et le Pindjab inclusivement) ; mais on n'y trouve aucune mention des parties principales de l'empire de Darius, fils d'Hystaspe, de la Perse, de la Susiane, ni des villes de Persépolis, Suse, Babylone, résidences ordinaires des rois perses et de Darius lui-même. Et de cette circonstance majeure, on conclut naturellement que Zoroastre vécut avant la fondation de l'empire de Cyrus, qui lui fut inconnu.

Platon parle déjà de Zoroastre comme d'un sage très -ancien; et sans nous arrêter à ce qu'en dit Plutarque (Isisetd' Orsis) , qui croit que Zoroastre vécut 3,000 ans avant la guerre de Troie, remarquons que Zoroastre lui-même mentionne l'empire bactrien % et un roi Goustschasp, qu'on dit de la famille des Kéaniens; mais il y aurait ici contradiction, car les Kéaniens ou Âchseménides étaient les maîtres de la Bactriane, qui était une satrapie de leur empire. On ne fait donc que céder à la légitime influence des faits, en supposant qu'un philosophe législateur, qui va loin de sa patrie proposer sa nouvelle doctrine à un roi dont il sollicite la protection , ne l'a fait que par ce que ce roi gouvernait un royaume puissant, le plus puissant peut-être de la même contrée; or, la Bactriane, où se rendit Zoroastre, était un royaume puissant dans les temps contemporains des grands empires de Ninive et de Babylone, dans les temps antérieurs à l'empire des Mèdes, qui précéda le premier empire persan. Zo-

• Zend-Avesta, d'Anquetil, tom. H, pag. 179.

l^C LA PERSE.

roasire pourra donc garder une place légitime dans l'histoire de l'ancienne philosophie orientale pour la période de tem})S où la Bactriane formait un État parlicnlicr et prospère".

Nous allons essayer d'exposci- succintement l'œuvre de Zoroastre, antique système de philosophie religieuse où l'on retrouvera des traits qui furent communs à d'autres croyances; toutefois, parmi elles, le droit d'antériorité n'est point facile à établir.

Zoroastre s'attache, comme fondement de sa doctrine, à l'idée de l'unité de Dieu; dogme antique et sublime qu'il trouvait déjà dans les traditions de la première loi, dans celles de Héômô , instruit piirOrmuzd lui-même, et qu'il entreprit de faire prospérer et d'implanter dans tous les cœurs. Ses livres le proclament hautement; ils nomment Zérouano, qui est l'être absorbé dans l'excellence, le temps sans bornes, Vêtre immense, Véteîmelsans bornes et sans extrémités.

Avec Dieu existait au commencement Honover, c'est-à-dire la Parole, le Verbe, qui procédait de Dieu, être émané de Dieu, mais inférieur à Dieu et supérieur à toutes les créatures, source et modèle de toutes les perfections des autres êtres , avec la puissance de les produire.

Dieu créa par le Verbe deux intelligences auxquelles il donna le pouvoir de créer : d'abord Ormuzd, l'auteur de tout bien, le roi par excellence, surnommé lumineux, éclatant, le père de l'assemblée des êtres, le germe de tout bien, celui qui le souhaite aux hommes, le père de la santé, le destructeur des maux, celui qui pèse les actions, le juste juge.

La seconde intelligence créée fut Ahriman, la source de tout mal, surnommé caché dans le crime, source de maux, néant du bien, le père du crime, principe de toute corruption, ayant la langue longue et les genoux longs (c'est-à-dire enseignant et propageant le mal avec rapidité).

' M. de Hcercn a développe cette opinion , et nous le suivons avec confiance . Voyez De la PolUifjw: ri du Commerce des peuples anciens, etc., traduction fian^-aise, loin. 1"', pay. M\.

Ces deux intelligences opposées créèrent l'univers. Dieu leur ordonna de le créer par la parole. Ormuzd créa les féroiicrs ou types de tous les êtres qui devaient exister dans l'avenir. Ahriman, à son exemple, créa les férouers de tous les êtres méchants à venir.

Ormuzd empêche pendant six mille ans le mal qu'Ahriman voulait faire; mais ses forces s'épuisant, il se créa comme auxiliaires six intelligences nommées les amschaspmids , excellentes et immortelles, dont les noms sont ceux de la bienveillance, la vérité, la bonne foi, la sagesse, l'abondance des bonnes choses, la joie et la paix, qualifiées de bons rois, purs, toujours vivants, toujours bienfaisants et donnant la pureté.

Aussitôt le principe du mal créa six dews ou mauvaises intelligences douées des qualités opposées : la méchanceté, le mensonge, la mauvaise foi, le vice, la pauvreté et la douleur.

Suivant l'intention de l'Éternel , Ormuzd créa ensuite le ciel , les eaux, la terre, les arbres, les animaux et l'homme : ainsi l'univers fut créé et coordonné en six périodes, idée répandue dans presque tout l'Orient.

L'homme fut formé le dernier, et Dieu lui donna l'âme que Zoroastre décrit ainsi. Elle possède cinq facultés : l'intelligence, le principe des sensations, le jugement pratique comprenant la volonté et l'imagination, le principe vital, la conscience; et cette âme donnée à l'homme fut créée immortelle.

Afin d'assurer la conservation de l'homme, qui était l'objet de ses prédilections , Ormuzd créa les ijezds ou qualités physiques et morales, qui concourent au bonheur individuel et à celui des sociétés : ces yezds sont d'un rang inférieur aux amschaspands.

Ces intelligences de deux ordres secondaires étaient l'objet d'un grand respect parmi les hommes, mais ils ne les adoraient pas, ne les considérant que comme des agents de Dieu pour les protéger, et n'adorant que lui seul.

Ahriman , continuant sa méchante 0])position , créa , pour combattre les yezds, des daroudj , génies du mal, symbulcj» des vices et dos mauvaises inlluences.

Ainsi fortifiés par ces divers agents secondaires, les deux principes furent immédiatement opposés dès que l'homme fut créé, dès que son âme immortelle fut unie à son être. Ahrimau tenta de s'en emparer, secondé par ses agents; Ormuzd accourut avec les siens au secours de l'homme; une lutte terrible s'engagea entre les influences contraires, entre les vices et les vertus, elle dura quatre-vingt-dix jours et quatre-vingt-dix minutes : Ormuzd vainquit son ennemi et le précipita, ainsi que ses auxiliaires, dans le doiizakh (l'enfer).

Étant parvenu à s'échapper de cet affreux séjour, Ahriman et ses serviteurs se jetèrent sur la terre afin d'y corrompre toutes les créations d'Ormuzd. Tous les arbres portaient des fruits bienfaisants et délicieux; Ahriman en frappa plusieurs de stérilité, en couvrit d'é[)ines un très-grand nombre, et l'écume impure qui coula de sa bouche rendit vénéneuses les plantes sur lesquelles elle tomba. De sa main , Ahriman pressa la source des fleuves et les fit déborder. Il habite le nord, patrie des neiges, des glaces et de la stérilité; il se plaît dans le désert, et c'est de ces plages arides qu'il dirige sur les fertiles campagnes les vents brûlants qui les dessèchent; il produit aussi les reptiles redoutables; il est lui-même la grande couleuvre infernale : c'est ainsi que le livre de Zoroastre le personnifie. L'active surveillance d'Ormuzd suffit à peine pour garantir les humains de la malice vindicative d'Ahrinian.

Voilà la théorie des deux principes bien clairement exposée. Cette doctrine, disait déjà Plutarque, était très-ancienne; elle fut professée par les premiers philosophes. Aujourd'hui elle est la base de plusieurs cosmogonies : on y retrouve Dieu, auteur de tout bien, et le démon, source de tout mal; c'est le dualisme de plusieurs peuples anciens et modernes. Pythagore le répandit dans la Grèce; Y esprit et la nécessité de Timée de Locres, Vhomogcne et \ hétérogène des platoniciens sont aussi le dualisme. Le chrétien Saturnin le professait publiciuement du temps même des apôtres. Les manichéens étaient aussi quelque peu discisples de Zoroastre.

LA P!:nsR. „y

Dès (ju'Ahrinian apparut sur la terre parmi les hommes, les mortels furent exposés à l'iutluence et aux tentations de ses dews ou méchants génies. C'est le devoir des hommes de résister, et la protection d'Ormuzd leur est assurée à cette condition. Les yezds, on bons génies, combattent sans cesse les dews d'Aliriman.

Les yezds n'abandonnent pas l'homme , même an moment de sa mort. Lorscpie celle-ci arrive, son âme erre pendant trois jours autour de son corps; pendant les trois nuits, le dew, maître de la mauvaise loi, obsède le cadavre. Au quatrième jour Vyezd-séroch vient prendre l'âme et la conduit vers le pont Tchinérad, qui sépare la terre du ciel. Dès l'aurore de ce quatrième jour, le dew impur veut aussi s'emparer du corps, mais l'éclatant îviithra s'élève sur les montagnes brillant de sa lumière, et, secondé par les yezds, il défend le corps contre les entreprises du dew eiuiemi qui cède et s'enfuit.

Parvenue sur le pont Tchinérad, l'âme y rencontre deux juges qui pèsent ses actions passées. Si elles ont été pures, sans tache et dignes d'Ormuzd, l'âme est admise â passer le pont; sur le milieu, elle rencontre son bon kerdar , le principe même de ses bonnes actions, qui lui tient ce discours : « De moi-même j'étais pur, mais par vos bonnes œuvres vous m'avez encore fait plus pui'. )) Et le kerdar l'amène à l'extrémité du pont; là, elle rencontre ses ancêtres qui la conduisent dans la demeure d'Ormuzd, dans le délicieux séjour des justes.

Mais si les actions de l'âme ont été criminelles et sont déclarées telles par les deux juges redoutables, l'âme passe sur ce pont comme sur le Irancliant d'une lame d'épée, et rencontre sur le milieu la hideuse figure de son mauvais kerdar qui lui dit : « J'étais impur par moi-même, tes crimes m'ont fait plus impur encore, » et le kerdar entraîne l'âme dans le douzakh d'Aliriman (l'enfer), au milieu des dews et des méchants. Là, elle est punie, tourmentée; mais la clémence de Dieu ne l'abandoMuc pas entièrement; un bon esprit veille â ce que le châtiment soit j)ruporlionné aux fautes.

LA PbltSE.

Dans cet enlcr de Zoi'onslre, les peines ne sonf pas ('tcmelles; rexpiatioii des crimes par le châlinient a deslimiles; une durable féli(Mté est promise à tous les hommes, aux bons pour leurs mérites, aux méchants après l'expiration de leurs peines. Celte époque heureuse pour tous les hommes sera celle même de leur résurrection. Les prêtres de Zoroastre savaient, selon la tradition écrite, par quels signes cette époque serait annoncée ; et lorsqu'elle sera venue, il n'y aura plus sur la terre ni mort, ni malheurs, le règne d'Ahriman et de ses dews cessera pour toujours; tous les êtres jouiront dès lors d'un bonheur éternel, et cela se passera quand expirera te temps borné, fixé à douze mille ans , pendant lesquels la lutte du bon ei du mauvais principe n'aura pas cessé.

Aimer et adorer Ormuzd, détester et combattre Ahriman, c'est la formule finale de la religion de Zoroastre, celle qui pénétra facilement dans tous les esprits, et qui leur montra pour but la félicité éternelle promise par le premier principe qui est Dieu.

C'est à ces deux points que se rapportent les prières, les pratiques religieuses, les préceptes de morale exposés dans les livres de Zoroastre; c'est là toute leur théologie.

Nous n'entreprendrons point de décrire les innombrables cérémonies, quelquefois singulières, qui sont prescrites par le riliiel de Zoroastre; nous indiquerons seulement quelques-uns des traits dominants

La loi écrite est la parole divine physi(iuenicnt manifestée; la lecture du livre de cette loi est donc un hommage à cette parole. Cette lecture, faite dans les dispositions convenables, est une source de grâces sur la terre.

La prière est un des premiers devoirs; elle aide à combattre Ahriman avec succès par le concours des bons génies.

Le prêtre prie pour lui-même, pour tous les fidèles, et en particulier pour le roi qu'Ormuzd a donné au peuple : il unit aussi ses prières à celles de tous les justes; il prend i)arl d'intention à leurs bonnes œuvres, et cette pieuse communauté intellectuelle entretient l'union et la paix parmi tous les adorateurs d'Ormuzd. Les fidèles confessent mentalement leurs fautes à l'Être su-

prême; c'est par là qu'ils commencent leur prière. Ils prient aussi le soleil pendant le jour, la lune pendant le jour et la nuit, la nature entière, ouvrage d'Ormuzd, et ses êtres innombrables, le feu matériel comme représentant du feu originel qui anime tous les êtres, l'homme, les animaux, les arbres, feu qui est le principe universel de la vie et du mouvement. Le feu matériel en est le symbole; Zoroastre ordonne d'élever des foyers où il serait entretenu; c'est pourquoi il était, sous son expression symbolique, l'objet le plus frappant du culte des Persans.

Les prières et les offices sont célébrés en sa présence ; le neaesch, ou prière humble au feu, se célèbre le jour et la nuit, et le mobed ou prêtre doit, à chacune des cinq parties du jour, faire brûler du bois et des parfums. Celui qui souille le feu est sévèrement puni ; il y a peine de mort contre celui qui le souffle avec sa bouche; l'intérieur du corps étant impur, l'haleine souille le feu. Le cadavre d'un homme est impur; on ne le brûle pas, parce qu'il souillerait le feu.

Les cérémonies pour rétablir le feu dans sa pureté primitive, lorsqu'il a été souillé, sont infinies. Le feu bêhram, protecteur des provinces et des États, est l'extrait de mille et un feux, pris de quinze espèces différentes de feux.

Les actes religieux ne peuvent plaire à la divinité que s'ils partent d'un cœur pur, et la pureté du cœur ne peut exister sans celles du corps, des pensées, des paroles et des actions; pour parvenir à cette perfection, le prêtre doit faire le bien, être savant, vrai dans ses paroles, grand dans ses actions, et rempli d'intelligence.

L'intérieur du corps est im[)ur : de là l'obligation de ne manger qu'avec le pénom sur le visage, afin que la salive ne tombe sur rien et ne souille rien. Pendant la prière, les repas et les fonctions naturelles, il est défendu de parler; on peut tout au plus laisser échapper des sons inarliculés; les sens étant alors fortement occupés, les mauvais génies peuvent profiter de cet état pour s'insinuer dans le corps. Lorsqu'on éteiYiue, c'est une preuve qu'on est parvenu à les en chasser.

Les purilicatioiis sont iionihreuses el fréquentes; l'eau en est le véhicule. La peine de mort, inlliiiée pour certaines souillures, est, jiour celui «jui la subit, le moyen de triompher des malins esprits (|ui l'ont lait pécher et Font obsédé jusque-là.

Dans les prescriptions religieuses, Zoroastre comprit aussi certaines règles réellement hygiéniques : les animaux dont la chair est défendue comme nourriture, sont, de fait, d'un usage dangereux pour la santé. Le jeune n'est ni [)rescrit, ni même permis par Zoroastre; au contraire, les Persans doivent bien se nourrir pour plaire à Ormuzd, et ce précc[)te rend vraisemblable le récit des anciens d'après lesquels Darius, au nondjre de ses mérites énumérés sur son tombeau, aurait lait écrire qu'il pouvait boire beaucoup et qu'il supportait bien le vin. Zoroastre accordait une âme Ibrte aux corps vigoureux. Quatre bons génies sont chargés de donner aux hommes l'abondance , les plaisirs, la santé : les purifications sont aussi de l'hygiène; l'urine de bd-uf était regardée comme un agent détersif au premier chef; l'eau employée ensuite purifiait définitivement.

Tout fidèle Persan doit avoir dans sa maison un liœuf, une vache , un chien , un coq et une poule ; le bœuf est employé au labourage et au charrois; la vache nourrit de son lait, le chien garde le troupeau le jour et la maison la nuit; la poule donne des œufs; le cocj sonne l'heure de la prière, du travail et du repos.

Les fêtes principales rappellent les grands événements de la nature et le retour des saisons; il y a aussi des fctes relatives aux événements de famille.

Enfin tontes les cérémonies funèbres indiqucîit que la mort, pour le juste, n'est que le passage à une vie plus heureuse, et pour le pécheur, le connnencement des épreuves qui expieront ses fautes. En priant pour lui, en accomplis>ant à son intention des œuvres de piété, ses parents diminueront la durée de ses épreuves : les marques d'affo(;tion lient les vivants et sont même utiles aux morts. Cet esprit de bienveillance universelle domine toutes les institutions de Zoroastre.

La morale, qui décide du bien et du mal en actions, en paroles et même en pensées, se proposait pour objet, selon Zoroastre, la gloire de Dieu , la respectueuse contemplation de la nature , le bien de la société humaine et l'avantage particulier de l'individu. Il n'y a point d'action indifférente ; toute action est agréable à Ormuzd , ou bien à Ahriman , la nature entière étant partagée entre ces deux principes. Tout est en action dans la loi de Zoroastre: la spéculation spiritualiste, la dévotion oisive lui sont inconnues. L'immortalité était une sorte d'oisiveté ; Zoroastre demande à Ormuzd d'être inmiortel : Non, répond ce ministre de rÉternel, avec l'immortalité il n'y aurait point de résurrection; et Zoroastre a consenti à mourir*

La morale de ce philosophe comprend les devoirs envers Dieu , résumés en cette sentence : Pureté de pensée, de parole et d'action; une bonne action ne doit pas être remise au lendemain: dans ces dispositions les sacrifices sont profitables.

Les devoirs envers la société forment la seconde partie de la morale du dernier législateur des Persans. Il adopta les quatre castes qu'il avait trouvées établies : le prêtre, le laboureur, le militaire et l'artisan. Celui qui suit le mieux la loi doit être le chef des prêtres; le plus soigneux des troupeaux sera le chef des laboureurs; et l'homme pur , distingué par les qualités du corps et de l'esprit , le chef des militaires. Le destouran-destour, le chef des prêtres, est le premier parmi tous les chefs, dont le mérite consiste dans la science, les bonnes oiuvres , l'élévation des sentiments, la vérité dans les paroles. Celui qui sera sans péché corrigera le pécheur.

L'autorité du destouran-destour est celle d'un souverain pontife, mais cette autorité est toute spirituelle; elle n'impose que la prééminence , le respect et tous les égards extérieurs : comme les chefs temporels avaient pour le tieslour chef beaucoup de déférence, la religion influait ainsi sur la loi civile. Des rétributions déterminées assuraient l'existence de la classe des destours.

* Zenil-Avfisla, tome M, page (iOi.

Les cliefs civils ont droit aux mêmes respects ; il y a pour eux une sévère hiénirchic fondée sur l'étendue de l'autorité.

Les femmes ont aussi un chef qui doit être doué de toutes les vertus indispensables à ce sexe, savoir : la pureté, la douceur, la nubilitc et la fécondité.

Le roi domine sur tous les autres chefs; il tient son feu (sn vie) et son autorité d'Ormuzd lui-même : aussi doit-il être saint de pensées, de paroles et d'actions, ferme contre l'oppresseur, bon à l'égard du faible et de l'indigent.

Par les devoirs imposés aux hommes entre eux, la loi de Zoroastre les enchaînait [)ar des manjues d'affection mutuellement données d'une classe à l'autre, d'un individu à l'autre de la même classe, par la hiérarchie du disciple au maître, par les liens du sang, par le mariage; le Mitlira, génie de la bienveillance, l'ennemi de la couleuvre infernale (jui sème l'envie et la mort , est chargé d'entretenir cette douce harmonie parmi les hommes. Après avoir assuré leur repos, Zoroastre pensa à leur conservation et à leur bien-être au moyen de lois positives concernant la population et l'agriculture.

La terre est susceptible de reconnaissance; elle la témoigne en produisant des fruits pour l'homme (|ui la laboure, l'unit, l'arrose ou la dessèche si elle est inondée. Elle se plaît à multiplier les animaux domestiques; l'homme doit la seconder en la travaillant, en soignant ces animaux domestiques, en les traitant avec douceur, en leur donnant la nourriture et le couvert.

La propagation de l'espèce humaine occupe le législateur aussi bien que sa conservation. Le mariage est encouragé, honoré; le célibat méprisé, puni. Une famille nombreuse et saine est le plus précieux présent d'Ormu/d; uu ciifaiit est pour le père et la mère un pont entre la terre et le ciel : tous les vices d'impureté sont châtiés sévèrement; (|iiel(jues-uns sont punis comme des crimes. Une jeune fille (|ui avait failli fut livrée au peuple par sa propre mère et elle aida à son supplice.

Il y a des règles pour assurer la conservation de la bonne constitution des enfants. Nous avons déjà dit (ju'en ses temps

LA PEKSE. 135

critiques, la femme est enfermée dans un lieu solitaire et comme séquestrée de la société des hommes. L'auteur de cette loi se proposait de garantir les familles des germes informes ou corrompus.

La bonne foi, la fidélité aux engngements, l'amour de la vérité, delà justice, l'esprit de modération, la reconnaissance, sont les vertus les plus recommandées : les vices contraires sont rigoureusement punis, même l'ingratitude envers les animaux utiles, afin que cet oubli du bienfait ne s'élève pas jusqu'à l'homme.

Les docteurs parses ont écrit des commentaires sur les divers points de ces principes de morale générale consignés dans' le Zend-Avesta dès la plus haute antiquité. Ils défendent de prendre l'intérêt de l'intérêt de l'argent prêté; selon eux , il n'y a pas de plus grand crime que d'acheter du blé pour le revendre lorsque le prix en est élevé ; l'assistance donnée au pauvre est une des actions les plus méritoires. Au mêine degré de mérite sont placés le pardon des injures mêmes volontaires, et la réconciliation sincère avec celui qui nous a offensés. « Pardonnez au pécheur repentant, dit Zoroastre à Ormuzd. » Mais le philosophe ne prescrit pas d'aimer celui qui, loin de s'humiHer devant l'offensé, ajoute l'insulte à l'offense : le juste ne doit pas aimer cet ennemi qui s'est livré à Ahriman.

Pour résumer exactement la loi et la morale de Zoroastre , il suffit de rappeler que ce législateur recommande aux princes et aux chefs la bonté, la justice, la fermeté; aux sujets, la soumission et le respect; aux prêtres, la pureté et la science; aux fidèles, l'obéissance exacte aux préceptes de la loi. Cette loi est commune à tous les hommes et leur ordonne d'être en paix les uns avec les autres, de nourrir le pauvre, de prendre soin du pupille, de tenir leur parole, de payer à l'ouvrier et au maître ce qui leur est dû, de défricher les terres incultes et de les arroser, de creuser des puits, de multiplier les troupeaux, de tuer les animaux nuisibles. Tous ces préceptes tendaient à assurer l'ordre dans la société. Dieu était adoré dans ses œuvres et dans ses

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agents; la vertu étant en iiomieur, le vice et le crime étaient rigoureusement réprimés*. Depuis Zoroastre, on n'a point inventé d'autre manière de constituer pieusement, honnêtement la société humaine, et d'assurer à la fois le bien-être général et le bonheur individuel , autant que l'un et l'autre sont possibles.

Mais l'éternel mouvement auquel le monde est condamné troubla profondément celte sage institution religieuse; longtemps elle échappa aux agitations qui bouleversèrent la constitution politique de la Perse. Toutefois, l'Orient s'agitait autour d'elle, entraîné par des doctrines nouvelles que la force armée prit sous sa protection, et dont la vérité devait assurer le légitime triomphe sur les anciennes.

La famille persane des rois sassanides s'empara du trône au commencement du m' siècle de l'ère vulgaire , et le conserva , avec des fortunes diverses, jusqu'au milieu du vu* siècle suivant. C'est durant le règne de ces princes que le christianisme s'introduisit dans la Perse : les armes romaines y avaient déjà pénétré. Le polythéisme avait séduit beaucoup d'esprits ; le premier roi sassanide, Sapor, rétablit la religion de Zoroastre, ses mages et en même temps la distribution des hommes en quatre castes. Mais le christianisme se révélait déjà au monde par les persécutions qu'il subissait; \e manicJiéisme se montrait aussi dans la Perse , moitié mage , moitié chrétien. Les évêques de la Mésopotamie le combattirent ; le magisme dominait néanmoins; mais, à l'exemple de Constantin , un prince prélendant à la couronne de Perse, le fils aîné de Hormisdas II, embrassa le christianisme. Une persécution des chrétiens eut lieu en l'année 326 , sous le règne de Sapor II , excitée par les mages; elle fut renouvelée en l'an 340 et dura encore quarante années. Un nouveau règne , celui d'isdedgerde I" , leur fut plus l'uvoralilc (au commencement du v' siècle) ; mais une nouvelle persécution se déclara durant le même règne et les deux suivants : j'évcqne chrétien avait eu liinjirudence de brûler un temple païen , cl les mages avaient l'oreille

• Zend-Avesta . loinc 11, p. (ilo.

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du roi. 11 y avait alors à Nisibe un évêque qui favorisa les nestoriens contre les catholiques. Chosroès P' se montra peu favorable aux clirétiens; mais le jour vint sous Isdedgerde IIl, où la rivalité entre les mages et les chrétiens devait disparaître devant le Koran triomphant : en l'an 652, la Perse fut réunie à l'empire des kalifes.

Le savant Évod Assemani a publié «t Rome le texte syriaque des Actes des martyrs chrétiens de la Perse. Ces hommes pieux ne voulurent point renoncer au christianisme et refusèrent de se soumettre aux exigences des Persans, quoique ceux-ci ne fussent pas idolâtres; car ces mêmes actes prouvent, selon le docte Anquetil, qu'il n'est pas vrai d'affirmer que, du temps des rois sassanides, les Persans rendaient aux créatures les honneurs qui ne sont dus qu'au Créateur, plusieurs traits démontrant clairement, au contraire, que le peuple persan d'alors plaçait réellement les astres, les éléments et les autres génies au-dessous d'Ormuzfl et au rang des créations faites par ce bon principe : Mithra lui-même était subordonné à Ormuzd et distingué du soleil*.

Les Arabes firent rapidement la conquête de toute la Perse, et le Koran y fut proclamé le livre saint de la religion des vrais croyants. Les musulmans sont tolérants envers toutes les religions qui reconnaissent l'unité de Dieu ; ils ne sévissent que contre l'idolâtrie. En entrant dans la Perse, ils ne trouvèrent ni temples, ni figures devant lesquelles les habitants se prosternaient; mais les Persans adoraient le feu et le soleil; les musulmans s'en offensèrent dans l'intérêt de Dieu : ils abattirent les pyrées ou autels du feu , persécutèrent les mages et ceux qui montrèrent trop de zèle pour le culte national. Ce fut alors que des fidèles à Zoroastrc rejetèrent courageusement le Koran, s'exilèrent pour conserver la liberté de leur foi , d'abord dans le Kousistan , et de là à Ormuz, fuyant devant une persécution homicide; ils s'établirent |)endant (juclques années dans une au(re île, celle de Diu; enfin, ils se réfugièrent dans l'Inde et se fixèrent sur la cote du Guzaratc. Ils

' Anquclil, Zeiid-Avenla, tome l'^'', page W.i.

LA iM:r.>K' IS

s'y sont perpétués et y vivent encore libres et croyants sous le nom de Parsis ou Parses, de Gaibres ou Garnies, comme les appellent encore les Persans et les Turcs : c'est là que le valeureux Anquetil-Duperron alla les chercher, les découvrir, leur emprunter leurs livres sacrés, dont il a, à son éternelle gloire, enrichi pour toujours l'Europe savante. On trouvera, dans notre Précis de l' Histoire de l'Indoiistan, l'histoire de cette mémorable émigration rehgieuse qui a conservé et nous a révélé la connaissance d'une des plus anciennes institutions philosophiques de l'Asie, où toutes ont pris naissance.

Mais le Koran triompha dans la Perse avec les armes des sectateurs de Mahomet. Dès l'année 650, ces conquérants étaient les maîtres de cette vaste contrée et lui donnaient la nouvelle loi, qui commandait la croyance à un seul et unique Dieu, aux anges et aux archanges, à tous les livres révélés, lels que le Pentateuqiœ de Moïse, le Psautier de David, V Évangile de Jésus-Christ et le Koran de Mahomet; aux prophètes, à la résurrection du corps et au jugement, enfin à la préd£stination. Des commandements impérieux sont ajoutés à ces dogmes ; les fidèles croyants doivent pratiquer la purification, la prière, l'aumône, le jeûne, le pèlerinage, et ne commettre aucun meurtre, ni vol, ni autres péchés contraires à la pureté.

Malgré la clarté de ces préceptes, des controverses naquirent parmi les musulmans; des sectes se formèrent, dont les deux principales furent celles des sunnites et des scliiites. Les premiers recormaissent pour légitimes successeurs de Mahomet les trois premiers kalifes Abou-Bekr, Omar et Osman; les seconds, au contraire, regardent ces kalifes comme des usurpateurs, et soutiennent qu'Ali, ayant épousé la fille de Mahomet, devait hériter de la puissance spirituelle et temporelle de son beau-père. Les Persans musulmans sont sectateurs d'Ali, et c'est pour défendre la légitimité de ses droits (ju'ils ont soutenu des guerres sanglantes et terribles contre les Turcs. Cette résolution ne pouvait être inspirée que par le fanatisme, qui dirigea les Persans. Ce peuple accorde mémo à Ali des caractères de sainteté que Dieu n'a-

LA PERSE. ^gg

vait pas concéflés à Mahomet lui-même. Il regarde Fatime, tille du Prophète, comme une sainte; il croit que le titre d'iman ou de son vicaire, n'appartient qu'à ses douze descendants immédiats; que le dernier, Mahdi, n'est point mort; qu'il est caché qu'il paraîtra au jour du jugeinent; qu'alors aussi Jésus descendra du ciel, et que tous les hommes en ce jour se convertiront à Mahomet. Ces diflérences d'opinion (car les sunnites admettent qu'il doit toujours exister un in,an ou chef visible de la religion) quoique profondes, n'en apportent que de bien légères dans le^ cérémonies du culte : elles ne consistent en effet que dans la manière de tenir les mains et de se prosterner : elles ne valent pas la peine de se battre pour si peu. Dans l'histoire des Arabes nous donnerons plus de détails sur la religion de Mahomet et sur son célèbre code. Ces lois religieuses dominent dans la Perse moderne et dans les vastes régions de l'Asie occidentale.

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