‹ Histoire de la PerseChapitre 9 sur 32 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Iiilrodiiftion au précis historique. — Examen critique des sources: écrivains grecs; écrivains orientaux. —Utilité de ces deux sources coniliinées.— Deteimiiialions chronologiques.— Succession de huit dynasties— Leur ordre et leurs époques.

On peut considérer l'écrivain grec Hérodote comme ayant compris le premier, parmi les anciens, les devoirs de l'historien et l'utilité de l'histoire, lorsqu'elle est fondée sur l'exacte observation des faits et écrite avec la réserve qu'inspire l'amour de la vérité.

C'est à cet illustre Grec que nous sommes redevables des plus anciennes traditions sur l'Iran, recueillies par des voyageurs occidentaux. Il a consigné dans son immortelle histoire des faits nombreux et importants relatifs à la monarchie des Modes, à celle des Perses et aux diverses provinces de l'Iran qui, indépendantes d'abord, réunies ensuite, composèrent successivement l'empire mède et l'empire perse. Les commencements de l'une et de l'autre sont marqués par le nom d'un grand prince , Déjocès et Cyrus. Les deux familles dont ils furent les chefs sont généralement connues, la première parla qualification de Pischdadiens et la seconde par celle de Kéaniens ou Achœinénides, Hérodote vécut sous trois rois achteménides, Darius Hyslaspe, Xerxès et Artaxercès Longue-Main. 11 ne visita point la Perse, mais il alla jusqu'à Babylone : il fut à même de recueillir des notions exactes sur celte puissante monarchie. Dès les premières pages de son his-

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toire, il assure qu'il a fait une étude particulière des traditions persanes, telles qu'elles étaient alors conservées par les hommes les plus instruits parmi les Persans '. Hérodote connut aussi les ouvrages de Denys de Milet, d'Hellanicus de Mitylène, de Charon de Lampsaque, qui avaient écrit sur la Perse avant lui. Les belles pages d'Hérodole sur cette contrée sont ainsi le résumé des opinions des Persans les plus instruits, des observations faites par les Grecs jusqu'à son temps, et de ses propres investigations.

Ctésias de Guide connut la Perse soixante ans après Hérodote: Gtcsias était engagé comme médecin avec les Grecs qui, sous la conduite de Xénophon, secondèrent l'entreprise de Cyrus le Jeune contre son frère Artaxercès Mnémon. Fait prisonnier, Ctésias, à la faveur de sa profession , fut employé à la cour de Perse pendant dix-sept ans : il y consulta les hommes les plus instruits sur les annales du pays, et, de retour en Grèce, il écrivit l'histoire de la Perse, assurant qu'il racontait les choses qu'il avait vues, ou qu'il avait apprises des Persans mêmes. Son ouvrage était divisé en vingt-trois livres : les six premiers avaient pour sujet l'histoire d'Assyrie depuis Ninus et Sémiramis, et les sept suivants celle de la Perse. Mais cet ouvrage est perdu depuis longtemps, et il n'est connu que par le court extrait qu'en a laissé Photius, patriarche de Constantinople au ix^ siècle de notre ère, homme savant, passionné pour l'étude, et qui, faisant par écrit des analyses soignées des livres qu'il lisait, nous a transmis ainsi une série dé précieux extraits textuellement tirés ou analysés d'une foule d'ouvrages grecs qui se sont perdus depuis. Tel a été le sort de l'histoire de Ctésias.

Hérodote n'a parlé que des quatre premiers rois achseménides, de Cyrus, de Cambyse, du mage usurpateur de Darius, enfin de Xerxès. Ctésias racontait de plus les événements des cinq règnes suivants; et critiquant ce qu'Hérodote avait rapporté des premiers règnes, il racontait à peu près le contraire, traitant hardiment Hérodote de menteur et d'inventeur de fables. Diodore de Sicile

' Hérodote, Clio, chap. i, ii et m.

a suivi Ctésias qui, selon lui, avait aussi consulté les archives royales de Perse. Mais le spirituel et caustiiiue Lucien s'avance jusqu'à dire que son compatriote Ctésias, historien et médecin de la cour de Perse, redoutait singulièrement son royal client Artaxercès, et qu'il prétendait en même temps à en obtenir, à force d'éloges, la robe de pourpre, le collier d'or et le cheval niséen. C'étaient la décoration du temps.

Xénophon l'Athénien, contemporain de Ctésias, illustre écrivain, philosophe et guerrier, composa deux ouvrages importants dont la Perse était le sujet : la Cyropédie ou histoire de l'éducation et de la vie de Cyrus, fondateur de l'empire persan, et VAnahanc ou histoire de la retraite des dix mille Grecs auxiliaires de Cyrus le Jeune j révolté contre le roi Artaxercès son frère. Le premier ouvrage est un des chefs-d'œuvre de la littérature grecque; on peut y étudier les mœurs, les usages et les lois de la Perse; mais on n'accorde pas généralement à cette admirable composition tous les caractères de l'histoire. Cicéron n'y voyait que le type supposé d'un État parfaitement organisé : il y a donc dans la Cyropédie des notions certaines sur la Perse, mais elles sont théoriquement mêlées à des perfections politiques qui sont supposées dans l'intérêt du plan, du but de l'ouvrage, et qui furent toujours étrangères aux usages de la Perse.

Hérodote, Ctésias et Xénophon écrivirent tous trois l'histoire dn premier Cyrus : il est impossible de les mettre d'accord sur les circonstances saillantes de la vie de ce grand personnage : Hérodote n'alla pas en Perse; Ctésias y demeura dix-sept années; Xénophon ne se proposa pas dans sa Cyropédie d'écrire une histoire, ou une biographie, dans l'acception absolue de ces deux mots : la critique et la raison inclineraient donc à préférer, dans ces relations contradictoires, celle de Ctésias, mieux placé réellement pour connaître les faits et leurs sources traditionnelles. Mais Hérodote aussi assure qu'il consulta les Persans les plus instruits ; il put en connaître à Babylone, et ailleurs, duiant ses longs voyages : il paraît donc que le caractère des deux écrivains doit être pris en grande considération dans l'examen de leurs titres

LA PERSE. 2:n

à notre confiance, et il faut convenir que ce qui nous reste de la relation de Ctésias sur l'Inde, dépasse de beaucoup en absurdités ce que les voyageurs de tous les temps ont raconte de plus merveilleux des régions les moins connues. Pour la Perse même, les choses incroyables ne sont pas rares dans l'histoire de Ctésias ; mais il ûiut aussi tenir compte des incertitudes, même antiques, existantes sur un tel sujet. Hérodote n'omet point de dire qu'il y avait trois autres relations différentes de celle qu'il adopte sur les circonstances de la mort de Cyrus ; enfin Hérodote ne se proposa pas le même but que Ctésias en écrivant sur la Perse, et il y eut pour tous deux un égal désavantage inhérent au sujet même de leur ouvrage, et provenant surtout de leur qualité de Grecs d'Europe écrivant sur les antiquités d'un empire de l'Asie. Mais ce riche et puissant empire avait des archives, des chroniques, des prêtres, des historiens, des philosophes, des poêles, des livres sacrés, l'écriture et les arts : quelques-uns de ses vieux livres, de ses vieux monuments, subsistent encore; le bon sens, la raison, la vérité étaient à l'usage des esprits contemporains; les règles éternelles du juste et du vrai, selon Dieu et selon les hommes, étaient connues de tous; et si un despotisme tout-puissant les méprisa, les hommes, courbés sous son joug ne cessaient de les invoquer. Ces livres sacrés, par les traditions qu'ils conservent, sont de l'histoire : on y trouve le souvenir de princes illustres et d'actions mémorables et honnêtes. Les monuments conservent des noms, des faits et des dates; à une épofjue déterminée les livres étaient nombreux, les mémoires multipliés; ils périrent ensuite par une invasion ennemie, mais avant cette catastrophe, des historiens, des philosophes, des poètes, y avaient étudié et recueilli les traditions antiques; ces écrivains les avaient employées dans leurs ouvrages plus nouveaux, et la variété de leur forme ou de leiu" sujet n'en exclut ni l'exactitude ni la fidélité ; et si, quant à la forme de ces écrits, le génie oriental se complaît à dire avec emphase les laits qu'une pédestre prose peut, pour des hommes d'une autre trempe, suffisamment exposer; si l'habitude du langage figuré, qu'impose pour ainsi dire la

nature même des esprits et celle des idiomes, donne à ces formes un éclat qui déplaît parfois à notre froideur occidciilnle; si ces formes cependant, si ces images et cet éclat ne sont qu'une parure qui n'altère ni la véritable physionomie des hommes, ni la nature de leurs actions; si eniin ces hommes et ces actions demeurent authentiques et vrais dans ces poétiques compositions en tout conformes au génie local, il ne s'ensuit qu'une seule chose, c'est que l'histoire de l'Orient se retrouve dans ses épopées. Les poèmes d'Homère ne sont-ils pas dans cette même forme, et tout à la fois l'histoire et l'encyclopédie des temps héroïques de l'Europe? La Pharsale n'esl-elle pas l'histoire de la guerre civile d'où naquit l'empire romain? La Henriade, enfin, n'est-elle pas aussi une histoire du grand roi Henri IV?

Les Arabes, conquérants de la Perse, trouvèrent partout des livres, et les détruisirent par le feu et l'eau. Il en restait encore d'anciens alors, dédiés aux plus illustres princes des premières dynasties et publiés sous leurs auspices. Cette guerre impie faite à l'ancienne littérature persane, fut continuée pendant quatre siècles par le même zèle, ou plutôt î)ar la même politique et par le même fanatisme. Lu langue arabe lutta d'autorité contre l'idiome national qu'elle avait remplacé dans les actes du gouvernement; mais cet idiome reprit enfin quelque faveur au milieu du x* siècle de notre ère, grâce aux troubles civils qui, agitant la Perse, affaiblirent l'infliience des conquérants obligés à se défendre contre d'actifs compétiteurs. Au commencement du siècle suivant, le chef de la dynastie des Gaznévides, l'héroïque Mahmoud, protégea la langue persane, honora les écrivains, et bientôt après un de ses successeurs rétablit l'usage de cette langue dans les actes publics.

Cette épotpie fut pour la littérature nationale de la Perse celle de sa renaissance. Les princes sassanides l'avaient préparée; Balami, vizir de l'un d'eux, avait traduit en persan la grande chronique arabe de Tabari *. Mahmoud avait appelé près de lui

' Nous ayons déjà mentionné la traduction française de celte précieuse chro-

La perse. m'

les savants, les poètes, et le plus illustre de tous, Ferdoucy qu'il combla de bienfaits. Ferdoucy, reconnaissant, composa le plus bel ouvrage de la littérature persane, le Shali-Namèh, le Livre des Rois (Voy. ci-dessus). Il l'écrivait à la fin du x« siècle de l'ère chrétienne. Les copies de cette composition célèbre furent multipliées; on en connaît de fort belles, et enrichies de magnifiques miniatures.

Le poëme de Ferdoucy est dans la Perse le livre classique par excellence. Le plus illustre des orientalistes de l'Europe, feu le baron de Sacy, a reconnu que le succès durable de ce poëme était fondé sur l'importance du sujet plutôt que sur la forme poétique : pour tous les Persans, le Shah-Namèh est l'histoire des rois des premières dynasties, l'histoire ancienne de la Perse.

Les écrivains musulmans assurent que, peu de temps avant l'époque de Ferdoucy, les rois Samaniens de la Perse, princes d'origine tarlare, rivaux des kalifes, et descendants des Sassanides, avaient fait chercher et recueillir les parties éparses des anciennes chroniques nationales conservées par les mobeds ou prêtres demeurés fidèles aux doctrines de Zoroastre; que ces écrits, en langue pehlvie, furent remis au poëte Dukiki pour les rédiger dans la forme épique, en un seul tableau de l'histoire de la Perse, depuis le règne de Kaïoumortz, chef de la dynastie des Pischdadiens, jusqu'à la mort de Yezdedger, le dernier des rois sassanides. Mais le poëte Dukiki n'ayant vécu que peu d'années, il laissa son ouvrage à peine commencé ; et Ferdoucy , son protégé,, encouragé par Mahmoud-ben-Sebekthégin ou le Gaznévide, fut désigné pour le continuer d'après les mômes documents, auxquels on pense que l'écrivain en ajouta d'autres qu'il avait recueillis. Ainsi naquit le poëme célèbre qui renferme toute l'histoire persane pendant une période que l'auteur fait durer trois mille sept cents ans, livre classique des annales nationales de la Perse et de la Tartarie, qui a fait oublier et négliger les sources anciennes d'où il était tiré, mais dont il conserve des traces mani-

nique, par M. L. Dubeux, souvent cité dans notre ouvrage avec une juste reconnaissance.

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fostos ilaiis le grand nombre de niols de leur texte original palilvi, qui se retrouvent dans le nouveau poëme. La langue de Feiiloucy se distingue en effet par deux caractères littéraires : par le grand nombre de mots pehivis, étrangers au persan postérieur, et difficiles pour ceux qui n'ont pas fait une étude spéciale de l'ancien idiome; et par l'attention assidue du poëte à s'abstenir de l'usage des mots arabes déjà introduits, de son temps, en grand nombre, dans la langue de la Perse.

Ainsi Ferdoucy composa en vers, et en une narration épique, l'histoire de sa patrie depuis les temps primitifs jusqu'au milieu du vu® siècle de l'ère chrétienne.

Ou croit aussi que les documents anciens avaient été d'abord traduits en persan, sous forme de chronique, laquelle fut mise ensuite, sous forme d'épopée, en distiques rimes par Ferdoucy.

Le récent et docte traducteur de ce grand ouvrage, M. Jules Mohl, l'a d'ailleurs fait remarquer: Ferdoucy donne quelques détails sur les écrivains qui l'avaient précédé; il indique les sources où il a puisé les épisodes dont il embellit sa relation historique; et il ajoute (pi'il ne raconte que ce qu'il a trouvé écrit dans d'autres livres*. L'auteur du Modjmel-al-Tewarikh, qui vivait un siècle après Ferdoucy, expose dans la préface de son livre , qu'il écrivit l'an 520 de l'hégire, l'étendue des ressources littéraires qu'il avait encore alors -à sa disposition pour l'étude de l'histoire persane"; Ferdoucy avait dij connaître ces mêmes sources avant ce nouvel historien, et les consulter comme lui; c'est pourquoi la renommée de son Livre des Rois , qui dure depuis huit siècles , ne s'est point un moment affaiblie dans l'opinion nationale de la Perse entière.

Il est certain encore qu'il a été fait de ce poëme un abrégé en prose; il porte le iïire de Teivarik-Shah-Namch; l'auteur se nommait Tawakol-ben-Tawakol-Hoseïu; il l'écrivit vers le milieu de notre xvn* siècle.

' Ctillrcliun oricnlalr, in-folio. Le Sliah-Xaiiirh , Piifaco, page xlv. " Idi-m., pages l cl li.

LA PERSE. 2iJ

Ferdoucy eut aussi des imitateurs; Ataï, autre poëte, composa le Barzour-JSamèh, qui est une histoire poétique de Roustoum, le héros du grand poëme, et de ses enfants.

Voilà des Hvres classicpies de l'histoire de la Perse, des documents nationaux où la science peut étudier, dont l'Orient tout entier a adopté les faits, les noms et les dates : et ces documents forment un système qui ne manque ni de régularité ni d'ensemble. Les écrivains grecs que nous avons déjà cités forment un autre système. En les examinant tous deux dans leurs éléments, on reconnaît qu'il est impossible de les mettre en harmonie-, et si quelques faits dominants se ressemblent dans les deux récits, on n'y rencontre pas la moindre analogie entre les noms des deux personnages que l'analogie des actions semblerait identifier l'un avec l'autre. Un enfant royal destiné à périr, et à cet effet remis à un berger, est sauvé par la miséricorde de la femme du pâtre; cet enfant grandit, se distingue, son origine se dévoile, il monte sur le trône; les Orientaux et les Occidentaux parlent de cette même histoire : mais le héros des uns se nomme Knï-Khosrou , et celui des autres, Cyrus; il est vrai que l'analogie des noms aide un peu, ici, à la synonymie des faits; mais un troisième Grec, celui qui a pris pour sujet d'un de ses meilleurs ouvrages ce Cyrus même, ne dit pas un mot des singuliers accidents de son enfance ou de sa jeunesse.

Une autre analogie dans les actions mémorables d'un héros, semble désigner un même personnage qui figure aussi dans les deux systèmes historiques; mais dans le système oriental, Ferdoucy le nomme Kaï-Kobad, et le Grec Hérodote le nomme Déjocès.

Les dissemblances inexplicables qui subsistent entre les relalions grecques comparées, semblent diriger l'opinion et la foi vers les relations persanes et les accréditer dans leurs faits naturels, dans ceux du moins qui sont du domaine de l'intelligence et de la puissance des hommes. Ajoutons , en faveur de ces relations orientales, deux faits d'une égale importance : premièrement, il existe, comme nous l'avons dit, d'autres livres venus

l'KHSt. 31

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après lo Shah-Namch , et leur analogie avec le poëine est évidente; elle prouve du moins la persistance séculaire des mêmes traditions; secondement, il existe aussi d'autres livres écrits avant le Shah-^amèh , et l'analogie du poëme avec ces livres antérieurs est non moins évidente : cette analogie prouve donc aussi que le poëme est d'accord avec les anciennes annales.

Dans cette catégorie imposante d'écrits authentiques de l'histoire ancienne de l'Iran , il faut désigner d'abord les livres de Zoroastre; ensuite le Boun-Déhesch, qui est la cosmogonie des Persans, dont le texte pehlvi existe encore, qu'on rattache aussi aux ouvrages du même philosophe Zoroastre, et qui, remanié ou continué, probablement, mais awani l'époque de Ferdoucy, a été conduit historiquement jusqu'à la chute des rois sassanides, à la fin du vu* siècle de notre ère". Or, dans ces livres sacrés ou cosmogoniques, antérieurs à Ferdoucy, sont mentionnés les rois instituteurs de l'Iran; les belles actions qui leur ont donné une place honorable dans l'histoire; les héros qui ont défendu et protégé le pays ; et les noms , les actions , les généalogies de ces rois et de ces héros sont identiquement les mêmes, et dans les livres sacrés antiques, et dans l'histoire épique de Ferdoucy.

On ne saurait donc, sans injustice et sans dommage pour les annales de l'Orient, refuser au poëte le titre d'historien, en se souvenant surtout que les livres sacrés avec lesqiiels sa relation historique est en parfait accord avaient été emportés dans l'Inde par les Guèbres, leurs sectateurs, trois siècles et plus avant l'existence du poète : d'où il résulte ce fait imposant et remarquable, que les traditions que Ferdoucy a suivies, d'après les documents qu'il avait eu l'avantage de réuni/ dans la Perse, ont été hautement confirmées et accréditées par les documents de même origine, qui avaient été transportés, plusieurs siècles auparavant, dans les Indes, où on ne les a découverts (jue se{)t siècles après la rédaction du poëme, de nos jours pour ainsi dire, vers l'année 1760.

* Anqiiclil-Dupcrron; Zend-Avesta, lome 11, pages 337 et 338.

Plusieurs scènes sculptées sur les antiques monuments de la Perse sont des chapitres tlgurés de ces anciens livres et du poëme en même temps.

Enfin, il existe des listes généalogiques des rois de l'Iran dans le Boiin-Déhesch' , dont quelques parties remontent jusqu'à Zoroastre , et qu'on a successivement continuées ; dans le Ravûët", interprétation du Zend-Avesta; dans les Nérengs ou ])rières*'*, qui font partie des lesclits-Sadés : et il est possil)lc de tirer aussi de ces documents originaux des données raisonnables et des indications utiles à l'histoire, en ce qu'elles rentrent dans les lois générales du monde humain. Ainsi, dans le chapitre xxxiv du Bonn- Déhescli il est dit que la gloire de Djem-Schid dura six cent seize ans six mois; et des écrivains modernes n'ont vu dans ce passage (|u'une tradition mythologique [)crsano cjui dt^inait à Djem-Schid six à sept cents années de règne, après lequel vint le roi Zohak. Mais il est dit au chapitre xxxn du même livre, que Djem-Schid eut dix générations de descendants; que le dixième fut père deFéridoum, lequel entreprit de venger la mort de Djem-Schid contre Zohak, qui , dit le même paragraphe, avait commandé le mal pendant tout ce temps : et ce n'est certainement pas abuser du droit de conjecturer, que de tirer de ces données cette conclusion probable : que Djem-Schid lut détrôné par Zohak; que ses descendants, héritiers de la couronne, se firent un devoir de la revendiquer contre les successeurs de Zohak; que le dixième descendant de Djem-Schid, Féridoum, fils d'Athvian Portuna, y réussit en chassant du trône Zohak- Bewarasp, neuvième descendant de l'usurpateur du trône de Djem-Schid; carde la mère du premier Zohak, dit le livre pchlvi, étaient venues dix hontes (dix générations), dont la i)remière, Zohak, en était la honte même, livré au péché de l'envie, inspiré par Ahriman'"*. Ainsi s'expliquent les six cent seize années et six

Boun-Déhesch , §§ xxxii, xxxui et xxxiv; Anquetil, Zend-Avesta, tome II, pages 416 à 422.

Ravaet, du mobed Behram Schapour; Idem., page 420, note quatrième. Idem., page '62.

**•' /(/cm, page 417.

mois de la (jloirc , dit le'tcxle, et non pas du règne de Djem- Schid; cl oc l'ut ;i{irès cet intervalle, qui fut la durée de l'autorité légitime de la race de Djem-Scliid et la durée du mal fait par Zohak, qu'un des descendants de Djem-Sehid, Féridoum, récupéra le trône, d'où les Zohak furent expulsés.

En suivant le tableau généalogique com{)liqué de lignes collatérales, mais néanmoins suflîsamment précis, qui résulte des textes originaux déjà cités, on trouve que la race de Féridoum régna pendant cinq cents ans; que ^linotcher, descendant de Féridoum, i)ar Iratz (jui en était le troisième fds, s'empara, en ce temps-là, de la couronne ; qu'elle resta dnns cette famille nouvelle pendantcent vingt années; qu'en même lemps parut, comme compétiteur de Minoteher, Afrasiab, sixième descendant de Féridoum, par son fils Toin^-Asptez, roi de Touran ; et enfin que régna pendant cinq ans Zou, fils de Thamasp fils de Minoteher, et qu'à Zou, nommé aussi Zab et Zav, succéda Kaï-Kobad, le chef de la dynastie des Kéaniens ou Achseménides, au septième siècle de notre ère.

C'est à cette dynastie que Cyrus assura une illustration méritée ; le commencement de son règne, en Perse, est fixé, d'après les textes persans, vers l'an 590 avant Jésus-Christ. Si l'on y ajoute cinquante ans pour les trois prédécesseurs de la même race, le règne de Zou cinq ans, celui de Minoteher et les siens cent vingt ans, cinq cents ans pour la race de Féridoum, six cent dix-sept ans pour celle de Djem-Schid, on arrive à l'année 1 882 avant l'ère chrétienne pour l'époque de ce même Djem-Schid, le plus célèbre des héros de l'histoire primitive persane, et sinon le premier fondateur d'un empire persan, au moins le premier chef des populations réunies de l'antique Farsistan.

La tradition relative aux invasions de Ninus et de Sémiramis dans les pays à l'est de leur empire, nonune la Bactriane et ne nomme pas la Perse. Djem-Schid, en effet, ne la constitua, d'après nos données, que (pielques siècles après Ninus.

Ferdoucy connaissait mieux (jue nous la valeur et l'authenticité des (locuuienls qui viennent d'être indiqués; il les adopta donc

avec toute raison pour son liistoirc poétique des premiers temps de sa patrie; et s'il était aujourd'iiui possible de dégager, par une froide analyse, le sujet du poëme ou de chacune de ses parties du cadre où il est littérairement exposé, et, pour tout dire, de le séparer de l'invention et du merveilleux que l'œuvre exigeait pour être digne de son objet, on ferait de cette belle composition deux parties bien caractérisées : l'une d'elles serait de l'histoire, et l'autre, de la poésie.

Un grave historien persan, parmi plusieurs autres, se place au premier rang des écrivains de cette nation par les brillantes qualités de son esprit et par l'excellence de son jugement, c'est iMirkond; il écrivit, dans le xv« siècle de notre ère, une histoire générale de la Perse depuis les temps les plus reculés, et ces antiques traditions (ju'avait suivies Ferdoucy dans son histoire en vers, Mirkond les adopta aussi dans son histoire en prose.

Ramenées, sans aucun effort, de la critique conjecturale à des limites naturelles, ces traditions iraniennes ne peuvent être dédaignées. Les Grecs ne connurent par eux-mêmes les Persans que durant le règne de la dynastie des Achaeménides, qui fut détruite par Alexandre; ils ne se montrèrent pas plus curieux de la littérature persane, qu'ils ne le furent de celle des Chaldéens ou des Égyptiens lorsqu'ils eurent soumis ces deux nations lettrées; et ce que Hérodote* a recueilli de l'histoire delà Perse ne .remonte pas au delà du règne du prince (ju'il nomme Déjocès, dont il n'indique point l'époque, et qu'on a pu assimiler, soit à Kaïoumortz, élu roi par le vœu du peuple, comme Hérodote le dit de son Déjocès, soit au Kaï-Kobad de Ferdoucy**, et nous examinerons bientôt ces synonymies diverses.

Pour les époques les plus anciennes des annales de la Perse, nonobstant le silence inévitable des écrivains grecs, c'est donc à ses propres annales qu'il faut se confier. La plus exigeante critique ne saurait s'y refuser, et ses préceptes mêmes commandent de relever d'un dédain irréfléchi les écrivains persans qui ont

* Livre i*"^, chap. xcxvi.

•' Malcdliii; Ilislinre ih> la Perse, tome I", page 317.

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sérieusement traité de l'iiisfoire de la Perse d'après les livres et les monuments de son aniiqiiilc.

Un autre livre, rempli d'antiques traditions consacrées par l'assentiment «religieux de plusieurs nations anciennes et modernes, la Bible, renferme aussi quelques indications relatives à l'histoire de l'Iran. D'un côté, il est dit que ses premiers habitants furent les descendants d'Élam, un des fds de Sem, fils de Noé ; il s'établit entre la Médie et le golfe Persifjue : c'est là qu'est située la Perse. Cette contrée porte, pour cela, le nom d'Élymaïs; Suze en fut la ville capitale. Les hommes du nord de l'Élymaïs étaient bons archers, redoutables dans les combats, mais insoumis ; les hommes du midi s'adonnaient aux travaux des champs et aux occupations sédentaires. Au temps d'Abraham , les Élymaïtes avaient un roi nommé Chodorlahomor; il tint sous sa domination, pendant trois années, le pays de Chanaan; il emmena prisonnier Loth, neveu d'Abraham. Mais le saint patriarche se mit à la tête de trois cent dix-huit hommes, poursuivit ce roi et délivra heureusement son neveu. Bien des siècles après, le roi de l'Élymaïs se nommait Érioch; il seconda Nabuchodonosor, roi de Ninive, contre Arphaxad, roi des Modes. Une partie de la population juive du royaume de Judée fut remplacée par des Élymaïtes; ceux-ci s'opposèrent à la reconstruction du temple de Jérusalem. Ainsi les Élymaïtes sont nés de la race sémitique.

D'un autre côté, il est dit aussi que Madaï, fils de Japhet, fut le père des Mèdes; de lui, le pays prit aussi le nom de Médie; Ecbatane en fut la ville capitale; cette province acquit ensuite une grande prépondérance sur les contrées voisines. Elle eut des rois, et l'Histoire Sainte a conservé les noms de quelques-uns.

Elle nous apprend donc, par les deux extraits qui viennent d'être cités, que, dans l'Iran, les Persans-Élymaïtes étaient de la race sémitique, et les Mèdes de la famille japhétique.

Le prophète Daniel date une de ses visions de la première année de Darius, fils d'Assuérus, roi des Mèdes*, et on suppose

' Daniel, ix, 1.

que cet Assuériis fut l'xAstyage d'Hérodote, grand-père de Cyrus. Daniel nomme encore un Darius, qu'il surnomme le Mède*, qui succéda à Balthasar, roi d'Assyrie, et l'on suppose aussi que ce Darius le Mède fut le Cyaxare d'Hérodote**.

Vers ce même temps, Tobie envoya son tils à Rages, ville de la Médie, pour se faire payer d'un billet de dix talents qu'il avait prêtés à Gabélus, habitant dans cette ville***.

Les Paralipomènes et Esdras citent l'édit de Cyrus qui permit aux Juifs de réédifier le temple de Jérusalem , et ces livres rappellent que ce roi rendit aux Israélites les vases d'or et d'argent que Nabuchodonosor en avait enlevés****.

Le même prophète Esdras***** cite textuellement cet édit de Cyrus trouvé dans les archives d'Ecbatane, et la confirmation que Darius, lils d'Hystaspe, leur en avait donnée.

Cette confirmation de l'édit de Cyrus par Darius, fils d'Hystaspe, avait été rendue nécessaire par la décision antérieure d'un autre roi qui en avait suspendu l'exécution depuis Cyrus jusqu'à Darius. Les Samaritains avaient en effet dénoncé les Juifs revenus à Jérusalem, d'abord au roi de Perse Assuérus, qu'on croit être Cambyse, successeur de Cyrus, ensuite à un Artaxercès, qu'on croit être le mage rebelle Smerdis, et celui-ci avait en effet défendu la réédification du temple : ce fut Darius, fils d'Hystaspe, qui la permit******. Artaxercès Longue-Main favorisa également les Juifs.

Dans l'histoire d'Esther, le roi de Perse est nommé aussi Assuérus. C'est le troisième roi de ce nom que la Bible nous indique, et on suppose que celui-ci est Artaxercès Longue-Main que nous venons de nommer.

Mais ce nom d'Assuérus, comme nom de roi de Perse ou de Médie , est partout ailleurs inconnu , aux écrivains grecs comme

* La Sainte Bible, en latin et en français; Paris, Lefèvre, 1834, tome XIII; table des matières à ces divers noms.

" Idem., VI, 8 et 9. *** Tobie, IV, 21.

*"* Paralipomènes, II, chap. xxxvi, 22 ; Esdras, I, chap. u ***** Idem, I, chap. vi, versets 1 à li. ****** Esdras, 1, chap. iv, v, vi et vu.

aux écrivains orientaux; et comme il désigne dans la Bible des personnages différents, on a présumé que ce mot exprimait plutôt un titre ou une qualification royale, qu'un nom *. Le Dictionnaire interprétatif des noms propres qui se lisent dans la Bible, qui est joint à toutes les éditions, donne en effet au nom d'Assuérus le sens de prince, chef, princeps, caput. Toutefois, on est obligé de convenir que l'incertitude que l'emploi répété de ce nom jette sur l'époque des faits où il figure et sur l'identité des personnages, dépouille de toute utilité immédiate pour l'histoire de la Médie et de la Perse les passages de la Bible où ces deux contrées et leurs souverains sont mentionnés à propos de ce nom.

C'est ainsi que les noms propres de rois mèdes ou persans recueillis dans les annales du peuple hébreu sont aussi difficiles à personnifier, que le sont, d'une part, les Déjocès, les Phraortès, les Cyaxares des historiens grecs, et, de l'autre, les Kaïoumortz, les Djem-Schid, les Féridoun et les Kaï-Kobad des généalogies persanes. C'est une stérile abondance de matériaux inconciliables, et des tentatives diverses, infructueuses jusqu'ici, l'ont suffisamment prouvé. L'extrait que nous allons donner d'une de ces tentatives, des dernières sans doute, et qui fut l'ouvrage d'un de nos illustres contemporains, n'en sera peut-être qu'une preuve de plus.

On tire de la Notice sur la Perse . par Champollion le jeune", les remarques suivantes :

I. Il y a des rapports nombreux entre les faits relatifs à la dynastie des Mèdes, rapportés par les Grecs, et les faits attribués par les écrivains persans à la dynastie des Pischdadiens. .Mais Hérodote n'ayant entendu parler que des plus renommés des rois de cette dynastie, tels que Kaïoumortz, Djem-Schid, Féridoun et Minotcher, n'a nommé que trois rois mèdes, Déjocès, Phraortès et Cyaxares.

• Makolm, tomo I", p. 3:i2, note première.

'■ Dans la CullecUon du gouvernement ; celte notice s'arrête h l'invasion d'.Vliaaiidre.

II. Les circonstances dans lesquelles, selon Hérodole , Déjocès fut appelé à monter sur le trône par les Mèdes, sont les mêmes que celles par lesquelles les écrivains persans expliquent l'élévation de Kaïoumorlz au gouvernement de l'État. Ces peuples, après une grande révolution, vivaient sans frein et sans lois; opprimés par l'injustice des grands et les tyrannies subalternes, ils appelèrent à les gouverner un homme sur lequel la renommée de justice attira tous les suffrages : les Grecs le nomment Déjocès; les Perses Kaïoumortz.

m. Hérodote attribue à ce premier roi la fondation et la construction de la ville de Hamadan , l'Ecbatane des Grecs; les annales persanes l'attribuent au contraire à Djem-Schid, et Hérodote a ainsi confondu ces deux rois, dont les noms Déjocès et Djem-Schid sont assez analogues.

IV. Selon le même historien grec, Déjocès eut pour successeur sow fils Phraortès, prince belliqueux et concjuérant; ces brillantes qualités furent précisément celles du roi Féridoum des Iraniens, descendant de Djem-Schid, et qui étendit son empire du nord au midi; mais il y eut onze générations entre Djem-Schid et Féridoum, et lorsqu'Hérodote a fait l'un fils de l'autre, sous les noms ne Déjocès et Phraortès, il a peut-être été induit en erreur par les locutions persanes pouthrô tlireethnoesch , mots zends très-fréquents dans les Hvres historiques, où ils signifient descendant mâle et non pas fils, non pas descendant immédiat.

V. La même observation s'applique au Cyaxares d'Hérodote, qui le dit fils de Phraortès, Cyaxares étant assimilé au roi Minotcher, qui fut descendant mâle de Féridoum à la douzième génération; et cette assimilation a pour elle quelque fondement, Hérodote plaçant, sous le règne de son Cyaxares, la première invasion de l'Iran par les Scythes ou Tartarcs, les Touraniens d'Afraziab, et cette invasion ayant eu lieu en effet sous le règne de Minotcher, et sous ceux de Noder et de Zab, ses fils et petit-fils.

VI. Cette invasion des Scythes ou Touraniens leur donna pendant vingt-huit ans, dit Hérodule, la possession de l'Iran; et, selon les Perses, la durée de l'interrègne (jui fut la suite ce celte

l'fcUSE. .i2

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occupation , depuis la mort de Zab , dernier roi des Mèdes pisehdadieiis, jusqu'à ravéucmcut du roi Kobad, le premier des Kéaniens ou Aciiœmcnides, fut de vingt ans. Ce fut Kaï-Kobad en effet (}ui chassa de l'Iran les Touraniens d'Afraziab, et les rejeta au delà de l'Oxus.

Dans des matières aussi rebelles à la critique, et sur un sujet tel que les antiquités de la grande nation persane, sujet grandiose, mais dont les éléments sont si fugitifs, si nombreux, si divers, et dont la plupart, les plus précieux mêmes, sont jusqu'ici inexpliquables, il peut jaillir du rapprochement des faits, des noms, et peut-être même des mots, quelques aperçus lucides, lorsque surtout cette conférence de ces subtils éléments est dirigée par la science et la bonne foi.

Il nous reste à tirer, de tous les documents de l'histoire de l'Iran dont nous venons de faire connaître l'origine et l'ensemble, un précis qui jette quelque lumière sur les premiers temps de cette histoire, jusqu'ici fort obscurs, et qui paraissent présenter dans un ordre méthodique les notions les plus certaines, mises dans leur plus grand jour, à leur plus véritable époque, dans leurs rapports les plus certains avec les annales des peuples contemporains. L'empire persan les chercha, les combattit, et les domina dans l'Orient ou dans l'Occident, jusqu'au moment où les causes mêmes et l'exemple de son triomphe amenèrent sa décadence, sa soumission à des lois nouvelles, qu'elle est peutêtre destinée à voir changer encore, si les nouveaux Scythes continuent, sur le terrain persan, la construction de leur grande roule de l'Inde.

Éclairés à la fois par les conséquences naturelles de l'examen que nous venons de faire des sources diverses de l'histoire persane, et par l'autorité de monuments nouveaux découverts et interprétés, nous avons dû faire deux grandes parts d'inilucnce à l'ensemble de tous ces documents : les premiers temps de l'Iran furent inconnus aux Grecs; ils en recueillirent tardivement, légèrement, quelques souvenirs; au contraire, les Iraniens conservèrent, longleuqis après leurs premières relations avec les Grc(3S,

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les documents et les traditions de leur histoire antérieure à ces premières relations : nous suivrons leurs livres pour composer cette première partie de notre récit.

Mais dès que les Grecs eurent établi ces relations, que leurs voyageurs habiles et curieux, comme Hérodote, eurent visité leur pays, observé les divers événements contemporains, appris et raconté ceux qui les avaient précédés de près, ces Grecs, si intéressés dans les événements de l'Asie, se concilient notre préférence en faveur de leurs récits pour cette partie de l'histoire de la Perse.

Et pour justifier pleinement cette préférence, il suffit de rappeler que l'inscription persane de Bi-Sutoum, en caractères cunéiformes, composée à l'occasion de l'avénemcnt de Darius, fils d'Hystaspe, et si heureusement déchiffrée et traduite par M. le major Rawlinson en l'année 1 846 , met hors de tout doute la véracité et l'exactitude d'Hérodote sur Thisloire de la Perse.

Nous suivrons donc les anciens livres et les traditions de l'Iran pour retracer l'histoire de la Perse depuis son origine jusqu'à l'avènement des Achœménides ou Kéaniens. Hérodote et les autres écrivains grecs ou Latins seront nos guides pour les temps qui comprennent l'existence de ces rois, l'invasion d'Alexandre et le règne des Séleucides, ses successeurs.

Depuis la fin de leur règue, Rome, (]ui survécut à tout l'ancien monde, se montre sur la scène qu'elle domina bientôt après, et ses écrivains ajoutent dès lors à l'abondance des renseiguements nécessaires à l'histoire de la Perse jusqu'à l'invasion des Arabes. La littérature musulmane ne pèche point par sa stérilité pour la suite de cette histoire jusqu'à nos jours.

Dans le précis qui va suivre, nous avons adopté une division du temps en périodes successives, dont chacune nous a semblé caractérisée par un fait ou par un personnage qui se place dans l'ensemble des siècles comme des jalons utiles pour en éclairer, quoique d'une lumière inégale, les profondes obscurités. La succession des dynasties est adoptée conmie division du temps dans l'histoire persane; nous l'avons deux fois employée en laissant à

ces périodes les dcnomiiiations déjà consacrées par l'autorilé d'écrivains recommandables.

La première dynastie fut celle des Maliabadiens, rois venus de rinde, cl dont les souvenirs historiques comprennent les origines iraniennes, tous les temps incertains, héroïques, si l'on veut, des annales primitives de l'Iran : les noms et les actions des plus vieux rois de la Bactriane et de la Médie, l'invasion militaire de Ninus et de Sémiramis, la mission divine de Kaïoumortz, ses descendants, l'anarchie dont les excès ramenèrent la royauté.

La seconde dynastie commence avec Djcm-Schid , dont l'élection et l'autorité se placent dans la seconde époque de l'histoire ancienne de l'Iran, au commencement du xix" siècle avant l'ère chrétienne. Originaire de l'Iran , cette famille porte le nom de Pischdadiens ou hommes de l'ancienne loi; elle eut pour ennemis les Arabes-Assyriens qui occupèrent longtemps son trône, et qui en furent chassés par le soulèvement des Iraniens fatigués de celte tyrannie étrangère.

La troisième dynastie, pischdadienne aussi, eutFéridoun pour chef, peu avant le milieu du xni' siècle antérieur à l'ère chrétienne. Féridoun , descendant de Djem-Schid, rétablit la couronne royale dans sa race ; mais ses descendants luttèrent contre leur branche cadette, celle des rois touraniens, qui possédèrent temporairement l'Iran.

La quatrième dynastie surgit d'une nouvelle anarcliie. Ce fut celle des Kéaniens ou Achaeménides; Cyrus fut un de ces rois; ses conquêtes élevèrent sa puissance au plus haut degré. Elle eut des rois guerriers dont le génie des Grecs ralentit les orgueilleuses entreprises. Alexandre, s'en allant à la conquête de l'Inde, déposséda le dernier des Kéaniens.

La cinquième dynastie fut celle des successeurs d'Alexandre, les Séleucides. Séleucus fut le premier.

La sixième dynastie , fondée par un Perse-Bactrien insurgé contre les Grecs, fut celle des Arsacides Parlhes ou Perses. Elle jeta un grand éclat pendant vuu\ siècles, et donna de grands rois ([u'\ balancèrent la fortune de Rome.

La septième dynastie eut pour chef un descendant des Achseménides, Sassam, du sang de Darius, fils d'Hystaspe. Ses successeurs, connus sous la dénomination de Sassanides, heureux pendant quatre siècles, combattirent Rome avec succès ; ils cédèrent enfin et disparurent devant le Koran et le cimeterre du kalife Omar, conquérant de la Perse.

La huitième dynastie fut musulmane; elle ouvrit l'accès du trône à plusieurs familles de la même religion; elles se sont succédé dans le gouvernement de la Perse : elles le possèdent encore.

Depuis Djem-Schid jusqu'à l'époque actuelle, l'intervalle est de trois mille sept cent trente-cinq ans. On ne peut contester à cette période la qualification certaine de temps historiques. La première dynastie, laissée aux temps incertains, n'y est point comptée. Mais, dès la seconde dynastie, D]em, surnommé Soleil [Djem- Schid), paraît avec éclat au commencement du xix' siècle avant l'ère chrétienne; la troisième dynastie, avecFéridonn , au xiii* siècle; la quatrième, au milieu du vn' siècle, avec les Achœménides; la cinquième, au dernier quart du iv* siècle, avec les successeurs d'Alexandre; au milieu du m*, les Arsacides fondent la sixième dynastie; la septième, les Sassanides, lui succède au commencement du m* siècle de l'ère chrétienne, et la huitième, au milieu du vm* de la même ère, s'empare du trône de Perse, qui est demeuré depuis aux califes et à leurs successeurs de la religion du Koran.

Tels nous paraissent historiquement déterminés l'ensemble et les divisions principales des annales de l'Iran, d'après ses livres sacrés, ses monuments, ses écrivains et ses généalogies royales, attentivement conférés avec les historiens de notre antiquité classique. Telles nous présenterons à nos lecteurs bienveillants ces intéressantes annales dans leurs principaux faits, leurs principales époques et leurs principaux personnages.

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