‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 38 sur 51 · TI · texte numérisé non relu

TI

An nombre do ces personnes étaient M. de Trômaria el l'une de ses filles qui périt sur leclinfaiid jioiir sauver sa sœur, religieuse du Calvaire. Celle-ci, dénoncée ctnnine snspecte, était gravement malade, an momeul où la force armée vini la chercher pour la mettre en état d'arrestation. Craignant qu'on ne l'enlevât i|uan(l même do son lit, sa sœur se présenta aux gendarmes qni l'arrêtèrent à sa place el l'emmenèrent à la prison criminelle d'où elle frit condaite à la Conciergerie.

La Calvairienne se guérit peu à peu de sa maladie et m hii point tracassée plus tard, gr^ce fi rtiérmque dévanemeni de sa sœur, auquel seul elle dut la vie, car on était alors si barbare en France qu'il n'est pas doatenx qu'on n'eût enlevé et transporté la malade en pnson et de lit à Paris.

Parmi tant d'autres laïques persécutés b. cause de leur fidélité ans bons principes, nous devons meutiuunfr, arec bonneur, M. Le Bars, avocat, liomme aussi recomnundable par sa science des lois que par sa piété solide et son attachement inviolable k l'Église et à la Royauté.

En 179i, vers la Septuagésime, deux jeunes gens élfùenl au séminaire de Qnimper, avec cinq ou six autres condisciples, tous patriotes, se disposant à recevoir les saints ordres des mains de l'intrus Expilly. L'an d'entre eoi étant sorti, un jour, en ville, avance devant plusieurs personnes que deux aristocrates étaient venus au séminaire l'engager lai et un de ses camarades à renoncer à l'ordination, leur proposant de l'argent et tous les autres moyens de passer à Jersey. Quelques instants après la sortie de l'ordinand de la maison où il avait tenu ce propos , arrive le juge do paix auquel on raconte le fait. Le magistrat se rend immédiatement au séminaire»

appelle les jeunes gens, les interroge et lear enjoint de nommer les deux aristocrates. Les séminaristes s'y refu* sent et ne veulent pas prêter serment de dire la vérité. Le même magistrat revient, le lendemain, à la charge, avçc deux assesseurs, et leur ordonne séparément de dire la vérité; ils en font le serment. Sommés de dévoiler les noms des personnages compromis, Tun des clercs répond qu'il ne peut se rendre à cette sommation, parce qu'ils sont de ses parents, l'autre oppose le même refus, pour ne pas nuire aux parents de son ami.

A un troisième interrogatoire, les dénonciateurs nomment M. Le Bars, sans vouloir désigner son complice, sous prétexte que ce dernier est de la famille de l'un d'entre eux. L'accusé est immédiatement emprisonné et les scellés sont apposés sur tous ses papiers et autres effets.

Le jour suivant, subissant un quatrième interrogatoire leS deux ordinands déclarent que le jeune Léon de Trévéret, clerc tonsuré, est le complice de M. Le Bars, et, toujours d^accord dans leurs dépositions, ils déterminent le jour et le moment où ces messieurs vinrent leur faire les propositions dont nous avons parlé. C'était, disaientils, vers, sept heures du soir, pendant le souper ; ce fut le concierge de la maison qui les appela au parloir. Après des déclarations si précises, on interroge l'un après l'autre les directeurs constitutionnels du séminaire ; tous déposent qu'ils ont entendu dire aux deux séminaristes qu'on leur a offert de l'argent, pour passer en Angleterre, s'ils voulaient renoncer à recevoir les ordres, de l'évèque Expilly. Ils ajoutent qu'ils ne savent rien de plus sur cette affaire et qu'ils ne les ont pas remarqués sortir du réfectoire pendant le souper de la communauté.

(la table des dénonciateurs dêclarchT mêmes qu'ils n'ont pas entendu les appeler, qu'ils oc le* ont pas vus sortir pendant le repas. Ils leur ont seulement enlettdu dire qu'on les avait appelés, la nuit, pour leur proposer (i'éraigrcr et leur oITrir des secours abomiants :i cet eiïet, . . Enfin, on cite le concierge qui a (iù les demander au réfectoire. Cet homme jure que Umt ce récit est faus, que si d'ailleurs quelqu'un avait désiré parler à ces Messieurs, à pareille heure, il eut attendu, avant de les avertir, tuivanl le règlement, que le souper Tut terminé.

Nanti de ces dépositions, le Juge de paix se rend à l'évôciié et demande à Eipilly sa déclaration. Celui-ci répond ne savoir que ce qu'il à ouï dire aux directeurs de son témiiunre.

Après tous ces témoignages uon suspects, les accusaleuK étaient convaincus de mensonge et de calomnie, et l'innocence des accuses apparaissait claire comme le jonr : l'affaire devait donc être finie. Il n'en fut rien. Le Juge donne le mandat à un zélé patriote d'aller à Pont-ï'Abbé arrêter M. l'abbé de Trévéret qui se trouvait dans cette petite ville, distante de quatre lieues de Ooimper.

Lo jeune clerc s'était démis le pied,qnelqHes semaines auparavant, par une chute de cheval ; il n'était pas encore guéri do sa blessure. Comme il était trop tard pour se mettre en roule, vu que la nuit approchait, on le conduisit intiumaiiiement en prison où il fut jeté dans □ne basse fosse.

Le londomaiii, craignant que les aristocraln ne lui enlévenl sa proie en chemin, l'agent révolutionnaire demande une escorte au maire, qui la lui accorde. Arrivé à Qaimpor, le prisonnier est amené devant le juge de

paîi qui lui fait subir uo ioterrogaloire. Dès qn il a connaissance du motif de sou arrestatioD, qn*il avait ignoré jus<jue là, il slnforme du jour et du moment où l'on prétendait l'avoir vu se présenter k la porte du séminaire. Dés qu'on les lui a indiqués, il oppose le démeoti le plus formel à Taccusation qui tombe delle-méfflie, puis(|u'il était alors retenu à Pont-rAbbé par Faccident dont il n'est pas encore parfaitement rétabli. Néanmoins on veut remmener à la firison ; à force d'instances il obtient d'être laissé en liberté, sous la caution de son I>ére. M. Le Bars avait déjà été élargi aussi sous la même garantie. On leur signifie à l'un et k l'autre de se choisir des avocats pour plaider leur cause qui doit être [Kirtée devant le tribunal.

M. Léon de Trévéret recueille les signatures de plus de trente témoins qui tous attestent que, le jour et le moment où on l'accusait d'élre venu au séminaire, avec M. Le Bars, il était à Pont-l'Abbé, étendu sur le lit, ayaîit le pied déniis. A tous ces témoignages se joignit celui du médecin qui l'avait soigné.

La fausseté rie Taccusalioii portée contre lui et M. de Trévéret étant évidente, M. Le Bars devait élro absout sur ce (loint. Mais cv catholique dévoué avait contre lui un second chef d'accusation. Il était l'avocat d'un couvent de religieuses qui, endoctrinées par leurs directeurs assermentés, s'étaient soumises aux décrets constitutionnels et avaient reconnu révéijue intrus. Affligé de cette défection, M. Le Bars entreprit de détromper ces pauvres lilles, en les éclairant sur la valeur de l'acte dé|)loraljle auquel on les avait entraînées, sous les prétextes hs plus s|M''cieux. Il savait à quoi il s'exposait : mais la charité l'emportant sur la crainte dans son âme généreuse, U leur adressa une lettre touchante, dans

loUiï il leur démoQtrait avec clarté le fuox do 1.1^ Consliluliou , bI leur dùcouvrail le précifiicc où elles allaient se jeter, en se séparant diï l'Église caliioUque.

Ce qu'il avait prévu arriva. Alarmées, à la lecture de cette lettro, les religieuses en font part h leur aamùnior, qni avait compléteDieat donné dans le scliisniG. Celui-ci vaut s'en saisir; on la lui refuse. Il appelle à son aide son chef Expilly, qui échoue comme lui. Craignant de ntiiro à leur avocal, dont elles connaissent depuis longtemps la probité et le dévouement à leur maisou, ces Dames brûlent la pièce compromettante.

Cet événement s'était passé queli|ue3 mois avant que H. Le Bars ne fut impliqué dans l'afruiro des deux ordinands. En inventoriant, à propos de cette affaire, les papiers de l'accusé, le juge de paix avait trouvé une copie de la lettre recherchée et une autre lettre par laquelle un sous-diacre, nommé Le Gai, le remerciait d'une anniùne qu'il en avait reçue. Nouveaux griefs contre le digne avocat.

Enfin, le jour du jugement arrive. Les doux accusateurs ne peuvent appuyer leurs dires sur le témoignage d'aucune personne; toutes les déposilions au contraire leur sont opposées. Quoiqu'il en soit, l'accusateur public, {nus les griefs, à la salle d'audience, conclnt, le croirait- Oflv à la peine de mort contre les inculpés. Quelle iniqoUél Mais qu'on ne l'oublie pas : on vivait alors dans on t^nps où le seul fait d'être accusé ou d'éti'e suspect, sans prouve aucune, suffisait pour être condamné à t'édiafaud !

M. Le Bars et M. Léon de Trévéret s'étaient pleinenWDl justinés; ils avaient convaincu publiquement les séminaristes de calomnie ; ils pouvaient les poursuivre c^mmCMpilomuiateurs : ils se contentèrent dt; le faire

remarquer, déclarant qu'ils ne voulaient exercer contre eux d'autre vengeance que celle de leur avoir prouvé qu'ils avaient menti.

L'iniquité inqualifiable de ce jugement apparaît encore davantage, s'il est possible, quand on sait : 1"^ que le juge de paix, dans son procès-verbal, avait omis la déposition essentielle du concierge du séminaire ; 2** que les accusés n'avaient aucun lien de parenté avec les accusateurs; 3** qu'en ce qui regardait le second chef d'ac<*usation contre M. Le Bars, c'est-à-dire sa lettre aux religieuses, il prouva par les décrets mômes que sa conduite n'était pas inconstitutionnelle.

Nous avons trouvé dans les notes de M. l'abbé Boissière la relation de la mort de M. le baron d'Ampbernet, fusillé à Qaimper, le 9 Janvier 179C. Cette relation, écrite par le prêtre môme qui assista à la mort ce brave gentilhomme , fut adressée par lui en Espagne à un de nos prôlres émigrés en ce pays; elle est trop édifiante et trop glorieuse pour la religion et son honorable famille, pour que nous ne la reproduisions pas ici. Voici le texte de celte lettre :

« Je dois vous rendre compte d'une cruelle nuit que « je viens de passer, ce 8 Janvier. L'on m'a conduit de « noire prison à la prison criminelle pour administrer « les sacremenls h M. d'Amphernet, condamné à mort a pour avoir soutenu les droits du trône, méconnu la « République et l'avoir regardée comme une autorité « usurpée.

a Rendu au cachot, j'y ai trouvé M. d'Amphernet « couché sur un grabat, les fers aux pieds, gai, riant « et absolument résigné à la mort... Je le confesse « trois lois dans la nuit. A (> heures du mati^ft il se

i pesanlear de ses fers , se proslertiô ii 1 genoux et reçoit le hon Dieu: lo crucilix à la main. I il prononce publiquement son action de grâces, do 1 manière à Taire pleurer loul le monde, même ses 1 ganics. Il envisageait la mort cdmmu le plus grand i hienfjiit «[ne Dieu pouvait lui accorder, coramo !e i terme do ses maux et le commonccment d'une éiernité -. bienlieureuso, heureux, disait-il, de mourir dans lo I sein de l'Église l'atholiqne, apostolique et romaine.

« \ 7 heures, il <5crit deux lettres, l'une à sa femme, i l'autre à sa sœur. Il envoie à ses enfants deux I oraisons à la sainte Vierge écrites de sa main, qu'il I gardait sur lui

« Il s'attendait à n'ôtre passé par les armes qu'après 1 midi. \ 0 heures, on vient lui annoncer qu'on allait t lui (lier SCS fers ; il s'hahille courageusement, se lève i et marche pour sortir de la chambre. Je le tenais par 1 lo bras pour l'aider à porter ses chaînes; il m'em- ( brassa. A l'instant arrivent ses enfants, au nombre do t six f\oni les plus igés ont 11 el 12 ans : une servante t en portait uu snr ses bras. Os pauvres enfants se I jettent à genoux devant leur père et lui demandent sa i bénédiction.

« Dans un moment semblable, la nature parle puis- I sarament , surtout au cœur d'un père : les soldats sont I attendris, les larmes coulent de luute part... Adieu, K leur dii-il, mes enfants, je vous recommando votre s mère; obcissez-lui, aimez-la. ayez pour elle les soins 1 que mérite une si digne mère; aimez votre religion. n ne l'ubandoniiez jamais; pardonnez à mes ennemis. ieu m'avait fait votre [

r pariloniie L donné, il mole mes enfants.

i père:

. soyez-lui

a soumis. — Oui , papa , s'écrie sa fille • en lui sautant f( au cou , nous le voulons.

« Il s'arrache des bras de ses enfants , sort de la « chambre » pour qu^on lui retire ses fers » essuie ses « larmes, reprend son courage, rentre dans la chambre « pour m'embrasser une seconde fois et marche à la « mort. Il la reçoit debout, ne voulant ni se mettre à « genoux , ni tourner le dos. Deux heures après on me « conduit chez sa femme occupée à rendre grâces à « Dieu d'une mort qu'elle regardait comme bien pré- « cieuse; on peut l'appeler la femme forte! »

Le jour même de sa mort, M. d'Amphernet écrivit à sa courageuse femme la lettre suivante, pleine des sentiments les plus chrétiens et les plus élevés :

Ce 9 Janvier 4706.

« Souviens-toi, ma chère amie, que c'est à toi que « je dois le bonheur d'être catholique , apostolique et « romain. C'est donc toi, qui m'as donné les principes, « bien vrais , qu'il ne nous arrive rien que Dieu ne lait « ordonné et qui ne soit pour notre bonheur ; ainsi , ma « chère amie , le prétendu malheur qui nous arrive , « n'est rien ; je suis assez heureux pour avoir reçu mon « Dieu et mon Créateur; je pars content. Je crains « seulement que toi , qui as montré tant de force dans a plusieurs circonstances, et qui m'en as tant inspirée, « tu ne te laisses aller à la douleur. Je t'engage donc, ma « chère amie , à avoir recours à Dieu , à lui offrir cette « croix, que je no vois pas qui en soit une, bien au « contraire, car il m'a sauvé de ma maladie pour que « je fusse en état de le recevoir et pour me pardonner.

« Souviens-toi que tes enfants ont besoin de loi ; au ^ nom de Dieu, ne te chagrine pas et conserve-loi pour « eux. U m'est inutile de Rengager à les élever dans

« notre religion , ta m*as donné trop de preuves jusqu'à

« présent de ton attachement pour en douter; qu'ils

« soient honnêtes gens et bons chrétiens , Dieu aura

« soin d eux.

« Remercie Dieu pour moi de ce qu'il m'a fait mou- « rir de môme; ma mort, j'espère, sera celle d'un « chrétien et j'attends cette dernière grâce de Dieu.

« Je te demande pardon, si je t'ai causé du chagrin, « et à tous ceux à qui mon humeur violente a pu en « causer.

« Dis à tous mes amis que je meurs content, que « j'ai prié Dieu pour eux , qu'ils prient pour moi , et « surtout dis-le aux personnes chez qui tu es , et à « Mesdames de Calan, du Vergier et autres.

« Souviens-toi de mander à mon cousin que je l'aime « toujours , que je prie Dieu pour lui : je lui recom- « mande ma femme et mes enfants. Je pardonne de « tout mon cœur à tous mes ennemis et prie Dieu pour « eux. Je désire que mon sang soit le dernier répandu, « et que Dieu leur fasse miséricorde.

« Adieu , ma chère femme : je t'embrasse et t'aime de « tout mon cœur. Je meurs content , surtout si je puis « savoir que tu ne t'aiïectes pas; Dieu nous réunira « dans son saint paradis et alors nous n'aurons plus « rien à craindre.

« Je suis ton ami ,

« d'Amphernet. »

« Embrasse quelquefois; mes enfants et dis-leur que leur père a fait son devoir. »

Page 1