‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 39 sur 51 · MOBT GLORIEUSE DE QUATRE PRÊTRES, CONFESSEURS DE LA FOI · texte numérisé non relu

MOBT GLORIEUSE DE QUATRE PRÊTRES, CONFESSEURS DE LA FOI

M. RioUy recteur de Lababan.

Né, en 1735, au village deHellez, en Dinéault, M. Jean- Élienne Rica , recteur de Lababan , dirigeait cette paroisse, depuis Tannée 1774, lorsqu'éclata la tempête révolutionnaire. Prêtre attaché à tous ses devoirs, il refusa énergiquement le serment. Chassé du poste qui lui appartenait canoniquement, malgré tous les décrets de la nation et de ses suppôts, le pasteur fidèle demeura caché au milieu de ses paroissiens, ne voulant pas abandonner son troupeau qu'il voyait livré désormais aux mains de son indigne voisin, Tintrus de Landudec.

Un jour que cet intrus parcourait la paroisse de Lababan, popidabundus agros, en mercenaire dévastateur, il rencontre un enfant auquel il demande pourquoi il ne vient plus, depuis quinze jours, à son catéchisme. L'enfant lui répond ingénument et sans malice qu'il y avait dans un village un homme âgé qui faisait le catéchisme tous les jours et qu'il n'y manquait jamais. Sachant que cet homme n'était autre que M. Riou, l'intrus court immédiatement le dénoncer au District de Pont-Croix, et emmène avec lui des gendarmes chargés d'arrêter le recteur de Lababan. Arrivés au village où ce dernier se tenait caché, les agents du District firent, en vain, leurs perquisitions dans la maison (jui leur fut indiquée par le dénonciateur. Se tenant au dehors, près di; la porte, comme un lion rugissant prêt à s'élancer sur sa proie, celui-ci, furieu.x de l'inutilité de leurs re-

cherches, rentre avec eus, fouille lui-môme et livre à ses ontiemis le praire, qu'il brûlait Je sacrifier à son ressenlimcnt contre la religion cailioliiiuti el ses dignes miniâlreâ. Comluit à Ouimper, M. Riou fut enfermé dans la maison d'arrèl.

Le village où il fui arrëlé est Kerbolu, en Lababan.

Suivant les luis du moment, il ne pouvait ûtre condammi à la guillotine, s'il avait eu soixante ans. Comme il lui portait intôrilt, le jugo criminel le lit prévenir, avant l'interrogatoire, (jii'il le sauverait de ce supplice s'il voulait déclarer qu'il avait cet Age, ou qu'il n'avait pas connaissance de la loi.

hès qu'il parut au tribunal, le juge kerinculT lui dit : — « Tu as certainement plus de 60 ans (on tutoyait « alors tout le monde en France). » — « Non, répond le « prévenu. » — « Tu te trompes, reprend le juge : tu « parais avoir plus de GO ans. » — « Je vous ai déjà « dit, répond M. Riou, que jo ne les avais pas, et si vons « ne voulez pas me croire sur ma parole, donnez-moi « le temps do faire venir mon extrait baptistairc, et je « vous prouverai la vérité de ce que j'avanco. Je ne « veux pas sauver ma vie par un mensonge. » Il donna encore d'autres réponses dignes d'admiration, qui arrachèrent des larmes même à ses juges.

Le nouvel Éléazar (I) est condamné â porter sa tèle sur l'écliafaud dans les '^4 heures : comme il n'avait pas plus peur de mourir que l'héroïque vieillard dont il imitait l'exemple, il entendit cette seutence avec calme et tranquillité, rendant grïLces à Dieu, en disant ; « De- « puis longtemps, j'étais errant; je ne savais où reposer

(1} Non enim aeUli nostne dii^num esl, înijuîl, fln|i;eri;. It n'est p.-ts permis it noUv Age de dîssiniulcr, — 3* liv. UusMacliab., cbap. vi, v.

VA et suiv.

« ma tête; j'étais gêné poar troaver un logement sûr ; « j'espère qne le bon Dieu m'en donnera un bon pour « l'éternité. »

IJ fat recondait en prison où il ne cessa jusqu'au dernier moment de garder tout son sang-froid. Le jour même de sa mort, il mangea comme à son ordinaire. Il fit inviter à dîner avec lui M. Le Coz, recteur de Chàteaulin, et Bourbria, recteur de Mescloaguen, qui avaient eu le malheur de prêter le serment. Lorsqu'on lui apprit le refus de ces messieurs, il s'écria douloureusement : « Ah I c'était peut-être la dernière grâce que Dieu leur accordait! > En effet, M. Bourbria est mort dans le schisme; sgprès y avoir vécu plusieurs années, M. Le Coz a eu le bonheur d'en sortir et de réparer par une vie vraiment sacerdotale et pleine de bonnes œuvres le scandale qu'il avait donné.

M"" de Saint-Luc, détenue dans la même prison que M. Riou, dina avec lui. Comme elle pleurait, il la consola, en lui disant : « J'ai eu trois beaux jours dans « ma vie : le jour de mon baptême, le jour de mon ordi- « nation et le jour d'aujourd'hui. y>

Le repas fini, il la confessa ainsi que plusieurs autres prisonniers. Vers deux heures et demie, s'adressant à ceux qui restaient et qui se pressaient autour de lui pour recevoir aussi le sacrement de pénitence, il leur dit ces paroles qui révélaient dans leur simplicité la sainteté et la candeur de son àme sacerdotale : « Mes « enfants, je cesse de confesser, car je n'ai plus qu'une « demi-heure à vivre; ce n'est pas trop pour me pré- « parer à la mort. » Il se retira aussitôt.

A trois heures, les bourreaux se présentent pour le conduire au lieu du supplice. Ils lui demandent si on lui mettrait une corde au cou, il répond : « Comme

« vous Tondrez. » On loi demande encore si on Ini lierail les mains derrière lo dos, et il répond : « Comme vous voudrez. » On lui laisse les mains libres, et on ne lui mit pas de corde an cou. 11 marcha bravement et même avec joie à la mort. On raconte que, dnrant le trajet, il entonna l'Lyme Sanctorum meritis : c'était le ctiani de triomphe du glorieux martyr de la foi qui, supérieur k tous le.s tourmeiiis, allait recevoir dans le ciei In récompense duo à son invincible patience. Arrivii sar l'échafaud, il voit le bonrrcau trembler; il s'approcbe de lui et lui dit, en lui frappant sur l'cpaale : « Mon ■ nmi, ne tremblez pas; le mal que vous me ferez pas- « sera bientôt; je vous pardonne ma mort, • A ces mots, il s'incline sous lo tranchant de la guillotine, et sa tète tombe du premier coup. C'était le 16 Mars 1794.

Le brave paysan chez lequel était caché M. Riou Tut arrûté avec lui et condamné, quelque temps après, à la déportation. Il fui incarcéré au chiileau de Vnrt-Louis, où il demeura jusqu'à la mort de Robespierre ; mais àprds la mort de ce scélérat il fut mis en liberté, réintégré dans ses biens.et il reçut des assignats en indemnité de ce qn'il pouvait avoir perdu.

La mort de M. Iliou eut un grand retentissement dans tout lo pays où elle fît la plus salutaire impression. Elle convertit h Dien et ramena au bercail une foule do brebis égarées, notamment dans les paroisses de Landudcc et de riovan, et dans la ville de Quimper.

M. Riou donna son chapelet à M"" de Saint-Luc, devenue depuis M""* de Silguy ; plus tard elle le donna à M. Larc'hant, recteur de Saint-Évarzec, pour le récompenser d'avoir cité l'exemple de M. Riou, en pi-ècliant sur le mensonge. Elle fut si heureuse d'entendre rappe-

1er cette mémoire qu'elle lai fit présent de cette précieuse relique!

Aujourd'hui , à près d'un siècle de distance , le souvenir des vertus de M. Riou et de sa mort glorieuse est encore ^vivant dans les populations qu'il a évangélisées et édifiées ; il y vit et vivra toujours pour les porter à l'accomplissement de leurs devoirs , suivant celte parole de nos saints livres : « La mémoire du juste sera éternelle! »

M. Raguenès, vicaire à Landudec.

M. Raguenès, vicaire à Landudec , originaire de Crozon, fut arrêté sur cette dernière paroisse où il s'était réfugié. Il fut trahi, dit-on, par la femme du ci-devant entreposeur de Crozon ou par l'entreposeur lui-même (I) : voici dans quelles circonstances. Il pouvait avoir alors trente et quelques années. Caché au village de Gouandour, à 2 kilomètres du bourg, chez un fermier nommé Kerinec, très-dévoué au clergé catholique, M. Raguenès s'y tenait tranquille, sous Thabit de paysan qu'il avait dû prendre pour tromper ses persécuteurs , lorsqu'un jour le village fat visité par un piquet de soldats. Le prêtre n'avait eu que le temps de sortir, quand ccu-i-ci entrèrent dans la maison , lieu de son refuge. N'ayant pas trouvé leur proie, ils s'en retournaient. Sur leur passage, ils rencontrent, portant une bêche sur l'épaule , un jeune villageois qu'on leur désigne comme étant M. Raguenès.

Ne voulant pas croire qu'on leur disait vrai, les soldats allaient continuer leur chemin, lorsqu'on insibta en

(1) Notes de M. Boissièfc.

tcHT disant : « Regardez donc ses mains; elles sont « Irop blanches pour être celles d'un cullivaleiir. »

lis s'einparetit alors de la personne du prêtre (]u'ils conduisent au bourg où ordre est donné de le mener à Chàleaalin. C'est en vain, qn'avaot de partir, le prisonnier demande à entrer chez sa mère pour lui dire adieu : on lui refuse cruellement cette consolation. . .

M. Raguenès est conduit, les mains liées, entre deux gendarmes, d'abord à Châteaulin, puis à Quimper où il est mis en prison, en attendant son jugement.

Dans le trajet de la prison à l'hôpital Sainte-Catherine où se tenaient les séances du tribunal, il marcha d'un pas ferme; il était escorté par la force armée; il avait nn air modeste et content. Un peuple immense était répandu sur son passage : c'était le samedi des Rameaux, 12 Avril 1~l)i. Tant en allant au tribunal qu'en retournant en prison, il avait toujours la vue baissée. An tribunal, son juge, des enfants duquel il avait été le précepteur, voulant le sauver, l'engagea à déclarer qu'il n'avait pas été fonctionnaire public, parce qu'il n'y avait de peine de mort que contre les fonctionnaires publics, mais ce fut iiiutilcmenl; il répondit qu'il l'avait été.

Après qu'on eût entendu le témoif^nage de deux citoyens qui déclaraient reconnaître le prévenu pour être M. Raguenès, prêtre, il fut condamné à être guillotiné lUns les 34 heures.

Le lendemain matin, le juge criminel, M. Kerincuiï, vint le voir en prison, causa quelque temps avec lui et le pria de lui pardonner sa mort. M. Raguenès lui saule aa cou, l'embrasse cl lui dit : «( Oui, Monsieur, je vous ■ pardonne ma mort, et je souhaite que bieu vous la « iKirdouue aussi. »

Il déjeuna bien tranquillement avec sa mère, qui l'avait suivi à Quimper. Celle-ci voulait que son fils lui permit d'être présente à sa mort. M. Raguenès s'y refuse. Elle insiste en disant que la Sainte Vierge avait bien été présente au trépas de son fils. M. Raguenès répond avec un ton respectueux : « Ma mère, que dites-vous « là? il n'y a nulle comparaison à faire entre le fils de « la Sainte Vierge et de misérables pécheurs comme « nous. En grâce, retirez-vous et donnez-moi le temps « de me préparer à mourir. » Sa mère prend congé de lui et sort aussitôt de la ville, bien contente, disait-elle, d'avoir un fils martyr.

Les gens du pays disent que M. Raguenès aurait ajouté, en l'embrassant pour la dernière fois : — « Allez, « ma mère, quand vous arriverez au bourg de Crozon, « les cloches sonneront Tangelus du soir. Elles vous « annonceront la mort de votre fils, mars ne la pleurez « pas; chantez un Te Deum d'actions de grâces, car « j'espère être alors au ciel. »

A neuf heures (il fut exécuté plutôt qu'on ne l'avait décidé), la force armée arrive à la prison pour le conduire à réchafaud. 11 marcha d'un pas si ferme et si fort qu'il étonna tous les spectateurs, môme les patriotes les plus barbares.

Arrivé sur l'échafaud , il se met à genoux, fait une courte prière , se lève avec courage , se dépouille luimême de sa veste et se place sous la guillotine. Le couteau tombe et lui coupe à peu près la moitié du cou. M. Raguenès parle encore. Le bourreau relève le couteau et le laisse tomber une deuxième fois. La tète n'était pas tout-â-fiiit détachée. Un général républicain, le plus grand scélérat peut-être qui ait paru dans le Finistère, était présent avec sa troupe. 11 tranche complètement

S'nn coup de sabre et dit : « C'est dommage qne t( ce soit là UD fanatique : il n'y a paâ de républicain « qax meurt avoc autant de courage. »

Le corps de M. Raguenés fut enterré daus le cimcliiire de Loc-Maria, à Quimper.

Le peuple qui connaissait et estimait ce saint prêtre, avant de le vénérer cummu martyr, a gardé do lui le plus pieu:i souvenir, si bien que les vieillards de Qamper parlent encore à leurs enfants de sa mort précieuse devant Dieu et devant tes hommes.

Doué duo caractère très-ènergiqae; pénétré dune profonde horreur pour le schisme et ses fauteurs, M. Raguenés contribua par sa ferme attitude à maintenir les habitants de Crozon dans la ligne du devoir. C'est ainsi qu'il y paralysa, le plus qu'il put, la funeste influence de l'intrus Saviaa. un des prêtres qui se signala le plus par son patriotisme révolutionnaire et son ardeur â poursuivre ses confrères non assermentés. Dans une lettre écrite d'Espagne par un de nos prêtres émigrés, il est désigné, avec (luino, Saouzanei et quelques autres « comme un des plus enragés et des plus persé- Cattors. » 11 avait remis ses lettres de prêtrise au chef àa District de Chàteaulin, déclarant par là renoncer à ses fonctions ecclésiastiques. Cette déclaration se faisait SOT les registres de la municipalité, et l'apostat y apposait sa signature.

Toilà l'homme contre l'influence duquel lutta, pendant prâs de trois ans, le jeune vicaire du Landudec, avec nae persévérance et un courage qne rien ne pouvait arrfiler.

.Un jour que Savina présidait une procession dans le il ne craignit pas, avec un autre prêtre, nommé I braver l'intrus et d'exhorter, en sa pré-

sence, les paroissiens à ne pas le suivre. « II ne tous « est pas permis, leur disait-il, de suivre cet homme ; il « n*est pas votre pasteur; il n'est pas en communion « avec rÉglise ; fuyez-le : c'est un mercenaire ; c'est un « loup. . . »

On se demande sans doute comment M. Raguenés osait ainsi s'exposer au danger. Il savait, et ses ennemis le comprenaient, qu'il était à l'abri derrière ses dévoués compatriotes qui, réunis en masse, n'auraient jamais permis qu'on touchât à un des cheveux de sa tête. . ..Ils eussent, pour le sauver, entamé une lutte dans laquelle les agents de l'intrus se fussent bien gardés de s'engager.

Au reste, les paroissiens de Crozon montrèrent, pendant les mauvais jours de la Révolution, qu'ils ne ressemblaient pas aux timides agneaux qui broutent le serpolet de leurs falaises et se laissent tondre par la main du premier venu. Attaché à sa foi traditionnelle et à ses prêtres, cultivateur et marin, l'habitant de cette presqu'île est naturellement doux et tranquille, mais il est ferme et plein d'énergie, le jour où l'on attaque violemment ses croyances, ses habitudes religieuses et les ministres de la religion qu'il vénère. . .

C'est ce qui explique pourquoi M. Raguenés et ses confrères purent rester pendant si longtemps cachés dans ce pays.

M, Le CoZy recleiir de Poullaouen.

M. François Le Coz, recteur de Poullaouen, fut arrêté sur sa paroisse. Doux commissaires, nommés pour le recensement du grain, parcouraient cette paroisse pour mesurer le blé qui se trouvait dans chaque ménage. Escortés de gendarmes, ils arrivent au village où était

rics premiers qui entrent dans la mai&on c ., tiabillé en paysan de l'endroii, lai demandent â'il en est le propriétaire; il répond qne celui-ci Iravaillail dans un champ voisin, et qu'il allait l'avertir. Il sort, et rencontre un des commissaires qui le reconnaît et le Tait arrêter par les soldais qui l'entouraiont. Ou le conduit immédiatement à la mine (I), où il est gardé avec soin; le lendemain, on le dirige sur Brest. Eu montant 'a cheval, le prisonnier chante le libéra; on no le vil jamais ni si content, ni si gai I

Jeté dans les prisons de Brest, il y demeura quelques jours. Jusqu'à ce qu'il fat appelé devant le tribunal et condamné à la mort. Il parait sur l'échafaud avec un air Iriomptiant et se couche sous la guillotine ; en ce moment, les spectateurs, avides de sang, crient : Vive la ItépubHquet Le condamné répond d'une vois trés-forta ; Vinent Jé^us et Marie! A peine a-t-il prononcé ce doruier mot que le couteau tombe et lui enlève la vi« du temps pour lui donner celle de la bienheureuse éternité. n était iigé de iH ans.

Quelque temps avant sa mort, M. I-e Coz, se trouvant &Dr ta paroisse de Leuhan, y avait confessé toute la mil, dit la messe un peu avant le jour et distribué la sainte communion. En prenatit congé de ces bons catholiques, qui le plaignaient beaucoup sur les perseestions auxquelles il était en butte, il leur dit que son plus grand désir était d'être arrêté en sortant de la maison où il se trouvait; qu'il était consolant de mourir sur Un échafaud . . .

Le jugement do M. Le Coz ne fut pas long. Il avait comparu le 13 Mars; il fut exécuté le lendemain. On se

(I) 1^ paroisse de Poullanuen possède une iiiint; de )iloiiil) tiulfurâ ar^DUtèrp, tnî-li: de ziiiu sulfuré.

borna à constater son identité ; pais, sans antre forme de procès, on prononça la sentence qni le condamnait à mort, sur les motifs suivants, sorte de cliché que l'on appliquait à tous les prêtres non assermentés, poor donner à ces exécutions sommaires une certaine légalité apparente et un semblant de justice dérisoire, dont les juges sanguinaires de l'époque, qui osa toat, n'osaient point s'affranchir :

« Considérant qu'il, en était qui, pour troubler les « consciences et inspirer aux citoyens faibles le désir de « la restauration de l'ancien régime ecclésiastique, se « cachaient tantôt dans un lieu, tanUH dans un autre, « et faisaient des célébrations dans les maisons particu- « liéres, où ils n'avaient pour témoins que les aveugles « qu'ils abusaient;

« Que voulant nuire à la chose publique par plus d'un « moyen, ils décriaient les assignats;

« Enfin, que le refuge que plusieurs d'entre eux chérit chaicnt dans leurs anciennes paroisses , n'avait « d autre but que d'y prêcher, dans le secret, les an- « ciennes erreurs et les principes contre-révolutionnaires <i qu'ils avaient toujours professés, etc... »

jtf. Rolland, recteur de Trcbrkan.

M. Jean-Sébastien Rolland, recteur de Trébrivan (I), âgé de i8 ans, fut arrêté à Carhaix, sur la lâche dénonciation d'un ci-devant administrateur du Morbihan, (ju'il avait marié â une demoiselle de cette ville, nièce d'un prêtre... Ce traître recherchait la main de cette jeune lille qui consent à l'épouser, à la condition que le mariajçe soit célébré devant un prêtre catholicpie. Le jeune

(1) Aujourd'hui du diocèse de 8aint-Drieuc.

accepte ta condition et assigne le jour de laeéré* toonie nuptiale. Averti par la future épouse, qui connaissait le lieu lie i>a retraite, M. Rolland se rond à Carhaix et bénit le mariage. Heureux et coiitGut d'avoir contribué par sa présence h une union chrétienne, te bon prêtre se retirait plein de confiance, un peu avant 16 jour, pnar regagner sa retraite, lorsque, à quelques pas de la maison d'où il sortait, il fut arrêté et immédiatement incarcéré par des gens d'armes aposlés exprés par le Jeune luimme (pi'tl venait de marier.

Le lendemain, il reçoit dans sa prison la visite d'un bomme qu'il croyait connaître pour bonnète. Cet homme loi <Jit <iu'il ne pourrait, lui prisonnier, parler à ses parents, eu toute sécurité; mais qu'il se chargerait luimême avec plaisir de leur faire, de sa part, toutes tes communications qu'il jugerait opportunes. . . M. Rolland Uil confie, en lui indiquant exactement l'endroit, ([n'il a caché 300 francs en argent et un calice dans tes murs de la maison de son frère, auquel il le prie de vouloir l)ien le révéler. Aprésavoir promis qu'il pouvait compter sor lui, le visiteur le quitte, va directement au District et déaonce les objets cachés. On nomme aussitùt des eOQUiiissaires pour aller faire une visite dans la maison signalée. Ceux-ci trouvent facilement les 300 francs et le calice, qu'ils déposent au District; puis, ils mettent le propriétaire eu arrestation.

Le recteur de Trébrivan est condail le lendemain à Brest, jeté en prison, jugé rapidement el condamné i\ périr sur l'échafaud : il y porta sa tt^to, comme MM. Riou, Ragaenés et Le Coz. avec un courage et une gaieté dignes de la cause pour laquelle il la sacrifiait. C'était le U Mai Mn.

Quel temps que celui qui fournissait des liommes assez

lâches et assez vils pour trahir aussi basse nenl uq pauvre prêtre sans défiance I Celui qui fait arrêter M. Rolland est son obligé : il paie un service rendu, en lui faisant couper la tête. Celui qui livre son secret à ses ennemis est venu sous le manteau de la charité et de Tamitié le visiter dans son cachot.

Quelle indignité I Quelle cruauté I On ne trouve pas de nom pour qualifier des êtres aussi dégradés I Et quand on pense que ces hommes avaient les faveurs des gouvernants de répoque qui les appelaient de grand$ ciloyem I

Son receleur, Pierre-Julien Cazeillat, de Locarn, fut jugé avec lui et condamné à la déportation. Au nombre des témoins entendus était Yves Le Roux, agent national de la commune de Trébrivan. Les débats l'ayant fait suspecter d'avoir favorisé le recel de M. Rolland, le tribunal le renvoya au Château de Brest jusqu'à plus ample informé. Le 15 Juin 1794, il fut aussi condamné à la déportation.

Nous reproduisons l'exlrait du réquisitoire, contre M. Rolland, de Donzé-Verteuil, le farouche accusateur public du tribunal de Brest. On ne peut manifester, avec plus de rage, sa haine contre le prêtre fidèle : on ne s'en étonnera pas, quand on saura que Donzé-Verteuil était un religieux apostat (I).

« Il y a des scélérats armés au dehors contre la Ré- « publique qui ne sont ni ses ennemis les plus acharnés, « ni les plus difficiles à vaincre. — Ceux-là, grâce au « courage des hommes libres et dignes de l'être seront « bientôt abattus, détruits.

tt Mais il en est d'une autre classe, et ceux-ci font

(1) Corruptio optimi |)e$sima.

I plus de ravages ; irop làcties pom* attaquer au chanp i d'honneur les défenseurs de l;i Révolution ; trop lAclics I encore pour se ranger de leur parti, pour oser com- ( battre l'idole dos esclaves, la tyrannie; des monstres I proscrits pour leur désobéissance ; des monstres à i|m c la nature cria tant de fois que l'hommo était égal à ( l'homme; des monstres qui, couverts du manteau do » la religion ne s'en disent les apôtres, ne s*annonfent ( pour les vrais ministres d'un Dieu de paix qu'outrage I leur révolte, que pour s'agiter dans l'ombre, que pour 1 égarer par l'hypocrisie la crédulité, l'ignorance, la ic bonne foi des habitants des campagnes, malheureu- K sèment trop faciles à persuader. — Tels sont les ci- K devant prêtres, rebelles à la loi du serment, rebelles K à la loi de la déportation. — Voilà les hommes qui, K secouant le (lambeau du fanatisme jusque dans leurs > propres foyers, veulent allumer on alimenter dans K leur patrie le feu de la guerre civile. »

Après la mort d'Expilly, on s'étonne de ne pas voir régner à sa place, son vicaire Gomaire : ce prêtre patriote devait convenir aux patriotes du pays et appeler BUT lui les suffrages des électeurs, pour recevoir U succession du premier évéque constitutionnel du Finistère et de la France.

N'étaît-il pas, comme lui, un partisan fanatique des idées révolutionnaires î — N'étalt-ii pas, avec lui, le membre de l'administralion départementale du Finistère 1b plus acharné contre les prêtres non assermentés T — N'était-il pas un des députés les plus avancés de 1^

ConreûtioA ? — 5'aTail-il pas dans son passé sacerdotal des titres aa choix des nosTelles conehes soeiaks P — Il aTait été inlerdit par son éféqoe, aiant la RèfoliilkMi. Ce froit, si rite eoeilli par la main souillée dE^LpilIr, ne raaraitH>D pas trooTé assez mùr pour l'épiseopal sacriiége, ou bien ranrait-OD troa?é compromis oa trop gàtér

Il est frai qae, comme membre de la Commission des douze, Gomaire avait été arrêté, le 2 Jaio 1793, et renfermé aa Laxemboarg d'oà il De fat relaxé qa'aprés afoir potilié, le 15 Août saivant, od écrit intitulé: a SuU-je a$$ez puni ? — A i-je mérité de Féire ? »

Il est Trai aussi que suspect de fédéralisme, comme accusé d*aToir écrit aux administrateurs du Finistère des lettres peu Tavorables à la Convention, il échappa avec peine aux conséquences de cette accusation contre laquelle il protesta et se défendit avec énergie, le 37 Février 1791.

Il est vrai encore que, plus tard, les obligations de son sacenloce lui étant un trop lourd fardeau, il s'en débarrassa pour contracter successivement deux ou trois unions scandaleuses. ^ Il donna tant de scandales, « dit M. Tresvaux, qu'il se rendit lobjel du mépris « public. )^ (I)

Ce malheureux, né à Lorient, appartenait au diocèse de Vannes. Réfugié dans celui de Léon, après son interdiction, il y exerçait les sim|)lcs fondions de chapelain dans une respectable famille, lorsque fut prescrit le serment qu'il se hâta de prêter. Un tel sujet était fait pour l'église révolutionnaire !

Quoi qu'il en soit, il ne fut pas élu évèque du Finis-

(Ij Tom. I, p. :m.

në*figurû même pas parmi les prêtres joreors qot furent appelés à y entretenir le schisme, eo attendant le choix d'un second Expilly.

L'ailaiinisl ration du diocèse fut confiée, par la ^ation, à un presbytère ou collège de prêtres assermentés, composé des sieurs Le Coz, recteur de Chiitoanliu, Ollitrant, professenr au collège de Quimper, Le tîac, aumônier dos Ursulines de la mémo ville, Serandour, professeur dû rhéloritiue au collège et de Guino, recteur d'bllliant, ancien député à l'Assemblée nationale.

Dévoués corps et àme à la Révolution, chacun des Dtembres de ce presbytère schismatique s'était signalé par son zèle pour la défense de la Constitution civile du clergé : tous étaient donc dignes, jusqu'à ce qu'on lui doDDàt un successeur, de continuer l'œuvre de démolition d'Expilly.

Le plus célèbre d'entre eux, Guîno, recteur d'ElUant, avait été député, le 2 Avril ilSQ, k l'Assemblée natio- Dale. 11 approuva avec éclat les doctrines de Camus, rédacteur de la fameuse Constitution, ae rou(;issant pas de déclarer par écrit, le 6 Décembre 1790, qu'elles étaieul cooformes à celles de l'Église catholique. Il prêta le serment, le 27 Décembre 1790, en pleine séance de l'Assemblée,- avec son ami Expilly, alors recteur de Saint-Martin de Morlaix et le bernardin Dum Verguet, prieur de l'abbaye du Relecii, en Plounéour-Ménoz. Appartenant au parti avancé, ainsi que ces derniers, il siégeait à la gauche de l'Assemblée.

Guino était tombé, par cette conduite, dans le mépris de ses paroissiens qui te fuyaient comme un pestiféré. Quand ils le voyaient passer, ils criaient, en breton : Hars ar bkiz I Gare au loup I

Giiino étail président du presbytère de la cathédrale et le scribe ou commis serviie du commissaire du poa^ voir exécutif. (Note de M. Boissiére).

Plus tard, il devint un des séides de Tintrus Âudrein; il fut un des principaux membres du synode convoqué par cet autre évêque apostat. Nommé, après le concordat de 1801, curé de Recouvrance, à Brest, il y mourut subitement en 1808, à Tàge de soixante-quatorze ans.

Guino était né à Guingamp, le 19 Juin 1734. Pourvu d'un canonicat dans l'église cathédrale de Tréguier, il avait permuté ce bénéfice, en 1789, contre la paroisse d'Elliant dont M. Laënnec était recteur.

Quelle lamentable permutation I La paroisse d'EUiant perdait en M. Laënnec un prêtre dévoué à tous ses devoirs ; l'avenir montra ce que fut son successeur.

Sérandour fut député, en 1797, au concile national pour représenter le clergé du Finistère.

Le métropolitain avait recommandé dans sa circulaire, relative à ce concile et adressée au presbytère, de bien prendre garde au choix qu'il ferait; il l'invitait à ne choisir son délégué que parmi les prêtres qui avaient été fermes pendunt la Terreur. On n'eut pas égard à sa recommandation, car Sérandour se comporta indignement durant cette sanglante époque. « J'ai vu, dit dans « une de ses lettres un prêtre de Quimper émigré en a Espagne : j'ai vu un écrit plein d'impiétés, qui était « signé et approuvé de lui. y> Il renonça à ses fonctions pendant la Terreur.

Le Gac imita Sérandour dans sa conduite pendant la terreur : comme lui aussi, il renonça à ses fonctions naçerijo^ajes, (Extrait de la même lettre).

- OtlHrant, ancien professeur an collège de Qnîmper, nu, on s'en souvient, un de ceux qui essayiirent d'appnyer les thèses de son principal Le Coz, en coraposanl l«i-raôme, pour la dérense de la Constilation civile du clergé, des écrits qui succombùront, à peine nés, sous le dédain cl ie mépris publics. C'était un esprit vulgaire, doublé d'un certain pédantisme littéraire; il avait bii jusqu'à la lie le breuvage empoisonné des principes révolutionnaires.. . Il méritait donc à tous égards d'être attelé au char que dirigeait Guino.

M. Le Coz répara longuement plus tard le scandale qu'il avait donné par son serment. Il le rétracta publiqnement, et avec larmes, au grand séminaire, devant tes jeunes clercs et les directeurs assemblés.

Son repentir parut si sincère à Monseigneur Dombidait de Crouseiilics, évéque de Uuimper, en tSOi, qu'il lui proposa la direction de son grand séminaire. M. Le Coz eat l'humilité de refuser ces délicates fondions.

Nommé alors curé de Carbaix, il ne démentit pas la conriance que' lui témoignait son évèque. Très austère et d'une sobiiélé d'anachorète, il vivait de presque rien, se contentant des mets les plus ordinaires et se donnant par ailleurs à peine le strict nécessaire. Il employa en tonnes œuvres tout ce qu'il enlevait à son honnête entretien. C'est ainsi qu'il put doter largement les séminaires et les maisons religieuses du diocèse dont ii devint l'insigne bienraiteur.

S'il est des chutes qui aflligent la sainte Èg\hc. il est des relonrs iiui la réjouissent : celai de M. Le Coz, vrai et constant, fut de ce nombre.

Il mourut à un âge très-avancé, édifiant tous ceux qui l'approcliuieut, par les sentiments de la plus vive piété,

et demandant pardon à Dieu et anx hommes des erreurs de sa jeunesse. .

Il y avait déjà environ quatre ans qu'Expiily était allé rendre compte da sa vie au Souverain Juge, et il n'avait pas encore de successeur. Quel fut le motif de la vacance si prolongée du siège qu'occupa d'une façon si désastreuse pour l'Église et pour lui-même ce malheureux intrus.

Les évèques assermentés étaient de trop puissiBli auxiliaires de la Révolution, pour que les chefs des départements ne tinssent pas à avoir toujours prés d'eux ce point d'appui de leurs principes. Qu'est-ce qui empêcha l'autorité départementale du Finistère, si zélée pour la diffusion de ces principes, de se pourvoir de nouveau d'un de ces auxiliaires, en convoquant, au plus tôt, les électeurs charges de le désigner ?

Était-ce la difficulté de trouver un digne remplaçant à celui qui avait disparu si tragiquement de la scène où il joua, à leur gré, si bien son rôle? Il est vrai que, au point de vue où elle se plaçait, Expilly devait lui convenir, car il était difficile de trouver pour l'emploi un prêtre qui avait ouvert aussi largement son âme à toutes les pernicieuses doctrines, un serviteur aussi dévoué, un sectaire aussi fanatique de la nouvelle constitution ....

Était-ce la difficulté de trouver ici ou là un prêtre qui consentit à continuer son intrusion? — Hélas! trop de prêtres étaient tombés dans le schisme par ambition, pour que plusieurs d'entre eux ne se fussent pas laissés facilement entraîner à ceindre la mitre et à porter

ers el contre les lois de l'Eglis la Nation n'était pas Liiffîcitc à cette époque : elle élevait à l'épiscopat les sujets les plus incapables el les plus indignes, pourvu qu'ils fussent ses partisans : la qualité do bon patriote suppléait à la science et à la vertu; c'était à ses yeux un brevet de toutes les qualités et capacités 1

Peut-être le presliytère ou conseil schismatique qui gouYcrnait provisoirement lii diocèse faisait-il suffisaniraent les afTaires du Déparlement et de la nouvelle église : il faut avouer que chacun des membres de ce triste gouvernement s'avilissait assez pour cela; ils étaient cntro les mains de l'uutorité civile les instruments les plus souples et les plus serviles. Leur chef, Guino, n*cst-il pas appelé par M. Boissiére un persécuteur cnratji-, k commis ou scribe servilc du commwsaire du pouvoir exécutif?

Quoiqu'il en soit, cette commission presbytérate n'était qœ provisoire: et si elle pouvait contenter quelquesuns, elle ne snlfisait pas aux chaleureux tcnauts de la Constitution civile du clergé. Claude Le Coz, métropolilain de Hennés, voyait avec déplaisir se prolonger cette situation de son diocèse d'origine; évàqne, malgré le Pape, il brûlait de conférer lui-même la consécration épiscopale au successeur de celui qui osa lui donner l'institution canonique.

Trés-intrigant et trés-insinuant de sa nature, l'ancien principal du collège de Quimper, qui avait laissé dans Cette ville de chauds amis sur lesquels il avait une réelle inllnence, correspondait activement avec eus. Il stimula d'ao ciïté lo zélé do ses anciens collègues du syndicat ^ ce District; d'un autre, il agit sur le presbytère qui

lui était tout dévoné, si bien que ce dernier provoqua rélection d'an second évéque intrus.

Les divers collèges électoraux se réunirent à cet effet : mais il parait que le nombre des votants ne fut pas considérable; les abstentions furent remarquables surtout dans certains centres. « A Brest, dit M. TresvaaXt « les marins de la paroisse de Recouvrance, qui généra- « lement sont républicains, prirent part à cette élection « et y donnèrent leur vote. A Saint-Louis, principale « paroisse de la ville, le curé intrus voulut rester étrange ger à cette opération et ne l'annonça même pas à ses c partisans. » (I) Mais peu importait le nombre des votants : il suffisait pour être élu d'avoir la majorité des suffrages, quels qu'ils fussent. Celui qui eut le triste honneur de conquérir cette majorité fut Audrein, vicaire deLeMasIe, èvêque constitutionnel du Morbihan. C'était» on peut le dire, aller de mieux en mieux. Après Expilly» le chantre éhonté du sanguinaire refrain : Ça ira, Audrein, le régicide!

Les lois de l'Église repoussent du sacerdoce comme irréguliers ceux qui ont trempé leurs mains dans le sang de leurs semblables ou môme voté leur mort. . . Audrein a voté la mort de son roi. . . Peu importe : on l'élève à l'épiscopat, qui est le sommet du sacerdoce! Cette tache de sang qui souille son front n'est-elle pas pour ses coreligionnaires républicains la plus sûre garantie qu'il sera évoque selon leur cœur ?

Au reste, la nomination de ce nouvel intrus ne fut pas le fait de la multitude appelée à son élection. Celle multitude inconsciente ne fut menée à l'urne électorale qu'après avoir été saturée de liqueurs alcooliques. On se

(1) Histoire (k la persécution en Bretagne, tom. ii, p. 309.

souvient <le l'éloction d'Expilly : lelle fut celle de son successeur. Le peuple aviné vota pour le caniHJal choisi â l'avance par les coryphées du parti.

Heureux de voir enfin cesser le veuvage du diocèse de Quimper, Le Coz se liAta de venir sacrer son sulîragani. Il fit la cérémonie dans l'église cathédrale, le dimanche 22 Juillet 1798, assisté de Lo Masie, évèque du Morbihan, et de Jacob, évè(]ue des Côtes-du-Nord.

L'occasion était trop belle pour que le verbeux consécratonr n'eu profitât point pour prononcer un discours : il parla, et fil tout uaturellement l'éloge d'Audreiu.

Suivant le rédacteur des Annale» de l'église comltlutionnelle, la calliédrale pouvait à peine contenir la foule du peuple qui assistait au sacre; il prélendit même que des catholiques en grand nombre voulurent eu être les lémoins. Nous avons peine à croire à la vérité de cette assertion inventée, sans doute, ou du moins ootableraent exagérée par les amis des schi.smallques, car les vrais catholiques savaient qu'ils ne pouvaient communiquer Anna les choses sacrées avec les intrus. Si quelques fidèles se portèrent, ce jour, à la cathédrale, ce fut par une curiosité mal entendue et non par sympathie pour U fonction sacrilège qui s'y accomplissait.

L'article 19 de la Constitution civile du clergé défondail au nouvel évoque de s'adresser au Pape pour en obtenir la confirmation canonique; mais, pour avoir l'air do reconnaître la primauté d'honneur de celui qu'il dépouille de son pouvoir de juridiction, dans un point essentiel, cet article prescrit à l'évéque « de lui écrire « comme au Chef visible de l'iïglise universelle, en tê- « muignuge de l'unité de foi et de la coromunion qu'il « doit entretenir avec lui. » •»

Pour obéir à celle prescription dérisoire et injurieuse

âu Souverain Pontife, Ândrein, dés le lendemain de son sacre, écrivit au Pape, Pie VI, une lettre, qui ne contient que des formules banales de respect et d'attachement.

Quel mensonge ! Il ose dire qu'il respecte le Vicaire de Jésus-Christ, alors que, déjà séparé de lui par le serment qu'il a prêté, il consomme cette séparation par un double crime : se faire sacrer, et se placer à la tête d'un diocèse, contre sa volonté expresse. 11 ose dire encore qu'il l'aime: et, fils révolté, il abreuve d'amertumes, par son obstination dans le mal, le cœur du plus tendre et du plus éprouvé des pères!

Qu'on juge du ton de cette lettre par la première phrase : « Les ministres et les citoyens catholiques du « diocèse du Finistère viennent de me choisir pour suc- « céder, en qualité de premier pasteur, au vertueux « Expilly, immolé par la tyrannie. )>

N'était-ce pas le comble de l'insolence?

Audrein sait bien que le Pape a condamné l'élection des évoques par le peuple : et il s'en prévaut auprès de lui comme d'un titre pour s'asseoir sur le siège de Quimper. Il sait que le Pape a employé les expressions les plus fortes, pour caractériser l'intrusion d'Expilly, en l'appelant : « Faux évoque, trompeur des ignore rants, misérable, un malheureux tellement avancé « dans la voie de perdition qu'il déteste la vérité, un « intrus que le peuple, au lieu d'accueillir comme son « pasteur, doit repousser avec horreur; un imitateur du « Diable, qui abuse du masque d'Iionneur et du nom « qu'il s'est audacieuscment donnés, etc., etc. » (1)

(1) Pseudo-episropus Kxpilly ad imperiliorum deceplionom. .. Vœ misc^ro! Infolix iste, qui adeo loiige in via perditioiiis processif. . quain odil veritatem... Qiiapropter, looo il!um suscipiendi (aniiuani paslorem^i'lh't populus (Him horrore Uinquam invasorom respirere... Imitalor Diaboli. Maie utens spci'Je pt^rversi honoris et nominis... >

( Ledre de Pie VI aux cardinaux, archevêques, éviHjuos, aux chapitres, au clergé et au peuple de France, en date du là Avril ITUI).

I sait tout cela, et cependant il a rimpudence d'appeler cel homme le verlueux Expilly !

Apics avoir outragé par ce langage inqualifiable lo Vicaire de Jéaus-Clirist, Auctrein écrivit à ses prétendus diocésains une lettre pleine d'hvpocrUie. Il n'esl qu'un lonp dans celte bergerie qu'il envahit, et il se présente sous la peau des brebis ; il n'est qu'un mercenaire, et il apparaît sous le vêlement du vrai pasteur. . . Au reste, d'un style peu élevé, sa lettre est séiîbe et sans encliou. Comment celui qui usurpe le nom de père parlerail^il à ceux qui ne sont pas ses eofanis le toucliant langage du pèreT

il commence par dire que c'est Dieu qui l'envoie; mais il se garde bieu de le prouver. I! rappelle qu'il a quitté le diocèse, depuis vingt-quatre ans, après avoir, pendant quatorze ans, profeiisé les humanités au collège de Quimper. S'il est évéquc, c'est grâce à ses anciens élèves, qui ont appelé sur lui le choix du peuple, en s'oubliaot onx-niémes. Puis, parlant de sa mission épiscopale, il essaie par des cxclamalioiis cmplialiques d'eu allirmer la légitimité. Écoulons-le :

* Pour effrayer notre zèle, voudrait-on nous faire e accroiic que des esprits prévenus vont méconnaître « notre mission? Quoi I chez un peuple qui, attaqué par « deux grands monstres, le fanatisme et l'athéisme, a « osé leur ilii'e : Vous viendrez jusquid, et ici vous « briicre: Uji f\oh de cotre orgueil, des individus favo- « .riscraient de prétendus pasteurs contre le gouverne- « menl de leur pajs? Quoil l'exemple de cette ville dé- « partementale devenue, par le bon esprit de ses habi- « lanlâ, un sujet d'admiration pour les autres contrées « de la République, cet exemple ne serait pas suivi par « loates les villes du déparlement? Lorsque les preiuierjj

« magistrats, par la sagesse de lear administration, « sont en possession de faire aimer les nouveaux prince cipes aux plus grands partisans même de Tancien « régime, il se trouverait ailleurs des esprits brouillons, « des cœurs assez mauvais pour tourner au profit de « Tanarchie une confiance qui ne leur a été donnée que « pour le bien de leurs frères î »

L*intrus craignait avec raison de voir sa mission contestée par le peuple auquel il s'adressait. Aussi, comme il le flatte ; comme il exalte son bon esprit ; comme il caresse bassement son amour-propre, espérant, sans doute, en jetant devant ses yeux ce réseau délicat tissu par l'orgueil, Taveugler et le gagner à sa cause. Oiseleur habile, il veut, par son miroir enchanteur, attirer Toiseau charmé dans le piège qu'il lui a tendu.

Après avoir prodigue son encens aux simples fidèles, qu'il voulait séduire, il le distribue avec la môme profusion aux autorités civiles, dont il veut se ménager la bienveillance, en louant leur sagesse. Comment un évoque pouvait-il louer cette sagesse dans des administrateurs généralement hostiles à l'Église, dont ils persécutaient les ministres rebelles à leurs principes?

Mais là où apparaît le loup, bien que revêtu de la peau de l'agneau, c'est quand il accuse ses frères dans le sacerdoce, les signalant comme des esprits brouillons, des aeurs mauvais, des fauteurs de Vanarchie, . .

Cet accusateur île ses frères est plus qu'un loup; c'est un démon, car en agissant de la sorte, il fait une œuvre essentiellement diabolique, comme le dit l'apôtre saint Jean dans son Apocalypse (I).

Tout en voulant plaire au gouvernement rèvolution-

(1) Diabolus... accusator fratrum... -- Apec, i'2, iO.

pdonHI subissait docilement, depuis son origînei

MTihases el les mouvemenis, pareil au léger esquif qm sait les ondulations de la mer où il navigue; tout en so knontrant le plus dévon6 serviteur dti parti rjui l'avait élevé sur le pavois des honneurs, Audrein ne parvint pas toujours à satisfaire ces deux maîtres exigeants. Nous en trouvons une preuve dans une procession publique qu'il ordonna et présida lui-miime à Pieyben, chef-lieu de canton du diocèse de Quimper.

Afin de flatter le peuple des campagnes et d'y acquérir ainsi cette popularité qu'il recherchait : aiiram popun Ulrem coleni, comme disaient les anciens classiques;

lalgré les lois de l'époque qui défendaient tout acte «xlérieur du cuite; malgré une récente condamnation, pour violation de ces lois, de trois prêtres constitutiounels qu'il était allé défendre en personne devant le tribanal de Ctiàteaulin : l'intrus, se croyant sans doute, va

i qualité d'évèque, k l'abri de toute attaque, fit solcunellement la procession. Dénoncé pour ce fait et appelé, à son tour, devant le tribunal de Quimper. il plaida luimême sa cause, avec l'emphase qui le distinguait, se parant tout d'abord devant le public accouru, en foule, pour cnlondre le citoyen évéque, de sou républicanisme qiie personne ne pouvait vraiment suspecter. Puis, fait une violente sortie contre les royalistes, il s'écria ;

I Nos royalistes se flattent de lasser notre zèle, k lorce * de tracasseries et d'humiliations. Eh bieni nous, nous ( avons juré à la Religion de travailler nuit et jour à dé- ( masquer le fanatisme, et juré à la République de ra- 1 mener les bons villageois au gouvernement de leur I pays, destiné à faire leur bonheur. ■

On se demande pourquoi celle sortie contre les partisans du roi, dans celle occasion. Audrein ne pouvait pas

les accuser de l'avoir dénoncé?... Non, mais le meilleur argument pour se défendre était alors, il le savait bien, la déclamation contre la noblesse et le clergé fidèle qu'il dénonce, toujours accusateur de ses frères, en disant qu'il a juré de travailler nuit et jour à démasquer le fanatisme.

On comprend que ce langage devait attiser contre les bons prêtres le feu de la persécution. N'était-ce pas aux yeux des patriotes une excuse toute trouvée î *i Vous nous reprochez, pouvaient-ils répondre, de mo- « lester les prêtres insermentés ; mais notre évêque « nous les signale comme des hypocrites fanatiques « qu'il faut démasquer et réduire par de continuelles « vexations. »

C'est ce qui eut lieu dans notre pays comme dans tous les autres diocèses de Bretagne, tous pourvus d'évêques intrus. Pendant l'année 1798, le clergé catholique fut constamment poursuivi, emprisonné et même déporté, lorsqu'on put en saisir quelques membres... Les siml)les fidèles eux-mêmes ne furent pas épargnés. Ceux d'entre eux qui donnaient quehiucs marques de religion ou de dévouement à l'Église étaient également en butte aux plus odieuses vexations. . .

L'année 1799 ne s'ouvrit pas sous des auspices plus favorables. C'était le même gouvernement; c'étaient les mômes hommes qui en tenaient les rênes : donc c'était aussi la même haine contre l'Église et ses ministres.

Pareil à un trait qui a pénétré fort avant, celte haine était d'ailleurs trop profonde, pour qu'elle tombât aussi vite, . .

Aussi, la persécution continua-t-elle son cours; les lois les plus tyranniques contre le clergé subsistant tou-

! Directoire ne cessa pas d'envoyer h. l'Ile de Ré les prûlres qu'il appelait ràrraclaires.

Dans les six premiers mois de celle anaée, on transporta dans celte lia trente-cinq prôlres bretons el un diacre, dont inis du Finistère : le ptTe Ballay, dominicain de MorUix. ancien détenu du château de Brest; M. La Ploch, recteur de Sizun, et M. Prigent, recteur de Plouguernével.

Tandis que tes prôtres catholiques gémissaient, soit dans les prisons, soit dans l'exil, ou erraient dans leur pays, Iraipiés comme des bôles fauves, les évoques intrus travaillaient à perpétuer autour d'eux le schisme, en prenant ions les moyens de se recruter d'abord eus-mômes, puis de renforcer la troupe des prêtres jureurs.

A la tèie de ces ardtints sectaires se distinguait, comme cela convenait, le mêtropolilaiu de l'ûnesl, Claude Le Coz. II sacra, le 7 Avril 1799, évùquc de la Mayenne, Dorlodot, curé intrus de Saint-Vénérand, à Laval, avec l'assislance de Jacob, intrus de Saint-Brieuc, et de Le Masle, intrns de Vannes.

Il tint un synode, peu de temps après, à Rennes, Marchant sur les Iraces de son ami, Audrein se remuait aussi à Quim|)cr. Dés le mois de Janvier 1799, il avait Adressé à son troupeau schismatique une lettre soi-disant pastorale, qui avait pour objet le recrutement du sacerdoce, tel qu'il l'entendait, c'esl-à-dire formé à son école el à celle de ses partisans. Toujours dcclamateur et sonore, il débute dans cette lettre par une fougueuse apostrophe aux athées qu'il interpelle ainsi :

« Iton, matérialistes éhonlès; non, ennemis de mon « pays comme de ma religion; non, le culle catholique « ne cessera point en France par défaut de ministres, « et voire alruct: système ne sera point établi sur ses

a ruines. . . Le Très-Haut saura bien, si nous le méri- « Ions, conserver parmi nous le sacerdoce de Jésus- « Christ. Plutôt qu*il ne s'éteigne, ce Dieu bon la cou- « vrira, notre République, de tant de gloire et de pros- « périté; il enverra à ceux qui nous gouvernent de « telles pensées que, loin de rencontrer nulle part des « obstacles, il ne trouvera, au contraire, partout que « faveur et protection. »

On voit que Tévêque patriote ne perd pas une occasion de chanter, sur le ton lyrique, la gloire de sa République et de ceux qui la dirigent I

11 continue, modérant un peu ce ton pindarique, difficile à soutenir longtemps, à exalter les bienfaits de cette République à laquelle il devait sa fortune, hélas I une triste fortune. Il invite les parents à former leurs enfants à la vertu et à Tadoration du Dieu de leurs pères, pour les préparer ainsi à l'état ecclésiastique, les assurant que le gouvernement ne leur défendait pas de leur inculquer ces sentiments... Quelle audacieuse assertion, alors que le Directoire travaillait, à cette époque, à faire disparaître la religion catholique du sol de la France I

S attaquant ensuite aux rois, il espère qu'ils seront à Tavenir plus adroits, qu'ils verront la nécessité de chercher leur salut dans la paix, et qu'à l'ombre de cette paix les ministres du culte pourront se former des successeurs. . .

Cependant, comme il y aura encore des luttes et des batailles à soutenir pour réduire les ennemis de la Réi)ublique, rien n'empêchera les jeunes aspirants au sacerdoce de prendre part à ces batailles : une fois les bons principes enracinés dans leurs cœurs, ils n'auront rien à redouter de la vie dos camps. . .

Voilà, on l'avouera, un évèque qui connaissait fort

jiea c6tle vie. ou pliilùt voilà an évéïiue, auquel ma smoor aveugle pour l'ordre do choses qu'il enconsail, bit émettre ies proposilions les plus iusensées et les plus !ûnlfaire.t à ce qu'il se proposait d'obtenir : recniler le sacerdoce. >e savait-il dt)nc pas que la caserne et le corps-de-garde sont malheureusement une bien mauvaise écolo pour des jeuuos clercs?

Le» radicaux de nos jours l'ont si bien compris qu'ils fondraient imposer à tous les élèves du sanctuaire cette t>ériUetise épreuve, qui serait la mort do presque toutes BS vocations ecclésiastiques,

Un événement politique qui survînt, le 28 Avril 1799, donna encore occasion à Audrein de manirester publiquement, et avT^ bruit, ses sentiments patriotiques. I.a France avait envoyé au Congrès de Rastadt trois plénipotentiaires pour y traiter de la pais avec l'Autriche. Or, 3eax d'entre eux furent assassinés, en se retirant du ÎOOgrés où ils n'avaient pu rien conclure (t). Le Direcoire fut accusé de leur mort, qui aurait favorisé ses )lans.

Celai-ci crut tirer un graml parti de cet événement pour animer les Français contre les Autrichiens; ces dentiers furent dénoncés à la tribune, à la République, ft l'Europe, comme des assassins; les murs de toutes les villes de France furent tapissés de placards accusateurs;

i De persuadèrent qui que ce fut; et telle était la

JétOàtable réputation du Directoire que des rumeurs

E générales lui imputèrent le crime qu'il reprochait

0} Les Ae\i%. qui Turent tués élalenl lïonnier et Roberjol, l'un et nttre membrra dû la Convention : le second était un prflre aposlaL ■embléniP. .Tean de Bry. qui survécutâ ses btessurus, a^-alt dit à la Ibrae qn'il eut voulu i|ùc tous les souverains n'eussent qu'une I^le eur riDïttre d'un seul coup; c'est lui eucorc qui aviiil |>ro|K)si' une 'eKn de rïfluldeg dont il voulait âtre membre.

à rAutriche. On supposa qu'il Tavait ordonné pour échauffer Tesprit public fort attiédi ; les assassins, diton, s'étaient travestis en hussards de Szeckler» et parlaient trés-bon français ; mais la vérité à cet égard ne fut jamais connue (1).

Au lieu de garder sur cette affaire ténébreuse un prudent silence, que la charité lui dictait, Tintrus du Finistère, en vil et flatteur courtisan du pouvoir auquel il voulait plaire avant tout, publia un éloge funèbre des citoyens Roberjot et Bonnier, dans le style ampoulé que le lecteur connaît. Il représente ces vertueux citoyens heureux au sein de Timmortalité, puisqu'ils ont péri si épouvantablement, victimes de leur amour pour la paix. Cela dit, comme s'il doutait (et il y avait lieu) qu'ils fussent en possession de ce bonheur, il invite à* prier pour eux . . .

Voilà par quels actes et par quel langage ce malheureux cherchait à égarer et à pervertir le sens chrétien et moral de nos populations bretonnes I

Brutalement enlevé de Rome par ordre du Directoire, le Pape Pie VI était mort à Valence, en Dauphiné, le 29 Août 1799, âgé de prés de 82 ans, épuisé par les fatigues d'un voyage de trois mois. . .

On comprend que, voyant le gouvernement traiter ainsi le Chef de l'Église, les autorités départementales continuassent, à son exemple, à persécuter les simples prêtres.

Cependant, le 9 Novembre 1799, Bonaparte, revenu d'Egypte, le front ceint des lauriers qu'il y avait cueillis, renversa, de concert avec Sicyés (2), le Directoire, défi) Voir l'Histoire de France, par Royou, tom. G, p. 539 et 540. (2) Ancien clianoine de Tréguier.

- 'iii -

vonn niiieux par ses excès de toule sorte, ot le remplaça par Iti r.otisulat. Ce gouvcntemcnt commonça immijdialemenl p;ir rendre la lilierté aux prïîtrcs non assermonlés i|ui avaient cessé d'exercer les fonctions ecclésiastiques, avant la loi du 17 Vendémiaire an IV. Puis, par un arrêté du 28 Décembre 1799, il substitua à tous les sermenU exigés jnsïpi'alors des ministres dn culte ei des autres fonctionnaires la simple formule qui suit : « Je « promets lidélité à la Constitution. »

Un grand nombre de prêtres détenus ayant fuit cette promesse, ils furent mis en liberté ; d'autres, parmi lesgaols étaient les déportés aux Iles de Ité et d'Oléron, no Crurent pas pouvoir souscrire même à cette formule : an nombre de (|ualre-vingts, ils préférèrent gémir plus longlemps sous les verrous que prendre un engagement qui répugnait à la délicatesse de leur conscience. . . Ainsi se termina l'année 1799.

Le 14 Mars 1800, le cardinal Cbîaramonte est élu Pape, sous le nom de rie VU : Dieu prenait pitié do son Église. Dans son encyclique du 15 Mai suivant, lo Pape manifesta à la Chrétienté la douleur que lui causait la situation de l'Église en France. Il signala, en même temps, le courage des prêtres et des fidèles qui n'avaient pas voulu se souiller du serment illicite et coupable. . . Ou le voit, un des premiers actes de Pie VII fut de flétrir ce serment sacrilège, ainsi que l'avait fait son vénérable prédécesseur.

Comme tous les évéïiues intrus, Audrein fui peu llatté M peu réjoui de ce langage. H dissimula babilement son dépit, mais il se garda bien de publier l'encyclique qui le condamnait lui et ses adbérents. *

Voyant que l'ère de la liberté s'annoni;ail pour l'Église catholique et que les bonnes dispositions du gouverne-

ment en faveur de ses ministres proscrits s'accentuaient de plus en plus, les évèques schismatiques tremblaient déjà pour leur parti . . . Aussi essayèrent-ils, pour le fortifier, de réunir un concile national, qui n'eut pas lieu cette année-là. En attendant, ils annonçaient solennellement la prochai ne réunion de leurs synodes : ainsi firent Le Coz et Le Masle, évéque intrus du Morbihan. Non content d'une simple annonce, celui de Quimper adressa, le 28 mai 1800, un mandement où il informe son clergé qu'il tiendra un synode dans la ville épiscopale^ le 13 Juillet. C'est une harangue déclamatoire, assez courte d'ailleurs, dans laquelle il exhorte les prêtres constHutionnels à faire à leurs frères dissidents, — c'est ainsi qu'il désigne les prêtres fidèles, — les plus tendres invitations pour se réunir à eux et s'entendre désormais. . . — Cette union et cette entente seraient toutes faites, le jour où lui et les siens, abjurant leurs erreurs, reviendraient franchement à la vérité, c'est-à-dire au Pontife romain qui avait les bras ouverts pour les recevoir.

'Il parle ensuite du concile national dont l'ouverture est fixée au jour de l'Ascension 1801, et des délégués que devra y envoyer le diocèse du Finistère. Ce concile, suivant lui, sera l'aurore des jours les plus heureux pour la religion dans notre pays.

« L'Église de France , s'écrie-t-il , que d'immondes « cannibales, aidés de l'absurde athéisme, s'étaient vana tés d'avoir anéantie dans son sang, recouvrera son m ancien lustre, et reprendra son premier rang dans les « fastes catholiques. » Toujours le même style chargé d'épilhétes sonores : on dirait une amplification de rhélof ique I L'ancien professeur de littérature avait dû cependant enseigner jadis à ses élèves que l'épithcle est en général ennemie du substantif : mais si la vérité ne

SQ paie pas de mots à effet, l'erreur en a besoin pour séduira los faibles et tromper los igiiorauts : elle s'en pare comme d'un vermillon pour dissimuler sa couleur, ou comme d'une étoiïe brillante pour cacbcr ses haillons. ..

Àadrcin , simul;mt jusqu'au bout le pasteur légitime, termine son mandement par nue tirade pompeuse coDlre les prêtres qui, au mépris de l'autorité canoniqne, s'ingéraient d'eux-mi^mes dans l'administration des sau'ements, et déshonoraient le sacerdoce par des scandales; il engage son clergé k projeter avec lui des mesures contre ces prùtres. . .

Mais quelle était cette autorité canonique dans le diocèse de Quimper? Ce n'était pas, à coup silr, l'évôqne qui avait reçu la consécration épiscopale et s'était înlrodflit sur le siège de saint Corentin, contre tontes les lois canoniques. Puisqu'il n'était lui-mâme qu'un prélat sans mission, ne l'ayant pas rei;ue do celui-là seul qui pouvait la lui donner, que signifie cet appel du mercenali^ contre les prêtres qu'il désavoue? Ceux-ci ne pouvaientiU pas, à meilleur droit, lui dire : mais qui êtes-vousT médecin, soignez-vous vous-même. Vous nous reprochez outre intrusion : n'èles-vous pas le premier intrus du diocèse? Vous nous reprochez notre vie scandaleuse : n'avez-vous pas donné le plus grand des scandales, eu TOtant la mort de votre roi ï

Le synode si bruyamment annoncé eut lieu à l'époqne fixée et dura trois jours. Audrein ouvrit la première séante par un discours ; il lit prononcer aux prêtres une formule de profession de foi ; pais, l'assemblée nomma uito députation qui fut chargée d'aviser les autorités . civiles de l'ouverture du synode « et de leur renouveler l'assurance du la fidélité de ses membres à la Constilu-

tion de Tan YIII, ainsi que de leur respectaeu attachement aux magistrats du peuple. . . »

Les sept séances de cette assemblée schismatiqae furent consacrées à prendre quelques règlements disciplinaires. On y défendit notamment de célébrer dans des lieux profanes, lorsque de toutes parts les temples étaient ouverts. C'est ici où Ton voit la haine du sectaire contre les prêtres catholiques, car cette défense était dirigée uniquement contre ces derniers qui, ne pouvant encore rentrer dans les églises, occupées par les intrus, étaient obligés de remplir leurs fonctions dans des maisons particulières.

Audrein fit un second discours pour la clôture du synode, puis le promoteur prononça des acclamations auxquelles il répondit. Cette réunion, composée de cinquante-neuf prêtres, parmi lesquels environ vingtquatre recteurs, se termina par un service funèbre pour les prêtres décédés depuis le dernier synode, et pour les défenseurs de la patrie morts depuis la Révolution.

Afin d'aflirmer par là son autorité chancelante, Tévêque du Finistère vouhit donner aux actes de cette réunion la plus grande publicité possible. Il les fit imprimer et les adressa aux divers membres, avec un mandement qui en ordonnait la publication.

Rien de plus curieux que le début de celte pièce ; Tauteur y prend un ton triomphateur, trop exalté pour qu'il soit sincère :

« 0 les bien-çiimès de mon cœur ; ma gloire et ma « joie en Jésus-Christ I Les voici ces actes, fruits pré- « cieux de votre zèle. Vont-ils devenir des règles de « conduite pour vous et pour les fidèles que vous diria gez ? Déjà les malveillants et les imposteurs s'agitent « et se disent dans leur cœur plein de rage : Cest fait

m de nous. x'iU font to7is ce qu'ils ont arrêté dam (pwr « tynodc. »

Dans la derDière phrase de cet exordc JDcomparabie, nù le faux pai^tfiui' a commencé par cmpranter liypocrilemeol le langage de suint Paul , apparaît l'accnsalear do ses frères dans le sacerdoce; on sait que ce sont les Imns prêtres qu'il désigne par les ntakeiltants cl les impotleurs qui s'agitent. . . le cœur plein de rage. . . Oii est donc la donce charité qui doit régner dans son cœur d'évôque? Hélas I nous l'avons déjà dit : cette chaiitô n'habite que danyde cœur du vrai pasteur.

An reste, cette ardeur, pleine de ûel, à dénoncer le clergé insermenté n'était pas particullèreàAudrein. Commune, à un degré plus ou moins grand, à tous les évôqaes intrus, elle était partagée par Le Coz, intrus de de Uenncs, et surtout par l'intrus de Saint-Brieuc. Furieux de voir Monseigneur Le Mintier, évoque de Trégnier, prémunir les fidèles de son diocèse contre les principes du schisme, en leur adressant d'Angleterre un* catéchisme à cet effet, Jacob écrivit à ses adhérents une lettre où la colère est à son paroxysme :

a Jusqu'il quand les évéques émigrés serviront-ils la € cause des ennemis de la France? Jusqu'à quand ceux « qui devraient conserver dans toute sa pureté l'ensci- « gnement public, chercheront-ils à le corrompre T Les

• fanatiques I ils accusent les prêtres constitutionnels

• d'erreur et de schisme, et ce sont ces prêtres consli- « lutionnels qui sont obligés, chaque jour, de s'élever « conlre les nouveaux livres dogmatiques que les apù- « Ires de l'errenr s'efforcent de répandre. »

t^Iui qui parlait ainsi était l'ancien recteur «le Lannebert, toute petite paroisse rurale du diocèse de Saint- Brieuc. Ce malheureux, devenu évéque constitutionnel,

panit si rustique et si vulgaire, quand il vint au sein de rassemblée, après son sacre, que ses patrons euxmêmes osèrent à peine l'avouer (1 ).

Cette irritation des intrus à l'endroit des prêtres catholiques est facile à comprendre : la persécution contre ces derniers diminuait partout, notamment en Bretagne. Les constitutionnels voyaient donc le terrain se mouvoir et se dérober peu- à- peu sous leurs pieds chancelants. A mesure que l'espérance d'affermir leur église s'amoindrissait, à leurs yeux, les évêques schismatiques s'agitaient et lançaient dans le public ces écrits ou plutôt ces pamphlets, dont toute la logique consistait à entasser sophisme sur sophisme et à faire des sorties violentes contre les pasteurs légitimes.

Le Coz et Audrein, plus lettrés que Jacob, en leur qualité d'anciens professeurs de littérature, écrivaient sans cesse. Transformés en profonds théologiens et en savants canonisles, depuis que leur front, qui ne savait plus rougir, était orné d une mître sacrilège, ils inondaient leurs prétendus diocèses de leurs élucubrations impies. C'est ainsi que l'intrus de Quimper adressa à ceux qu'il appelle les catholiques dissidents de son diocèse une lettre où il essaie de prouver que les bulles du Pape ne sont pas nécessaires pour avoir une vraie mission; et que pour être schismatique, il faut se séparer volontairement soi-même de la communion du Pape, ou en être séparé par Tautorité légitime, qui est celle de lÉglise. (Le

(1) Voici comment il expliquait sa prestation du serment : « Après « avoir étudié ma théologie pendant huit heures, j'ai vu que je pou- « vais faire le serment ! »

Au reste, son bagage théologique n'était pas aussi lourd que son esprit et sa pt^rsonne : Jacob était dans l'espèce VAi que nos anciens

{irétres ap|M'laient avec une malicieuse gaieté : un soldat armé à la é{5ére : miles levis armalurx^

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