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■dff chSleaft. Pendant qu'on atlelle les chevaax i lii Voiture, les palriotEîs aperçoivent M. l'abbé renanros; ils lui Qotiflent verbalement le mandat de les suivre et demandent où est M. Boissiére. M. de Saint-Luc fait observer que ces deux ecclésiastiques ne sont pas compris dans l'ordre écrit donné par le District. — « N'importe, répond le commandant, nous avons des ordres verbaux. »
M. Boissiére s'était échappé par les Jardins, puis s'était réfugié dans les bois : ce fut en vain que l'on lit les plus mlniitieuses recherches pour le découvrir.
Au moment où M. le président de Saint-Luc. son fits aîné et M. Pcnanros montaient en voiture, se présente H" de Saint-Luc, pour les suivre. — « Madame, dit la chef de la troupe armée, les ordres ne parlent pas de vous. » — « Soil : mais je veux accompagner mon mari ; qui peut m'en empécherT. . . » — « Madame, vous manques à la Nation; vous pourriez vous en repentir. » — « Cela se peut; mais croyez-vous ra'iuspirer de la terreur? Vous vous trompez ; arrachez moi la vie. . . Alors du moins, je ne serai plus témoin de tous les maux et de toutes les horreurs dont la Révolution accable mon pays. , . — Elle dit, et se place liérement à côté de son mari, et Ton part escorté des gardes nationaux.
Arrivés à Landerneau, M. de Saint-Luc et ses compagnons sont mis dans les parloirs des Ursulines en état d'arrestation ; quaut à Madame, elle est reçue dans l'intérieur de la communauté, h. l'insu des patriotes.
Les nouveaux prisonniers se trouvèrenl m^és à d'autres gentilshommes du voisinage et à un grand nombre de prêtres qui avaient été déjà enfermés dans ce couvent. Des officiers municipaux apportent à M. de Saint-Luc les lettre* à lui adressées par la poste et le forcent à les
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lire tout haut. Elles ne contenaient rien de compromettant pour lui.
. Pendant leur détention dans cet établissement, la municipalité se présenta plusieurs fois pour engager les détenus à prêter le serment. Tous s'y refusèrent avec énergie, en motivant leur refus, à Texception de deux gentilshommes qui achetèrent leur liberté au moyen de cet acte impie.
Cependant, on apprend que le Roi a été arrêté à Varennes et qu'il est de retour à Paris; à cette nouvelle, Tautorité départementale du Finistère ordonne qu'on relâche les prisonniers.
. Le district de Landerneau tenait, parait-il, à garder ses victimes sous les verrous, car plusieurs jours se passèrent avant qu'il se décidât à exécuter cette ordonnance. Enfin, M. de Saint-Luc put revenir chez lui avec sa femme, son fils et son chapeliain. Pendant son absence, on avait signifié aux personnes restées au château l'interdit de la chapelle, prononcé et signé par les deux vicaires de l'intrus Expilly.
M. Boissière y était revenu, deux ou trois jours après avoir échappé aux patriotes; il s'y tint caché avec le chevalier de Saint-Luc jusqu'au retour des détenus. Voyant clairement que le séjour du Bot était pour tous plein de dangers, tous les hôtes de cette pieuse maison résolurent d'un commun accord de la quitter le plus tôt possible : c'est ce qu'ils firent les premiers jours de Juillet 1791.
Bien que le château ne possédât plus ses maîtres, il servait , comme avant, d'asile aux prêtres persécutés qu'on y tenait cachés, lors même qu'on eut porté des peines pécuniaires et corporelles contre ceux qui les rec^'"*'''nt. Pendant ce temps, M. de Saint-Luc avait fait
passer ses deux fils » Jersey, tl'où ils se rendirt^nl er) Alluipagnc cl servirent dans les armées qui rentrèrent en France en 1702. L'aînô périt dans l'expédiiinn de Quiberon, et le chevalier fut obligi5 de se retirer à Londres, à cause de sa mauvaise sanlé.
En 1792, Monsieur et Madame de Saint-Luc retonr- Derent au Bot, où ils restèrent jusqu'à ce qu'on tes forç.'it, le 15 Octobre, à venir encore habiter Quimper, comme on y avait également obligé la plupart des membres de la noblesse et de ceux qu'on appelait aristocrates. Quelques Jours auparavant trente nationaux avaient envahi et fouillé le château, de la cave au grenier, sous prétexte (le chercher des armes, mais en réalité pour rechercher les prêtres cachés. Honteux et dépités de l'inutilité de leui-s perquisitions, 'qui avaient duré trois jours, ils se retirèrent, après avoir acccablc d'injures les malheureux habitants qu'ils voulurent ensuite faire incarcérer, parce qu'ils avaient trouvé une paire de pistolets oubliés dans tiD tiroir et non déclarés. Mais le Département ne seconda pas, Celte fois, leur mauvaise volonté, sur un motif aussi' futile.
La liberté ayant été rendue aux nobles et aux autres personnes suspectes retenus en otages à Quimper. M. de Saint-Luc et sa famille se rendirent de nouveau dans leur propriété du Bot, vers la fin de Novembre : mats ce ne fut pas pour longtemps. Aussitôt après la mort de Louis XVf, ils furent rappelés en surveillance à Quimper où ils restèrent jusqu'à la fin du mois d'Août 1793. Ce fut pendant ce séjour que M"" Victoire de Saint-Luc, Dame de la Hetraite, fut appelée à subir un interrogatoire devant le tribunal du Déparlemenl : on saura qu'après avoir été expulsée de sa communauté et s'être réfugiée d'abord, avec ses sœurs en religion, à Kerlot el au
Calvaire , elle avait été obligée de se retirer ensuite dans sa famille dont elle partagea , dés ce moment y la fortune et la détention. Mandée à la barre du jage d'iîiStnicUon, sans savoir pour quels motifs , elle laissa ses parents dans les plus cruelles alarmes.
Tout son crime consistait dans sa dévotion toute spéciale au Cœur sacré de Jésus qui la portait à peindre des emblèmes de ce cœur adorable qu'elle distribuait autour d'elle. Après quelques préambules , on lui demanda pourquoi elle peignait ces emblèmes. Elle répondit : « Il n'y a^pas lieu de s'étonner qu'étant religieuse, je fasse des images de piété. » On ne s'en tint pas là. L'interrogatoire se prolongea beaucoup ; on lui fit un grand nombre de questions par lesquelles on espérait sans doute l'embarrasser et la mettre en contradiction avec elle-même. Forte de son innocence et douée, d'ailleurs, d'une grande force d'âme , M"* Victoire de Saint- Luc répondit à tout avec une sagacité, une bonne foi et une franchise qui persuadèrent ses juges.
Après cet interrogatoire dont elle sortit victorieuse,
elle revint bien vite rassurer sa famille, racontant gaie-
. ment ce qui venait de s'y passer. « Désormais, lui
disait-elle, on nous laissera en paix : on a vu que nous
ne sommes pas des conspirateurs. »
Vers la fin du mois d'Août 1793, il fut permis à M. et M"® de Saint-Luc de retourner à leur terre du Bot avec tous leurs enfants. Fatigué des persécutions auxquelles il était conlinuellement en bulte, depuis environ trois ans , le président se hâta de rentrer avec les siens dans la résidence qu'il aimait, pensant y trouver désormais le repos dont il avait besoin , après tant d'épreuves. Hélas I il se faisait illusion : son séjour au Bot ne devait être ni durable ni tranquille. Le calme
(Tun jour (|u'il allait goûter devait titre le répit cI'ud orage apaisé au instant, pour éclater plus violent (}iio jamais et dans lequel, cette fois, il périrait. Moins confianto que son mari , M"" de Saint-Uic ne so laissait pas aller à ses illusions... Sa maison n'était plus, . littéralement pour elle, qu'une liiHellorie où elle s'arrêtait momentanément comme les voyageurs, — qu'une teitte de berger dressée le soir et repliée le matin.
Elle ne se trompait pas. Bientôt les visites domiciliaires recommencèrent au château, et avec elles tes bruits les plus sinistres et les plus alarmants. Six semaines se passèrent dans ces angoisses et ces incertitudes : ou se demandait, chaque jour, si le lendemain, on ne serait pas arrêté. Toujours sous le coup de cette éventualité , les habitants du Bot s'y préparaient on réglant leurs affaires, résignés à se soumettre en tout à la volonté de Dieu : leur chapelle étant fermée et leur aumônier étant en fuite, ils ne pouvaient plus demander aux sacrements de la sainte Église la force incomparable qu'ils confèrent aux. chrétiens aux prises avec la persécution ; ils y suppléaient en recourant à des prières plus ferventes et plus multipliées.
Le Irait qui est prévu frappe moins que celui qui tombe à l'impruviste : aussi, la famille de Saint-Luc ne fut-elle pas surprise de voir, le 10 Octobre I7i);(, le château envalii par un détachement de gendarmes qui venaient l'enlever pour la mettre en état d'arrestation. Elle n'était, dans ce moment, composée que de quatre personnes : le père , la mère et les deux filles. M"" Victoire et Euphrosie. Menacées d'abord d'être conduites à la prison du Faou, tandis que M. de Saint-Luc serait détenu à Carhaix, ces damos supplièrent avec larmes do ne pas las séparer de leur chef bicu-aimé. Les gen-
darmes pénètrent dans la chambre de ce respectable vieillard , que des douleurs aiguës retenaient , depuis quelques jours^ sur son lit.. Ils lui annoncent qu'ils sont chargés de le conduire à Carhaix , lui et tous les siens. A ces mots> tout le monde respire; tous ces cœurs tendrement unis, serrés à la pensée de la séparation, se dilatent; l'assurance qu'on leur donne d'être réunis leur devient un bonheur : il est si doux aux personnes qui s'aiment de souffrir et de pleurer ensemble I
Les ordres étaient précis, il fallait partir sans retard : les préparatifs de ce triste voyage ne furent pas. longs ; tous les soins se portèrent à chercher un mode de transport que l'état souffrant de M. de Saint-Luc rendait difficile à trouver. On le plaça le plus commodément possible,avec ses compagnes, dans une voiture, dont le mouvement devait le faire beaucoup souffrir, durant la route. Alors les sanglots retentirent de toute part dans la maison ; de vieux et fidèles serviteurs, les yeux et le visage baignés de larmes , adressaient à leurs bons et vénérés maîtres les adieux les plus émouvants. Touchés cuxt mêmes jusqu'au plus intime de leur fime, ceux-ci pleuraient avec eux : tous se disaient sans doute qu'ils se séparaient pour ne plus se retrouver en ce monde.
On se mit en route à travers deux haies de bons paysans qui, informés de l'arrestation de leurs bienaimés seigneurs, étaient accourus aux abords du château, afin de les voir peut-être pour la dernière fois. On ne saurait exprimer la douleur peinte sur tous leurs visages : on y lisait l'attachement respectueux hautement manifesté par ces braves gens, au passage de la voiture d'où ceux qui en étaient l'objet leur renvoyaient les plus touchants renierciments. C'étaient des fermiers qui perdaient non pas tant leurs maîtres que leurs bienfai-
, leurs protecteurs cl leurs amisi Ces i tiODÂ (]ui eussent Tait impression sur les cœurs tes plus froids cl les plus Jurs conlrastaienl de la faroQ la plus lamentable avec la cruelle gaiolc des ciindncteurs, qui ne cessaient de faire retentir aux oreilles des p'risonniers les chansons les plus rérolutionnaires et les plus indécentes, (^eux-ci opposaient la prière à ces ignobles chansons, buvant jusqu'à la lie l'amertume île ce breuvage, disant à Dieu : « Seigneur, panionnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils foirt. »
Ils arrivèrent à Chùteaulin, n la tombée de la nuit. On Voulut les y faire coucher à la prison, qui était un lieu exti-êraement resserré, pouvant contenir à peine six personnes, et où étaient déjà entassés vingt-quatre voleurs on assassins. Ils obtinrent cependant, non sans beaucoup de peine, la faveur de rester à l'auberge. Le lendemain matin, on se remit en route pour se rendre à (',arbaix. En apercevant les deux grosses tours qui signalent, au loin, cette vieille cité bretonne, dont le nom (1) rappelle la lille d'un des premiers rois ou chefs de l'Armoriquc, cette Ahés dont nos légendes font une autre Mossaline, les voyageurs furent saisis de tristesse, et de sombres pressentiments s'emparèrent de leur esprit. Mais comme ils étaient des chrétiens fervents et résignés à loul, ils saluèrent le lieu de leur nouvelle captivité, en disant tous du fond du cœur : 0 crux. ave, spcs unical * Salut, ù croix, notre unique espérance ! »
On leur assigna pour prison l'hôpital de Notre-Dame de (jr.ke, dont on avait violemment expulsé les religieuses qui le dirigeaient. Après la sortie des Augustines
(1) Cartialx, en bn^lon, Kit roi de la Bretagne Arinuriiiiif.
AliCs, vill,. (l'Alif-s, lille (Je Gralluii.
hospitalières, od avait d*abord transformé leur maison en caserne. Pendant qu'il servit à cette destination, ce couvent fut complètement dégradé. Privés de tous leurs meubles, les appartements n'offraient plus que le spectacle de la malpropreté la plus dégoûtante. Aussi,
quand la famille de Saint-Luc y arriva, brisée de fatigue, ne put-elle trouver ni chaises, ni table, ni même un méchant grabat pour se reposer : la nourriture qu'on lui apporta était à l'avenant de l'état des lieux : un mauvais potage, un morceau de pain sec et une cruche d'eau. C'est ainsi qu'elle vécut tout le temps de son séjour à Carhaix. Mais ce dénûment et ces privations étaient pour les captifs peu de chose, en comparaison de ce qu'ils eurent à souffrir de la part de leurs geôliers et de quelques-uns de leurs compagnons de captivité : on les accablait d'injures à cause de leurs pratiques religieuses et de leur noblesse. On proférait souvent contre eux des menaces de mort, et plus d'une fois ils eurent à redouter que l'effet ne suivît ces sanguinaires menaces. On ne sera pas surpris de ce que nous écrivons, quand on saura que la prison de Grâce était remplie non-seulement de ce que nous appellerons des détenus religieux et politiques, mais encore de criminels de toute sorte, de gens sans aveu et sans foi : ces gens, ayant au cœur lahainede Dieu et de l'ordre, se vengeaient sur ceux qui tenaient à ces deux principes essentiels, en les vexant et en les persécutant par tous les moyens possibles.
Celle prison ainsi composée donnait l'image de l'enfer ici-bas : on n'y entendait que jurements, blasphèmes, insultes, récriminations, vociférations, paroles obscèqes... Mais si Dieu était offensé par tous les blasphèmes et les paroles de sang sortant de ces lèvres immondes ,