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humilité profonde et son extrême modestie, qae la plupart d'entr'eax en avaient fait leur confident et leur conseil ordinaire.
Souvenirs déchirants I J'ai vu languir et se flétrir ce cœur généreux et magnanime. Les secours de mon art et tous mes soins n'ont pu vous le conserver, mes chers concitoyens.
01 douleurs améresl et je ne suivrai pas au tombeau, mon bienfaiteur, oserai-je le dire, mon meilleur ami ! Que la volonté de mon Dieu,qui fut toujours sa régie, soit aussi toujours la mienne I Je dois supporter le poids du jour avec patience, puisque la divine religion qu'il me fit aimer m'ordonne, par sa voix, d'attendre et de souffrir.
Voilà, mes chers concitoyens, ce bon, ce saint et sage Pontife, que quelques personnes, malheureusement éblouies par les systèmes du jour, vous ont donné pour suspect dans ses principes politiques, parce que son àme éclairée, forte et courageuse, repoussait loin d'elle les inconséquences et les erreurs de son siècle.
Témoin assidu de ses derniers sentiments, je dois, mes chers concitoyens, vous déclarer que les approches (le la mort, dont il sentit, dés le 26, au fond de son cœur, les premiers coups, n'ont fait que le raffermir dans les principes religieux et politiques qu'il a toujours hautement professés, mais qu'il n'a manifestés, dans ces derniers temps de troubles et d'alarmes, qu'avec la modération et la prudence qui pouvaient s'allier à l'impérieux devoir de rendre hommage à la vérité, dans les occasions importantes, au péril même de sa vie. ForÈé donc de nouveau de s'expliquer sans retard, le dimanche 26, il chargea devant moi, M. l'abbé Boissière de nSdiger sa déclaration, sur ses notes et ses lettres qu'il
hi- bidiqua, dans rintention bien prononcée ite la àiguer, s'il «n avail le temps cl l:i force; car d^s ce M moment, il ne pouvait déjà plus porler. sans secours. Hon verrfl » h Iwuclie. Il fallut du temps pour achever ettle pièce que I'oq cominunii|ua, par son ordre, à MM. Lisooat, supérieur, Cnaï;oul, chanoine, et Coguiec, directeurs du séminaire, et la maladie faisait de rapides et il'e0rayaals progrés. Ce[>eiidanl l'essentiel lui tin fut lu devant moi, et Je Fus témoin de son entière approbatioD. Las remarques qu'il lit ne tendaient qu'à fonîlier la pitoi. Il m'en entretint même, pendant uu quart d'heure, avec satisfaction, aprà$ que M. l'abbé Boissiére fat reotré dans le cabinet.
A son avènement au siège épiscopal, il a juré, comme ciloycQ. entre les mains du monarque, d'être hdéle à «10 Roi, et de maintenir, de tout son pouvoir, son utloiilé souveraine. Il a rempli son serment. Que pou~ Tïit'il de plus? que pouvîit-il de mieuxt. . . Je vous cnloods. mes chers concitoyen», et vous dites : «< Ahl s'il « «àl voulu, fM bon pn'tlat, prêter à la Nation le même « senueitl. il serait devenu l'idole de ce peuple qu'il * étliOail sous tant de rapports. * Eli I voilà précisément, (Des rhers compatriotes, ce qu'il n'ambitionna jamais. Il ne désira jamais Être l'idole d'un peuple enivré de pusious funestes ; et jamais il ne voulut être que sa lluaiAre. son exemple et son pasteur.
Soyons justes, mes chers concitoyens, et surtout ne précipitons pas notre jugement, quand il s'agit de condanner uu tel personnage, lui qui ne se déterminait junttts lègèremeut, et jamais qu'après avoir consulté les «raies tumiéres et remonté jusqu'au! sources avouées da l'Église fil de l'État. Croyons plutôt que, puis<)u'il ne prtu p'ùul ce trop fameux serment, c'est qu'il ne
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croyait pas le pouvoir faire en coQsciencet et par conséquent qu'il ne le devait pas.
Il ne croyait point, il ne pouvait le croire, qu'un citoyen françois, sujet fidèle et bon chrétien, put reconnaitre en France d autre souverain que le Roi, d'autre autorité législative légitime que la sienne.
Il ne voyait à la nation, comme à ses représentants, que le droit inaliénable de se plaindre et d'éclairer l'autorité royale, droit sacré sans doute, mais inséparable du devoir aussi sacré d'environner le monarque de secours efficaces, en lui soumettant toute la force publique, comme en lui laissant toute l'autorité législative, sans laquelle le droit de commander à tous n'a point assez de force pour entraîner l'obéissance.
Si vous joignez ces principes lumineux et sûrs à ceux qu'il avait nécessairement, comme un fils soumis à l'Église, sur l'autorité spirituelle, hélas, si dangereusement compromise par quelqiles décrets, vous n'aurez pas de peine, connaissant son courage, à vous rendre raison de son refus de sermenter.
Persuadé que son premier serment devait suffire, puisqu'il ne l'avait jamais violé ; qu'être fidèle au Roi, vrai souverain de la nation dans une monarchie dont il est nécessairement le chef inséparable, ne faisant qu'un avec son peuple, c'était assez prouver à cette même nation, dont lui-même était membre, son entier dévouement à ses véritables intérêts. Convaincu de ces éternelles vérités, il ne crut pas, sans être contraint d'y renoncer, pouvoir prêter le nouveau serment civique.
En effet, mes chers concitoyens, qu'est-ce qu'un serment? Un acte religieux essentiellement obligatoire, mais libre, absolument, par lequel acte, on appelle en UArantie le Dieu de justice et de vérité, que ce qu'on
(!«' tenir, on le tiendra comme on le promet.
Mais jurer rl'ôtrc lidèlc à la nalion, c'csl, ea reranoaissanl sa souveraineté, jurer de la maintenir, même axa dépens du pouvoir exécutif mpn'me. s'il le faut, c'est-à-dire au détriment funeste de l'aiilnrilé royale, dunt les plus grands abus, quels que vns abu$ puissent élre, ne seront jamais aussi pernicieux à la sociéii^ que ceux d'une aulDrilé républicaine quelconque.
Sennenter poar la constitution nouvelle, c'est encore jurer de fHvnriâer en quelque sorte l'usure, île proléger M fie secourir tous les iléserleurs du cloilre, d'approuver, SUIS autre motif que des motifs humains, la lâcheté qa'ils ont d'être irÉlidéles à leurs vœux, comme à leur rtgle. sanctiormés par l'Église et dont par conséquent l'Ëgliso seule peut les dispenser.
Sormenter pour cette constitution nouvelle, c'est enfin jmr de se soumettre, sans atienOi'e la sauction de faolorité spirituelle, k tous tes changements qu'il a plu parmi nous k l'autorité temporelle d'apporter m la hiérardlie ainsi i\\iii la <lisi'ipline ecclésiasiique.
D'après l'abrégé des principes de notre prélat, mes chers concitoyens, l'homme juste et ferme, que nous wnuDS de perdre, n'a pu ni dû prêter le serment civiqnc lie t'A&sembtée naliunale; et si la conduite du saint &T6que rundamne quelques ecclésiastiques séduits ou trompés d'aboH, il leur reste toujours la double ressoorre du se mieux instruire et de se rétracter, s'ils vealenl éiuulTer <lans leur coeur les cris séduisants de l'antour-propre. ou do qaclqu'autre passion secrète, on tttnlement dissiper les rantômes de la teri'eur.
Qui de nous, ù mes chers concitoyens, oserait, d'après èeU. s'élever aujourd'hui contre ta mémoire de ce saint ecclésiastique, pour sou inviolable attachement à des
principes antiques et lumineux, qui seuls pourront ton jours procurer aux nations le degré de félicité dont elles sont susceptibles sur ce globe malheureux.
Ce ne sera point moi, mes chers compatriotes, moi qu'une fatale expérience n'a que trop instruit du danger des principes contraires à ceux de cet illustre mort.
Ce ne devrait pas non plus être vous, mes amis et mes frères, vous que la licence dégrade et que Tanarchie dévore depuis quartorze mois; vous qui ne conservez presque plus pour la religion de nos pères, la seule vraie, ce respect filial et majestueux que commande à rhomme le plus ordinaire la présence de cette religion sainte, source unique et pure de toutes les vertus morales et chrétiennes ; vous qui semblez triompher au-» jourd'hui de toutes les humiliations dont on abreuve ses ministres infortunés que Ton traite, en quelque sorte, comme des imposteurs et des brigands, et que Ton punit par la confiscation de leur patrimoine, comme s*ils étaient en effet convaincus de vol et d'imposture.
Et de quel crime les chargez-vous donc, philosophes prévenus, qui troublez ma patrie?
Us offrent à nos adorations, dés l'origine des temps, un Dieu de justice, de clémence et de charité; et vous les traitez d'imposteurs !
Ils nous prêchent un Dieu fait homme, s'immolant à la justice éternelle, comme victime expiatoire pour tous les crimes de la terre ; et vous les traitez d'idolâtres et d'imposteurs I
Ils nous présentent dans les oracles du Christ et les décisions infaillibles de son Église, en deux mots, dans le dogme et la morale, les motifs les plus pressants de nous faire aimer la vertu, et de nous déterminer à fuir le vice ; et vous les traitez de fanatiques et d'imposteurs I
Ils veulent être tidéles âu chef visible de TÉglise, de cette Église nécessairement divine et par conséquent infaillible; vous les traitez d'incendiaires et d'imposteurs I
Les plus faibles d'entr'eux et les moins instruits, s*ils ont de la bonne foi, balancent de vous croire : ils craignent de s'égarer sur vos traces ; ils redoutent le schisme et l'hérésie, qui s'avancent vers nous sous des dehors séduisants; ils tremblent; ils consultent les conciles et leurs évèques ; et vous les traitez de lâches et d'imposteurs I
Que- d'autres traits semblables, ne pourrais-je point ajouter à ces traits de vérité ?
Mais un jour viendra, mes chers compatriotes, et puissent les prières du saint Évéque que nous pleurons, hâter ce jour heureux, où vos yeux dessillés, comme les miens, par la main de l'expérience el de la vérité, fixeront l'humble tombeau qui renfermera demain les cendres précieuses de notre pasteur chéri, pour expier, par des larmes améres, nos trop longs égarements I
Je suis avec un ardent désir d'être utile à ma patrie, ainsi qu'avec le dévouement le plus complet à vos intérêts véritables, mes chers concitoyens, votre frère et
votre ami fidèle et respectueux,
Delaroque-Tremaria,
Médecin .