‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 18 sur 51 · MO · texte numérisé non relu

MO

maison d'arrestation de cette Tille, avec son collègue, M. Guesdon, dans le courant de Tannée 1793. Jusqu'à ce moment, ils avaient rempli tous les deux avec le plus grand zèle et la plus grande énergie tous les devoirs qui leur incombaient comme administrateurs du diocèse. D'après les notes de M. Tabbé Boissière, ils seraient morts, Tun et l'autre, en cette même année, à la prison de Quimper. D'après une lettre écrite de Tarragone^ en Espagne, le 14 Janvier 1798, par un autre prêtre de ce diocèse, M. Guesdon serait mort, à l'âge de 79 ans, dans la maison d'arrestation de Landerneau, en 4794, et M. Le Normand dans celle de Quimper, en 1796.

Quant à M. de Langan, chanoine et vicaire général, nous savons que, comme tous ses collègues, il ne faillit pas à ses devoirs ; mais nous ne savons ce qu'il devint après la dissolution du Chapitre et la dispersion de ses divers membres.

« Nous ne pouvons, dit M. Boissière, donner des « renseignements au sujet de M. de Langan, vu qu'il « était absent, lors de la mort de Monseigneur l'Évéque, « et que nous n'avons su depuis aucune nouvelle de lui. « Celui-là était encore bien connu pour son catholicisme « et son attachement au Koi. y>

M. René- Vincent de Larchantel, neveu du vicaire apostolique et vicaire général lui-même, était particulièrement odieux au déi)artement et au district de Quimper. Aussi fut-il obligé, dès 1791, de fuir pour échapper aux poursuites ordonnées contre lui. Il alla se cacher aux environs de Tréguier, d'où il passa à Jersey pour éviter d'être arrêté. Plus tard, il fit partie de la malheureuse expédition de Quiberon avec iMgr de

I de Dol. Pris et renfermé dans Is^môiT' d'Aura; avec ce vertueux prélat, il fiil fusillé avec lui : Â son exempte, il reçut le coup de la mort avec Ip calme et la résignation qui conviennent à des prêtres qui sont loajours restés fidèles à leur devoir et savent qn'ils vont jouir dans le ciel d'une vie meilleure- 11 fut enterré, avec plusieurs émigrés tant laïques qu'ecclésiasti^at^s, dans un terrain, situé près de la Chartreuse d'Aoray. et qu'on appelle depuis le Champ des Martyrs.

M. de Silguy était le plus jeune, mais il ne fut pas te moins courageux de tous les vicaires capitulaires. Plein d'ardeur et de dévouement à la cause du bien, il était le premier, dans toutes les assemblées capitulaires et dans toutes les rirconstances. à proposer les moyens de s'opposer aux progrés du schisme et de donner en mâme temps au Roi des marques de fidélité. Nous ïUroQs occasion de parler, en cet écrit, de la conduite béroique des dames de l'abbaye de Rerlot ; sans vouloir diininner le mérite de ces dames, qui trouvèrent en lui UD conseil et un soutien, nous devons dire ici d'avance qu'elles furent principalement dirigées par M. l'abbé de Silguy. Au reste, il ne borna pas l'exercice de son zèle à cette seule communauté ; il ne cessa, jusqu'au mois de Juillet 1792, de faire autour de lui tout le bien qui dépendait de lui, exhortant, fortiiiant. éclairant tous reux qui avaient besoin de lumière et de force, prêtres, religieuses et simples fidèles... Signalé comme un des plus fermes tenants des bons principes, il dut. pour no pas être aiTélè, quitter le département, Arrivé â Guinganip, vill^ des Côtes-du-Nord, il fut saisi par la garde nationale dans l'auberge où il était descendu et mis en prison. Informé de l'arrestation de son tils, le

père de M. de Silgny, qai habitait à Qaimper, obtint da département du Finistère que, sous sa responsabilité, il revînt dans la maison paternelle. U y demeura jusqu'au 10 Août, épo(|ue où il partit pour Brest, avec un passeport de Tautorité départementale, à l'ellet d'être déporté, Je 12 de ce mois en Espagne, avec la plus grande partie des prêtres séculiers et réguliers détenus au château de cette ville. Il ne passa donc guère qu'un jour en celte prison, puisqu'il fut embarqué pour l'exil, le lendemain de son arrivée.

M. ('.ossoul, vicaire général et en même temps l'un des directeurs du séminaire de Quimper, a souvent tenu la plume dans les écrits publiés par MM. les vicaires capitulaires pour prémunir les prêtres et les tidèles contre les doctriïies constitutionnelles et spécialement contre celles de Lei'ozet de ses consorts. Sa conduite fut toujours ferme et courageuse tant en public qu'en particulier. Dénoncé comme [>erturbateur du repos public, il fut. par ordre du dépc'ïrtement. du nombre des prêtres lidêles qui furent renfermés dans le couvent des carmes de Brest, au mois de Juin et aux mois suivants de 1791. En conséquence de l'amnistie générale, il en sortit, au mois de Septembre, t'ompris, au mois de Novembre. dan< la liste de ceux qui devaient être conduits au chàleau de Brest, il put s'échapper, cette fois, se remlit à Paris, de là en Angleterre, puis enfin en Allemagne.

M. de Mauduit, vicaire général, du temps de Mgr de Saint-Luc, comme il le fut, pemlant la vi^cance du siège, fut chassé de la paroisse de Plovan dont il était recteur, W. Il> Avril 1791. jour des Rameaux, Il se retira chez sa

fflélv t\m demeurait k i^ ou U lieues de Qitlmper. (k\ lui intenta un procès pour avoir, lian* la semaine qui piàcùdait los Uameaus, célébré deux mariages avec une i*ule iml)lication de lians : il avait lui-même aMonié la dispense des deu.'t autres publications et signé sur le registre sa (jiialité de riaiire ijénéral. tVêtail un méfait ans yeiu du déparlement, car c'était inrori5titntiontiel, puisque l'abhé de Mauilnit prolestait par cette signature contre l'inlrusiou d'Expilly et de ses vicaires. De plus, le jonr où il refusa le serment, il avait motiré énergifioeinent son refus. Le district de Vont-Croix lit recueillir tout ce qii'U avait pu dire, et de tous ces griefs résulta un mandat de l'arrêter, t^visé à temps de ce mandai, M. de Mauduit s'esquiva et passa dans un autre département. Après l'amnistie générale, il revint dans son diocèsu. Mais ce qu'il y eut de particulier, à son endroit. c'e^t que, malgré cette amnistie, on lit revivre son procès. It répondit à l'appel du tribunal le citant à compai-altre à sa barre, en (juiltanl de nouveau le déparlement pour se soustraire aux poursuites ordonnées contre lui. U fut, croil-on, condamné par contumace à la lêclusion au château de Brest. Réfuëié chez des personnes Uùvouées. il craignit de les cumpromelire, en demeurant sous leur toit, et il se détermina â passer en Espagne nù il resta jusqu'au Concordat.

\ sa rentrée à Uuimper, M. de Mauduit lut nommé par Mgr llombidau de Oonzeilhes d'abord cnré de l'l«gastfl-Sainl-(lermain . puis curé <le i^rozou, l'une des plus importantes pai-uisses et la plus étendue du diocèse. Malgré sa capacité reconnue, M. de Mauduit ^l trés-lmruiile ol Irés-modeste : la lettre qu'il iicrivit à son êvéque, le 0 Novembre 180.1, If prouve de la nuDiére la plus louchant*'.

« Vous prenez certainement, Monseigneur, un intérêt « beaucoup plus vif que je ne puis le mériter à ce qui € me concerne. Depuis la Révolution, j'ai toujours « désiré n'occuper aucune place; la Révolution m'a « dégoûté de toutes. Aussi, me suis-je opposé à toutes « les démarches commencées et qu'on prétendait con- € tinuer pour me placer. J'ai été à contre -cœur à « Plogastel; aujourd'hui à Crozon, je n'ai d'autre satis- « faction de m'y voir que parce que je me crois dans « l'ordre de la Providence, étant dans l'obéissance. « L'obéissance à mon évoque me conduira partout, « fut-ce à l'île de Seins. Mais mon goût sera toujours « pour la retraite. Je ne demande rien; je désire « n'être rien, et je m'estimerais heureux de n'être « attaché à rien. Je n'ai pas la prétention de me croire € un personnage intéressant. L'expérience me prouve « tous les jours mon peu de suffisance ; ce que je puis « offrir de mieux c'est la bbnne volonté, mais elle ne « suffit pas. A Dieu ne plaise. Monseigneur, que je sois « jamais capable de contrarier vos vues, même en la « plus petite chose : c'est bien loin de mon cœur et de « ma pensée; loin de le soupçonner dans la circons- « tance, je me flattais d'être entré dans ces mêmes vues, « en vous suggérant l'idée et vous procurant le moyen « de me faire remplacer. Je ne désespère pas, quand « vous aurez plus de connaissance du sujet, que vous « ne soyez plus disposé à le décharger : en attendant, a Monseigneur, je ferai de mon mieux, mais ce mieux « est bien peu de chose. »

Le modeste curé de Crozon n'obtint pas de son évêque tout ce qu'il demandait : n'être rien. A mesure qu'il le connaissait, Mgr Dombidau appréciait davantage ses solides qualités. Aussi, ne tarda-t-il pas à l'appeler

près de lui, eu le nominanl vicaire général : c'est dans res roifttioiis que mourut le pieux conressear de la foi, entouré de l'estime et de la vénération de tout le diocèse qn'il avait si bieu servi.

M. Dûixant, recteur de Croïon au mrimenl où éclata la Révolution, était en même temps vicaire générai de Mons«igueur de Saint-Luc; il fui aussi nommé vicaire capllulaire. après la mort de ce vaillant évéciue. Prêtre fidèle à tous ses ilevoirs, modèle du clergé par la régularité de sa vie, ce vénérable vieillard, d'un âge Irésavancé, repoussa le serment avec horreur. Il était presque mourant, lorsqu'il fut remplacé par un intrus. Sanâ égard pour l'état où il se trouvait, on lui signiûa de quitter le presbytère. Comme il ne pouvait pas marclwr, il fallut le transporter dans une maison voisine. Seâ vicaires ne voulurent pas laisser àd'autres l'honneur de rvadre ce service à un confesseur de Jésus-Christ : ils le placèrent doucement sur leurs bras et le portèrent ayec respect dans c^'tte maison, au milieu des larmes et des sanglots du la population aussi indignée qu'émue de ce spectacle.

Coite scène aussi cruelle qu'attendrissante se passa au bourg de Crozon. en l'année 1794.

Page 1