‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 13 sur 51 · DÉPOSITION · texte numérisé non relu

DÉPOSITION

de Monseigneur de Saint- Luc devant le Présidial de Quimper, qui l'avait appelé à sa barre, pour avoir démasqué la franc-maçonnerie dans son église cathédrale (1).

Mous soussigné, Évéque de Quimper, certitions et

(1) Voir les pages 12, 13 et 14 de ce livre.

rapportons (|ii'alin de disposer les peuples confiés à nos soins à proliier <lc la grfice <hi jubilé, nous aurions arrêté de donner deux unissions, Tune française, l'autre bretonne dans notre ville épiscopale; qu'en conséquence nous aurions rassemblé des différents quartiers de notre diocèse quarante missionuaires, dont le zélé et les travaux ont répondu à notre attente, à la tête desquels nous aurions ouvert ces deux missions, le jour de la Pentecôte, 26 mai dernier ; que sollicité par les missionnaires et le vœu de tous les honnêtes gens de prêcher contre une certaine association, formée depuis plusieurs années en cette ville, au grand scandale de la religion et des mœurs, ainsi qu' à la ruine des familles, je me livrai à entrer dans leurs vues et que j'exécutai, le samedi huit juin, entre les 5 et 6 heures du soir, monté en chaire, en exhortant mon peuple à la persévérance, entre autres moyens que je lui indiquai, je proposai la fuite des occasions comme un des plus efficaces.

J'ajoutai que l'occasion fatale, pour un grand nombre de mes diocésains, était une association, qui, contre rinlention sans doute de ceux qui s'y sont enrôlés, ne tend à rien moins qu'à conduire au déisme et au libertinai^'e, association réprouvée par les lois du royaume, par celles de l'Église, et par la raison même et par une décision de la Sorbonne. Sans nommer cette associalion, j'en dis assez pour faire connaître celle des francsmacons, qui fait beaucoup de mal dans ce diocèse. J'exhortai mes auditeurs à fuir ces conventicules, et je n'oubliai rien pour leur en inspirer de Téloignement. Je lis connaître que je savais, à n'en pouvoir douter, que, sous prétexte de cette association (seulement à l'insu et contre le gré de ceux qui la composaient), on faisait des levées d'argent sûr les habitants des villes, et

pour les iw,(!voir francs-mat-ons, ea leur faîâaol espérer des sommes consiflérables et un bouheur cltimérirfiu!, ce qiiB je. qualifiai d'exactions et de flouDSâioiis, et que la preuve en était acquise.

Jo passai cnsiiilc à iraiitres objets... Que, le )en- (Wtoaia neuf juin, vers les six heures du soir. Taisaut la clôture d<} œs deux missions, sur des propos qui iious étaient revenus et qui méritaient attention, nous crûmes devoir dire quelques mots au sujet de la susdite 3SS*ici;ilion. en exIiorUnl le peu[»le à persévérer dans la pratique dos vertus dont il nous avait donné l'exemple. (M nuiittrû. penilant l'exercice de la mission, le plus gram) désir : que, rendu à notre mai:>on éplscopale, on VAliS annonça un luiissier, qui avait une ^^iijnitication k BUOS faire de la part de M. le Procureur du Roi, présidial de cette ville; que cette si;;uilication nous ayant m faite, nous avons vu qu'on nous donnait assignation à comparaître, le lendemain dix de ce mois, à dix heures ùa matin, à la chambre du Conseil dndit présidial, devant W. /'; Ueutetiant ciril et criminel dudit siège, pour déposer comme témoin witlre le$ auteurs, fauteurs tl vuinpliirs du l'ertviMs escroqueries commises wm prèlcxie d'associations, etc. ; qu'ignorant ce que jtODtduail la plainte de M. le Procureur du Roi, et ne crofaiil pas devoir cx)mparaitre devant un juge qui est rna dus chefs de l'association des francs-macons, dont il se fait gloire, nous fimes signifier à M. le Procureur du Roi, le lundi dix juin, à neuf henies du malin, un dénoncé, pour lui di^clarer que nous n'avions d'autres otMnaiâsanees sur les objets indiqués dans l'assignatiou qne ulles (pii nous avaient été données par M. le ctievaKer Ge^tin, gentilhomme respectable de celte ville, et rnn des commissaires des Étais de la province, qu'ainsi

au-dessus de ladite indication, il était inutile que noas eussions comparu. . .

Mais sans égard à notre affirmation, ledit Procureur du Roi nous envoya sur-le-champ un second exploit pour nous obliger à comparaître, à la même heare de dix heures du matin, aux fins de laquelle, par pare déférence pour la jnstice, nous nous rendîmes au présidial, et nous nous fîmes annoncer par Vhuissier de senice au sieur juge criminel, qui, dans ce moment, entendait M. le chevalier Gestin ; ledit juge sortit pour nous le dire et nous prier de l'excuser, parce qu'il ne nous attendait pas dans l'instant, et qu'il ne pouvait interrompre l'audition d'un témoin, et nous pria de passer à la buvette. Apres avoir attendu trois quarts d'heure, on nous introduisit h la chambre du (iOnseil, où nous témoignâmes audit juge criminel notre étonnement de ce qu'il ne fût pas venu recevoir notre déposition, comme nous pensions qut> cela devait être; à quoi il nous répondit [)ar la lecture de la note 2 de la page 142 du commentaire sur l'ordonnance criminelle de 1670 par un conseiller du présidial d'Orléans, poi^ lant qu'un évoque de (larcassonne avait été débouté de pareille prétention par un arrêt du parlement de Toulouse. Nous répondîmes <|ue c'était le summum jm:el après avoir demandé nos noms et notre âge, et les avoir fait écrire, il nous fit prêter le serment et nous fit donner lecture du réquisitoire du Procureur du Roi portant, autant que nous pouvons nous en souvenir : Qu'ayanl été appris par un sermon préchéy samedi le 8 juin dans l'cgiise cathédrale, quil s'élail commis des escroqueries, sous prétexte d'associations, tant en rille qu'à In campagne, et qu'on en acait lu preute, le Procureur du Roi requérail qu'il en fût informée etc.;

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^'aprés cette lecture, nous avons dit que, ilés \orf. i^a^W éliiil i|iii*slion du résulUt d'nn sermnn par nous pronuiicù dans U châtre de noire églisu catlicdrale, nous D'avions rien à dùpuser concernant celte aiTaJre, déclarant m durplui; ([uu <-r< n'était (|ue pour ohéir à la justice. et donner au pt<u[»le l'e^Lemple que nous lui devons, que nttoi nous étions présenlô sous lontes nos protesla- Ijon» et réservations. . .

Oa'apréjj cette déclaration nous crûmes ne devoir )»littt être compliqué dans une action, qui était absoliiooDt éirangére: mais nous venons d'apprendre que les (ranc.s-ma^^ons, irrités de nos remontrances contre lenr associalinn, ont ému le Procureur du Roi, et lui ool &U]tgéré do Taire entendre de nouveaux témoins. !(ous iftnomns fi ledit Procureur du Roi a Tait une pUinle nouvelle, nu un nouveau réquisitoire. Mais nous amimes assuré ))ar la déclaration, qui vient de nous Métré faite par un genlilhomnie assigné et interrogé, ipie le juge criminel ne se contenlait pins de recevoir 1.1 déposition sur la plainte dont on nous avait donné lecture; mais qu'il inlerrogeait sur le discours que j'avais prononcé, le 8 juin.

Noos apprenons encore que nous avons lieu de craindi-e, el (]ue c'est vraiseralilable.que toute celte procédure ne tend qu'à nous faire passer pour dénonciateur et calomoialeur. . . Dénoocialeur il'un particulier, franc-maçon, i)ni a elToclivement surpris la bonne foi des gens simples, eu leur faisaut payer des sommes considérables, pour tes aggréger à la franc-raaconnerie; quoi que nous ne l'ayons désigné en aucune manière, ne le connaissaul pas même de nom, et quoique H. le Procureur eut plâQi' el entière counaissam^ des manuiuvres de ce jeaoe liomme, qu'il eiH vu les billeis qu'il avait donnés.

oi qu*il eut cherché à le faire évader. Elle tend encore ladite procédure à nous faire passer pour un calomniateur, eu iniputaut à cette association des torts, dont les franos«m.-^C<>ns î^ disent innocents, quoiqu'ils nous aient été ^iffinnés |vir des personnes de considération et par un ftaïKi nombre d*honnétes gens, qui sont affligés de riMr les BUBX que cette association cause dans cette ville, rt ifs detvnsi»s extréînes auxquelles les francs-maçons se ?i«r«L Jt^penses qui ruinent les pères de famille» et Jifsoleul les méivs vertueuses de ce pays; nous sommes sai;M J*uno lettre d'aggrégation à la franc-maçonnerie iXHilenanI la signature des francs-maçons de cette ville, ijbjut plusieurs sont les principaux membres du présidial «V VHiiuiper.

IV tout tjuoi nous avons rapporté notre présent procés- \wlvil |H)ur nous servir, ainsi qu'il sera vu appartenir. IVnné à Otnmper, le 12 juin 1776.

t T. Fr., Évêqne de Quimper.

DEUXIE^fE PARTIE

Noos venons de voir, en lisant les pages de la vie de Mitaseigneiir r)c Sainl-Lnc, comment se conduiâil ce amrajçeHX prélat, en face des urélenlioas anli-calholiques de rAïscnibiée nationale. Nous avons vu avec quelle énergie il prolest», sur son Ht do mort, contre la conslilntion hérétique et schisinatique rju'elle voulut imposer au clergé. La guerre était déclarée â l'Église; ses ministres n'avaient plus qu'à se préparer à la lutte : celle-ci ilevail être longue et sanglante; l'esprit le moins clairvoyant entrevoyait l'orage : personne n'en pouvait prévoir la lin t

1^ clergé du diocèse de Qi'i^pBi' ^'^ montra, pendant toale celle lugubre époque de notre histoire, digue de son évoque dêrunt et de l'Église. S'il y eut certaines défections dans ses rangs, elles ne furent pas nombreuses: encore est-il juste de le dire : plusieurs des prêtres, qui eurcnl le malheur de prêter le serment, le lirent parce rfu'ils se laissèrent tromper sur la valeur théologique de ce .serment dont ils ne surent pas discerner d'abord tout ie venin. Au reste, mieux renseignés, ces prêtres rètraitléreut presque immédiate ment leur erreiu' ; quant à ceux ijni succombèrent p,tr faiblesse, la pln|iart se rélractèrent aussi, les uns plus tôt. les autres pins tard...

.Mais suivons dans leur douloureuse carrière les pas de nos pères dans la foi.

Immédiatement après la mort de Monseigneur de Saint-Luc. le r.hapilre de la calhédrule de Quimper <e

hâta de pourvoir à l'administration da diocèse. Contrairement aux règles ordinaires de l'Église, va les circoDSlances exceptionnelles où Ton se trouvait, en prévision « de l'avenir, il crut pouvoir choisir un grand nombre de vicaires capitulaires. Il en nomma en effet dix dans la môme séance. Ce furent MM. Descognets, de Larchantel (l'ainé), de Langan, Thiberge, duLaurents, Le Normand, Cuesdon, Cossoul, de Larchantel (le jeune) et de Silguy. Cinq de ces messieurs, c'est-à-dire MM. Descognets, de Larchantel (l'ainé), du Laurents, de Langan et Guesdon, étaient déjà vicaires généraux de Monseigneur de Saint-Luc. Far respect et affection pour la mémoire de ce saint évêque, les chanoines se firent un devoir de les œnserver : ils continuèrent aussi leur mandat de vicaires généraux à MM. Doixant, recteur de Crozon, Floyd, recteur de Plusquellec et de Mauduit, recteur de Plovan (I).

Par le même sentiment de vénération pour la mémoire du prélat défunt, le Chapitre nomma vice-promoteur M. l'abbé Boissiére, secrétaire de l'évéché, qui exerçait auparavant ces fonctions.

Le grand nombre de vicaires capitulaires, le siège vacant, n'est pas, à coup sûr, dans l'esprit de l'Église, qui n'en demande qu'un seul dans chaque diocèse, en permettant de lui adjoindre un ou deux auxiliaires, eu qualité de substituts ou pro-vicaires. Tout en disant que cet exemple n'est pas à suivre, nous n'osons cependant pas trop blâmer la conduite du Chapitre de Quimper,qui céda sur ce point à un vieil usage français, peu louable sans doute; puis, il multiplia les vicaires capitulaires,

(1) Le Chapitre donna aussi des lettres de vicaire général à Mat de La Marche, évéque de Léon et ù Mgr Le Mintier, évéque de Tréguier (Reg. du Chap. p. \M).

ï cas li'absence on de décès des ans, les antres sabMstas^eiit : on prévoyait déjà le moment où il fiindrait fuir ilt^vaiit la porsticiition ou répandre son sang pour li canse de Jésus-Christ. D'ailietirs, les événf,'nienls n'ont, qoc trop bien jaslilié cette mesure : n'était-ce pas le cas d'invu'juer la rèj^le du droit : !\'i'ccssila!< nnn habet Ifigem : lo néirsxilé n'a pus dp loi }

\ji i8 septembre 179U, deux juiirs a>;uil la mort df Noa&cigneur de Saiutrtnc, le District s'était rendu dans la salle capitiilairc où il avait convoqué (de quel droit?) tes chnnoint>s et les dignitaiies du chapitre. Là, il leur QOtiHa la proclanialion du Koi pour la publication de la Constitution civile du clergé qui supprimait les chapitres. Il leur enjoignit de ne plus se réunir pour réciter ou chanter l'omce canonial, leur dérendunt même de »e IroDver fu corps, pour quelque motif que ce rûi, dans l'cgUse cathédrale, qui Tut livrée à deux recteurs jureurs ilt> la ville. Les chanoines protestèrent tous ensemble, séance lenanto, avec la plus grande énergie, et contre la violence qui It-ur était Taite. et contre l'illégalité ni l'injustice des ordrrs du District. Ils expriméreut. de la manière la plus noble et la plus touchante, la douleur on les plongeaient ces mesures aussi cruelles qu'impies. Ils dirent rattachement qu'ils avaient pour leurs saintes Dblijjalions, demandant qu'on les laissât s'en ac(|uilter pis^iu'ii leur dernier soupir. Leur demande lut lepoussée; et cependant, chose étonnante de la part de leurs peisncDteiirs. acte leur en fut donné dans le procés-verbal de 11 réunion dressé par le District.

Malgré celle défensi-, les ch;tnoines se réunirent. Iroi'

semaines après. Un d'entre eux avait prévenu ses confrères que le District avait reçu de l'Assemblée nationale les ordres les plus formels, pour dissoudre le Chapitre, casser les vicaires capitulaires et les remplacer par d'autres nommés par l'autorité civile. Alors, ces messieurs rédigèrent une déclaration par laquelle ils rappelaient, avec vigueur, l'oubli des promesses faites par le Roi et l'Assemblée Ils se plaignaient amèrement d'êlre, contre tout droit, et de la manière la plus dure, dépouillés de leurs biens, protestant contre cette iniquité ; ils priaient qu'on veillât à l'acquit des fondations pieuses qui leur incombait. Quant à la prescription de l'Assemblée nationale, cassant les vicaires capitulaires, ils refusèrent carrément de la reconnaître, la regardant comme nulle et non avenue, puisqu'elle émanait d'une autorité incompétente. Nous sommes fier, en notre qualité de chanoine, de mettre sous les yeux de nos lecteurs ce précieux document.

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