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de son époux paraîtra doux ; celle au conlrairc dont l'humeur chagrine est peinte sur son vËage, n'acceptera pas même de lui des sucreries. Le perroquet obligé de vivre dans la cage d'un corbeau s'estimera heureux d'abandonner sa cage...
« Une femme doit être aveugle pour les étrangers... Si tu vois que ton épouse supporte impatiemment la retraite, il est contraire à la raison et au bon sens de rester plus longtemps chez toi. Pour fuir cette femme, jette-toi plutôt dans la gueule d'un crocodile. »
Saadi fut d'une piété vraie, ennemi de l'hypocrisie, moraliste aimable et humain; également éloigné du rigorisme et du relâchement, il recommanda la résignation et la patience, il composa plusieurs apologues où ces nobles sentiments sont développés par des exemples, et des odes où respire l'expression passionnée d'un violent amour. L'une d'elles commence ainsi :
« Éclair, si tu passes à l'angle de ce toit, tu porteras de mes nouvelles en un lieu où le zéphyr ne saurait pénétrer. Oiseau, si ton vol te porte vers le quartier qu'habite l'objet de mon culte, tu porteras un message amical à cette aimable fée. Si par hasard cet objet si beau, doué de tous les charmes de l'astre de Jupiter, te demande de nos nouvelles, dis lui : Ils sont prêts à acheter ton regard de leur vie ; errants dans le désert et haletant de soif, leur âme est prête à s'échapper de leurs lèvres... 0 astre de la nuit, toujours absent et toujours présent, quel serait notre sort si tu jetais sur nous tes regards?... Mais, qui es-tu, Saadi, i)0ur parler ici d'amour? Contente-toi d'aspirer au litre d'esclave et de t'avouer humble serviteur. »
Le poëte ne fut pas toujours aussi réservé dans l'expression de ses passions; c'est un contraste avec la sagesse habituelle de ses autres écrits. Il se fait remarquer parmi les autres écrivains persans par sa sobriété dans l'usage de l'hyperbole et du style figuré *.
A la fin du xiv* siècle mourut un autre i)oëte, célèbre par la grâce et l'élégance de ses ouvrages, Hafiz, de Schiraz. Il fut uni à une femme digne de son affection, et au lieu de maudire le ma-
' s, (le Sacy, cite daui la l'erse de M. L. Dubeux, pag. ii\ à 450.
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riage comme l'avait fini Saadi, Hafiz déplorait ainsi la perte de sa digne compagne.
« Heureux, je désirais atteindre le ternie de la vie avec une telle compagne; mais nos forces n'ont point égalé nos vœux. Plus digne que moi de la félicité, elle est allée se réunir aux anges qu'elle avait quittés pour descendre dans ce monde, d
Les deux illustres poètes ont été honorés de funérailles publiques, et il a été construit pour leurs cendres des tombeaux magnifiques, près de Schiraz. Le tombeau de Saadi est situé dans un enfoncement au milieu de montagnes stériles; il consiste en un vaste édifice, et la place où repose le corps du poète est couverte d'une pierre ornée de sculptures et d'une inscription. Non loin de là, un escalier creusé dans le roc conduit par soixante-dix marches à une salle souterraine, auprès de laquelle est un bassin rempli de poissons, et que les dévots respectent dans la crainte d'être frappés de mort en manquant de respect au saint poète. Vn voyageur français, Chardin, assure néanmoins que ce poisson est une excellente nourriture, ne s'élant jamais dispensé de s'en approvisionner dans ce lac toutes les fois qu'il fit ses dévotions au tombeau du poète.
Le monument funèbre d'Hafiz est une enceinte carrée en beau marbre de Tauris; le mort repose au pied d'un cyprès planté de ses mams. Dans une salle voisine est disposée la collection des œuvres du poète. Les Persans fréquentent ce lieu ; ils s'y réunissent pour fumer le kalioum, prendre le café et réciter des vers.
Ces honneurs ne furent point déférés au poète sans contestation : certains docteurs musulmans voulaient reléguer ses restes dans une fosse solitaire. Pour eux, il avait trop haut et trop bien chanté le vm et les amours, et sa piété dans ces chants paraissait fort suspecte. Mais ses partisans l'emportèrent, entraînés sans doute par les charmes de ses poésies. Une de ses odes commence ainsi :
« Jeune homme, verse du vin dans ma coupe, car déjà le calice de la tulipe est rempli de la couleur éclatante de cette liqueur. A quoi servent tous tes discours frivoles? Quand mettras-tu fin à tes paroles insensées? Laisse là cette fierté et ces superbes
dédains : souviens-toi que le temps a vu se flétrir la robe brillante des Césars, et la couronne des monarques caïaniens tomber en poussière. Le souffle du zéphyr t'avertit du peu de durée de la jeunesse. Verse-moi, jeune homme,- cette potion salutaire qui guérit le chagrin de l'âme ! Il ne faut pas se fier aux caresses toujours trompeuses du temps ni à ses attraits séducteurs. Malheur à celui qui n'est pas en garde contre sa malice! Donnemoi, donne-moi une coupe de cette liqueur, afin que nous n'attirions pas sur nous les justes reproches dus à l'avarice! Engage tous les dons de la forlune pour te procurer le jus de la vigne! L'homme rigide et austère a-t-il laissé quelque chose après lui?
« 0 Hafiz , tes vers , quoique écrits en langue persane , sont répandus depuis l'Egypte et la Syrie jusqu'à l'empire des Grecs *. »
Quelques historiens figurent aussi convenablement dans les annales de la littérature persane. Rachid-Eddin a écrit l'histoire des Mongols, que M. Quatremère publia avec sa traduction française dans la Collection orientale déjà mentionnée plus haut. Schérif-Eddin-Ali composa la vie de Tamerlan, qu'il acheva en 1424. Peu après fleurirent Mirkond et son fils Khondemir, les historiens les plus renommés de la Perse. ÎMirkond composa une histoire générale de la Perse depuis les temps les plus reculés jusqu'aux premières années de notre seizième siècle. Khondemir , cultiva le même genre d'étude, et tous deux fin^ent favorisés par un ministre à la fois homme d'Etat et poëte, Ali-Schir, émir du sultan Hoseïu, qui fit construire dans la ville de Hérat, sur les bords de la rivière, un édifice qui renfermait une mosquée, un collège, un monastère, un hôpital et des bains. Il y établit Mirkond avec une bibliothèque et tous les matériaux nécessaires à sa grande entreprise de l'histoire universelle de la Perse. A ces mêmes avantages, Khondemir ajouta celui d'être le gardien de la riche bibliothèque fondée à Hérat par son protecteur, qui avait été celui de son père.
Un autre poëte gracieux fut leur contemporain , Djami, (jui
* Traduction de S. de Sacy. Diibcux, la Perse, pag. 451,
composa des odes qu'on qualifie de mystiques. En voici une : « Ma tendre amie s'éloigne, et ma raison s'égare, et mon ame m'abandonne, et mon visage est tout baigné de pleurs! Mon corps ne peut la suivre, mais de traits en traits il vole sur ses traces. 0 zéphyr du matin , cours répandre ta fraîcheur salutaire dans les lieux où elle se repose, et dans ceux qu'elle traverse; et autour du palanquin qui emporte la maîtresse de mon cœur, murmure ces paroles : ô toi dont les lèvres sont si douces, toi dont toutes les manières ont des grâces si touchantes, ah! puisses-tu ne pas sentir la fatigue du voyage ! puissent tous tes désirs trouver leur accomplissement! Au lever de l'aurore, lorsque tu te disposeras au départ, prête l'oreille aux accents mélodieux du chantre du matin. Toujours mon âme, enivrée de tes charmes, se tourne vers ton visage, quoique, en effet, tu sois éloignée de ma pré-' sence. Reviens, car l'excès de ma douleur m'a tiTra se. Je me roule dans la poussière que j'ai rougie do mon sang, cornuîe l'oiseau qui se débat, mourant, sous le fer d;i s:;cii;icateu;\ Tu étanches ta soif sans doute dan^ que'qiie jjailic du dé>c;i ; mais Djami , retiré dans l'angle de ia douleur et du désespoir, s'aSrcuve à longs traits du poison mortel de la sé^r.ralion*. a
Le talent de Djami fut fécond et v.u'ié. Il C3in;)nsa près do quarante ouvrages différents, les poëmcs de V-j.issjhI et Znlc'ikhx Medjnonn et Leïla, et le Béharistan, qui est dans le genre du Gulistan de Saadi. Djami composa aussi dci faSics et da historiettes assez semblables à nos contes moraux, et fi.us-^anî comme nos contes par d'intéressantes moralités, telle que celle-ci : « 0 mon cœur, s'il te survient un jour quelque chagrin, il s'évanouira dès que tu auras un ami pour le soulager. 11 faut un ami pour le jour de l'affliction, car ils ne sont jamais en petit nombre le jour des plaisirs. »
L'histoire des descendants de Timour ou Tamerlan fut écrite par Abdalzazzi; Hoseïn-Vaez commenta le Koran, et mourut en 1514. Parmi les productions plus récentes, on cite l'histoire de
• Traduction dii M. Grangoret de Lagrango.
Shah-Abbasle Grand et celle de Nadir-Schah. Le dernier roi de Perse mort, F:illi-Ali-Scliah cnlliva la poésie; on voit à la Ribliotlièque impériale de Paris un maniisorit rpii renferme quelques odes composées par cet illustre souverain *.
La littérature dramatique proprement dite n'a jamais été cultivée par les Persans.
Les écoles et les collèges sont nombreux en Perse; les fondations publiques sont également fréquentes , mais les méthodes d'enseignement et les préjugés religieux s'opposeront longtemps à de véritables progrès , à ceux que l'étude de la véritable science rend utiles aux hommes en les faisant meilleurs par la pratique de la morale et l'amour de la vérité : ce ne seront pas les historiographes, les poètes ni les bouffons royaux attachés à la personne du roi de la Perse qui en perfectionneront la morale et la littérature.
La philosophie persane fut toujours mêlée intimement aux doctrines religieuses. Dans les premiers temps, la philosophie pratique, celle qui créa les systèmes d'opinions et de jugements parmi les hommes, ne s'écarta point de VAvesta de Zoroastre ; toute autre croyance était un péché, quelquefois un crime. Dans les temps postérieurs et intermédiaires, elle dut être conforme au Koran de Mahomet, et, durant ces deux périodes, la philosophie, enchaînée, fut également exposée aux erreurs du fanatisme et à la brutalité des despotes.
Les Arabes étudièrent de bonne heure la philosophie grecque, et en transmirent quelques notions aux Persans. Ils inclinent les uns et les autres vers les péripatéticiens, et leur grand maître fut Aristote. Les Persans nomment la logique, la science de l'interprétation, la physique, la science de la nature, et la métaphysique, la science par-dessus la nature, c'est comme la traduction des trois mots tirés du grec. Us croient que les anciens ne pratiquèrent que deux systèmes : celui qui ne reconnaissait point de cause immatérielle, et celui qui proclamait un esprit moteur de la
* La Perse, de M. L. Duboiix, pag. 452 à 457.
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matière. Il y a parmi les écrivains persans, sur ce vaste sujet , une grande diversité de vues, et l'indifférence publique laisse toute liberté à leurs spéculations : ils critiquent même Aristotc, ne s'inclinent pas absolument devant Avicennes, et connaissent à peine Averroës. Les Persans réduisent à trois classes toutes les sciences : ils comprennent les mathématiques et la médecine dans la physique, la-théologie spéculative et morale dans la métaphysique, enfin la rhétorique et la grammaire dans la logique. Ils ont une pauvre idée du système du monde, copient mal les anciens dans leurs sentiments, et croient encore que la terre, sans antipodes, nage dans la mer comme un melon d'eau. Un ancien auteur persan, qui croyait aux antipodes, était considéré comme un extravagant.
Les sofis de la Perse sont pythagoriciens , et le livre qui renferme leurs secrètes doctrines se nomme le Parterre des mystères. Ils mettent le doute au premier rang des moyens de s'instruire, l'appellent la clé de la connaissance, et ils disent : « Qui ne doute point n'examine point, qui n'examine point ne découvre point, qui ne découvre point est aveugle et demeure aveugle. » Nos philosophes modernes ont proclamé une maxime fort analogue : le doute est le commencement de la sagesse; celle des Persans se montre dans cet autre précepte : « Si vous ne doutez point de l'opinion de vos pères, tenez-vous-y, elle vous suffît. Si vous en doutez, recherchez la vérité doucement et sans inquiéter les autres. Les sentiments des sages doivent être. de trois espèces : la première consiste dans les opinions du pays, comme par exemple la religion dominante et la philosophie reçue ; la seconde, dans les opinions qu'il est permis de communiquer à tous ceux cpii sont dans le doute et qui recherchent la vérité ; la troisième, dans celle que l'on garde pour soi et dont on ne confère qu'avec les gens du même sentiment. » Les dévots mahométans accusent les sofis d'athéisme; les sofis le leur rendent bien vraisemblablement : mais ces dissidents philosophiques engendrent des haines et des meurtres. Les sofis n'approuvent pas le culte extérieur, et les prêtres du Koran vivent et prospèrent de ses pratiques et de
SCS produits. Les sofis ont en horreur le jeûne, et l'cxtnse qui les sépare des choses liumaines. Ces pratiques leur Ibnt négliger Icp.rs devoirs. Il y a parmi eux des exemples d'une grande r.u^lérlté el d'u:i parfait mépris du monde. Ils arrivent à l'extase par Lcs moyons pliy-iqi:es : ils tournent en rond en se tenant par la main, bn.i.laiit la tè;e, et criant /jom , hou (Dieu) de toute leur force, jusqu'à ce qu'ils c»uiiicnt, soient hors d'haleine, et qu'ils toniLeiit à In rerivrrse. Une autre manière d'entrer dans le transport et le nivisi^eincnt, de h'unir à Dieu, disent-ils, consiste à se leiiir h tèie ih\)ite ou inclinée sur la poitrine et à se regarder fixcir.ent le bout du lîez*.
La morale est en grand honneur parmi les Persans; ils estiment la patience, la tempérance, la résignation, et pratiquent l'hospitalité; ils ont consigné les préceptes de ces vertus dans des sentences, des fables et des discours; l'apologue leur vient particulièrement en aide pour les idées qui touchent au gouvernement, les pouvoirs de ces pays ne souffrant ni conseils ni leçons. Les sentences, apophthegmes et proverbes des Orientaux, sont très-répandus et ont été traduits en toutes les langues. Il y en a de connus dans tous les pays : les vérités morales ne sont pas si nombreuses qu'on puisse en trouver de nouvelles dans chaque province, l'homme ayant dans toutes les mêmes devoirs à remplir envers Dieu , le prochain , la famille et la patrie.
Il y a aussi des sentences qui tiennent plus au caractère qu'à la morale, celle-ci, par exemple : « Qui veut exceller en sagesse, doit éviter que les femmes aient du pouvoir sur son esprit, » Du reste , les Persans reconnaissent les Arabes pour leurs maîtres en ces sciences et en cette littérature.
Les fables attribuées au persan Locman sont aussi écrites dans toutes les langues. Le même recueil de ces écrits moraux, dont les sujets sont partout semblables, et que le grec Ésope a donnés à l'Europe classique, a occupé plusieurs savants modernes, désireux de découvrir l'autein- primitif de ces ingénieuses compositions,
• Cliuidiii, Vuijaijc en l'cne , Unw: 111% itag. 208 à 21 1.
OÙ la vérité, et souvent le birime,se cachent sons les apparences d'ingénues narrations : c'est le dénouement qui en renfernie toute la moralité. On a pensé que ce genre de littérature ne pouvait avoir pris naissance que dans un pays de despotisme, puisqu'il fallait voiler la vérité pour oser la dire. Si cette observation était fondée, il faudrait supposer qu'il n'y a, dans la société humaine, que les princes méchants de redoutables aux amis de la vérité. Est-ce que la politesse, la déférence, l'aménité, si nécessaires à la vie commune, n'inventent pas chaque jour des apologues que la susceptibilité des caractères rend d'un usage universel? L'apologue a dû naître de toutes les civilisations; il plaît à l'esprit; il a toujours efficacement aidé à propager et à graver dans la mémoire les préceptes les plus utiles de la morale. Les Persans, si anciennement lettrés, en reconnurent l'agrément et tous les avantages.
\9i Ih PERSE.