‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 35 sur 51 · SŒURS DE LA SAGESSE M QUIHPEHLK · texte numérisé non relu

SŒURS DE LA SAGESSE M QUIHPEHLK

l.'bospice de la ville de C'uimperlé était contié aux Sœurs de la Sagesse de Saint-Laurent, lorsque se déchaîna la tempête révolu tionnsire. Comme à toutes les religieuses du diocèse, on leur demanda le serment qu'elles refusi'rent toutes avec énergie et constance.

Pour ce motif, elles furent chassées de leur maison, le 'i\ Janvier 1 70^, après un inventaire qui constata leur bonne gestion et l'état florissant de l'éuibllssement qu'elles laissaient abondamment pourvu de tout au\ mains de deux femmes jmlriotes, l'une de Quimperlé et l'autre de Lorient. Comme ces dernière*, en prenant la succession des religieuses, étaient guidées par l'intérêt et non par le dévouement, les malades et les administrateurs regrettèrent bien vite les bonnes sœurs : les pR-miers, parce <|u'ils n'étaient plus aussi bien soignés: les seconds, parce que les dépenses augmentaient.

Converti en une maison de plaisir, l'bi^pital était, chaque soir, le rendez-vous do tous ceux qui voulaient s'amuser et se divertir : il était ouvert h qui voulait y entrer ; hommes et femmes mariés . jeunes gens et jeunes filles, citoyens, otTiciers et soldais... Tout ce

monde dansait et bayait, aa son da bifiiou et an miliea de cris et de chants qui, venant frapper les oreilles des panvres infirmes, troablaient leur repos et empêchaient lenr sommeil. Quels amusements dans la demeure des malades et l'asile des vieillards ! Encore si ces amusements avaient été seulement bruvants , mais ils étaient

souvent impies et sacrilèges ! Un jour, un officier de la garnison de Quimperlé se livra, après avoir beaucoup dansé et beaucoup bu , à un acte d'une impiété inqualifiable. Ayant aperçu un crucifix dans le réfectoire des religieuses, il dégaina son sabre et pourfendit cette image vénérée. Nous ne savons si les spectateurs applaudirent à cet acte de sacrilège impiété : bien qu'il fut alors de mode d'afficher l'incrédulité , nous préférons croire que , se souvenant de leur baptême , ils osèrent le blâmer et le flétrir.

La supérieure des filles de la Sagesse de Quimperlé, se trouvant sans asile, se retira, avec une sainte audnce, à Thôpilal de Landerneau d'où ses sœurs avaient été chassées. Revêtue d'un costume séculier, elle entra bravmient dans rétablissement et se mit immédiatement à vaquer au soin des malades, comme si elle en était chargée. Ignorait-on ou faisait-on semblant d'ignorer qu'elle fût religieuse? >'ous ne saurions le dire. Mais toujours est-il qu'on accepta volontiers ses services, qui étaient ceux d'une inlinnière parfaitement entendue et d'un dévouement sans borne.

Cependant, les personnes du monde, qui géraient l'hôpital de Quimperlé, en eujeiit bientôt gaspillé les ressources, au point que la commission administrative, regrettant plus que jamais les sœurs, se mit à s'enquérir de l'endroit où elles avaient pu se réfugier. Après bien des recherches , elle finit par apprendre que l'ancienne

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sn^rienre était à Landerneau. On lui écrivit sor-l»i-liamp des leltrcs fort pressantes , pour la supplier de revenir aa poslo d'où ou se repeiilait amèrement de l'avoir renvoyée. . . I.e vœu de la municipalité de Quimperlé lie put être exaucé que le 19 Avril t"97. C'est à cette époque seulement que , accompagnée de deux sœurs , la Mère supérieure rentra au, milieu de ses pauvres qui, restés inconsolables de son départ, ne purent contenir la joie que leur apporta son retour. 11 n'est pas besoin d'ajouter que , ayant trouvé la maison dans le plus complet déDument, elle no tarda pas à la remonter, au moyen d'une sago et intelligente administratien.

PERSÉCUKON CONTflE LES LAÏQUES.

Si. dans quelques villes, comme à Paris et ailleurs, on a va certaines femmes jouer, pendant la persécution, un rùle odieux ; si l'on en a vu quelipies-unes dépasser les hommes les plus sanguinaires par leur crnauté : iKaul le dire, à la gloire de ce sexe, les femmes ont, en général, donné les plus beaux exemples de fidélité à la sainte Église et de constance dans tous leurs devoirs, tant que dura la tourmente révolutionnaire. Elles se liront remarquer partout par leur piélé ot leur patience dans les souffrances qu'elles eurent à essuyer pour la bonne cause. Nous savons que la Bretagne, et notamment uotrc diocèse, eurent 'a compter une multitude d'actes de dévouement et de' fermeté do la pnrt de femmes du peuple et de la haute société, dont nous n'avons pas le détait.

Ce que nous savons c'est que. dans nos campi'^nes.lés femmes étaient les plus empressées à cacher dans leurs

nMitoQS )aa prêtres fiâéies, et ies plus décidâes. i il s'agissait dn s'éloigner des intrus et des ussertnentéâ. EUea étaicDl les premières à braver tous les daDgers;J la prison et la mort môme, pour aller assister au saiiïl sacrillce de la messe, dans une grange abandonnée c duns une grotte solitaire. . .

Aux veilléea du soir, le paysan et le marin de uni DÔles racontent encore qne, souvent, la Temme encoara*! geait l'homme à se dévouer, envers et contre tout, poui sauver soit un prêtie, soit toute autre personne porsé" cutée. Qui de nous, cnfauls de la vieille Armoriqiie, ' as^is au Toyer paternel, n'a entendu de ces récits où l'héroïsme de la femme bretonne, poussant son mari au sacrifice, était dépeint sous les couleuis les plus tou-J r.liantcsr Qui de nous, enfants des bords do la mer, entendu, avec émotion. (lueliju'une de ces histoires < le pécheur hésitant à prendre. d;ins sa banpie, nn p poursuivi, était pressé par son épouse démettre à l'a les jours du ministre de Jésu:<<Christ?

C'était au milieu des ténèbres de la nuit; le vent S flaii Avec foixe ; les flols de l'Océan violemment agili venaient se briser avec Tracas sur lus galets retentissattltfj dn rivage; le fugitif frap|>e à la porte do la cabane, d^ mandant, au nom de Dieu, riio$|iiialité. On rnconoall la voix du recteur : on lui ouvre. Il raconte (ju'il tra<|ué pal' les agents de laUévolution ; encore quelqtM heures, et il sera alleiiit. . . Le seul moyen d'^ha|ifi rsl de s'embarquci': Ja tempête rend la navigation pi leuse el, de plus, le pilote s'expose, à son retour, à l lier lui-mi'ino entre les mains dos patriotes ; à U peosj ■k sa femme et de ses enfaiiis, qu'il va laisser sans t lieu el sans prolecteur dans la vie, s'il périt 'dans I llul6 ou sur l'échafaud, celui-ci hûute. Ator&, n'ècoala

^U de la charité clirélienne, qui l'omplit son nulle cwur, s'oubliant elle-même et les siens, cunliarile en la Providence de Dieu qui l'inspire, celte femme aitiuie son mari et lui commande l'acte de dévouement devant lequel il s'arrête. — « Pars, lui dit-ello, prends Monsieur le recleur sur ton bateau; œnduis-le au large sur Ici ou tel rocher, et s'il le laut, plu& loin, sur les cotes d'Anglelerre. Hieu le protégera et le ramènera sain et sauf. »

SIMPLES CITHOUQUES.

C'est un tait incontestable : lanl dans les villes que daoslescampagnes.les populations des diocèses de Quimper et de Léon ont montré le plus |{rand attachement à leurs pasteurs légitimes, l'éloignemenl le plus prononcé pour 1ë& intrus, la charité la plus étendue envers le clergé persécuté. 11 faudrait des volumes pour raconter les traits mulliptiés qui confirment cette assertion. Que l'on interroge les vieillards qui gardent encore le souvenir de ce qui se passa dans les li'isles jours do UHévolutiun, et ils rediront le« mille et mille actes d'héroume et de dévouement par lesquels se signalèrent surtout nos bons villageois I Combien s'exposèrent à la moit pour sauver la vie à leurs prêtres qu'ils cichaient dans leurs maisensl 11 n'est guère de famille, en noire pays, qui ne revendique ce précieux honneur et ce beau lilre de gloire. Nous l'avons remarqué, lorsi|ue nous adressions à Uonio des snppliipies pour demander dispense des empêchements lualrimoniaux : une des raisons fréquemmeut apportées par^ les gens de la campagne était celleci : les services rendus à l'Église dans la personne de ses ministres (idèles. pendant la iHiriièculion de la Un du MÔclo dernier.

NOBUSSE ET MAGISTBUURE.

Tout le monde coonait les protestations faîtcâ noblesse do Bretagne, aax Étals de Suint-Bricuc, les principes de la Ilévolution, lors des promii^res asseï bléea électorales. La majeure partie de la nublesso c Finistère concourat k ces protestations, ou \m easuile, et en lit la règle de sa condaile : aussi, fol elle persécutée d'une manière tonte particulière.

La noblesse de Bretagne avait refusé d'envoyer ( députés aux Hlats Généraux qui s'ouvrirent â Yersaille le 5 Mai 1789.

La plupart des otficiers du Présidial protestèrent a et se rangèrent du côté de ceux (|u'oii nommait urûAi craies, c'est-à-dire qu'ils demeurèrent lidélos à la rd gion et au roi. Le sénéclial, jeune alors, se laissa e traîner dans le camp opposé.

La persécution qui sévit contre les prôlresotles i sons religieuses dut naturellement s'étendre aux laî<]i rebelles aux principes nouveaux... Elle s'acliaraa j tout contre les Tamilles de la noblesse, connues ] leur dévouement au clergé catholique. Ces familj eureul à souiïrir dans tous les districts du déparlem mille outrages de la part des agent*; révolutionnaire Sous prétexte do rechercher les prêtres réfractaires, i se présentaient dans les maisons, de nuit et de jouK^ exerçant dans tous les appartements les perquisitions l plus minutieuses et les plus vexaioires, mettant les s vileurs-À la question pour le^ amener k dénoncer leui maltres.visitaDt les papiers les plus secrets.pour saisir li traces d'oae correspondance suspecte et comprûnaetUolt^J

Mons signalerons comme ayant été en butle à ces rcxti lioDs.daDs le district de Tout-Croix, la famille deHospid

êl la famille Duvergicr , dans celui de Ouimperlé.

Le rhÂtean de Kernault, liabilé, nous le savons déjà, par la famille Duvergier, était ouvert à tous les prêtres qui venaient j demander un refuge. Aussi fut-it bientôt signalé comme snspect.

Le père Jniian, do Kerbérec, jésuite, et les deux Meisienrs ViJelo. dont l'un devint plus tard vicaire général de Vannes, et l'autre.curê d'Hennebont, demeurèrent longtemps cachés au château de Kernault; ils rendirent, durant ce temps, les plus grands services â la paroisse de Mellac, en administrant les sacrements, au péril de leur vie et do celle de leurs hôtes charitables.

Ils oITraient, chaque jour do la semaine, le saint sacrifice de la messe dans une petite chambre obscure, située dans un endroit dérobé : c'est aussi dans cette cachette que les prêtres se réfugiaient, quand on fouillait la maison. Le dimanche, quand on n'avait pas à craindre la visite des gendarmes, on dressait l'autel dans la grande salle du château, à cause du pins grand nombre d'assistants qui s'y rénnissaient des environs. Le célébrant faisait à ce petit tronpeau d'amis de Dieu une courte instruction snivie d'une exhortation à persévérer dans le bien, et ces chrétiens d'élite, dignes de leurs frères des catacombes, se retiraient, par divers chemins, fortifiés et encouragés.

Les demoiselles Duvergier, transformées en apôtres et en sœurs de charité, faisaient elles-mêmes le catéchisme aux enfants et visitaient les malailos.

l'n jour, ua des prêtres cachés chez elles les remplaçait dans cette fonction, quand survinrent les agents du District. Une de ces demoiselles, qui faisait le guet, s'élance à leur vue dans l 'appartement, et arrache le livre

et la bagaette da catéchisme des mains da prêtre, qoi n'a que le temps de se mettre en lieu de sûreté.

Le père Jonan, parent de la famille Dnvergier, moamt an château de Kernanlt, sur la fin de la Révolution. Il légua, en mourant, à la fabrique de Mellac, tout ce qu'il possédait : son lit et un couvert en argent I

Mais la famille qui, entre toutes, fut l'objet des mauvais traitements et des poursuites des patriotes, fut celle de M. le président Conen de Saint-Luc, frère de l'évoque défunt de Quimper. Cette excellente famille habitait le château du Bot, prés la petite ville du Faon» district de Landerneau.

Profondément attachée à la religion catholique et à la monarchie ; vouée à toutes les œuvres de la piété la plus sincère, sa fidélité au devoir ne se démentit jamais : elle s'affirma môme davantage au milieu du danger, comme c'est le propre des vraies vertus. Refuge de tous les prêtres persécutés dans ce canton, le château du Bot leur était ouvert de nuit comme de jour : outre d'abondants secours pécuniaires, ils trouvaient sous ce toit hospitalier tous les écrits qui paraissaient en faveur de la bonne cause, et qui pouvaient les fortifier dans leur attachement aux principes de la sainte Église romaine. Non contents de communiquer ces écrits â tous ceux qui venaient leur demander l'hospitalité, les habitants du château se faisaient un devoir d'en répandre le plus d'exemplaires qu'ils pouvaient autour d'eux et plus loin : ce zrle tout apostolique pour propager la saine doctrine fut brni de Dieu ; il produisit les fruits les plus consolants. Il porta à la rétractation de leur serment plusieurs prêtres qui avaient été conduits à le prêter par le mirage trompeur des raisonnements sophistiques de ses secta-

teani let pins eédoisaiits. L'ne tello conduite appelait de soi l'an i mail Tersioa dos révolutionnaires sur la famille de Sïinl-Luc,

Dès lo jeudi saint de l'année 1791 , on commença k ta persécnter ouvertement. Vers les sept heures du matin, la cour du château est toul-à-coup envahie par une troupe du douze OH quinze soldats nationaux à cheval. Ils demandent l'entrée de la maison . pour y faire une perquisition. <i Nous voulons voir, disent-ils, si M. l'évêque « de Sain t-Pol-de- Léon n'est pas caché ici, pour y faire ■ la cérémonie des saintes huiles, et s'il n'y n. pas avec < lai, comme le bruit s'en est répandu, grand norohre « de prêtres réfracta ires. » On leur ouvrit, comme ils l'exigeaient, tous les appartements, les greniers, les caves, les armoires même , etc.; ils ne trouvèrent que M. l'enanfos, aumànier do la maison, depuis 17 ans, et M. Boissiére, ancien secrétaire de Monseigneur l'évéque de Quimper, des'|uets nous avons déjà parlé. Ils ne virent pas un autrft prêtre étranger qui était aussi au Bot, dans le moment. Cette première visite se passa sao9 insulte grave, et les gardes nationaux se relirèrent assez pacitiquemenl.

Il y avait au château une belle et spacieuse chapelle, qui existe encore, dédiée à saint Jean-Oapliste. Quand la SaJnL-Jean tombait dans l'octave do la Féle-Uieu, comme ceU arriva en 1791, il était d'usage, depuis lrè&-lunglemps , d'y chanter la messe , à la suite de la procession de la paroisse qui s'y rendait avec lo Saint- Sacremeni. Ce jour-là, on pouvait,en visitant la chapelle, gagner une indulgence pléniérc : aussi , les Tidéles des environs, désireux de profiter de cette faveur spirituelle, y vouaient-ils eu grand nombre satisfaire leur piété. La veille de la fête, le procureur-syndic de la paroisse

Ëumercb) ëcrifil aa recteur pour lui àètmt art du District de Landeroe^u. d'aller au B»t cJianier \ grand'messe et d'y conduire la processiou. Le leudolain , de très-grand matin , le même procureur cnvoys

. exprès au président de Sainl-Luc, avec une lettre lOrtant défense de permettre qu'il y eût assemblée de . peuple à sa chapelle, qu'on y chantât la messe, qu'on y confessât et qu'on y donnât la sainte Communion. Daos | l'après-midi, des émissaireâ do l'autorité municipale du Faou vinrent sur les lieux voir si l'on avait tenu compte de celte défense, et comme ou avait du, par prudeoce, > s'abstenir de toute réunion , ils s'en retournèrent saa» | parler à personne.

Ce jour-là même, on apprit à Landerneau la nouvelle î la luile du roi. On arrête à la poste les lettres adresses à tous ceux qu'on regardait comme suspects; or donne ordre de se saisir de leurs personnes et do les conduire à celle ville, pour y être mises en arrestatioa i dans les Mtiments eilériours des Dames Irsulines.

Le samedi 25 Juin, vers les trois heures de l'aprèfr^ \ midi, apparaît dans les avenues du château une trtuipo * de gardes nationaux et d'autres patriotes à cheval ; bien- ' tât ils ont mis pied à terre, et, pendant qu'une partiel entre dans la maison, l'autre demeure au dehors, pour i garder les portes et autres issues. Le chef de la bande ] signifie à M. de Saint-Luc un ordre du District de Lan- i dcroean qui lui enjoint de se rendre dans cette Tille, aveei ses deux fils, dont l'ainé était oITicler daus un règimeatl de chasseurs (de Deux-Ponts à cheval), et le chevalier.r volontaire dans le régimeut de Vinlimillo : le i ordre atteignait aussi M. de Lantivy, son geudre, u'h devant oflicier dans la marine royale. Lu chevalier de] Saint-Luc «t M. do Lautivy se trouvaient alors absenla [

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