‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 21 sur 51 · G. GUILLOU · texte numérisé non relu

G. GUILLOU

a Prêtre, malheureux recteur de Mellac.

Mi Je vous recommande de convertir à faire dire des messes, si on trouve des prêtres catholicpies, ou autres bonnes œuvres, 300 fr. à ma décharge. »

Anua Le Dru entreprit, trois fois, à pied le voyage de Mellac à Brest, pour envoyer du linge frais et des secours à ces confesseurs de la foi. Faire 60 lieues à pied, à trois reprises différentes, à une époque où les chemins étaient horriblement difficiles, pour aller porter des secours à

des prêtres proscrits, objet de la haine de Tadministration et de la plèbe, au risque par conséquent de payer son dévouement par les chaînes ou l'échafaud : n'est-ce pas de rhéroïsme, surtoul pour une femme? Ne rappelîet-elle pas, cette héroïne, les vaillantes femmes qui, du temps des persécutions des empereurs romains, allaient, au péril de leur vie, visiter les chrétiens condamnés à périr sous la dent des bêtes féroces?

Le petit cabinet où Jean Henry et sa digne femme, Anna Le Dru (1), recevait les prêtres fugitifs, était écbiiré par une fenêtre cachvie derrière une vigne que Ton laissait croître à dessein. La porte était soigneusement dérobée à la vue p.ir une grande armoire dont le dos à coulisse, ouvrant ou fermant à volonté, permettait d'entrer dans ra|)partement. Quand on y avait renfermé les prisonniers, on remplissait l'armoire de linge, et alors on n'avait plus à craindre les soupçons. Retirés dans cette cachette, la nuit, et toutes les fois qu'on les recherchait, ils en sortaient, pour aller, de grand matin, dire la messe au kernault.

C'est là qu'avec M. Horvian et beaucoup d'autres, venaient se réfujjier M. Le Clanche, émigré plus tard en Espagne, qui devint, après le concordat, secrétaire de rÉvèché et chanoine de la lalhédrale de Quimper; M. Besnier, ancien recteur de Mellac; M. Denien, recteur de Saint-Thurien, après qu'il eut rétracté léser-

il) Vn parent di' .loan Henry, nommée Yves lîenry. voyant vendre nalionaienient le presbytère i'aehela pour le rendre plus tard à la paroisse. La leinp te rèvo utionnaire passée, M. Duvergier lui paya le prix de son achat, et la maison p.'ec»bytéruie fut rendue à sa première destinaliun.

(Vt excd'ent homme, était un ancien séminnriste; il remplit pendant la Révolution les toncti< ns d'oflicier civil. C'est lai. qui i dét'dut de prêtres, taisait les enterrements et chantait les vêpres, quand les circonstances le permettaient.

ment qu'il avait eu le malheur de prêter, etc., etc.

Un jour les gendarmes arrivèrent au Purit à la recherche des prôtres : or, ce jour là, il y en avait trois. Comme on les vit venir de loin, ces messieurs se hâtèrent de gagner leur retraite. Bientôt, on entendit le galop des chevaux des visiteurs, ot, quelques instants après, résonna bruyament le cliquetis de leurs armes déposées avec fracas dans l'entrée de la maison.

Bonjour, citoyen, Henry, dit le brigadier. N'y a-t-il pas ici quelque bon gibier à prendre? — Vous savez, répondit Jean Henry, que je ne suis pas chasseur et que je me soucie fort peu du gibier. Mais, Messieurs, vous paraissez fatigués ; voulez-vous vous rafraîchir ? Nous avons d'excellent cidre. . .

.4ussitôt, avec un empressement charmant, Anna Le Dru.apporte gracieusement deux pots de ciJre ; puis, elle leur sert des crêpes frites. . .

Lorsque rios visiteurs eurent bien mangé et bien bu, la nuit approchant, ils prirent congé de leurs aimables hôtes, en disant au mari, d'un ton visiblement satisfait : #c Décidément, citoyen, Henry, vous êtes le maître des hommes . . . )^

De leur cachette, les trois prêtres virent s'en aller ceux qui les cherchaient ; ils se félicitèrent d'avoir échappé, une fois de plus, à leurs poursuites, et ils bénirent Dieu de les avoir encore protégés.

Un matin, avant l'aube du jour, quelques prêtres quittaient le Purit, afin de s'embarquer pour l'Espagne; ils étaient tous à cheval, galopant rapidement vers les grèves de Moëlan, où les attendait un bateau.

A côté de ces ecclésiastiques chevauchait un des enfants

de la maison, qui avait leiminê na^'uères ses éludes classii|aes à nuiinper. rjianiir «If son inlelligence et de ses aulres «lualilés, M. l'ablié Le l'Ian» he Tavail entrainé à les suivre sur la lune élrangèiv. ** Venez avec nous, lai avail-il dit : nous vous enseiirnerons la philosophie et la théologie ; puis vous recevrez là-bas les ordres sacrés. . . *

Le jeune homme, non sans verser bien des larmes, avait donc dit adieu à ses parents : accompagné de son frère, moiïis àjié que lui, qu'il portait en croupe, il suivait tristement ses compagnons, lorsque, arrivés à deux cents pas du port d'enibarquement, il leur fallut traverser une flaque dVau longue t»t profonde. Les prêtres lavaient déjà franchie. La monture des «leux frères, lancée à leur suite au milieu du passage périlleux, Ht un faux pas et précipita dans l'uau ses cavaliers, qui sen retirèrent sans mal. Ce petit accident lit réfléchir Guillaume Henry. « Je ne pense pas, dit-il, que je sois appelé de Dieu à H émigrer en Espagne. Ouant à toi, Jacques, cours vite *< rejoindre ces messieurs, et «iis leur que je reste à la «< maison. »»

Oueli|ues années après, il v avait grande joie au Vurit; cet écolier était pieu>einent agenouillé à côté «l'une jeune tille du pays devant l'auto»! île l'église île Mellac. paré, «•e jour-là, comme aux plus beaux jours de fête par les soins des dames Dnvergier ; le vénérable M. Besnier bénissait l'uninii chrétienne que contractait son enfant de prédilection, assisté de plusieurs membres de cette noble f.tmilh* qui, t»n tenant à étie les témoins de ce mariaire, voulurent donner à la famille Henrv une marque publique de l»*ur aflectneuse estime et lui rendre riinnnenr qu elle méritait.

he ce mariage naquit l'abbé Henry; c'est à un article

breloii. [iiililii! dans AVis-ftw-Bm;, au mois il'octohro 1876. i|ue QDUS ilevoiiï cos louclunls détails (I).

Au reste, le liiiviiaernent Ll'Anna Le Dni à la sainte Église ei !i ses ministreâ persécutés fut fommun à tous les membres de sa famille, vraiment catlir)li(|ue. Depuis le (l»si[-llou, en LuDvéïiigen, où habitait son lits Guillaume: ilf;|iiiis le l'urit, on Mellac, jusqu'à Tenquetlen, en Riec, oii résidait sa tille Hélène : sur un parcours in dix litiaos, les flufanls Turent dignes de leur mère... lears maisons étaient ouvertes, romme leur cieur, à tous les pi'fitrfts proscrits. . .

La famille HeiuT, deVenquelleu, paya cher ce dî-vouemeat. Dénoncée comme receleuse de prêtres réfrar.- I^ire», les peiquisilions les plus minutieuses Turent biles dans la maison. On prit son argent et son argenterie renfermés dans des cachettes pratiquées dans Pôpaisseur du mur dune des chambres et soigueuseneol dissimulées, mais pas assez pour échapper à l'œil avide des furets de la Révolution. Elle en fut presque rainée !

M. riuillou, on parlant, n'espérait plus revoir Anna Le Dm que dans l'éternité : il se trompait (i). La Provi- (teaee le ramena au pays. Mais brisé par les privations et les peines, platùt que par l'âge, il ne put reprendre son ancienne paroisse ; il se retira à Kergoaler, dans sa Cunille, disant la messe à Lotliéa et desservant cette

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«iine <1 un .iiiiuur iiii'uiu|wrable, vi «luiti il e^i, uujourd hut. le plus Micien et k |ilus ferme tt>ii»iil, comme il en esl un des écrivaiDs leH jilu* (:nmtM-i<-[its cl les plus nulorisés.

lïi II PIC (ijl \a's uunJutI l'M iVrriciiio. Il lut iiriihiililenifiil ile ecux nul mniiin^iftii f[i .\ilemaf;ii(' ou «'ii t;»t>aiiiir'

petite paroisse. Ils se sont donc rêvas dans ce moode, avant de mourir, et aujourd'hui ils reposent en paix dans le môme cimetière; car M. Guillou avait demandé ;i Aire enterré à Mellac, et sa dernière volonté a élé exécutée.

Quant au coiïre dont il est parlé dans sa lettre, il est devenu |)ros(|ue historique. Il avait servi au père de Tahbé I1(mu*v, qui terminait ses étu les littéraires, quand éclata la Révolution. Depuii, les condisciples de M. Henry ont pu le voir déban|uer avec lui au collège de Quimper.

N'eut été le prétendu progrès moderne, qui a fait remplacer par des malles ces coffres en chêne, si solides, on l'aurait encore vu servir pour la mjme destination successivement à une fjule d autres membres de la môme famille. On l'y garde comme un meuble précieux, et presque comme une pieuse relique, puisqu'il a servi à un confesseur de la foi.

Le District de Quimper envoya, le 15 Décembre 1791, des gendarmes pour se saisir do M. Vistoite, vicaire de IMogonnec : ce qu'ils exécutèrent p!)ncluellement. Au commencement du mois de Jtiin 1792, ce District qui jus(|u'alors avait |)aru plus tolérant que les autres reçut une multitude de dénonciations auxquelles il donna suite.

Excité surtout par le club de la ville, il mit sur pied tous les agents dont il pouvait disposer pour rechercher de tous côtés les prêtres non assermentés, dont beaucoup échap|)èrent par la fuite. Parmi ceux qui tombèrent entre leurs mains, nous citerons M. Le Clerc, bachelier de Sorbonne, recteur de IMoaré, homme de mérite à tous égards. On avait essayé par tous les moyens de l'amener à |)rèter le serment exigé par la

nouvelle Constitution; on se servit dans ce but de l'influflnce de personnes qui lui ét;iient très-atl,nchép$; Espilly liii-m'ïme el son vicaire Gomaire unirent leurs efforts pour éhninler sa fiJélité ; mais CR fut en vain. M. Le Clerc, devant tons ces assauts, demeura ferme comme ces rochers qui essuient liérement et immobiles la violence des flots courroucés.

Le ( du même mois, la garde nationale alla prendre à son presbytère M. Denis, recteur de I.octudy, licencié de la faculté de théologie de Taris, l'un des prôtres les plus capables du diocèse et des plus ouvertement opposés am nouvelles erreurs. Le même jour, on arrêta M. Pénanros, prieur de Sainl-Herbnl, ancien jésuite de grand mérile, et M. Boissiére, secrétaire de lévôque défunt, vice-promoteur du diocèse, le siège vacant, comme il l'ékiit auparavant, et prieur commendalaire du Mouslotr. Cej deux Messieurs avaient été forcés d'atiandonner. au mois de Juillet 1791, le cliÂleau ilu Bot, où le premier vivait Jepnis 17 aiis, et le secoiid, depuis la mort de son évèqui!. Ils Furent arrêtés au milieu de la nuit, au boiirg d'Elliant. chez le frère de M. Péuanros, qui avait avait là sa résidence. Au lieu de les conduire par la roate de Quimper, les gendarmes leur llrent prendre celle d'une petite ville voisine, Rosporden, atin de s'emparer du vicaire. M. Guillo : mais, ils comptèrent sans leur hôte : celui-ci, averti de leur projet, s'était enfui, U veille.

avant deprendre »M. Pénauroset Boissière, les agents da District avaient surpris dans sa maison et fait imméiJialoment conduire à Quimper, par deux d'entre eus, M. Le riuelltic, vicaire rie Saiut-\vi, qui donnait, avec un dévouement admirable, à tous tes catholiques des enlinui les seœurs spirituels dont ils avaient besoin,

Iidûs là même nuit, on avait aussi arrêté dans une miiis<jQ de Ouimper, où il résidait, M. Rouzic, maître des cérémonies de la calliêdrale, ainsi que M. François Rjzeo, vicaire de Gourlizon, paroisse de Ploaré. Ces six ec^rlésiastîqnes furent déposés au séminaire de Ouinaper. Là on leur dit quils ne tarderaient pas à avoir des compagnons, vu que. toute la nuit, les gardes nationaux avaient été à la recherche de beaucoup d'autres prêtres : mais leurs courses, tendant à surprendre ces autres proscrits, furent inutiles, car ceux-ci étaient parvenus à s'échapper. Se voyant frustrée de celte nouvelle proie sur laquelle elle comptait , l'autorité départementale fit partir les six prisonniers pour Brest, à i heures du soir, sous Tescorte de li jjiardes nationaux commandés par un officier. Le peuple, réuni en Hmle sur le passage, formait une haie épaisse des deux cotés, depuis le séminaire jusqu'à la sortie de la ville. Le grand nombre, louché de compassion, gémissait en silence, à la vue des confesseurs de la foi, se laissant docilement conduire comme de douces victimes: quelques personnes les insullériMil lâchement, mais, à l'exemple de leur divin Maître. ils les bénissaient en disant à Dieu : « Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. «

Le i ou .*> Juillet suivant, on arrêta .MM. Troboul, vicain» de IMugiitVan, et Briand, vicaire de Tréméven, dans une petite ile où ils s'étaient retirés, espérant y être en sûreté. Le iO Juillet, on s'empara de M. Bolloré, prêtre de Pituneur. Le 10 Août, M. l'abbé de Silguy, vicaire général, fut aussi mis l'ii arrestation à Ouimper, ot joint aux prisonniers du château de BresL

M. Decamps. sons-iliacre, lils du sieur Decamps, cuisinier du séminain\ jeune homme plein d'espérance, fui arrêté chez sim père à Quim|)er, et conduit avec lui

à Brest où il raourat. Son frère, incarcéré aussi, eut lo bonheur de ne point passer au tribunal révolutionnaire ; il fut mis en liberté, quelque temps après la mort de Robespierre.

Dans une de ses lettres adressées à M. Boissière, en Espagne, en 1792 et 1793, M. Le Clerc, recteur de Ploarè, dont nous avons naguères parlé, raconte les persécutions qu'eut à subir à Qnimper, vers la fin de Juin 1792, M. Lalau, recteur de la petite paroisse de Loc- Maria, située à rexlrémité de cette ville.

Ce digne prêtre était en même temps directeur et aumônier des Dames Bénédictines, dont la chapelle lui servait aussi d'église paroissiale. Le Département l'avait autorisé à donner aux personnes de ce quartier les secours spirituels; mais, comme il refusait le serment, Expilly et ses vicaires ne cessaient de le molester et de le menacer... Enfin, il lui notifièrent par écrit d'être plus circonï>pecl dans sa conduite, et plus réservé dans ses propos, lui défendant do recevoir dans son église la foule qui s'y rendait de la ville et de la campagne, pour y entendre la messe, se confesser et recevoir la sainte communion. Le recteur ne voulant et ne pouvant, quand il l'aurait voulu, empêcher celte afiluence, on commença par y mettre des gardes, les dimanches et fêtes, afin de s'opposer à l'entrée des étrangers. Cela dura ainsi jusqu'au moment où la municipalité de Quimper envoya, la nuit, des gens armés pour arrêter iM. Lalau dans sa maison, et sans doute pour le conduire à Brest.

Averti à temps par des amis, il s'était mis, provisoirement, à l'abri de leurs perquisitions. Puis voyant qu'à la sollicitation d'Expilly, le Déparlement avait déjà statué, avant même l'Assemblée nationale, le bannissement de tous les prêtres non assermentés du royaume, il ne

80n{(ea plus qu'à échapper définitivemeot par la faite à ses persécuteurs : ce qu'il fit, eo passant eu Espagne, avec d'autres eixlésiastiques poursuivis comme lui. D autres se réfu;{iérent à Jersey ; d'autres, et ce ne furent pas les m.)iiis méritants, omme les saints dont parle lapfttre saint Paul dans son épitre aux Hébreux, restèrent cachés en France, « errants ça et là dans les lieux déserts, sur les montagnes, dans le^ grottes profon les et les cavernes de la terre, manquant des choses les plus nécessaires a la vie, pressés, accablés de tous les maux (I). » N'est-ce pas une énumération complète et une |)einture au vif des actions et des soulTrauces de ces confesseurs de la foi des temps modernes?

Le fameux arrêté, en vertu duquel on les pourchasfiait, avait été signilié et afliché aux lieux de leur domicile, et on ne leur accordait que quinze jours pjur quitter le territoire françiis. Pusieurs se mirent en route, sans passeport, n'osant en demander, dans la crainte d'être saisis, et sans pjuvoir se munir de l'argent et des autres choses nécessaires, pour entreprendre un voyage d'autant plus pénible qu'il se faisait par mer.

La nuil du I" au 2 Juillet, trente-six de ces prêlres descendirent discrètement rodet(la rivière deQuimper), dans des baniues de pêcheurs, pour se rendre à bord ^'*un petit navire qui les attendait au large. La municipaliié Ouim|)éroise, en ayant eu connaissance, dépêcha ^n toute hâte cinquante soldais et six gendarmes au bas ^l« la rivière pour empêcher l'embarquement. Mais cette lï'oupe arriva trop tard : les proscrits avaient déjà ''^Juiut leur bâtiment qui cinglait à pleines voiles vers les

vaIII ^" soHludinibus errantes, in montibus, et speluncis, et în cavernis terr». (Cap. xi, v. 38). — Ingénies, angusliaU, afflicU (Ibid.,

Spagne où, favorisé par tes vent'', il atterrit heoreii^ement .111 port de Dilltao. le S Juillet 'l~9^.

M. Dumoulin, recteur d'Ergué-Ciabéric, ancien directear au séminaire de Ploiiguernével, président des conrérences tliéologiqaeâ du diocéiL', fut lui aussi obligé, à cause de son refus du serment, de (|uiller sa paroisse et de s'expatritT. Émigré à l'rague. en Bohême, ce prêtre, aussi savant ipie pieui, hnnora son exil par des écrits qui mérilérent d'clre couronnés p.ir la célèbre université de Cflte ville.

Exilium scriptii et comnis honestainl (I), Nous avons, à la suite de la vie de M«' Graveran, consacré ijuelr|ues pages à la mémoire de son oncle, M. l'abbé Dumoulin, dont le nom ne sera plus désormais séparii, dans la mémoire des diocésains de Qiiîmper, de celui de son illustre neveu. Nous renvoyons nos lecteurs à ces pages où ils trouveront, avec la notice biographique le coiicernatil, le gracieux poème latin iiililuié : Èhge de ta Bohême, qui fil décerner à l'auteur, par l'Académie de Prague, le premier prix. Nous recommandons Ce poëme aux amateurs de la boune et élégante Utiuilé (â).

M. Aie (aniire -Hyacinthe du Laurenis , neveu du vicaire capilulaire, était rerieur de Trégunc, à la mort (te Monseigneur de Saint-I.uc. Il repoussa toutes les propositions aiiti-catholiques qui lui furent faites, préfératltcomme sou ont:le les persécutions, l'exil ou la mort, platdt que de manquer àsou devoir. Il essaya, malgré tout,

ftSi.

rue Delimbn;, U.

de rester au milieu de ses paroissiens, et quand il se décida à s'en éloigner, pour mettre ses jours en sâreté, dans un pays étranger , il ne put pas obtenir un passeport. Il arriva trop tard à Paris : on n'en délivrait plus à personne. Il se trouvait dans cette ville pendant les massacres des Carmes, auxquels il échappa par une protection particulière du Ciel, en y demeurant caché. Dés qu'il put quitter la cité régicide, il se réfugia à Orléans, où il trouva, dans la famille de Poiit-Lovoie, une hospitalité et une affection dont il garda jusqu'à la fin de sa vie le plus reconnaissant souvenir.

Pour ne pas être à charge à cette honorable famille, (|ui le recueillit avec tant de bonté, il loua un bureau de tabac, qu'il géra lui-même. 11 vécut là, tout le temps que dura la Révolution, de privations que son aimable caractère lui adoucissait. La famille de PontLevoie seule connaissait le caractère sacré dont il était revêtu, et caché pour ceux mêmes chez lesquels il habitait.

Grâce à elle, il pouvait offrir le saint sacrifice de la messe de temps en temps. Jusque dans ses dernières années, il aimait à se rappeler gaiement les petites anecdoctes de son séjour à Orléans, les avances (|ue lui faisait, pour l'unir à sa famille, son propriétaire, charmé de ses bonnes manières et plus encore de sa vie réglée. . .

Lorsque le calme commença à se rétablir, il revint avec un saint empressement reprendre sa cure de Trégunc. Mais peu de temps a|)rès son arrivée dans le diocèse, ayant entendu parler des vertus de M. du Laurents, ancien vicaire général, des services qu'il avait rendus au pays, et appréciant lui-même, à travers la modestie qui le caractérissait, le mérite de son neveu, Monmp"^ Dombidau de Crouseilhes voulut l'attacher au

chapitre de la cathédrale, en le nommant chanoine. Ce fut avec un profond regret qu'il quitta ses chers paroissiens, au milieu desquels il eut été heureux de mourir. Ce qui le consola de cette séparation ce fut de recueillir près de lui sa vénérable sœur, afin de vei'ser un peu de baume sur les plaies douloureuses que la Révolution avait faites à son cœur. Devenu chanoine, l'ancien recteur de Trégunc s'adonna avec le plus grand zèle aux œuvres les plus modestes : le catéchisme des enfcints et l'instruction des pauvres étaient celles qu'il aimait par dessus tout. Bien que déjà d'un âge avancé, il se levait de grand matin, par les temps les plus rigoureux, pour aller dire la messe chez les religieuses de l'hôpital, dont il s'était constitué l'aumônier. Les anciens du clergé ont gardé le souvenir de ses douces vertus et de l'amabilité de son caractère. Austère pour lui-même, indulgent pour les autres, comme l'Apôtre, il se faisait tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ. Sa vie s'écoulait ainsi dans l'humble pratique de la charité, lorsque la Providence lui ménagea l'occasion de sacrifier sa vie pour cette vertu qui lui était si chère. Au mois de Juin 1818, il se disposait à aller prendre quelques jours de repos dans sa famille, à Brest, lorsque le typhus se déclara tout-à-coup à Quimpor avec une grande violence, faisant dans la ville de nombreuses victimes. Ne consultant que son zèle, M. du Laurents se met nuit et jour au service des malades; il se fait jeune pour se multiplier partout où on le réclame.

A boîit de force, il est lui-même bientôt atteint de la terrible maladie contre laquelle il lutta quelques jours. C'est ainsi que, malgré son état de souffrance, visible pour tout le monde, il voulut assister encore à la procession de la Fête-Dieu, où il remplit les fonctions de

grand chantre. Ce Tut le suprême et le dernier effort de 1 énergique Tieillard : il succomba au mal, peu de jours après, tombant, comme un biave soldat, les armes à la main.

M. Kerkvh. vicaire de Trégnnc, marchant sur les iTfeOfs Je son rvcleur, rerusa aussi le serment et fut MKwvffv loor-à-tour à Quimper et à Brest.

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