PRISON MS CARMES DE BREST
Il n'est aucun des ecclésiastiques demeurés fidèles à leur devoir qui n'ait été plus ou moins en butte à la persâcuiiou : nous ne parierons que des persécutions
générales exercées contre eux, en semant notre récit de quelques traits particuliers.
Après la mort de Monseigneur de Saint-Luc, un grand nombre d'ecclésiastiques adhéra, ainsi qu'on Ta déjà vu, à la protostation de ce prélat contre la Constitution civile du clergé. Cet acte fut l'occasion de persécutions conlre les signataires.
Dans chaque district,on convoqua,par ordre du département, tous les prêtres,alin d'amener ceux qui l'avaient donnée à retirer leur adhésion à la déclaration de l'Évêque défunt. On employa pour y arriver la ruse et la séduction : c'est ainsi qu'au lieu de les interroger tous ensemble, suivant leur demande, parce que l'union fait la force et que le frère qui est soutenu par son frère est comme une ville fortifiée, on les interrogea séparément, un à un, afin de tromper et de gagner les faibles. Quelques-uns eurent le malheur de rétracter, par crainte, leur signature : pour prix' de leur trahison, ils reçurent toute sorte de belles promesses et on les laissa provisoirement en paix, c'est-à-dire jusqu'à la demande du serment. Quant à ceux qui maintinrent courageusement ce qu'ils avaient fait, il n'est pas de menaces, de vexations et de tracasseries dont ils ne furent l'objet.
Dès le commencement de l'année 1791, les corps administratifs se mirent à exécuter le décret qui ordonnait aux évèques et aux curés la prestation du serment, som peine dUHre destitués. Au mois d'Avril, voyant que les curés intrus, qui avaient remplacé les pasteurs légitimes, ne pouvaient espérer d'entraîner les populations dans le schisme, tant que ces derniers resteraient dans leurs paroisses, le Directoire du département prit un arrêté par lequel il leur était enjoint de s'en éloigner d*au moins quatre lieues. Il est facile de s'imaginer de
- 'i07 îfeations cel airrte fui la source «l ï
Mais (iuel(iue violeute que fi'il celte mesure, et surtnul la manîtVe de l'exécuter, ces 'moyens ne lui parai ssaiil pas encoro safliâants, le dépariemerii défendit, le S jaillet snivant, à l'instigation des intrus, aux recteurs et aXtlKS ewlésiasliques de oontiimer l'exerciœ de lears Coactions. sous peine de se voir immédiatement conduits h Brest, pour y ôtro détenas dans le couvent des Carmes déchaïusés. transformé eu maison d'arrêt.
Au nos, on signifia Tordre de se rendre d'eux-mêmes î la maison d'arrestation, s'ils ne voulaient pas y âtre eondiiils,à leurs frais; de ce nombre furent MM. Cossûul et Lameur, Les antres, recherchés et poursuivis par la garde nationale, furent arrêtés et conilniis comme anlant de criminels et de scélérats : tels fnrent MM. de Kermorvan, Coroller et Janjaquer. D'aairos. en grand OCiinbre, désignés pour être également dirigés sur Hrest, De purent se soustraire à la vigilance des soldats qu'à travers mille dangers. Ils se cachaient dans les buis les plus épais, au sommet des montagnes les plus recalées, quand ils ne pouvaient trouver un sûr asile dans les maisons des chrétiens dévimés, oà les agents di! l'autorité révolaiionnaire exerçaient les plus minuliouses perquisitions , afin de voir s'il n'y avait pas, comme ds le disaient, de pn'lrex réfractaires.
Le l'ère Elisée, supérieur des Oarmes déchaussés de Brest et provincial, homme très-pieux, excellent religieux, araii rendu de très-grands services à la ville de Brest. Malgré tous ces titres à la bienveillance du peuple, il fut ti'llement maltraité par lui dans le*(trajet qu'on lui fît parcourir, avec deux autres prêtres, pour se rendre it Bou aucienoe maison, devenue prison, qu'il y arrivât
^ôûvën de contusions... La canaille voulait ' tuer!
M. Scouaroec, recteur de Saint-Pierre-Ouilbignon, fui encore plus maltraité et plus près de sa dernière heurei Conduit suus un réverbère, il allait être élraaglé par L corde qui retenait la lanterne, lorsque la garde finit," après une lutte Irès-vive, par l'arracher des mains des forcenés qui s'acharnaient après leur viclime, dont ils avaient juré la mort.
M. Coroller, recteur de Sainl-Matliieu de Quimper. ( son vicaire, M. Janjacquer, tranrérés de Quimper k ! prison des Carmes, curent à subir, à travers les rues d Brest, les mêmes mauvais traitements et les mém périls : la populace de cette ville avait soit du sang d prêtres irréprochables I
Doit-on s'étonoer de la baine qu'elle montra pour I confesseurs de la foi, quand on sait qa'Expilly ( donnait lui-même l'exemple 1 Les magistrats de Brest avaient informé l'autorité départementale qu'ils na pouvaient plus répondre des jours des prisonniers | ecclésiastiques, U priant de les transférer dans i endroit plus calme ; ou consulte l'évêque intrus, aioi^ à Paris; au lieu d'être touché du malheureux sort c ses auciens confrères, il répond cruellemeiii qu'ils noi bien à Brest, qu'il faut les y maintenir...
Ce n'est pas la première fois que nous voyons ce p apostat donner ces signes Hagrants d'inbumanitâ : l'égard de ses frères dans le sacerdoce. On dirait qa'fin A se faisant révolntionnaire. il avait dépouillé tout s ment de l'humanilé la plus vulgaire.
Les détenus eurent à subir dans la maison d'u tioD do Brest Idule sorte de mauvais traite L'espioaaage le plus oatrageaot, les calomnies les plq
infâmes, les menaces les plas terrifiantes, les injures les plus grossières, les propos les plus ignobles : rien ne leur fui épargné de la part des soldats nationaux qui gardaient les portes extérieures et intérieures de leur prison. Comme à leur divin Maître abreuvé sur la croix de fiel et de vinaigre, on leur fit boire jusqu*à la lie le calice de toutes les amerlumes. Mais heureux de souffrir pour Jésus-Christ, ils demeurèrent inébranlables et fidèles dans la foi, supportant avec une patience admirable toutes les souffrances physi(]ues et morales par lesquelles on s'acharna à les faire passer, avec une persistance et un raffinement dignes des premiers persécuteurs de l'Église : il y avait seulement cette différence que ces derniers étaient païens et que les geôliers de nos prêtres étaient leurs frères et souvent leurs enfants en Jésus-Christ.
Voici, avec la date de leur entrée et de leur sortie, Tes noms des prêtres séculiers et réguliers qui furent renfermés dans cette maison :
Messieurs
De La Rue, recteur de Saint-Sauveur de Brest, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Drévés, curé de Saint-Sauveur, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Loslis, aumônier de l'hôpital de Recouvrance, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
La Pierre, prêtre de Saint-Sauveur, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Scouarnec, prêtre de Saint-Pierre-Quilbignon, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Larreur, curé de la même paroisse, entré le 28 juin
1791, sorti le 2 juillet.
Peyron, prêtre habitué, entré le 28 juin M9i, sorti le 2 juillet.
Loncle, prêtre, instituteur des enfants de M. du Porzic, entré le 28 juin 1791, sorti le l^*" juillet.
De Laporle, curé de Saint-Louis de Brest, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Kermarrec, curé de Saint-Louis de Brest, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Bernicot, curé de Saint-Louis de Brest, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Labous, prêtre de Saint- Louis de Brest, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Linois, prêtre de Saint-Louis de Brest, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Plessis, prêtre de Saint-Louis de Brest, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
De Pentrez, ex-jésuite, entré le 28 juin 1791 , sorti le
27 septembre.
Kermergant, aumônier du petit couvent, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Duchêne, directeur des Filles de la sagesse, entré le
28 juin 1791, sorti le l'^' août.
Moillard, capucin, aumônier des vaisseaux, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Mocaër, recteur de Lambézellec, entré le 28 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Gorret, recteur de Guitelmézo, entré le 29 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Lilès, curé de Lanrivoaré, entré le 29 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Cariou, prêtre de Guilers, entré le 29 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Gouachet, prêtre de Plouzané, entré le 29 juin 1791, sorti le 27 septembre.
Qoéméneur, curé de Saint-Marc, entré le 29 juin 1791, sorti le 2 juillet.
Perrot, recteur de Ploumoguer, entré le 2 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Gouachet, curé (Je Gouesnou, entré le 2 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Briant, recteur de Plounéour-Ménez, entré le 7 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Boustouler, curé de Lanmeur, entré le 7 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Graveran, recteur de Roscanvel, entré le 7 juillet 1791. sorti le 27 septembre.
Meillard, curé de Crozon, entré le 7 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Le Noanès, recteur de Saint-Melaine de Morlaix, entré le 7 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Kerno, recteur de Plougonven, entré le 7 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Nigeon, curé de Plougonven, entré le 7 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Goerlesquin, curé de Saint-Martin de Morlaix, entré le 8 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Le Breton, curé de Saint-Martin, entré le 8 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Pitot, recteur de Saint-Mathieu de Morlaix, entré le 8 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Le Moyne, curé de Saint-Mathieu, entré le 8 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Le Balc'b, curé de Saint-Mathieu, entré le 8 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Penn, curé de Plouigneau, entré le 8 jaillet 1791, sorti le 27 septembre.
Abjean, recteur de Saint-Thégonnec, entré le i 1 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Tanguy, curé de Saint-Thégonnec, entré le 11 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Tranvouës, recteur de Pleyben, entré le 11 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Abhamon, prêtre de Plouguerneau, entré le 12 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Gourmelon, prêtre de Saint-Sauveur de Brest, entré le 12 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Le Breton, recteur de Sibiril, entré le 12 juillet 1791, sorti le 18 juillet.
Bonnemès, recteur de Plounévez, entré le 12 juillet 1791, sorti le 18 juillet.
Cloarec, recteur de Trèfles, entré le 12 juillet 1791, sorti le 18 juillet.
Le Hir, chanoine du Folgoët, entré le 12 juillet 1791, sorti le 18 juillet.
Jacob, prêtre de Plounéventer, entré le 12 juillet 1791, sorti le 18 juillet.
Pouliquen, curé de Locmélard-Sizun, entré le 13 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Cossoul, chanoine de Quimper, entré le 13 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Laod, recteur de Tlle d'Ouessant, entré le 16 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Coroller, recteur de Saint-Mathieu à Quimper, entré le 25 juillet 1791, sorti le 8 août.
Jacquer, son curé, entré le 25 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
L'abbé de Kermorvan, chanoine de Quimper, entré le 26 juillet 1791, sorti le 25 août.
Le père Augustin Cor, capucin, entré le 26 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Kermergant, recteur de Plougonvelen, entré le 28 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Le Gai, curé de Lochrist, entré le 28 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Moing, curé de Ploumoguer, entré le 28 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Le père Elisée, provincial des Carmes, entré le 28 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Sévère, prêtre de Pleyben, entré le 29 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Gloaguen, curé de Ploaré, entré le 29 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Talarmin, curé de Milizac, entré le 31 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Ragupnès, curé de Landudec, entré le 31 juillet 1791, sorti le 27 septembre.
Gourmelon, prêtre de Saint-Houardonde Landerneau, entré le 3 août 1791, sorti le 27 septembre.
Lameur, prêtre de Pleyben, entré le 3 août 1791, sorti le 27 septembre.
L'abbé de la Biochais, entré le 23 août 1791, sorti le 5 septembre.
JMarfty, irlandais, aumônier des vaisseaux, entré le 23 août 1 791 , sorti le 28 août.
Bnrlot, curé de Plouyé, entré le 6 septembre 1791, sorti le 27 septembre.
Quiniquidec, curé de Saint-Ségal en Pleyben, entré le 14 septembre 1791, sorti le 27 septembre.
LaDnnrien, ex-jésuite de Morlaix, entré le 15 septembre 1791, sorti le 27 septembre.
Thual, curé d'Ouessant, entré le 23 septembre 1791, sorti le 27 septembre.
Voici les noms des religieux de la maison également mis en état d'arrestation le 28 juin :
Le Père Florent, prieur.
Le Père Bonnefoi, sous-prieur, qui prêta le serment, au commencement du mois d'août.
Le Père Cyprien, déliniteur.
Le Père Maurice, inlirme.
Le Père Corenlin, ex-prieur des Carmes de Carhaix.
Le Père l'acifiqne.
Le Père Alexandre.
Les Frères Louis, infirme, et Florent.
Au mois de Septembre 171)1, en vertu de l'amnistie générale, ces glorieux confesseurs de la foi furent élargis, à la condition qu'ils ^e conformeraient à Tarrêté du mois d'Avril dont nous avons parlé plus haut.
Mais cet élargissement ne devait pas être de longue durée. Furieux de voir rendus à la liberté les prêtres, dont la noble attitude était la plus évidente condamnation de son odieuse conduite, Expilly, à la tète de son troupeau de vils intrus, mit tont en œuvre pour paralyser cet acte de justice, et attirer sur le clergé orthodoxe une nouvelle leuipùte plus forte que la première.
Après avoir, pendant plus de quinza jours, travaillé à trouver des prétext(»s pour exécuter ses projets toujours subsistants contre tous ceux qui pouv:iient directement ou indirectement discréditer les minisires tlu culte non-
le Département, dont Expilly el Gomùre, son digne vicaire, ét:iienl memlires, recommtsnça, avec un rwloublemont de violence, la persécuiion, un moment ostiiiisibit'iiteni interrompue. Sur des iléiioiiciation contronvées. sans doute mendiées dans diiïérenis districts, et payées, il ne i^arda plus de mesure.
Ui 29 Novembre, il prit un arn^té fulminant, par lequel il ordonna l'incarcériition au Château de Brest : 1° (Je tous les ecclésiastiijues qui avaient obtenu leur liberté, au mois de Septembre précédent; 2" de tous ' ceux qui, ayant refusé le serment, troubleraient l'ordre pnblicpar leurs discours, leurâ avis et leurs conseils, ou par leurs écrilî : c'était comprendre ilans la proscription tous les prêtres vraiment catholiques qui, n'écoutant (]ue leur zèle et leur devoir, auraient cherché à prémunir les fidèles contre les fausses doctrines de la Révolution, soit dans des conversations particulières, soit an Iribuiul de la pénitence, soit par des écrits composés pour réfuter les erreurs nouvelles.
Un pareil arrêté ouvrait, on le voit, aux ennemis de Dieu et de la sainte Église un vaste champ dans lequel ils devaient marcher avec la rage et la cruauté qui caractérisaient les sectaires de celte sanglante époque.
l.e* brefs du Souverain-Ponlife, en date du 10 Mars et du 13 Avril, avaient paru depuis plusieurs mois. Ils étaient venus fortifier la foi el le courage des bons prêtres, en leur apportant l'enseignement et les encouragemeals du Vicaire de Jésus-Christ, à l'heure où le prince des It^nèiires et ses fanatiques suppôts s'étaient plus que jamais décharnés contre eux. Telle une troupe de -Boldats aux prises avec un ennemi puissant; au plus fort de la mêlée, au milieu des ombres de la nuit, elle entend la voix r^nnne de son général qui la dirige et
Tencourage ; immédiatement elle redouble de valeur et résiste jusqu'à la mort, plutôt que de manquer à l'honneur. C'est ainsi que Ton vit agir la glorieuse phalange des soldats du sacerdoce, dès que la voix de son chef spirituel se faisant entendre au milieu de Torage, lui traça nettement la ligne du devoir.
Si jusqu'à ce moment, quelques-uns ont pu hésiter sur la valeur théologique et canonique du serment prescrit par l'Assemblée Nationale, ils ne peuvent plus balancer maintenant, puisque Rome a parlé. Ce n'est plus seulement l'opinion du clergé de France; c'est le jugement du Saint-Siège qui déclare ce serment impie et sacrilège, ^ lioma lovuta est, causa finita est. » Glorieux de tenir fortement à la chaire de Pierre, et fiers d'avoir mérité par leur intréi>iilité l'approbation et les éloges solennels du Pontife Romain, les ecclésiastiques non assermentés n'auraient rempli qu'une partie de leurs obligations, en demeurant fermes dans la foi, s'ils ne s'étaient ericore opposés comnie un mur d'airain au torrent d'ini(|uilés et de sédiiclions qui inondait le royaume tout enli(»r. Aussi, >uns craindre ceux qui n'avaient d'autre pouvoir que celui de leur ôler la vie (lu corps; sans écouler les raisons que la fausse prudence du siècle, uu la pusillanimité aurait pu leur suggérer pour garder le silence, ces vrais ministres de la sainte Église saisissaient toutes les occasions d'instruire les populations et de leur montrer le précipice affreux où l'on voulait les conduire, i>ar la voie des principes mauvais prêches par les prêtres (/.ssn-me/*/r.v. Dieu bénissait visiblement leurs discours, leurs exhortations et leurs exemples. Docile à teui* voix, le grand nombre fuyait les assemblées des schismatiques et s'abstenait dt' rommunitjuer av«»c les intrus. D'autres, désabusés de
(•rTsargct consternés d'avoir fail naufrage dans la fui. rentraient dans lu sein <le l'Église, demandant an léle e( à la charité des prêtres fidèles les consola- Ûaas ol leâ secnnrs dont ils avaient besoin, poui- sortir de t'abime où ils setaienl engagés.
Par une prévoyance pleine de sagesse, les vicaires en pi tu lai res, le siège vacant, avaient, dès le commencement dtilTDI, réglé la ligne de conduite que devaient tenir, pendant le schisme, les ecclésiastiques qui demeureraient allactiés à l'aulorilé légitime. Pour cela, ils avaient adopté, pour le diocèse, un mandement de Monseignear l'Évl^ifae de Langres y traijant à ses ()rètres cette ligne de conduite. lU avaient, en même temps, accordé à tous les prâtres déjà approuvés les pourvoirs nécessaires pODf l'exereire de tontes les Tondions du saint minislàre. Par ailleurs, S.i Sainteté avait établi, comme nous l'avons dit plus haut, un vicaire apostolique, nanti des facilités les plus amples avec le pouvoir de les communiquer en tout, ou en partie, aux prêtres non nusermentét, auxquels il jugerait bon et utile de les accorder. Les choses étant ainsi disposées, rien ne manquait donc poarla canoiii.)ue administration spirituelle du diocèse. Aussi, malgré les efforts et les agissemonls des conslitatiunnels, ces prêtres étaient-ils recherchés partout, soit pour valider les mariages célébrés devant les intrus, sOiL pour administrer les sacrements de la Pénitence, de rEocharistie, de rEUréme-Onction . soîl même pour cuilférer le Uaptéme aux petits enfants. Humiliés et nutrés de se voir ainsi abandonnés et méprisés, les pïftleurs intrus ou cotislilutionneU portaient journellemeal d«& plaintes devant les corps admiiiistratifs ; et ce tanul ces plaintes, jointes aux intrigues et aux calomnies tlas amis Ar la nouvelle coDStitntion. qui provo-
quèrent, le 29 Novembre, l'arrêté du Directoire du département.
A peine cet acte fut-il rédigé et signé qu'il se forma une longue liste des ecclésiastiques qui devaient être arrêtés dans les divers districts. Des ordres furent expédiés sur-le-champ aux gendarmes et aux gardes nationaux, exécuteurs serviles de toutes les volontés des administrateurs, surtout quand il s'agissait de vexer les prêtres fidèles. Les uns sont saisis, au milieu de la nuit, dans leurs propres maisons; d'autres, dans les retraites et les asiles que leur avaient offerts des amis dévoués, pour les soustraire aux recherches des soldats ou aux dénonciations des patriotes. Qaelques-uns même sont arrêtés au pied des autels ; et sans qu'on leur accorde le temps de prendre les choses les plus nécessaires à la vie, ils sont impitoyablement tminés à Brest, comme on traîne les hommes coupables des plus grands crimes.
L'Assemblée Nationale ayant réuni au diocèse de Quimper, sous la dénomination devéché du Finistère, celui de Saint-Pol-de-Léon tout entier, une partie considérable de celui de Tréguier, et quelques paroisses de ceux de Vannes et de Dol, les districts dépendants de celte nouvelle circonscription secondèrent avec zèle les intentions du Directoire du département. Cependant, malgré toute leur activité, ils ne purent parvenir à arrêter que 107 ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers, depuis le I" Décembre 1791 jusqu'au 12 Août 1792. C'est que les proscrits, se tenant sur leurs gardes, ou trouvaient moyen de s'échapper, quand ils pouvaient être avertis de la marche des gendarmes et des gardes nationaux, ou avaient pris la fuite pour aller se cacher dans les bois, dans les montagnes, dans des châteaux et des villages où ils étaient à l'abri des perquisitions.
Dans le district de Pont-Croix, on se saisit, dès le 1" Décembre 1701, de M. Le C;ic, régent de cinquième an collège de Quiniper (I) : c'était le îieul prêlre de cpl élâbliâ^emeiil qui .ivait refusé le sermonl et perdu sa chaire . en conséquence ; tous ses confrères avaient donné dans le sctiismu., à l'exemple de leur principal. Glande Le Coz. On y arrêta encore MM. Gloagnen, vicaire de Ploaré; Charles, prêtre dePlozévet; Plohinec, vicaire de Pont-Croix, et Rochcdj-eus. vicaire de la trêve de Gniler. paroisse de Hahaion : ce dernier avait déjà subi aaparavant une procédure criminelle, à cause de son zélé à instruire leè habitants de cette trêve. M. ricliaull, vicaire de Saint-Sauveur de Brest, qui se trouvait alors à Pont-Croix, fut aussi arrêté et conduit à Brest, comme ses cinq autres confrères.
4 l'exceplion du vicaire de Pont-Croix, ces ecclésiastiques ne demeuraient p:ts dans la ville : ils y étaient venus momentanément pour afTaires. Sur un avis secret dii Directoire, ils se rendirent devant les juges du district. A leur entrée dans le prétoire, le président les accueillit par un rire moqueur, en leur signiliant qu'ils étaient, dès ce moment, en étal d'arrestation pour Brest. Ib demandent larrèté de l'autorité départementale : on le leur communique. Ils prouvent au premier magistrat dn district qu'il outrepasse les ordres qu'il a reçus. Jlalgré leurs justes observations, on lenr déclare de nouveau qu'ils sont prisonniers. Les sbires, au service
:■ • < <]<;.)' i<r<N< cl mort l'Iianoine lilulaiK de lu caib^rale de Qiit/ii I i 11 isi-j. Iluvujiémigr^en /Mkmugne, d Munich,
M il ' : < . 'tria iIhhs une himille chrétienne, dont il
iiktiriiM' I. . lit ini . !.r' si)iivenirderbos|iiuli(é qu'il irouvu au ^n dect-ii'- HM-ciliTiti- latiiille ll[ iDUJours c<')Ul<^r les |iliis dituces larmes iti9 leux ilii hon vleJllard.
-Mode cet inique tribunal, sont immédiatement mis sous les armes, pour garder ces innocentes victimes : ils sont si bien stipendiés que rien ne transpire au dehors.
Pourquoi donc ce huis clos? Pourquoi cette minutieuse précaution de cacher une arrestalio:! ordonnée par le Département? Ah ! c'est que le mandat d'arrêt reposait sur un exposé évidemment faux, œuvre de quelques zélés patriotes de l'endroit, qu'il était facile de confondre devant le public. Celui qui fait le mal cherche les ténèbres !
Le temps était affreux : la pluie tombait à verse; il faisait un froid très-intense; la nuit était sombre : vers les dix heures, on amène une mauvaise charrette, à demi-couverte, dans laquelle on entasse les six prisonniers, comme un vil bétail, sans même leur procurer de la lumière pour s'y placer Comme les ténèbres étaient si épaisses qu'ils ne pouvaient rien voir, l'un d'entre eux demanda une lanterne : le président du district, aussi cruel que sa mère, la Révolution, lui répond qu'il en trouvera peut-être en route. Ils partent ainsi pour Quimper, distant d'environ sept lieues, escortés d'une vingtaine des plus misérables sujets de la ville. Arrivés, à huit heures du matin, on les fait attendre, près de deux heures, à la porte de la cour du tribunal du département, sans doute pour donner le temps à la populace de les insulter ; mais, cette fois, plus compatissante que ses pères, la canaille se contint : une seule femme du voisinage eut la honte de venir injurier les nobles captifs. Conduits enfin dans la cour, puis dans l'antichambre du Directoire, ofi ne leur proposa point de changer de vêtements, bien qu'ils fussent tout imprégnés par la pluie. Vers les dix heures, le président arrive; voyant les prisonniers transis et grelottant de froid, il
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lût cefwndftiil allumer «lu Teu pour te» réchiuRér, uns leur rien oiïrir à manger. m<ilgré le besoin qu'ils en avaii-'ut. Viennent ensuite successivement les divers mèxabres du Directoire. Quelques-uns, en passant dans l'antichambre. Tout semblant de les saluer: d'autres ne Tont aucun cas d'eux. Le Tameux Gomaire, vicaire d'Expilly, les regarde de la manière la plus dédiûgneuse. Ils alteu- (leiit l'arrivée de l'Évêqiie intrus qui. leur avait-on dit, devïii aâsisler aussi à leur jugement; mais, retenu probablement par la honte, ils ne vint pas.
Vers onze lienres, mourant de faim, ils prient de leuiapporter quelque nourriture. On fut longtemps sourd àleur prièro : enlin, après plusieurs demandes, on remit & un des valets du tribunal quelques pièces de monnaie pour leur acheter du pain. Celui qui le leur distribua le leur jeta comme à des chiens, en leur touroant le dos, et faisant retentir la maison de l'air Ça ira.
A midi, te présiilent annonce aux prisonniers qu'ils vont être conduits au Séminaire, où l'on aura soin d'eux : il ajoute que, s'ils ont quelque chose à répondre aux griefs dont ils sont chargés, ils en auraient la liberté. Mais il faut remarquer qu'ils ignoraient quels étaient CtiS griefs.
Ils [lartent donc pour le sémiiiaire. Lej gardes natio- Ittui qui les escortaient leur font traverser toute la ville, il. au lieu des insultes qu'ils s'attendaient à recueillir sur leur pass:tge, ils virent verser des larmes sur leur sort. Le supérieur constitutionnel les reçoit h la porte de l't'la'jlisseraeot avec un embarras qu'il ne peut dissimuler. Rougissant en leur présence, il se hâte de leur désigner kmrs chambres, et se retire promptement, edmme un geôlier qui ne peut envisager des prisuoniers qa'oa lut confie. Ah I c'est que ces prisoaoicrs étaient
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ses frères dans le sacerdoce ; ses frères fidèles dans la foi, dont la vue lui rappelait à lui sa chute et son infidélité persistante!
Au bout de cinq jours, ordre est donné de les diriger sur Brest. On les epiméne par les dehors de la ville, sans que personne leur manque de respect, à Texceplion d'un armurier, forcené patriote, qui les suit, pendant près d'un quart de lieue, en les accablant d'injures et en faisant retentir à leurs oreilles la clochette des agonisants qu'il avait prise à l'hôpital général.
Nous, dirons plus bas comment on accueillait à Brest les prêtres que l'on y envoyait captifs (I).
Le môme District de Pont-Croix fit encore arrêter pour Brest, le 13 Décembre, M. Kernilis, aumônier de lU. le Marquis de Plœuc, et, le 12 Juin 1792, M. Morvan, recteur de Plonéour-Lanvern, qu'il avait soumis, plusieurs mois auparavant, à un procès criminel. Nous mettrons, à la fin de cet ouvrage, sous les yeux de nos lecteurs, tous les documents de ce procès : on y verra une fois de plus comment on rendait alors la justice.
A ces détails sur la persécution exercée contre les prêtres dans le district de PonNCroix, nous en ajoutons quelques autres extraits de deux lettres écrites par M. Le Clerc, recteur de Ploaré, le 16 Novembre 1792, et le 26 Février 1793, à M. Boissière, alors en Espagne.
M. Hervian, recteur de Primelin, étant obligé de taire un voyage au Faouët, son pays natal, avec un autre recteur de ce district, prit, en passant à Pont-Croix, pour luietson compagnon de route, un passe-port qu'ils firent viser à Quimper, lieu du comité central. Ollensé de ce
(1) Cette relation a été faite suivant les notes de M. PlohiDec, mure de Pont-Croix.
Icclisiiisliques u'étaient [tas venus le | de leur dépari, le comité de la petite ville d'Amlierne, voisinn du leurs paroisses, écrivit aii\ cuniiLës de tous les grus bourgs pur où ils devaient passer, pour s'en plaindre et leur attirer ainsi des vexalions. Le lendemain de leur arrivée au Paonél, deux gardes nationaux se présenlent en annos à l'église, au moment où ils célébraient la messe : leur laissant â peine le temps d'ache- TW le saint sacrifice, les patiiotes leur intiment l'ordre de comparaître immédialement devant le comité. Le président, prenant sou plus h.iut ton d'autorité, les tance vertement, et leur enjoint de se présenter, à leur retour, devant le comité d'Audierne. Les deux recteurs, en s'en retournant chez eux, avisèrent de ce qui s'était passé le comité central de Quimper, qui écrivit à celui d'Audierne, pour le blâmer de son injuste procédé. Quoi([u'il en soit. peu de temps après, se trouvant dans celte dernière ville ponr la recette de leurs dîmes, ces mêmes ecclésiasliqacs furent invité:^ à paraître devant le comité. Afin d'éviter quelque tumulte du côté de leurs paroissiens, on les y mena à travers deux haies de sentinelles, et on les jr traiu de la manière la plus indécente. C'est ainsi qne ces tyranneaux de boui'g;ides s'entendaient à molesler et a tracasser les bons prêtres, sous le moindre prétexte I
Ooaod paraît le décret qui enjoignait aux fonclion- Mttns publics de prêter le serment, le District de Pool- CruU s'empressa de le mettre à exécution. ( Au reste, il en Tut de même par tout le diocê.-^e de Quimper). Dos n^eciu^, lies avocats, apôtres fanatiques de la nouvelle WD5lituliun, colportèrent de tous côtés sou apologie par Cbudo Le Coz, évèque intrus de Rennes, les écrits de Caûuu, d'Expiliy. etc. Hélas I cette propagaude acbaraée.
accompagaée tour à tour de caresses ou de menaces, ne fut pas sans résultat : elle fit impression sur quelques recteurs qui eurent la faiblesse de prêter le serment. Objet de vexations et de persécutions toutes particulières, à cause du prestige de sa piété et de sa fermeté, qui servaient d'exemple et de soutien à ses confrères, M. Hervian, recteur de Primelin, demeure inébranlable. Pleins d'admiralion pour leur recteur qu'ils aimaient comme un père et qu'ils vénéraient comme un saint, ses paroissiens s'atlachent de plus en plus à lui, à mesure qu'on le moleste davantage et que sa constance dans le devoir augmente avec le péril. Les prêtres jureurs, au contraire, -tombent dans le mépris de leurs ouailles, qui s'éloignent d'eux et viennent à Primelin entendre la messe et chercher les autres secours spirituels dont ils ont besoin, au milieu des assauts livrés, chaque jour, à leur foi. Ce fut là un nouveau grief et l'occasion de nouvelles vexations contre le prêtre fidèle. On épia toutes ses démarches ; on envoya des émissaires pour assister à ses instructions. On alla jusqu'à lui faire un crime d'anticiper le temps pascal dans sa paroisse, etc., etc.. Enfin, comme ils ne pouvaient arrêter le flot de fidèles qui affluant, envers et contre tout, vers Primelin, l^e pressaient autour du digne recteur, comme à l'heure du péril les agneaux autour de leur pasteur, les électeurs assemblés, le 10 Avril 1791, lui désignent un successeur qui refuse de prendre son poste. Un second apporte le mène relus; enfin ils nomment un troisième qui accepte. La municipalité de l'endroit reçoit l'ordre d'installer Tintrus dans ses fonctions, le dimanche suivant, jour des Rameaux. Le Maire de Primelin n'ayant point jugé à propos de notilier au pasteur légitime les ordres qu'il avait reçus, ce dernier monte à Taatel pour
tâgraud'tnesse. Il avait déjà (.-ommencé Ift céfénonie tlo la liéiiéiliclion des Hameaux, lorsfjue les commissaires du Distritt eiilréretil dans l'cglise. On le laiftse termiritir coite cérémonie et chanter U messe.
L'uffice étant fini, l'intrus monte en chaire. Aassitât, te peuple jort en ma&âede l'églîae : c'est en vain (}ue les conimiBsaires Tont tous leurs efforts pour le retenir, Confus de se voir sans auditeurs, le prêtre jureur relOaine à la sacristie où il reiicontie le recteur légitime, qai loi dit d'an ton assuré : « Monsieur, vous ne pouvez exercer aui;an pouvoir dans celle paroisse. » l'n des Oommiasaires crie à la révolte. Le vrai pasteur, toujours ferme et calme, répond : • Que l'on relaie au procèsvtrbul tu propos i^ue je viens de tenir, el je le signerai. » On des agenti^ de la suite des commissaires ose porter bt main sur M. l'abbc Hervian; quelques-uns de ses paroissiens l'aperçoivent à travers les vitres de h laaôtre de la sacristie ; ils se précipiient pour y entrer âe force, afin de proléger contre tout acte de violence la personne sacrée de leur père bien-aimé. Connaissant tout le dévouement de ses enfants pour lui, et sachant ifue, pour le défendre, ils s'exposeraient à tout, celui-ci les prie de se retimr et de s'abstenir de' toute violence.
L'intnis fut donc installé, et le recteur obligé de se retirer dans une maison peu éloignée, où il y avait une chapelle sur laquelle ou lit btenlât mettre les scellés. Tracassé et poursuivi continuellement, il lui fillul quitter la paroisse et aller chercher un asile au Faouët et dans Ih environs. En butte, \à encore, à de nouvelles persécatioDS, il dut enfin se résigner à abandonner sa patrie M jl se réfugier eu Espagne ( I ).
(IJ U- Hervian fui nnniiné curi^ Ae Snoér, i son retour d'Flspagne;
h j fit non m mi.
Le district de Chàteaulin fit arrêter, le 6 Décembre 1791, M. Guézengar, vicaire de Pleyben, qui avait précédemment échappé par la fuite aux recherches dirigées contre lui, dans le but de le renfermer dans le couvent des Carmes de Brest.
Le 7 du même mois, on s'empara de la personne de M. Yves Le Bozec, vicaire de Gouézec, qui fut saisi par les gendarmes, pendant la nuit, dans la maison même du recteur assermenté de cette paroisse.
Le 10 du même mois, M. Quiniquiilec, vicaire de Saiot- Ségal, fut arrêté et incarcéré aux Carmes de Brest.
Le 2 Mars 1792, M. Mignon, prêtre de Crozon subit le même sort. Il était resté dans sa paroisse où il exerçait secrètement les fonctions sacerdotales, fuyant de village en village, à la faveur d*un déguisement, afin de tromper la vigilance des agents révolutionnaires. Un jour que ceux-ci le recherchaient, de jeunes enfants, ignorant les conséquences de ce qu'ils faisaient, le signalèrent comme pnHre, et leur découvrirent l'endroit où il se tenait caché. Saisi immédiatement, il fut conduit à Brest.
Les habitants de Crozon gardent toujours le souvenir du zèle intrépide que montra, pendant les mauvais jours de la persécution, ce prêtre sans peur et sans reproche — operariuH incoufusibilis — qui, avec M. Raguénés, M. Meillard, M. Balcon, elc, demeura courageusemiMit sur le sol natal, pour y faire l'œuvre de Dieu, à travers tous les périls. Honneur et gloire à ces martyrs du devoir et de la charité apostolique ! Honneur et gloire au pays qui produit les races foi tes. fécondes en hommes de caractère et (le dévouement chrétien !
M. Graveran, recteur de Roscanvel, refusa aussi le seN ment : il fut arrêté et détenu sur les pontoos de Ro-
chefort. Nous aurons occasion d'en reparler plus tard.
M. Marchand, recteur de Camaret, et iM. Troniou, son vicaire, refusèrent aussi énergiqueraent le serinent ; tracassés par les patriotes, ils n'en continuèrent pas moins leurs fonctions, jusqu'à ce qu'ils furent arrêtés et incarcérés dans les prisons de Quimper.
M. Marchand mourut en prison, à l'âge de 80 ans. Ce pasteur, vraiment digne de ce nom, avant de rendre son àme à Dieu, ût à M. Troniou, son vicaire, les plus touchantes recommandations. Désolé de voir ses chers paroissiens privés de leurs prêtres légitimes ; craignant pour eux les morsures des loups ravissants que l'on envoyait au milieu de tous les troupeaux, il supplia son vicaire de ne pas délaisser ses ouailles H lui demanda la promesse, s'il recouvrait la liberté, de retourner à r^maret et d'y exercer le saint ministère jusqu'à la mort, s'il le fallait. Prosterné devant le grabat où gisait son recteur expirant, M. Troniou arrosant de ses larmes les mains déjà glacées du saint vieillard, lui promet de servir de père et de guide à ses enfants, si Dieu permet qu'il puisse briser ses fers. Qu'il était beau dans ce lieu et à celte heure suprême, ce pasteur octogénaire confiant les âmes dont il avait la responsabilité à celui qui l'aida, pendant plusieurs années, à porter ce fardeau ! Qu'il était beau aussi son compagnon de captivité acceptant, dans les chaînes, purement et simplement, c'est-à-diie avec toutes ses charges, la périlleuse succession qui lui était oiïerte I Mais de quel dévouement n'est pas capable le cœur d'un prêtre modelé sur le Cœur sacré de Jésus I
Après la mort de M. Marchand, M. Troniou fut transféré dans les prisons de Landerneau. Grâce à sou âge,
— ZÎBO —
— il avait plus de soixante ans, — il était exempt de la guillotine.
Pressé de tenir Tengapiement sacré qu'il avait pris, il sollicita son élargissement ; on le lui promit, à la condition qu il fournirait un certificat constatant qu'il n'avait jamais rien dit contre la ('onstitntion et la République, et qu'il ne s'était jamais opposé aux règlements, pendant son séjour à Camaret. Pour obtenir ce certificat, il s'adressa à la commission municipale de l'endroit. Voici la réponse qui lui fut faite :
« L'an trois de la République française une et indivisible, h; vingt Ventôse, nous maire et officiers municipaux soussignés , membres de la commission municipale provisoire établie à Camaret, présidés par le citoyen
A.-G. T , maire , assisté de J.-B. L , agent
national, assemblés au lieu ordinaire de nos séances pour délibérer sur une lettre à nous écrite par Jean Tronioii, prêtre, ci-devant vicaire en notre dite commune, et mis en arrestation dans le courant du mois d'Octobre 1792 (vieux style), pour s'être refusé au serment exigé de tout prêtre, laquelle lettre datée de Landerneau du 7 Mars 1795 (vieux style), et par laquelle ledit Troniou réclame un certifie, t qui prouve qu'il n'a jamais rien dit contre la (^.onstitution, ni In République, ni qu'il ne s'est jamais opposé aux règlements i)endant son séjour à (Camaret, et lequel ccriifical doit lui servir à être m s hors d'arrestation. Ouï l'agent national en ses conclusions, il a été décidé que vu son refus de chaiiUM- un Te Ihuim ordonné |)ar Ex|)illy, évoque du Finistère, ce cerliticat ne lui serait pas accordé. — Arrêté lesdits jour, mois et an que devant.
« T maire. — L...., agent national. —
A. a G oflkkrs inwUdpaKx.