‹ Histoire de la persécution religieuse dans les diocèses de Quimper et de Léon de 1790 à 1801Chapitre 40 sur 51 · UT · texte numérisé non relu

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Sosf ffaîn Pootue* cbd de TÊffee. le coapte pov ma à ses jeux;.

Après AToir dtê à rappoi de sa thèse, dont b hKSirtè est éTîikflte poor tout caiholiqae. des docleiirs et des écrif ains de sûq école, il s*êerie thomphalemeal : « }Soifc^ ne soomies dooc sehisnuûques ni par incane sêfonlioQ ToioQtaire de U coaunonioa da Pape, ni par a»* cane décisioa de l'Église. Soos avoos déjà {mit noas des suffrages (aits pour ea imposer. Oq peut doiic« en toate sûreté de conscleace, comaniDiqu^r avw Doos. Préteodre désormais le contraire, serait impostare ; le croire serait stapidité. >

Il termine par ces mots : « Mes firéres, un gouTernement sage et t)on nous appelle à la paix : son envoté parmi nous inspire la plus douce confiance . . . Bannissez du Finistère cet odieux mot de schisme. Il est beau de reconnaître son erreur. II est doux de sacrifier à la paix. »

S'il est si beau de reconnaître son erreur, pouvaiton lui répondre : reconoaissez donc , tous le premier, TOtre erreur. S'il est si doux de sacrifier à la paix : sacrifiez donc à cette paix l'ambition qui vous a introduit sur un siège qui ne tous appartient pas. Brûlez, sur cet autel» tout ce que tous adorez depuis quelques années ; adorez ce que vous aTez brûlé... Faites-le, pendant qu'il en est temps encore pour tous , car Toici arriTer la nuit on tous ne le pourrez plus, — la nuit où Dieu TOUS demandera Totre âme . . .

MOBT DAUDREIN.

C'était le 1 9 NoTembre i 800 , Ters neuf heures du soir ; le temps était couvert et la nuit fort obscure : un

Tieillard, enveloppé dans an large manteau, sort d« maison sitiiét:, sur le pool Sainte-Catherine, ii Qaimper il traverse la place Saint-Corentln pour se rendre ù. la diligence qoi allait à Brest. En passant il entend ces iHOls < Bonsoir, Audrein, nous ne te reverrous plus. . . » (j

Aadrein, car c'était iui^ ne comprit pas, sans dool le sons de ces paroles de sinistre augure, car, un ini tant après, il montait dans la voiture qui partit, par vieille route de Cliàteaulin, au moment où neuf heures sonnaient à l'horloge de la cathédrale.

Les chevaux marchaient lentement el péniblement, à cause de la diilkulté de U route et des ténèbres épaisses (pli la rendaient plus dilfîcile encore... Aussi, trois heures après le départ, n'avaient-ils guère parconra qu'une distance d'une lieue un quart. Il était enviroQ minait, lorsqu'au sommet de la butte de Saint-Herri, un coup de fusil se fait entendre derrière la voiture, et un bruit confus de voix, dont une proféra distioctemeat ces paroles adressées au conducteur : « Arrête, coquin, « ou je te brftie la cervelle I « Au même instant, la voiture est arrêtée et cernée par une vingtaine d'hommes armés de fusils et de pistolets, vêtus les uns en paysans, les autres en bourgeois. Ils demandent la feuille sont inscrits les noms des voyageurs, puis ils les foa] descendre successivement, en exigeant d'eux leurs pasi ports que tous s'empressent d'exhiber. Un seul, Andreta, caché dans un coin de la malle-poste, essayait de dtssi-

us,

(I) Audrein §e rendait A Morlaix, où ii mit attendu pour admlnis* g trer la wnttrmaUon et prêcher l'Aveiit. D'jipr^g M, Treitaui, m voyage avait un aulro but ; celui d'affermir dans l'erreur un rectcL intrus de cutu- ville, nummé Derrien. qui était pcKtque décida i I riiw.WT. Ou dit qu'il av*it été averti du dan^r qu'il coarall ; U ci ~ t'évlter, en prenant l> voiture publii|ue.

'îrtnifer Sâ' ftréscncc ; mais aperçu , il Tut sommé, en ces termes, de se montrer :

— « Si vous n'avez rien à vous reprocher contre le Roi « et contre nous, ne craignez rien ; nous ne sommes « pas des voleurs, mais des royalistes. »

Plus mort que vir, Audrein descend tout tremblant. Reconnu par l'un d'eux, à la lueur de la laulerne qui éclairait l'intérieur du compartiment où il se tenait, l'évëque constitutionnel est ainsi interpellé en bas-bretoa : «As-tu avec toi les ornements ponlilicaux? » Sur sa réponse ainrmative.il lui fut dit : « Eh I bien : revéts-toi « de tes vêtements épiscopaux, car il y a longtemps « que nous n'avons vu d'évèque. » ForcB d'obéir à cette injonction iiui lui était intimée, le pistolet sur la gorgo, le malheureux fait ce qu'on lui commande. Sa toilette épiscopale terminée, (c'était celle du condamné à mort), la troupe dos assaillants se range en cercle autour de lui, puis, après l'avoir considéré quelque temps à la terne lueur d'un fanal, ils lui disent : >■ Maintenant, • nous allons procéder à ton jugement. Prêtre de Jésus- « Christ, .lu as trahi la sainte Église; enfant de la « France, tu as voté la mort du roi, Louis XVI. Ou'as- « tu à répondre? »

l.e coupable balbutie : Citoyens, Messieurs . . . Il leur demande grâce à plusieurs reprises, en les appelant mes um». « Je me repens, dii-il, d'une voix pleine do « sanglots, de ce que j'ai fait; j'en demande pardon à « Dieu et aux hommes. »

■ — « Les hommes, répond un des membres de ce con- ■ pable tribunal , ne peuvent te pardonner, car tu re- « commencerais de nouveau ; le révolutionnaire change « de peau, mais jamais de cœur. Tu n'as plus que la

« mort à attendre ies hommes. Implore Dieu, pour' « qu'il te soit plus iodulgeot. »

Le régicide ioclioe la tête, comme pour réfléchir. . . Puis la relevant tout d'un coup, il s'écrie : .« J'ai TOté « la mort du Roi avec une sorte de sursis ; le Roi était « innocent, mais j'avais peuri » Alors, lui fut-il répondu : « Tu n'es qu'un lâche et un apostat. Nous ne « sommes pas prêtres, nous, et cependant nous allons « être plus justes que toi. Tu as fait mourir un innocent; € nous punissons un coupable. »

Affolé de terreur, Audrein supplie ses juges, par deux fois , de lui accorder le temps de se réconcilier avec Dieu . . .

Mais insensibles à toutes ses supplications, ils tirent sar lui à bout portant, et le malheureux tombe, baigné dans son sang , presque sous les roues de la voiture, non loin de laquelle se tenaient, saisis d'épouvante, ses compagnons de voyage.

Ce crime accompli, — car c'était un grand crime, — les assassins, — car c'étaient de vrais assassins, — dépouillèrent leur victime de ses ornements sacrés, en s'écriant : « Nous sommes plus contents d'avoir tué cet « homme que si nous avions trouvé cent louis ! »

L'un prit sa mitre, l'autre sa crosse, un troisième son rochet et son étole, dont ils firent plus tard un auto-dafé. Après l'avoir ainsi dépouillé, ils lui mirent dans une main une boite renfermant du saint chrême, et dans l'autre un exemplaire d'un mandement qu'il venait de publier.

Puis , revenant vers les voyageurs, ils les firent remonter dans la voiture , les rassurant par ces paroles : « Vous n'avez rien à craindre , ni pour vous , ni pour « ce qui vous appartient ; nous avons puni un homme

« qui avait voté trois fois et soas des aoms différents « la mort da Roi; noas ne sommes pas des voleurs do « grand chemin, ni des brigands, mais des roya- « listes. »

Nous n'avons pas à rechercher ici quel fut !e parti on l'influence auxquels est diï l'assassinat de l'évéque A«drein. Quels qu'ils soient, l'historien doit les blâmer sévèrement et les flétrir; quelles que soient les mains qui ont trempé directement on indirectement dans son sang, ces mains restent souillées d'une tache d'autant plus flétrissante que celui qu'elles ont frappé était, malgré son indignité, revêtu d'un caractère sacré auquel on ne peut toucher sans un double crime.

D'ail lenrs, quelles que fussent les iniquités de l'intrus du Finistère vis-à-vis de la société et de l'Église, ceux qui osèrent le juger et lui enlever la vie n'avaient ni qaaUté ni mandat pour en agir ainsi.

Quatre de ses meurtriers furent arrêtés, deux mois après l'assassinat; l'un d'eux fut reconnu à la morsure qu'Andrein lui avait faite au doigt, dans la lutte que celui-ci avait essayé* de lui opposer, pour no pas descendre de la voiture. « Tous, dit le chanoine Tresvaux, étaient du pays, et de la classe du peuple, à l'exception de leur chef et d'un déserteur qui ne parlait qu'allemand, u (I)

Le corps de la victime abandonné sur la route futj le lendemain , transporté à Qnimper et déposé dans la sacristie de la cathédrale, où le département tînt à lui faire de magnifiques funérailles. Il fut enterré dans le cimetière de Saint-Marc où l'on voit encore sa tombe. Elle est recouverte d'une modeste pierre en granit sur

, ii} Tom. II, p- 390,

laquelle on a gravé un calice, une mitre et une crasse avec cette inscription : « Ci-git Ândrein, évêque du Fia nistère, décédé le 19 Novembre 1800. Priez poar « lui. »

Un partisan de Téglise constitutionnelle fit peindre sur cette mitre les trois couleurs nationales. Renouvelées à mesure qu'elles s'effaçaient, ces couleurs ont disparu, depuis quelques années, sans doute avec Tami dévoué qui les entretenait avec un soin digne d'un meilleur sentiment.

Nous avons raconté la triste fin d'Expilly : il périt sur l'échafaud , sans donner aucune marque extérieure de repentir. Par un juste châtiment du Ciel, Audrein meurt aussi violemment; il demande au moins pardon à Dieu et aux hommes; il dit qu'il se repent de ce qu'il a fait; il sollicite instamment le temps de se réconcilier avec Dieu. Puissent ces paroles avoir exprimé une vraie douleur de ses fautes, une douleur suffisante pour lui obtenir la grande miséricorde dont il avait besoin I Mais qu'il est périlleux et peu rassurant de tomber ainsi entre les mains du Souverain Juge!

Yves-Marie Audrein était né à Gouarec, trêve de Plouguernével, en 1741 : cette paroisse faisait, à cette époque, partie du diocèse de Quimper; elle appartient aujourd'hui à celui de Saint-Brieuc.

D'une famille peu aisée, ses parents purent cependant lui donner de l'inslruction au collège de Plouguernével.

Devenu prêtre, il obtint la chaire de professeur de quatrième au collège de Quimper, après l'expulsion des Jésuites de cet établissement. Le principal. Monsieur Bérardier, ayant été choisi pour grand maître du collège Louis-Le-Grand, Audrein l'y suivit, en qualité de préfet des études. Plus tard, il occupa le poste de vice-recteur

^ celai des Grassins : c'est dans ces foncUoDS que le trouva ta Révolatioa, préparé à embrasser ardemment ses principes.

Nommé vicaire épiscopal de Le Masie, évèqne intrus du Morbihan, il fut éla dépnté de ce déparlemonl à l'Assemblée législative et à la Convention. Là, il se lia avec les hommes les plus avancés dans les idées du temps.

En i79I, il proposa à l'Assemblée d'enlever les collèges el l'instruction publique aux congrégations religieuses enseignantes, pour arriver à un système d'éducation uationalc. L'Église, on le voit, n'était plus rien pour ce prêtre dévoyé : la talion, c'est-à-dire la Révolution était tout pour lui. H voulait lui former non des chrétiens, mais des patriotes sans foi : voilà à qnel point était arrivé cet homme! Voilà quel était le degré de son zèle à servir la cause qui l'a conduit à sa perte I Ce zèle le porta encore à dénoncer l'ambassadeur d'Espagne en France à cette époque; il le signala à l'Assemblée comme entretenant des relations d'amitié avec les ennemis de la Constitution. Non content de dénoncer ce diplomate, il se fit aussi l'accusateur de ses frères dans le sacerdoce, les prêtres non assermentés. Il les appela des perturbateurs, et proposa de leur supprimer une partie de leur traitement.

Il fut du nombre des députés qui furent envoyés aux prisons de Paris, ponr arrêter les massacres des 2 et 3 Septembre 1792. Il revint, avec ses collègues, de cette mission, sans avoir pu on voulu remplir sou mandat. Dans le procès de Louis XVI, il vota la mort de son roi. avec sursis. Après la Terreur, il parut revenir à des sentiments plus humains; il aarait contribué, dit-on, à faire mettre en liberté l'infortunée princesse Marie-

Thérèse de France, depuis Madame la Danphioe» qui gémissait, depuis trois ans, dans la plus douloureuse captivité; il se constitua otage pour la duchesse de Bourbon, la duchesse d'Orléans et le prince de Gonti. Par ces actes d'humanité à l'égard de la famille royale» il voulut, sans doute, faire oublier ou se faire pardonner sou vote régicide I

Le prince de Conti lui en témoigna sa gratitude, en lui assurant une pension et en lui offrant un logement dans son palais.

Il assista au concile des constitutionnels en 1797.

Audrein était humaniste et n'était pas sans talent. Il a laissé un Reciml de discours à la jeunesse, qui ne manque pas d'une certaine littérature; il renferme le discours qu'il prononça, pendant qu'il était attaché au collège Louis-Le-Grand.

On a encore de lui un Discours sur le serment, un Mémoire à rAssemblée nationale sur l'importance de maintenir les lois qui organisent le culte catholique, 1792, quelques écrits en faveur de la liberté des cultes, et une Apologie de la religion contre le^ prétendus philosophes, 1797.

Maintenant le lecteur connaît et peut apprécier le second et dernier évêque constitutionnel du Finistère.

Après la mort d'Audrein, le diocèse de Quimper n'eut point, grâce à Dieu, de snccesseur de son intrusion ; il n'eut môme pas, comme à celle d'Expilly, de presbytère . . . La haine amassée par les philosophes du xviii* siècle contre TÉglise catholique avait pénétré, il est vrai, bien

- iîa -

a«nt dans les esprits el les cœurs en France; aprêâ avoir couvé longtemps, ellâ avait éclalé, comme la lave d'un volcan,et allumé dans notre pays l'effroyable incendie dont nous venons de signaler quelques-uns des ravages. Cette haine, dont les traces subsistent encore et sobsisteront toujours parmi nous, allait s'émoassanl peu à peu comme le fil d'une arme tranchante qu'un usage riolent a fatigué. ■ ■ La France, lasse de ses eurès, soupirait après le calme et la liberté des anciens jours ; le peuple clirétien, laissé, depuis près de dix ans, sans Dieu, sans prélres et sans autels, réclamait le libre exercice de sa religion et ses ministres fidèles. Attentir k ces aspirations et à ces vœux, le gouvernemeut consulaire leur donnait, chaque jour.de plus en plus, la satisfaction qu'ils méritaient. Les négociations entamées à cet effet par le premier consul, Bonaparte, avec le délégat de Pie VU, Monseigneur Spina, archevêque de CorJnthe, annonçaient la fin prochaine de nos maux.

Déjà nos prêtres commençaient à arriver de l'exil: les nns de l'Angleterre et de la Guyane ; les autres de l'Allemagne et de l'Espagne. . . Le retour de ces confesseurs do la foi dans leur patrie ranima partout le courage des catholiques, notamment en Bretagne. Elle eut en outre pour effet de détacher des intrus ceux qui avaient eu le malheur de suivre leur drapeau : ta vue de ces prêtres proscrits leur rappela tous leurs devoirs envers l'Église; elle fil tomber de leurs yeux, aveuglés par l'erreur, l'épais bandeau qui les couvrait. Les comparant avec les lâches apostats qu'ils avaient vus, comme des branches séparées de leur tronc, se laisser entraîner au torrent de toutes les iniquités de la Révolution, ils s'écriércnl douloureusement : « Nous nous sommes donc « trompés l Nous nous sommes écartés de la voie de la

«■▼érité t. . . Noos noas soounes lassés dans le chemin € de la perditioal. . . » (1)

A dire Trai, déchas de la sainteté de leur vocation, la phipart des prêtres constitutionnels étaient an objet de scandale par rirr^alarité de lear yie. Ne poayait-on pas» aa spectacle da triste état dans lequel ils étaient tombéSt se demander comme Jérémie : « Gomment For « par a-t-il pa s'obscarcir à ce point? Gomment a pa « changer le brillant éclat de cette incomparable coalear T « Gomment ces ministres da Trés-Haat, beaux jadis « comme des yases de ce métal sans alliage, sont-ils € derenus semblables à des vases d'argile pétris par la « main du potier?. . . » (2)

Beaucoup de ces prêtres n'avaient plus du sacerdoce que le caractère. Plusieurs même allèrent jusqu'à vouloir l'effacer ou l'abdiquer, en remettant leurs lettres de prêtrise à l'autorité civile. Mais n'abdique pas le caractère sacerdotal qui le veut : il est ineffaçable pour la gloire de ceux qui le portent dignement^comme pour Téternelle honte de ceux qui le souillent I

Les populations se tournaient donc vers les prêtres restés fidèles, grandis à leurs yeux par la persécution : ils contemplaient avec admiration l'auréole du martyre qui décorait leurs fronts qui ne surent s'abaisser ni devant les cachots ni devant le bannissement de leur patrie.

Aussi qui dira leur joie, à la vue de ces vaillants soldats apparaissant de nouveau parmi eux, d'abord en petit nombre, après plusieurs années d'absence?

Comme le serpent, qui se sent blessé à mort , se tourne et se retourne sur lui-même , s'avance sur son

(1) Sagesse, ch. V, v. 6.

{%) Tbreni, chap. fV, v. f , 2 et suiv.

ennemi , se dresse et retombe impaissant, pour monrir : aÏDâi fit l'égliso schismatiqufi. Ne se dissimulant plus que désormais ses jours étaient comptés, elle essaya de prolonger son éphémère existence, en se redressant convulsivement contre le mouvement qui l'entraînait à sa ruine. Les chefs de cette église se rassemblèrent dans un concile anticanonique dans la cathédrale de Notre- Dame de Paris, peu de jours ayant la signature du Concordat.

Tentative sans autre résultat que celui de son impuis* sauce, ce conciliabule schismatique se termina, sans s'entendre sur rien : on pourrait, s'il était permis de comparer les petites choses aux grandes (si parva licet componere magtiù), le comparer aux efforts de ceux qui voulurent édifier la tour de Babel. . . Ne pouvant plus se comprendre ni s'entendre, ils se divisèrent et se séparèrent ;i tout jamais.

Enfin les négociations entamées entre Pie VII et Bonaparte aboutissent; le concordat signé le t5 Juillet 1801 par le premier Consul est ratifié, un mois après par le Pape et annoncé au monde catholique par la bulle Eccletia Chrixti.

Retardées par suite des dispositions peu favorables du Corps législatif, les clauses de cette convention sont rendues publiques, en France, le 5 Avril 1802, et quelques jours après, le dimanche de Pâques, un Te Dcum solennel est chanté à Notre-Dame de Paris, pour célébrer le rétablissement de l'exercice du culte catholique.

Regardé comme le seni remède aux maux présents, le concordai fut salué par tous les catholiques avec une joie indescriptible. Mais qui dira les sentiments dont fut rempli le cœur de nos prêtres proscrits, quand, à travers les distances qui les séparaient de la mère patrie ,

parvint jusqu'à eux la notification authentique de cet acte qui déconcertait tous les calculs de la politique humaine?

L'aimable messagère qui vint annoncer à Noé la fia du déluge fut reçue avec un bonheur ineffable. Ainsi fat accueillie par ces généreux confesseurs de la foi la grande nouvelle du concordat ; elle leur disait la fin da schisme qui désolait depuis dix ans la France, et celle de leur exil; elle ouvrait pour un grand nombre les portes de leurs cachots, pour tous le chemin du pays natal qu'ils n'avaient quitté que, le cœur brisé, contraints par la plus cruelle des nécessités.

« Croyez-vous , s'écrie, dans son magnifique langage» « un évèque cher au diocèse de Quimper, croyez-vous « qu'il ne leur en coûta pas d'abandonner leur patrie? « Qu'il fut sans amertume cet adieu furtif au berceau de « leur enfance, aux joies de la famille, aux douceurs « de l'amitié? Ils ont dit cependant : plutôt l'exil que « l'infamie , et sont partis , le cœur brisé , mais Tâme « inébranlable. Oh I qui racontera leurs misères et leurs 4c douleurs ? On les a vu haletants sur les chemins de la « terre étrangère , bégayant un langage nouveau pour « mendier le pain de l'indigence et bénir leurs bien- « faiteurs. Combien de fois leurs regards humides sui- « vaient à l'horizon le nuage qui passait sur la France, « tandis que leurs lèvres redisaient avec tristesse les « chants d'Israël captif au bord des fleuves de Babylone I « Que la patrie leur semblait belle ; qu'elle leur sem- « blait aimable cette patrie si cruelle , quand , de la « terre de l'exil, ils la regardaient à travers leurs lar- « mesl »

Voilà dans un éloquent raccourci quelles furent les

don!enrs âe nos prêtres comlamnés à manger ie dnr pain de l'exil.

EmpruQtoDâ à la riclie palette de l'illustre prélat les brillantes couleurs avec lesquelles il nous dépeint leur joie quand, vcnaot à luire k leurs yeux, rougis par les larmes, le jour de la liberté de l'Église en France leur annonce leur prochain retour dans leur patrie après laquelle ils soupireal depuis de longues années :

« Mais toul-à-coup une voix a retenti, vois qui trouve « mille échos ; la France ouvre ses barrières, la religion « ses temples désolés : la main puissante qui porte le » glaive des combats va réunir les pierres dispersées du < sanctuaire; le génie qui gagne les batailles marquera « son passage par la défaite de l'anarchie et de l'im- ■ piété. Enfants de la mère commune, longtemps reje- « lés de son sein, sa colère est tombée; revenez dans « ses bras I

B Ils ont entendu cet appel, les pauvres exilés; ils

• s'empressent, ils accourent, le front calme, le cœur « humble, l'àme pénétrée de reconnaissance pour le Sei- « gneur et l'instrument de ses miséricordes. Avec « quelle joie vous les vites revenir, troupeaux sans pas- « teurs, basiliques sans fidèles, autels sans sacrifices!

• Le vieillard verse desjarmes, en^songeant qu'il pourra « mourir en paix dans les bras de la religion; l'âge « mùr entrevoit un avenir moins sombre; l'enfance

• regarde avec étonnement ce mouvement inaccoutumé, Il ces pompes inconnues, tandis que les voûtes sacrées <i répètent l'hymne d'actions de grâces, et que, du haut « des airs, l'airain pieux jette aax campagnes réjouies « ses vibrations sonores. L'indifférence mémo s'émeut « dcces démonstrations : Hie/ui amkti svnt sloUs albis,

« qui iunt et vnde vemrunl? (1) Ces iriomphàlearr, « modestes, qui sont-ils, et de quelles coolrées sont-ils 1 « suxoumsT Hisunt qui eenerunt de tribulatione magna. < Ceai'Ci sont les héros de la grande tribulaliou : ils oat « traversé sans peur les jours des grandes luîtes ; ils ont « tout sacrifié, tout soulTert, tout pardonné: à cetts-l « heure, les populations fidèles célèbrent leur retour, J « comme la Gaule des anciens jours recevait en triom-l * phe Hilaire revenant du combat. » (2)

Avant de quitter la terre hospitalière où ils avalend trouvé un asile , nos prêtres émigrés à Mondonédo, eni Espagne, adressèrent, en latin, à révoque et au chapitrea de cette ville épiscopale, les adieux les plus toucliants.

Après avoir rappelé les tristes événements qui les ont chassés de leur patrie ; après avoir énuméré les divers bienfaits dont ils ont été comblés par l'évéquc, le chapitre, le roi d'Espagne et d'autres personnes charitables, | dés leur arrivée dans ce pays, les exilés esprimenl, dans les termes les plus émouvants, la reconnaissanco | dont leur cœur est pénétré.

Nourri de la sève des livres saints qui faisaient Icurf consolation (3) au milieu de leurs tristesses, leur écril.I est un agréable tissu de textes empruntés à ces livres I inspirés où le prlïtre instruit peut puiser, pour rendrai et appuyer sa pensée, les expressions les plus riches et I les plus saisissantes.

Hien de plus attendrissant que les dernières lignes de cet écrit : les confesseurs de la foi demandent humblement pardon à leurs charitables bienfaiteurs des ofîense» j

(DApoul. vil. 13.

m ŒuvKs lie MoiiMigneur Graveran, évËquedeQiJmptp. Onlstnl

fuiuuire de Monseigneur de i'oulplquel. — Tom. u, p. 3'J9 et 3U0. '

{'i, Ilabentes «olaUo llbros sacros. — 1 Ma

dont ils se seraient rendus coupables à leur égard, soit par rhamaine fragilité , soit par négligence . . . C'est au nom de la miséricorde de notre Dieu qu'ils les supplient de leur pardonner avec cette bienveillance dont ils ont éprouvé les effets , pendant les dix années de leur séjour i^rmi eux.

Puis , ce devoir accompli, ils se jettent avec confiance entre les bras de la Proyidence qui a toujours veillé sur leurs besoins , comme une tendre mère ; portés par elle» ils espèrent arriver sûrement dans leur patrie, heureux d*avoir souffert pour Jésus-Christ et d'avoir pu contribuer, par leurs souffrances, à manifester la gloire de Dieu.

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