‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 20 sur 51 · L. D. . . , oflicier public · texte numérisé non relu

L. D. . . , oflicier public

Malgré le refus ilt-la commission iniiiiicipnle.M. Troriiou, fat mis on liberté; PI selon U promusse qu'il avait tiiile à M. Marchand, il vint se liso.r à Camaret. Voici CD que l'on trouve écrit de sa main sur le registre de la conmune :

« Co jour quatorze l'rairial, an 111 de la Répupliqne ■ Une el imlivisilile, je soussigné Joau Troniou, prêtre « non sermenté. âgé de soisaïUe-neuf ans, muni d'un

• cerlilicat bien constaté de mes inlirmiiés. mis en « libenè de la maison d'arreslalion à Lauderneau. le

• qniuzo fierrainal. présente année, me suis rendu à « la commune de Camaret, le vîngl-tin dudil mois et an,

• où je me suis Ilxé mon domicile pour quelque temps, 4 toulaiit y vivre paisible, soumis aux. luis civiles et < politiques de la République, c'est-à-dire en tout ce « qui ne sera pas contraire à ma religion et à ma « conscience.

< Ounâret, le li Prairial 1795.

« J. Thokiou. prêtre. »

Le ii Thermidor de la même année, M. Troniou écrit etKore de sa main sur le registre dos délibératioDs de la commission municipale une déclaration presque iitontiqae.

Ooelqnes mois après, appelé devant la commission <ntuiici|>ale pour prêter, eu vertu d'une loi quelconque. le lienaent de liaine à la Royauté et d'altacliement à la Bépnblique. il déclara refuser de prêter aucun serment ib haine, mais seulement de ridélité à la République «ti la Constitution de l'an III.

H. Trnniou liabitati. au bourg de Camaret, une maison wilsine de l'église, â laquelle altenait un petit jardin ou

courtil. Il y réunissait les enfants, sou^ an prétexte quelconque, comme de cueillir des mûres ou d'autres fruits, et il leur enseignait le catéchisme pour les préparer à leur première communion q fils faisaient dans cette maison. C'est là aussi qu'il administrait les sacrements de baptême et de mariage dont il rédigeait exactement les actes, comme le prouvent les archives de la paroisse.

Comme on aime à connaître l'origine des bons et fidèles serviteurs de la sainte Église, qui sont une gloire pour leur famille et leur pays, nous ne voulons pas omettre de dire que M. Marchand était originaire de Cléden-Cap-Sizun, d'une honorable famille qui compte encore deux prêtres dans le diocèse de Quimper. M. Troniou était de la paroisse de Dirinon ; ce dernier dut mourir au commencement de ce siècle. Grâce à lui la paroisse de Camaret qui, durant sa détention, était visitée secrètement par les prêtres de Crozon, restés cachés dans leur pays, ne fui pas privée de secours spirituels pendant la Révolution. Que la mémoire de ces deux confesseurs de la loi soit à jamais bénie I

On essaya cependant (rim()lantcr un intrus à Camaret, après l'arrestation de MM. Marchand et Troniou. Nous avons, dans notre enfance, entendu un témoin oculaire raconter l'arrivée de ce mercenaire dans la paroisse ; elle y fut accueillie par les sarcasmes et les moqueries des habitants ; il fut tellement molesté par un vilain sobriquet (pie lui donnèrent les enfants — an autrou perruquentnc, — sans doute parce qu'il portait perruque, — et le peu de cas que leurs parents faisaient de lui, qu'il se décida bientôt à aller chercher ailleurs des paroissiens plus respectueux et plus sympathi(|ues.

On n'assistait pas à sa messe ; on ne lui portait pas

-Mlles (<iifantaiJk baptiser : on ne voulait pas ôtrc marié par lui. Un recourait sfici'èieruent, à. la Tavi'ur ites ombres dp la nuit, aux prêtres UJéles restas cachés dans le pays. (I)

M. Sever, de Pleyben, fut arrêté par deux gendarmes sar la paroisse de Plonévez-da-Faou. Une douzaine d'Immmos du pays, arraiis de fourclies et d'autres iiistrumenis, eurent assez de courage pour l'arracher de leurs mains, malgré la vive résistance qui leur fut opposée. l!n des soldais démolira sur la place, l'antre, pour avoir la vie sauve, fut forcé de crier : Vire le Roi! Ce derniei' se rendit à Cnrhaix pour déclarer la mort de son compagnon et dire qu'il n'avait pu Uii-mème écliappei- qu'en criant : y'ioe te Roi! Ol aveu lui valut 10 an.'t de prison.

M. Sever mourut plus taid de mort naturelle. (Extrait d'une lettre d'un prèire ileQuimper, émigré en Espagne.)

Un prétendu pénitent vint prier le recteur de Brasparts, M. Bihan. de vouloir bien le confesser. No se dnulant rien, le recteur lui assigna un jour. Lo pénitent ne manque pas d'arriver au jour marqué, mais il n'est pas seul, il est accompagné de la force armée. .4rrèté immédiatiiment. M. Bih.m fut conduit en prison où, l'horizon s'étant un peu éclairci. il ne resta que quelques joors. (Extrait ibid.)

Par ordre du district de Carhais, on arrêta, le 7 Décembri" t"9f, I" M. Hourman, vicaire de Trcméoc qui. n'arant pu rester dans cette paroisse avec le recleur as-

{l| Xous avons l'ntcridu le récii du [Aules les jin^ulions <|ue l'on lirenaU \vMr ii'iHre |Kia dénonm^.. Lo pirnîri.la marntne ei la perfonne iiui )iorUlt l'enfiint lu hapléme; lu Djlurs (^iwiix et les léaoiits au inarliue ^ rendaloni i^lémenl, et par des chemins dilTérmls. ait liou oiï devait <)'aitminiftirer les sarromeni*. QupIIp époque '

sermenté, s^était réfugié à Carbaix, son pays, où son refus constant de prêter le serment lui avait attiri la haine des palriotea"; 2° le 1 1 Décembre, M. Kernaléguen, recteur de Berrien, sans doule parce qu'il était demeuré dans la paroisse contre la défense de Tautorité départementale ; 3** le 12 Janvier 1792, M. Le Sêac'h, vicaire de Sainl-Tudec, paroisse de Poullaouen ; i"" le 3 Mars de la même année, M. Bernard, recteur de Scrignac, homme respectable par son âge, sa science et sa piété ; 5" M. Brélivet son vicaire, et M. Hascoël, un de ses prêtres habitués, tous les deux zélés imitateurs de la fermeté de leur recteur. Ces six ecclésiastiques eurent beaucoup à souffrir dans le long trajet du lieu de leur résidence à Brest : mais nous n'en avons pas trouvé les particularités.

Le district de Landerneau so signala entre tous par son acharnement à poursuivre et à persécuter le clergé de son territoire : cet acharnement provenait surtout du voisinage de Brest, où la rage contre les prêtres fidèles était portée à son comble.

Par ordre des administrateurs de ce district de Landerneau, on saisit et on conduisit à Brest, i^ ecclésiastiques, dont 8 du diocèse de Quimper, savoir : le 7 Décembre 1791, M. Bodénelz, recteur de Saint-Thomas, chanoine régulier de l'abbaye de Daoulas, pasteur plein de charité et de zèle pour ses paroissiens, qui consacrait aux petites écoles tout le temps (|ue lui laissaient les autres fonctions de son ministère; M. le Hars, aussi chanoine régulier de Daoulas, homme d'une grande piété ; M. Rolland, vicaire de Uanvec, et M. Jannou, nommé par le chapitre à la paroisse de Plozévet, tous les deux doués d'un caractère ferme et remplissant avec

fiOQ^^oos les devoirs de lenr saint étal; 1 g«rville, (firecleiirdii séminaire de O'iimper, qui s'était retiré daii.-^sa maison piiternelle à l.amiernenu, plubM que d« prêter le serment; le 29 Mai 1792, M. Jourdren, vicaire ilii Faon, paroisse de Rosnoën, lequel avait renda les pins grands services à la plupart des habitants de celte ville, en apfirenant la langue latine k on grand nombre d'enfants qn'on lui conliaît à cet effet ; le 2 août 1792, M. Le Doaré. bachelier de la Siirbonne, recteur de <Juimeich, el M. Salann, son vicaire, qui furent arrêtés dans le presbytère m6mo, et auxquels on accorda à peine quelques instants pour se vêtir, sans doute par ta crainte de^ paroissiens qu'on savait lenr être entièrement dévoués. Déjà précédemment, on avait cité au district de Lauderneau M, Le Doaré comme réfractaire aux arrêtés da département, mais cette fuis, on l'avait renvoyé dans sa paroisse. M. Salaun fut obligé de suivre a pied, pendant près d'une lieue, la garde, nationale et les gendarmes qui étaient à cheval,

District de Ouiiperlé. — Le 9 Janvier 1791, le clergé tant séculier que régulier île Ouimperlé fut mis en demeure de prêter sotennellenient le serment. La cérémoote sacrilège eut lieu dans ré,^lise paroissiale de Saint- Hichel, à l'issue de la grand'messe qni fnt chantée par te vicaire do la paroisse, en présence de la munictpaliié. Ce vicaire, la main levée, « promit et jara de veiller avec soin sur le^ filéles de ta paroisse qui Ini est conliée par le recteur, d'élre fidèle ii la nation, à la lui et au Hoi ; de maintenir de tout son pouvoir la Coiislitulion décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par te Roi. » Le serment fut prêté ensuite par deux des Bénédictins de

Sainte*Croix, par un des religieux da couvent des Capucins et par le prieur de Saint-Maurice.

« Après, dit le procès- verbal, on a chanté le Landaîe, et la satisfaction générale a été exprimée p.ir les cris de : Vive la Nation I Vive la Loi ! Vive le Roi ! Vive le Clergé de Saint-Michel! » *

Ce psaume d'actions de grâces, chanté en face des saints autels après cet acte schismatique, était la plus odieuse des profanations, en même temps qu*il était la plus indécente dérision. Nous ne savons si tous les assistants avaient, dans ce moment, le cœur content et unissaient, d'un cœur joyeux, leurs voix à celles des apostats qui venaient de renier leur mère, la sainte Église Romaine : mais nous affirmons que la joie de ces derniers n'était qu'apparente, car le remords gisait au fond de leur conscience comme un ver rongeur.

Enfin, sur la réquisition du recteur de Saint-Michel, retenu chez lui pour cause de maladie, la municipalité se rendit à la maison presbylérale où elle le trouva alité. Après avoir exprimé combien il était heureux de pouvoir donner une preuve éciat:inte de son patri< tisme, cet indigne recteur prêta le serment à la Constitution.

Le io Décembre 1791, sans considération aucune pour l'âge avancé de M. Le Guillou, recteur de Mellac, le district donna ordre à ce vénérable vieillard, ainsi qu'à M. Galliot, recteur de Lothéa, de se rendre au Directoire, à Onimper. Là, on leur signifia la sentence qui les condamnait à la détention dans le château de Brest. Le même jour, on procéda à l'arreslalion de M. Guyomard. vicaire de Beuzec-Contj, et de M. terhuel, sacristain et secrétaire du chapitre de Quimper, bien connus l'un et l'autre, comme les deux recteurs que nous venons de

, par l«ar conduite toiijonra conforme aux Trais principes el aux s.iinps docti-incs.

H. 1,'alibé Forgi'l, prétry de Ociniperlé. rccommandable par sa piêlé el son horreur du sctiisme. fiU AUâsi arrêté, renfermé dans les piisonà de Quimper, puis élargi et i![itiii ramené dans sa ville natale, où on lai assigna sa propre maison comme lieu de détoillion. Surveillé par la police locale, avec ud suin minutieux, il lai était dérenda non-senlemeni de sortir, mai» aussi de prendre l'air aux fenêtres de ses appartements.

Condamné à ne pouvoir exercer les fonctions de son ministère sacerdotiil, M. Forgel donnait de bons conseils dans le secret de sa solitude, où l'on trouvait moyen de venir le consniler : il fit ainsi modestement et sans bruit plus de bien que n'eut fail un orateur éloquent dans des circonstances midns critiques.

Étiint alors le seul prêtre à la messe duquel on put légitimement assister, puisipie tes paroisses de la ville élaienl desservies par des prêtres assermentés, il célébrait les saints mystères dans un oratoire qu'il s'était ménagé dans sa maison, et qu'il ouvrait discrètement à un troupeau choisi de bons catholiques.

Les aiitorilés de l'endroit, seiloutjint do ce qui se passait députèrent, un junr, plusieurs de leurs agents pour s'assurer du fait. C^ux-ci trouvèrent le vénérable prêtre h l'autel, entouré de quelques assistants. Qu'on juge de sa surprise et de sa frayeur, quand il entendit la porte do son oralnire s'ouvrir brustiueinent et les armes des euïoyés de la municipalité retentir bruyamment sur le panjuet. où ils les dépo-^^rent avec fracas ! Saisis de respect à la vue de ce digne vieillard, au corps courbé par r^t'. au front couronné de cheveux blancs, les gendarme» ne -troublèrent pas ^tutremenl h' sacrifice coin-

mencé, auquel ils assistèrent silencieusement jusqu'à la fin. Quand à Tofiiciant, malgré Tincertitude de ce qui allait arriver, il continua paisiblement l'immolation de l'Auguste Victime, s'olïrant lui-même à elle en holocauste, en ce périlleux moment. Mais quel ne fut pas son étonnement et celui de sa pieuse assistance, quand, le dernier évangile terminé, ils virent les gardes nationaux reprendre leurs fusils et s'en retourner, sans donner le moindre signe d'hostilité I

Les fidèles sortirent, fort inquiets des suites que pouvait entraîner celte affaire. . . Mais la Providence permit que l'on n'y fit aucune attention et que l'on ne crut pas devoir poursuivre des mères de famille qui étaient Tunique soutien de leurs enfants. Peu de temps après cet événement, le digne abbé Forget alla recevoir au ciel la récompense de ses vertus cl de sa fidélité.

M. Frogerais, prêtre de Quimperlé, refusa aussi le serment : il fut incarcéré, en 1793 et 1794. Puis, il fut mis en arrestation a Quimper et à Brest.

RiEC. — Au moment où la Révolution éclata, il y avait à Riec cinq prêtres : M. David, recteur; MM. Gurudec et Le Beux, vicaires ; MM. Louis Berthou et Talabardon, prêtres habitués.

M. David et Louis Berthou, sommés, ainsi que ses autres confrères, de prêter le serment, le refusèrent courageusement, malgré toutes les vexations auxquelles ce refus les exposa : ne pouvant plus rester dans leur paroisse, ils émigrérent en Espagne.

Quant à MM. Gurudec, Le Beux et Talabardon, compagnons de leur fidélité à la sainte Église, ils durent rester cachés dans le pays, pendant la Terreur.

On trouve, en 1802, sur les premiers registres de la

pan)(9S6 de Rîec, lu signature de M. Le Gnrndec qoî, quelques mois après, fut nommé recicur île Moélan, le premier depuis le concordat.

Nous trouvons également M. Le Beux, recleur de Ifésn m 1803.

Le culte public Tut rétabli à Riec, avant de l'être dans la plu[i;irt lies autres paroisses, grâce àlempressenietit que mirent à revenir à leur poste les prêtres dont nous venons de parler. Aussi, les habitants des paroisses environnantes venaient-ils en louie assister à la messe à Riec, disque l'ut) y rouvrit l'église aux cérémonies du culte catholique. Ce fut. au dire des anciens du pays, un beau jour que celui où ces bons paysans eurent le bonheur d'assister de nouveau librement aux saints mystères, dont ils étaient privés depuis si longtemps ; ils ajoutent qu'à ta vue du prêtre apparaissant dans l'église, revêtu de ses vélunienis sacrés, tout le peuple ému tomba à gennux. en pleurant et en s'écriant : Cetu (kul al lexen rad en dro ! Voici la bonne loi recenue de retour I

IViroN. — La paroisse de Nizon avait pour recleur. depuis l'année 1781, M. l'ablié Jean Le Breton ,du Paouët. Mis en demeure de trahir son devoir, par la prestaliundu serm^ntàla Constitution civile du clergé, il préféra l'exil et se retira en 1791 en Espagne, d'oii il De revint plus; il mourut à Cadix, vers 1813, à un Age fort avancé.

Il eut la douleur d'apprendre, avant sa mort, queson église était presque en ruines, que son presbytère serrait d'auberge, et que toute sa paroisse était d:-.nd on état lamentable.

Le profond chagrin que lui causa cette nouvelle

abreuva ses dernières années et abrégea sans doute sa triste existence. Il est si pénible pour le cœur d'un boa prèlre de voir la maison de Dieu tomber en ruines, les pierres du sanctuaire dispersées et surtout le peuple fidèle, qu'il a formé, déformé au souffle de Timpiété et de l'irréligion I

Le premier recteur qui vint à Nizon, après la Révolution, fut lui-même attristé au-delà de toute expression au spectacle de ces ruines physiques et morales : Téglise toute délabrée était dépourvue d'ornements sacrés; elle avait pour gardien un bedeau schismatique. . . Manquant de tout au point de vue spirituel ; privé môme de ce qui était nécessaire à son humble subsistance; ne pouvant, on le peut dire, ni vivre ni mourir, il se retira à l'hospice de Quimperlé, pour y attendre plus doucement la fin de son douloureux pèlerinage ici-bas.

NÉVEz. — Au commeiR'emeiil de l'année 1787, }/l. Louis Galliot fut nommé recteur de Névez; il avait pour vicaires MM. Le Meur et Calvez Invités à prêter le fameux serment, ils s'y refusèrent constamment tous les trois; persécutés à cause de ce refus et se voyant dans l'impossibilité de rester plus longtemps à leur poste, ils se décidèrent à passer en Espagne, en compagnie de plusieurs prêtres et nobles du pays : ce fut à la petite ile Raguénés, située dans la rivière de Pont-Aven, qu'ils s'embarquèrent.

En 1802, les prêtres de Névez revinrent dans leur paroisse, à l'exception de M. Calvez, qui était mort en

exil.

M. Le Meur, arrivé le premier, débarqua au petit port de Porlemanec (en rivière de Pont-Aven) avec une quio-

- *fi» -

prêtres bretons, &u nombre des(]uels était M. Kerlocb. précédeiunieiit vicaire Je Trégunc. dont il di'vinl plu* lard le recteur.

M. Galliot arriva quelque temps après: mais ce dernier ue jouit pas loiiglerpps du bonheur d'avoir rejoint ses OQaille», après onze ans d'absence. Eu revenant de faire le catécliisme aux enlants de sa paroisse, il tomba Sur la route, frappé d'apoplexie, dans le Irajet de l'église au presbytère. Deux jours plus tard, cVsl-à-iIire le 21 Mars IMO:(, il. mourut ii l'â^e de 7:i ans. N'av.iit-il pas assez vécu, pnisqn'it lui fut donné de mourir au milieu de se:^ paroissiens, en s'occupant de la partie la pim cbère de son troupeau, île ces enfants qui avaient loales les tendresses et tes préférences du Divin Sauveur? Ite |iuuvait-il pas s'écrier aussi, en quittant la terre : maintenant, je meurs cimlenl, puisque j'ai revu la vigue hien aimée que l'Église m'avait conlièe et que mes mains, débilitées par l'âge et les fatigues de l'eitil, ont cultivée si longtemps; puisque j'ai pu dégager cette vigne des ronces et des épines qui la couvraient, l'émonder et la mettre en état de pruciiiire de nouveaux fruits?... (1)

MOELAH. — Les prêtres de Moélun restèrent lidèles à tons leurs devoirs, euvers et contre toutes les persécutions. I.e recipur, qui avait sans doute émigré, dut mourir en ex M. car en \iH)i il fut remplacé à Muëlao par Jà. Gurudcc, vicaire de Riec.

|() Il pintli qu'il i^Iiilt Hlors d usHge que les n?cl^siaslirtues pré- MDls itux rum-nii les d'un uN'-ln- appuâ-is^til leurii signulures iur le ir^iAri.- ili.'s ('llUTn^nel1l.■l. Vokl Tus itûms lit-s pn>ln~i dnnt U signature Ugurc au ivgi»!» des Aéut* du lu uiimliae de îiHet, ï U |iage rrbliv- ans. <iUiètiuen df M. Oal:i<>[ : MM. Alexundre dj l.aur.nts de Iji Warri-. rwieur de Tn'ganc. — Jean r.uével, vicaire du Niion. — l^iili NieolaH. vlculre An Mclgieo. — MM. I.oufdec el Talabar* don, fjr^tres ÛK Rkc. doiil le preuiler iltivijil plus lard supéiteur du intid stmloaire de Quimper.

Dans le cântoD de Riec il n'y eut, à notre connaissance, que deux intrus, Tun à Moëlan, l'autre à Nizon. Encore faut-il ajouter que ces deu?^ pauvres prêtres, égarés un instant, se rétractèrent plus tard.

Le premier, M. Le Breton vint à Moëlan. Après s'être rétracté, il fut obligé de fuir, poursuivi qu'il était à ce titre. Nous ne pouvons dire d'où il était, ni ce qu'il devint après son retour à Dieu.

Le second, ordonné prêtre par Expilly, fut envoyé à Nizon. C'était un tout jeune homme de 22 ans, appartenant à une honorable famille de Quimper, du nom de Le Bastard de KerguifTinec.

Ce dernier se retira en Espagne, à la rentrée des prêtres fidèles. Il mourut dans ce pays, peu d'années après, d'une maLidi(3 de poitrine, dans les plus austères sentiments de pénitence. D'après des notes laissées sur Nizon par mademoiselle Feydau, tante maternelle de M. Cyprien de la Villemarqué, M. de Kergnifiinec « était a doux, humble, d'une conduite exemplaire, loin de « dénoncer les prêtres cachés, il les protégeait. »

M. Boissière, parlant des prêtres assermentés qui se rétractèrent, ajoute ce mot élogieux pour ce prêtre : « Ceux qui se sont rétractés avec plus d'éclat et se sont « depuis mieux compoités sont Le Guellec et Ker- « guilTinec. »

<( Pendant le règne de Robespierre, on s'assemblait au bourg de .Moëlan, tous les jours de décade, (c'était le di Hanche des républicains, et l'on sait quel dimanche!) non pour |)rier, mais pour danser ; ceux et celles qui manquaient étaient notés, et s'ils manquaient trop souvent, on les punissait de mort. » (Extrait d'une lettre d'un prêtre breton émigré en Espagne.)

' Qnant &n% praires qui demeurèrent ilnns le pays, il est à rpm.'irijiier. en général, que les plus iigés émigrérenl et qu'il n'y eutgaére à rester que les plus jeunes. On en compreml facilement la raison. Dans ces temps où (es prëlras ét:iient truqués, il fallait, à chaque luâUrit, fuir d'un lieu dans on autre pour mettre sa vie en sûreté, eommu l'Évangile le conseille. Du reste, commenrles prêtres ùgês aun<ieiit-ils |iu aller d'une paroi.^se à une antro.pûur exercer leur ministère? Comment auruieut-ils pu ëctuipper, par îles fuites continuiillos, aux mains de leun persécuteurs t

Ceas qui restèrent pnur remplir les fonctions sacerdûtale.-(, au péril quotidien île leurs jours, ont trop bien mérité (le aoi auci^tres pour que nous ne conservions puâ leurs nomi avec soiii.

D'au autre côté. les famille» qui leur oITrirent l'tiospitalilé et leur raunlrérenl un dévnuoineul, qui n'était pas sans danger, ont trop bien méiiLé à leur tour du clergé et de l'Ëglise, pour que nous ue considérions pas comme un devuir sacié de les signaler également à la poâterilé.

Parmi les uns, comme p:irmi les autres, nous citerons kxu ceux dont nous avons pu recueillir les noms.

A Moèlan, M. Dérouet, natif de Cuncarneaa, garda son poste. Son nom est inséparable d'un autre auquel il doit U vie, M. ClietTine, chef de district. Ce brave chréliea ne manquait jamais, avant le départ des colonnes nobiliM, (l'avertir Martini- Emmanuel Caéric, homme dévoué cijrps et âme au clergé lidéle. Une fois averti, H. Dêrouel, habituellement recueilli à Kercaradec et à Kerliguet, en Muëlan, se réfugiait alors soit au milieu des rochers, soit dans les grottes des bords de la mer.

D'autres fois passant la rivière de Bélon, il se retirait soit à Penquellen, soit à l'Ile en Riec.

Ce M. ChefTine, (|ui était un maître d'école distingué avant la Révolution, alla plus tard mourir à Quimper, où il exerçait la même profession.

Parmi les prêtres demeurés au pays, on trouve encore

à Pont-Aven M. Tiorgeu, qui mourut plus tard recteur de Guengat.

M. Hervian, du Faouël, mort à Tùge de 82 ans, curé de Scaër, a, pendant quelques années, exercé le ministère dans les paroisses de Mellac, Bannalec et Nizon.

Ses asiles les plus habituels étaient, à Nizon, le château du Plessis, chez Mademoiselle Fevdau, et à Mellac, au château de Kernault, chez M. Duvergier, et surtout au Purit, dans la famille Henry, qui avait pour chefs Jean Henry et Anna Le Dru, sa femme.

Pour monlier en même tem|)s quelle était la confiance des prêtres lidèles en celle famille, et les admirables sentiments qui animaienl leurs cœurs, nous citerons la lettre suivante écrite pai' le recteur de Mellac, de la prison des Carmes de Brest, à cette vertueuse femme :

En voici l'adresse :

So// rvmhi à la citoyenne Anna Le Dru,

au Purit en la parftisse de Mellac,

district de (Juimperlé.

Purit.

Le :Ju f)ctobn' 179;J.

« Ma chère Vnnette, c*(»sl pour vous faire mes «lerniers adieux. Nous parlons demain pour le château du Taureau, j'fi vertu du décret fatal ipii ordonne la déportation de loushs |»rèlres, tant séculiers que réguliers, non assermentés, sans distinction d'âge, d'infirmités et de condition.

De ce château on nous jette au premier vent favorable sur la côte d'Afrique, pays sauvage et barbare, sans aucun subside, ni ressource, et uniquement abandonnés à la merci de la Providence.

« Nous partons au nombre de 85, dont les trois-quarts et peut-être tous ne verront pas ces côtes. Voyez combien nous sommes en exécration !

^ Priez Dieu pour nous et nous recommandez au Père des miséricordes, afin qu'il nous préserve de la mauvaise mort, et nous recommandez aux prières de tous les bons catholiques.

a M. de Querrien, qui n'est pas excepté, vous salue et vous fait ses com|)liments. Je prends le colTre de votre fils pour y mettre mes etïets. Ayez vos reprises. S'il revient quelque chose de ma succession, vous connaissez là-dessus mes intentions. Tâchez de les partager également entre eux, sans excepter ma créance sur M. Du... si on peut la recouvrer, car je n'espère vous voir que dans réterni té.

« Dites bien des choses à tous mes parents et à M. Du...

«Adieu, ma chère Annelte; que le bon Dieu vous conserve vous et les vôtres, et vous réserve à un meilleur sort. Adieu.

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