DISTRICT DE LESNEVEN, DÉPARTEMENT DU FINISTÈRE
« Ce jour de dimanche, trentième de Janvier,mil huit cent quatre-vingt-onze, à Theure de midi.
<( Assemblée de la municipalité et du conseil général de la commune de la paroisse de Plouguerneau , présidée par Jean-René Abjean, maire; présent le sieur Curoller, procureur de la commune.
^ En l'endroit s'est présenté le sieur recteur, accom-
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de sa paroisse, et a demandé à faire des observations sur le décret de l'Asscmbltie nationale, du 27 Novembre 171>0, à lui iioliDé par lo sieur maire, relatif au serment à, prêter par les évoques, ci-dovanl ai-cliev6qucs cl autres ecclt^siastiriues fonctionnaires publics; sur quoi la municipalité lui nyaril témoigné le désir de l'entendre , le sienr recteur a dit ce qui sait, tant en son nom qu'au nom do son clergé :
« La démarche que nous faisons auprès de vous, nos très-cliers paroissiens, n'est pas l'elTet de la détermination du moment, qui dicte souvent des volontés incertaines et des résolutions précipitées ; c'est le fruit des plus Sérieuses réllexions sur nos devoirs les plus sacrés. No nous anrez-vous pas même accusés d'avoir trop accordé aux considérations d'une prudence humaine, et do ne nous être pas plutôt montrés à vous dans tout l'abandon d'un saint zélé et d'an courage évangéliqueî
« Nous no vivons plus, nos cbers paroissiens, que pour la douleur. Chaque jour, chaque heure nous en apporte une nouvelle , en nous apprenant les périls de l'Église de Franco, les atteintes portées par l'Assemblée nationale à la religion d'un Dieu, dont nous avons l'honneur d'être les ministres.
« Assez longtemps nous avons dévoré nos larmes, assez longtemps nous avons plenré dans le secret de nos maisons; maintenant, nous venons pleurer au milieu de vous. Que nos larmes coulent désormais toutes dans vos cœurs I 0 nos trôs-chers parossicus, si les vôtres viennent à se mêler à celles que nous ne cessons de répandra devant le Seigneur pour désarmer sa colère, nous relèverons de !a poussière nos fronts abattus, et notre tristesse se changera en une abondante joie, à la vue de
ces précieuses larmes , qui attesteraient le plus tendre attachement à la religion de vos pères.
€ Des décrets de FAssembiée nationale nous ordonnent de prêter le serment d'ôtre ûdèles à la constitution décrétée par elle et sanctionnée par le Roi, relativement à l'organisation, dite civile, du clergé; ils nous prescrivent de prononcer ce serment à la face des saints autels et dans l'assemblée du peuple, sons peine d'être privés de notre traitement et d'être déchus du gouvernement des âmes. Notre serment, nos trés-chers paroissiens, le voici : « C'est de renoncer à un traitement qui « ne peut être que le salaire du crime. Nous ne ven- « drons pas aux promesses des nouveaux Césars nos « âmes, le prix du sang d'un Dieu, mais nous vous dé- K clarons , pour le salut des vôtres , que nous ne pou- « vous cesser d'être vos pasteurs et vos conducteurs « dans la foi, en vertu (|es décrets d'une Assemblée « purement politique. Que serait devenue la primitive « Église, si la désobéissance aux volontés des empereurs « avait suffi pour faire disparaître les pasteurs auxquels « Jésus-Christ avait confié les intérêts de sa religion, « pour 6ler et suspendre l'exercice de la juridiction « spirituelle? Nous vous répéterons ce que nous vous « avons déjà enseigné dans la chaire de vérité, qu'il « n'appartient qu'à l'Église d'établir les règles de sa « discipline et de les modifier, suivant les divers inté- « rôts des différents peuples ; que tout pasteur qui ne « vous serait pas donné par votre seul et légitime « évoque, l'évoque de Léon , ne serait qu'un intrus, un « loup dans le bercail ; qu'aucun pasteur ne peut être « privé de la juridiction que Dieu lui a donnée sur les « âmes, que par sa démission volontaire et acceptée, ou « par le jugement de ses su[>érieurs ecclésiastiques. »
"ne vous parlerons pas de la spoliation du clergé décrétée par la même Assombléo, dile nationale. N'aurions-Dons pas à craindre qu'an momonl mémo où le refus du serment exigé nous fait renoncer à tûut inlén^t temporel, vous ne vinssiez it soupçonner que nos rëcInmaLiuns sont dictées par les regrets de nos jonissances personnelles? Pions nous bornerons à vous manifester le désir le plus sincère de faire le sacrifice do toutes nos fortunes à la chose publi(iue. Que les individus actuels du clergé do France soient privés, s'il le luit, de ruâufrnlt de leurs bénélices, pour alléger le poids immense d'impôts qui menace le peuple: mais nous oe pouvons étendre plus loin nos vœux et dos sacrilîces sans devenir coupables. Nous demandons que les biens de lÉgliso soient rendus à nos successeurs. Ce ne sont point des propriétés dont nous puissions disposer à notre gré, mais ce sont jdo saintes institua tiens t|Uû nons devons à la piété de nos pères, et dont il ne nous est pas permis ni d'interrompre, ni de déloamer Je cours.
« 0 nos clicrs paroissiens, de quel pesant fardeau nos cœurs se trouvent déjà soulagés : nous avons fait notre devoir. Notre conscience nous en rend le doux et consolant témoignage : maintenant nous nous croyons dignes de déposer dons vos mains notre profession de Coi. Recevea-la pour être la régie de votre conduite et de votre croyance dans ces temps dijliciles, et comme un témoignage du dévouement de vrais pasteurs qui ne craignent pas de donner leur vie pour Icurd ouailles.
« Nous soussignés recteur, curés et prêtres de la paroisse de riouguerueao, pleins de confiance dans la bonté et la miséricorde de Jésus-i'lirist, nutre Sauveur, déclarons que la crainte de nous voir privés do notre
traitement, que l'aspect môme des dangers dont nous environne la force publique ne nous arrachera jamais on serment que la religion catholique, apostolique et romaine nous défend de prononcer. Plutôt endurer des tourments de toute espèce que de renoncer à la foi, et ce serait y renoncer que de jurer le maintien d'nne constitution qui en renverse les premiers fondements.
« II est de foi qu'à TÉglise seule, c'est-à-dire au Souverain Pontife, et aux Évèques, sous son autorité, appartient le gouvernement de l'Église.
« Il est de foi qu'à l'Église seule a été confiée la puissance des clefs, qu'à elle seule, et non à une assemblée politique, il a été dit : « Ce que vom aurez lié sur « la terre sera lié dans le ciel ; ce que vous aurez « délié sur la terre sera délié dans le ciel. »
« Il est de foi que l'Église seule peut étendre ou restreindre les bornes de la juridiction spirituelle.
« Il est de foi qu'aucun pasteur ne peut tenir sa mission que de l'Église.
« Il est de foi que les évoques seuls sont juges de tout ce qui concerne la foi, les mœurs et la discipline dans leurs diocèses , que par conséquent les pasteurs du second ordre ne peuvent dicter des décrets sur ces matières, et que leurs fondions se bornent a donner aux peuples qui leur sont confiés rexcmplc de la soumission la plus entière à tous ceux qui émanent du corps des premiers pasteurs.
a Tous ces principes sont ou méconnus ou attaqués par les différents décrets qui composent la Constitution civile du clergé : nous trahirions donc notre conscience, nous deviendrions donc des apostats de la foi en souscrivant au renversement de ces vérités catholiques.
« Non, les paroles de notre vertueux éveque de Léon,
^rcolairo du 28 .Inillet 179 (les plas beaux jniirs de l'Église et ([dg nuaa regardais toujours comme notre seul et légitime éviii|ue, ne cesseront de retentir au fond de nos cœurs: Pions etpérims de la grâce de tiieu de demeurer fidèle jmqu'à (a mort el de ' Kcelter, s'il le faut, de itotre sanij le refm du serment exigé.
« Signé : de Ponlpiqucl. rectcar de Plouguernean , ch. (te Léon, licencié en iliéologie dans la facutlé de Taris, de !a maison et société de Sorbonne, vicaire général du diocèse; J. Botorol, curé; G. Roudaat. curé; F. Bleunvon, curé; J. Baliou, prêtre; G. Apparaott,:. prOire ; Le GolT, prêtre.
« La municipalité.ouïes les observations ci-dessus faites et signées par le sieur recteur et son clergé, a arr&té qœ, s'en tenant aux décrets précédents de l'Assemblée nationale, qui déclarent la liberté de loaies les opinions religieuses dans l'empire frani,\ai3, elle n'exigera pas du clergé de la paroisse le serment prescrit par le décret da 37 novembre 1790, et ((ue inviolablement attachée aux principes do la religion catbolique, apostolique et romaine, qu'elle a toujours professés et qu'on vient de lui rappeler, elle refuse d'adliérer à la Constitution dite civile du clergé jusqu'à co qu'elle soit revêtue du consentement de l'église de France et de l'approbation do Saint-Siège, ordonne que lecture sera faite de la présente délibération an prdue de la grand'messc, mercredi prochain â Février, jour de la l'uriiicalion, alin qu'elle puisse être réputée l'expression de ta volonté générale de ta commune, si lors de la lecture qui en sera faite elle n'éprouve pas la* contradiction de la
1 citoyens do la paroisse.
né Abjfan, maire; Cxjroller. procurour
de la commune ; Gabriel Salenn ; François Le Roy ; Jean Roudeault; Yves Le Guével; Loais Foricher; Jean Le Loaec ; Yves Roudeault; Yves Paul ; Yves Laot; Michel Bergot; Gabriel Abyvcn ; Hervé Labat; Jean Roudeault; Yves Roudeault; Claude Guiavarcb; François Labat; Goulven, Nicolas; François Boucher; Michel Landuré ; Jean Queiïurus ; Joseph Simier ; François Le Jeune; Pierre-Marie Mingant; Michel Bergot, de*Ranorgat, a déclaré ne savoir signer, et a présenté pour signer pour lui Goulven Le Verge, de Crouquéron, en Tréménech : Goulven Le Verge, de Crouquérou, pour Michel Bergot, de Ranorgat.
€ Lecture faite le mercredi, au prône de la grand messe, du discours du clergé de la paroisse, de sa profession de foi, de la délibération de la municipalité ; elle fut souvent interrompue par les applaudissements, les larmes et les sanglots des paroissiens. »
« Le District de Lesneven s'occupa, le 10 Avril, du remplacement des recteurs non assermentés. La municipalité de riouguerneau n'est pas plutôt informée de la convocation des électeurs qu'elle mande au lieu de ses délibérations ceux de la commune, qui étaient au nombre de cinq. Elle leur défend do concourir à l'élection d'un nouveau recteur, leur déclarant que n'ayant été choisis par la commune que pour la confection du Département et du District, ils étaient sans pouvoir pour l'objet de la convocation faite par le District. Malgré l'absence des électeurs de celle paroisse, on lui donne un pasteur conslitulionnel, c'est le sieur Le Gall, curé de Plounévet. lin mois est à peine écoulé, qu'il écrit à la municipalité pour la prévenir qu'il se rendra lo dimanche M Mai dans la paroisse, pour y dire la grand-
jUBse eTprétei* le iu^rment prescrit par la ContlS civile (la clfriji;. La municipalité s'assemble, à b récep- UoD (II) ccllu lettre, el lui répond par la dùliliéraiiinj saivanto :
« La municipalité de Plougiicrneau, assemblée aux « fins d'une invitation faite par le sieur Le Gall, par sa
• lettre du iO Mai 1791, d'assisler à la prestation de « son serment; considérant que cette cérémonie pourrait
• être regardée comme un acte de prise de possession « de la cure, et que par conséquent la municipalité « serait censée y avoir concouru par sa présence, elle a 0 reconnu n'être pas autorisée par ses commettants à ti cetlfl démarclie, a arrêté do convoquer incessamment « la commune, pour la consulter et lui demander ses « instructions dans une circonstance anssi nooTclle « qn'imprévue, qu'au surplus copie de la présente déli- « bération sera sur-le-champ envoyée au siear Le Gall, s avec la lettre ci-après :
LETTHE DE U MOPICIPALITE AU SIEUR LE CAIL, EN LUI ENVOUNT LA DÉLIBÉRATION CI-DESSUS.
■ Nous ne sommes pas autorisés, Monsieur, à faire la démarche à laquelle vous nous invitez. L'Assemblée nationale, lorsqu'elle créa les municipalités, n'oublia pas de leur tracer en même temps le cercle de lenrs devoirs. Nuus avous lu attentivement les instructions doat elle a éclairé notre berceau, et elles ne nous ont pas révélé que oous fussions destinés à concourir à l'installation de nou- Yeaux pasteurs. Le Corps législatif lui-même, en nous formant, oc soupçonnait pas encore le scandale de leur future existence. Nous n'avons donc pu. Monsieur, ni nous, ni nos commettants, prévoir les nouveaux d&voin»
dont vous nous parlez aujourd'hui. D'où nous viendrait donc le droit d'assister à la prestation de votre serment, le droit de sanctionner par notre présence cet acte de prise de possession de la paroisse de Plouguernoau ? De 1 Assemblée nationale? Mais l'Assemblée nationale ne peut pas attribuer de nouveaux pouvoirs à des corps administratifs déjà établis, sans provoquer une nouvelle élection des membres qui les composent. Que "penser d'une élection où les électeurs auraient ignoré l'objet et la fin de leurs opérations, et les élus les devoirs auxquels les aurait appelés la confiance de leurs concitoyens? Nous ne pouvons donc rien , Monsieur , sans avoir consulté la commune de cette paroisse ; nous la rassemblerons incessamment, pour qu'elle prenne en considération un objet d'une aussi haute importance.
« Nous sommes, Monsieur, etc. : Abjean, maire; Coroller, procureur de la commune; etc., etc., ce 12 Mai 1791.
a Le sieur Le Gall, inquiet de celle réponse de la municipalilé, se Iransporle en hâte au District pour la lui communiquer : le District casse par un arrêté la débération de la municipalilé, et lui enjoint d*inslaller le constitutionnel. »
ASSEMBLÉE DE LA MUNICIPALITÉ, LE DIMANCHE lo MAI, A SEPT HEURES DU MATIN, OU ON DÉLIBÈRE AINSI QU'iL SUIT :
« La municipalité de la paroisse de Plouguerneau, après avoir pris leclure de l'arrélé du District, du 13, déclare persister dans sa délibération du 12, où elle ne se reconnaîtaucun pouvoir pour rinslallalion d'un pasleur constitutionnel, et arrête la convocation de rassemblée
è^W^le de la commune pour le jcmil 19 Mai, dans la chapelle iJite Ju Val.
Ke dimnnclio 1 5 Mai : René Abjctan, maire, Ole, cic. » ^pendant l'iiilniâ, plein de conliaDce dans l'arrâté favaitotiteou, ariivo dans la paroisse letlimanclie \o, "accompagné do plusieiirs membres du District el du club de Lesneven. Les paroissiens s'assemblaient alors pour rofllce divin. Us jelleni un cri d'indignation à la vue du faux pasteur. La consliimation est généralo, les ofTicicrs municipaux, mêlés à leurs concltoyeas, calment bientûl celte première agitation des esprils.en représentant les conséquences d'une conduite peu mesurée. L'heure de la grand'messe sonne. L'église est déserte; mais tout s'y trouve préparé pour le sacrifice; les ornements, le pain !i bénir, les cierges, etc. La municipalité avait cru devoir ordonner toutes ces précautions pour éloigner de la commune le plus léger soupçon d'une résistance pliysit[ue. Le sieur Le Gail sort de l'auberge, où le rerus d'être accueilli dans tout autre endroit l'avait forcé de descendre. Il se rend cliez le maire : on lui communique la délibération que la municipalité venait de prendre au sujet de l'arrêté du District. Déconcerté de la fermeté qui y régnait et do l'évidence des motifs qui l'avaient dictée, il ne pense plus k dire la messe paroissiale, ou à remplir aucune formalité d'une prise de possession. Il se retira dans son auberge, où il tâcha de sa consoler, avec tes convives qu'il avait amenés, du mauvais succès de son voyage. Les paroissiens ue manquèrent pas d'observer que ce jour-la il n'avait ni entendu, ni (lit la messe.
0 L'assemblée de la commune a lien an jour indiqué ; deux membres du District s'y rendent, ils intriguent.
ils- menacent, mais rien né peut ébranler ce peapie religieux et fidèle. II rejette le pasteur constitutionnel : •
« Assemblée générale de la commune de PlouguerneaUi ce jour de jeudi dix-neuvième Blai mil sept cent quatrevingt-onze. Tous les citoyens actifs de la paroisse de Plouguerneau s'étant assemblés dans la chapelle de Notre-Dame du Val, suivant la convocation faite dimanche dernier, à la requête du conseil général de la commune, ont renommé pour leur doyen le sieur René Le Jean, de Coatquénau, qu'ils ont nommé et proclamé pour leur président ; ensuite ils ont nommé pour leur secrétaire le sieur François Le Jeune, de Porzalez, et pour scrutateurs François Saleun, de Fronariel, Claude Guiavarch, de Hellez, et François Le Roy, de Raninizi. Ensuite, le président a ordonné à l'assemblée d'aller au scrutin, afin de donner leurs voix au sieur Le Gall ou au sieur de Poulpiquet, pour leur pasteur. Chacun a fait son billet sur le bureau, ou Ta fait faire par un des scrutateurs. Du nombre de deux cent quatre-vingt-dixneuf votants, il s'est trouvé que le scrutin dépouillé, et les billets comptés, ledit sieur de Poulpiquet a eu deux cent quatre-vingt-dix-huit suffrages; qu'en conséquence, ledit sieur Le Gall n'a reçu qu'un suffrage, ainsi l'assemblée se trouvant d'une même voix et considérant que l'exercice de tous les cultes, suite nécessaire de la liberté de toutes les opinions religieuses, est permis dans l'empire français, que le juif et le mahomélan, le protestant, le paycn a son temple, ses autels, ses ministres, que toutes les sectes étant sous la protection de la loi, aucune ne peut être troublée dans ses pratiques religieuses, déclare que s'uppropriant le bienfait de cette tolérance universelle, elle ne reconnaîtra jamais pour son pasteur le sieur Le Gall, qui se présente en vertu d'une
élSrtion ftilte au District de Lesnevon, pour prendre jHKi-' session do la paroisse de Ploiigiierneaa, mais qn'elle Jemenreru inviolablenienl attachée à ciilui que ses opiaions religieuses inîestissenl seul de ce caractère, se réserve de plus do dénoncer aux tribnnanx, et d'y poursuivre comme perturbateur du repos public lo sieur Le Crall, si sons ([uelque prétexte que ce soit il s'avisait d'inquiéter on de troubler ledit sieur de Poulpiquet el ses fidèles coopérateurs dans l'exercice de leur ministiire. Ordonne que copie de la présente délibération sera envoyée sur-lechamp au sieur Le Gall, pour qu'il ne puisse prétexter cause d'ignorance, avec une lettre explicative des opinions religieuses do la commune.
« Fait dans la chapelle du Val. lesdits jour et an, sous les seings de ceux de la commune qui savent signer : Laurent Laine; François Le Porz ; Coroller, procureur de la commune : François Le Roy; René Le Jeune; Gabriel Saleun; Gabriel Guiavarcli; Goulven Le Roy ; Yves Uguen ; Nicolas Roudeault; François Francez ; Hardi Jêséquel ; Toussaint Normand ; Scan; Yves Roudeault; Michel Bergot; Hervé Labat; Jean Queffurus; Yves Laot; Yves Roudeault ; Pierre-Marie Mingant; Michel Landuré; Jean-René Âbjean, maire; Jean Roudeault; Guillaume Lillez; François Lo Jeune; Yves Paul; Jean Roudeault : Guillaume Nicolas; Nicolas Téréné; Louis Porichcr; Jean Téréné; Jean Le Loaec; Joseph Simier; Pierre Nézou; J. Saleun; J.-B. Saleun; Jean-Marie Saleun; Fr. Labat; Yves Bergot; Fr. Boucher; Yves l'gnen. »
Copie de la lettre ci-dcssm anmncée :
Toutes les opinions religieuses sont libres ; c'est nn
dogme (le la CoBStiLaûoii Iruiçaise (I) que vous ne devez pas igoorer« Monsieur, tous qui avez fait le sermeut di; la maiiileuir. Une coosàqaeuce pralîqne dérive de là : le libre exercice de toutes les religions diios letendae de l'empire iran(.aii. ]Sos iégislaleors Toat adopté, le juif, le protestant, le maliométan a son leoiple, ses autels, ses ministres. Toutes les sectes sont sobs la protection de la loi. et aucune ne peut être inquiéta dans les dillérentes pratiques Je son culte. Vos droits. Monsieur, pour diriger nos rites sacrés ne pourraient donc venir que de la conformité de nos opinions religieudes ; mais les nOtres différent essentiellement de a'IIes que vous professez. Lu iumiense intervalle les sépare, le crime seul le pourrait combler ; car, ce serait un crime dans nos idées religieuses de vous présenter nos enfants pour le baptême, de communiquer avec vous dans la fraction du pain ; d'assister à vos instructions, en un mot , de recevoir de vuus ce que nous appelons nos >a«:remenls. Quelles f^nctluns ambitiouneriez-vous donc |>arnii nous? Celles de pasteur! mais où serait votre troupeau 1 Où e^t la société qui professe la religion dont vous vous annoncez comme le ministre? Avez-vous bien regardé, Monsieur, autour de vous lorsque vous Vous présentâtes dans noire paroisse? Vos yeux ne rencontrèrent que des citoyens inviolablement attachés à la religion de leurs pères , à une religion ijui repousse toutes les moiiiiications , tous les changements que voudrait y introduire une autorité purement temporelle. >''entendiles-vous pas un grand cri s'élever au
f 1; Mais (0 nCst pas un do^^mc de l'KpIise rallioliqiit* qui a signalé liarini It's (Tn^urs du lem|is moderne la |iro|)Osi(iiiii su 1 va nie :
•' Il «'sl Jihn» à chaqui» liommt* d'embrasstT i*l de prufessiT la reli- - ^ioti (|u'il aura répul*'» vraie d'après les lumlt^ri.'S de sa raisc«n. • ( Vuir le iSyllabus, paraj^raplic iii«. )
!TllIten"rte fe pcapleî C'était la voix de tons n'6s cflSi toyens qui vtms criaiont (|uc vons n'étioz à k'urs yeuxT qu'iin hérétique, na scliismatiqiie, un intrus; qae loin" de vous n-connallro pour leur pasteur, ils ne vou$.' adraeltraienl mt^me pas i la participation de leurs* mystères.
?(oii3 ne craignons pas, Monsienr, que vons puissiez nous dénoncer aux tribunaux comme perturbateurs de l'ordio public, (l'est vous, Monsienr, c'est vous seul qui yovA rendez coupable de ce crime, en venant troubler'"' nos cérémonies religieuses. C'est vous sur qui toutes" les sectes doivent invo[|uer le glaive de la Conâtiliition. parce que vons en troublez une seule, et qu'il est du l'intérêt do toutes les religions de veiller au tnaintien j d'une liberté décrélée pour tontes. Nous vous le demandons à vous-même; de bonne foi. croyez-vous échapper | uux cbâtiments réservés aux [lerlurbaleurs de l'onlro j public, si entrant alternativement dans le;^ temples de nos prétendus réformés, dans les synagogues des Juifs, dans les mosquées des Maliométans, vous disiez k ces .fiera sectaires, le procès-verbal do votre élection à la . main : je viens chasser vos prétros, changer vos cérémi>«.i nies sacrées; j'entends que vous n'ayez désormais d'autre' croyance <|ue ta mienne, d'autres formes de voire culte' que celles que je vous tracerai, d'autre ministre auprès de l'Élernel que moi?
« Héllécliissez, Monsieur, un instant, et jugez votre démarche. A» Val, ce tll Février I701.
« Pions sommes, etc. »
« Tandis que la paroisse s'applaudissait de ta sagesse des mesures qu'elle avait prises pour écarter l'iDlrus, cvlui-ci, membre du club de Lesncven, s'agite an milieu de
toule sacohorle, ci mùtliio une prise tte posi^&sàioii S armûe. La calomnie t'insplie. It lîcrit au club <le que la paroisse de riougncmean est on insurrcrtiôl que ses habitants au nombre de six mille étntonl en armes. Le club de Brest ilomandc au Doparleraenl Je marcher eonlre cette multitude de rebelles. Le Képartemenl accueille le faux rapport qni lui en est fait « ordonne à six centS' hommes de troupe de ligna et pareil nombre de nationaux do se remlro h Ptoi neau, pour y faire exécuter la loi. Tonte cette ai sort do Brest, avec quatre pièces de canon. On s'siwi dait :ï un combat, à une expédition militaire ; et, elle na trouve, sur sa route et 5 son entrée dans la paroisse, que des laboureurs cultivant paisiblement lenrs champs. La troupe si^journa huit jours dans la paroisse, dans toule l'indiscipline et toute !a licence d'un camp ennemi. Ce fut au milieu de cet appareil militaire qne lo sieur Le Gail prit possession de la paroisse.
« Le tribunal du District de Lesneven crut devoir ai méier son autorité à ces actes d'oppression. Il la municipalité et en décrète les membres de prii cnrps. Les officiers municipaux sont k peine ial du décret, qu'ils se rendent dans les prisons avec la sécurité, de l'innocence. Qn'avaient-tls à cfaii OnoU pouvaient ^Ire leurs crimes* Ils ne s'étaiont reconnus de pouvoir pour iiiâtallev le recteur ooni lionncl, ils assemblent 'leurs commettants, tialea bl(s$eni juges de celte ffranilo affaire. Ne le poa< ils pas 7 Ne le devaienl-iU pas? La liberté des opini religieuses ayant été décrélée, avaienl-ils le droit d' blir un nouveau pasteur dans la paroisse sans ai interrogé !a volonté générale?
« La conduite de la commune (st également aa-^O!
de tout reproche. Elle repousse l'intma. mais elle n'aso d'aitcune violence, elle n'oppose (l'autre arme t|ue celle Je l'opinion, et l'opinion était lilire. T'était une tlos premières bases des lameux droits de riioinmc.
a l.a détoiiliuii des olTicîer^ municipaux et des membres du conseil général de la commune dura huit jours, lui sieur l.e Gall vint souvent les visiter, pendant cette captivité. Il leur proposait la liberté â la condition de venir assister à sa prestation de serment. Les travaux de la campagne pressaient alors. Chaque Jour d'absence était une uouvclle calamité pour ces malheureux péi-es de famille ; ils gémissaient do se voir arracliés à leurs enfants, à leurs épouses, à leurs travaux, mais la foi les élève au-dessus de tous les sacrifices, de toute considération liufflaine. Leur réponse au sieur Le tiall, est : « Plulôl. Moimcur. mourir ici de faim et de misère « que de comentir à la dtimanhe que cous nom « proposez. !•
Au moment où l'on exigea le serment civûpie du S-lorgé, la paroisse de Launilis avait pour recteur M. Le Duc Né à Sibiril , le 2.3 Décembre 1738, il avait été nommé recteur de celte paroisse par Monseigneur de La MarcIie, au mois de Janvier 1772.
L'église paroissiale loniLée en mines élail inlerdite, quand il y arriva. Avec un zélé mêlé d'une douce fermeté, il entreprit de la reconstruire ; ce qu'il fit. à travers beaucoup do ditRcuilés, et malgié l'opposition des préi^mincHckrs ou seigneurs de la paroisse.
Commencée, au mois de Mars 1773. la nouvelle église fut terminée, dix-huit mots après, et bénite le 3* dimanche d'Octobre 1775 par Monseigneur de la Marche,
é^Ut>e dt'Oeiiie, N. L^* bac <<Mii^.i sisi Vm^nlef^ spiritaeis, c'e*l-iMiîre ^421 jiiiifcc:^ de ^«^ (karc*isâeiis« ea le«r pro-
Tel ^iût le fâ.c1rfar àaqof*} os Tînt demaisdff-^qiKiqiies anfiée^fr piu^ UM. dtr $<e rang^ 20115 le drapeau des ^firf«f0iis d^ l'Égiifie, »rn pr^UXit le sermeot. Son ime <^allâoliqiie £« révolu à c^ette pn>poi5ilk«ii qall rejeta fortemeot, siret son digne vkaire, M. Yres Bergot.
Fou^>aivi<^ p^r les ôgents <ie U Rêvolation, ils dorent mettre leurs jours a l'aigri, en s'eiftatriant. Avant pn se pnicurer un bateau, ils s'embirquèrent pour l'Angletem,'. Retirés d"alK>rJ à Jersey, ils y restèrent quatre ans; puir ils se réfugi»*'rent à r^tteri^k où ils demeurèrent ?i\ an-.
I>î ^ Juiiî IS<»^, |."i i]».'U\ ■.••.•rifr?-'?ur> «Je la loi re- \ifirerit 'If I i*\il, tI ::rii\'-ïvrjt a Laiiniiis. lui jour il*inarolj»? el «J^f T^ir-r. A li ii'»uve!le «!»• leur n/lour, IihiI trafic fut -ii-[M'ij'ln, r»'-p.'n».' «l».* tr^is lieinvs. On a^vouriil en f'iiil»' ;i Jour reri»:oriti».' >ur la n.»ul».' «le Lesacven, jusqu'à une li^'ue «lu Irjur^ «Ih Lannilis : plusieurs même all/'ienl au ^levant «ItMix presque jusqu'à la porte de Lesnt'NWMi. On ne saurait retracer les scènes touchantes qui se passèrent tout le long île la route, à mesure (jue les émigrés rencontraient de nouveaux groupes de p^-rsonnes connues. On se pressait autour d'eux pour
\n\r baiser les mains On poussait des cris île joie ;
on >ersait des larmes... In père de famille bien aimé, iiccompagné de son enfant de prédilection, revenait au
- iSîi -
milîért des siens, après dix ans d'une lUire abséhcéi Qu'on juge t]c l'accueil (|iii lui fui fail 1
M. Lo Dm; fut remis en possession de son litre île rocteur ou de cnré de Lannilis. Pmir réparer le mal que la HévoIntiDU avait fait dans sa paroisse, il t donna DDO seconde mission en 1810, puis une troisième on 1811).
Cela fait, ce pasteur selon le cœur de Jéâus mriurnt paisiblement, le lii Décembre 1823, dans son presbytère, k l'Âge de 8I> ans, moins 8 jours, plein de Jours, de U.ivaux et de bonnes œuvres.
Sa mémoire est toujours en vénération dans la paroisse de Lannilis.
Il eut pour successeur et continuateur de ses travaux M. Bergol, sou inséparable vicaire et le fidèle compagnon de sou exil. Ne à Lannilis raùme, le 3 Janvier '1761, il n'avait que onze ans, lorsque M. Le Duc fut placé à la lêle de cette paroisse. Ordonné prêtre par Monseigneur de La Marche, en 1780. il fut immédialemenl après son ordination nommé vicaire dans sa paroisse natale.
Formé à la pratique des vertus sacerdotales par le saint prêtre qni avait discerné et dirigé sa vocation ecclésiasti(|ne, le jeune vicaire vivait heureux dans sa douce société et sous sa paternelle autorité, lorsque la tempête révolutionnaire les força tous les deux à abandonner le champ qu'ils cnliivaient, avec un dévouement et une union qui faisaient dire d'eux à leui'S paroissien?: « Voyez donc comme ils nous aiment et comme ils s'aiment I »
Revenu, après le concordat, à Lannilis avec son reo-' leur, M. Bergot ne voulut plus quitter le père pour lequel il professait, depuis son enfance, une vénération et une affection qu'un exil de dix ans avaient rendues
forles comme la mort. Aussi, c*est en vaia qu'on lai oITrit successivement le rectorat de deux belles paroisses du Léon : Gouesnou et Ploudaniel ; il refusa cette offre pour ne pas quitter M. Le Duc ; il avait partagé sa bonne et sa mauvaise Jortune : il voulut rester auprès de lui, alin de lui fermer les yeux.
M. Bergot avait 63 ans, lorsqu'il succéda, au mois de Mars 1823, à son ancien curé. II mourut le 3 Juin 1838, à l'âge de 77 ans et 5 mois, laissant comme son prédécesseur une mémoire bénie. On voit sa tombe, dans Tancien cimetière de Lannilis, auprès de celle de M. Le Duc* r/est ainsi que les deux amis qui avaient été si unis dans la vie ne furent pas, pour ainsi dire, séparés dans là mort.
Heureuses les familles qui donnent à TEglise de tels prêtres ! Heureuses les paroisses qui méritent d'avoir de tels pasteurs I
A son retour de Témigration, M. Bergot écrivit en anglais à un Monsieur Errington, chez lequel il «ivait sans doute reçu une généreuse hospitalité, une lettre que Ton lira avec intérêt, dans la traduction suivante :
« A M. Errington esq' Clints near Richmond Yorks.
^< Monsieur,
« Tour remplir la promesse que j'ai faite à vous et à votre respectable famille, je viens vous faire le récit de mon voyage de Catteriek à mon pays. Le 10 au soir, je (|uittai Catteriek, et deux jours après j'arrivai à Londres. Je restai neuf jours à Londres après lesquels je partis pour Southampton où je demeurai trois jours. Là je m'embarquai |)Our Saint-Malo et je débarquai dans cette ville »iprès deux jours de traversée, le jour de hi fêle de 4*Ascension. .Nous étions :W passagers. et nous avon.< <'»té
iea reçus par les magistrats. Chacun do nous pul se procurer un passeport !?ans difficului. Six jours apiiis nous arrivions à la maison, escortés par uue foule de peuple ; il y avait, je crois, plus de six cents personnes accourues à noire rencontre. Ainsi escortas, nous entrâmes dans l'église paroissiale que nous avons trouvée dans on meilleur état i|ue nous n'attendions. l'uis, je me hâtai de me rendre à la maison où je ressentis la plus grande consolation qui se puisse goùler, celle d'embrasser mon bon père, âgé d'environ 80 ans, cl de le revoir en bonne santé après dix ans d'absence. Je iroovai aussi mes Tréres et mes sœurs très-bien portants, à l'exception de mon frère aîné et d'un de mes beaufréres que la maladie a enlevés. J'ai perdu aussi trois oncles et trois tanles <•
Le recteur de Saint-Kenau, M. Poullaouec, ayant refusé de reconuaitre la Constitution civile du clergé, fut remplacé par un intrus,(rancien procureur de l'abbaye de Saint-Mathieu).
Le 18 juin 1791 , UD détachement de cinquante hommes fut envoyé par le District de Brest.pour procéder h l'installation du recteur constitutionnel. Assisté (les intrus de Milizac. de Ploamogner, de Lanrivoaré et de Guipavas, de deux commissaires civils et de quelques autres personnes, il se présenta, le lendemain, dimanche, k 10 heures du matin, à l'église afin d'y chanter la messe.
Le maire, M. Le Hir. M. de Léiérec et M. Causeur, instituteur, ne voulurent point s'associer, par leur présence, k CCI acte sacrilège : ils s'abstinrent de venir â la cérémonie.
M. Poullaouec. recteur légitime de Sainl-Benan. venait
(l'achever lui-même la sainte messe, au moment où le mercenaire faisait son entrée dans Téglise paroissiale» avec tout cet appareil. Rencontré par le cortège, ce vénérable prêtre fut hué par les soldats et plusieucs individus de Brest,venus pour assister à l'installation. Se rappelant ' son divin maître insulté et méprisé par les soldats romains, sur le chemin du Calvaire, le ministre de Jésus-Christ se réjouissait dans son cœur d'être aussi insulté et méprisé à cause de lui, en descendant de l'autel, ce calvaire mystique où se renouvelle, chaque jour, le sacrifice de la croix.
M. Poullaouec était un prêtre sans peur et sans reproche, trés-attaché à ses paroissiens. Malgré les périls de sa situation, il n'hésita pas à rester au milieu de son troupeau, afin de le préserver, le plus possible, des morsures du loup qui l'avait envahi. Mais, prévenu que le détachement cantonné à Saint-Renan avait ordre de s'emparer de sa personne, il s'évada, la nuit du 27 Juin, et se réfugia chez le recteur de I.arrel. lïiformés du lieu de sa retraite, les agents nationaux s'y transportèrent; ne l'ayant pas trouvé, ils arrêteront le recteur, puis M. Goachet, vicaire à Plouzané, et M. Lilès , vicaire à Lanrivoaré. Ils se vsaisirenl, le soir, de M. Cariou, vicaire à Guilers, au moment où il allait, suivant un pieux usage, allumer le feu de Saint-Jean.
Fiers de leur trophée, les soldats revinrent, la nuit, h Saint-Renan où leurs |)risonniers furent internés au corps de garde,jusqu'à ce qu'ils furent transférés à Brest.
Errant ra et là, couchant dans les champs, quand il ne pouvait trouver l'hospitalité dans les maisons sures, M. Poullaouec, que l'on recherchait aclivemenU n'eut pas tardé à être saisi, à son tour, s'il n'avait trouve moyen, le 1''' Août, de passer en Angleterre.
IiBB'^teWisses de riouzaiié gI de Loc-Maria-PIonzané s'étaient vues imposer un recteur constitutionnel par la farce, après que l'on eut chassé leurs légilinioa pasteurs.
Trop inslrails et trop attachés à l'Église romaine pour communiquer dans les choses sacrées avec les prêtres assermentés , les habitants de ces paroisses fuyaient les intrus comme des loups, suivant le précepte de Nolre-Seigueur Jésiis-Christ : « Prenez garde aux « faux prophètes qui viennent à vous sous les vêtements « des brebis, tandis qu'ils ne sont à l'intérieur que des « loups. »
Vers le milieu du mois d'Avril 1702, le District do Brest envoya, pour courber sous le joug ces catholiques insoumis, un détachement de six cents hommes, à la tèle duquel était, en sa qualité de commissaire du directoire, le fameux Laligne, intrus de Saint-Louis. On pal ainsi soumettre leurs corps, mais on ne parvint pas à subjuguer leur esprit qui demeura sijlidemeiil altaehé aux saines doctrines.
Ils y étaient entretenus par leurs prêtres MM. Goacbct, lyêdellec, î.abbc et Le Hir qui combattaient, au milieu d'eux, le bon combat de la fui. (|)
La paroisse de Ploumoguer. allligée d'un recteur intras, ne voulut jamais le reconnaître et Tut déuoui'éo par ce recteur, à cause de son ■itmibordinaiion el do l'abamlim dans lequel on le laissait, pour suivre les prêtres insermentés restés dans celte paroisse. Le District de Brest employa pour vaincre la mawaise t^tc des gens de Ploumoguer son grand moyen : l'envoi de trompes parmi eux.
{\i Cftld Oontim ccrlnwen liiiri (S. l'aul à Tim t
It en TuL de mômû île U puroisse del^t^^Sn recteur cl le vicaire, ayant refuse le serment, fnrenj ohligêâ de quitter leur poste où l'on avait mis rcçieûr intrus. Le dîmanclie iO Novembre 1791, m^ire, les ofliciers municipaux et le procureur-syadÉ de la commune adressèrent aux habitants dea convM tioTiïi écrites, les invitant à se ri^unir à la inairie, leiïet de dàlibércr ensemble sur les moyens de prt curer ù la paroisse les secours spirituels qui lui maoj quaieut. Dan$ cette réniiion, on signa et on adressa ad District du Brest une pétition^par laquelle on deniandaiÉ le renvpt du recteiir assermenté et le rappel de l'ancieq recteur et de son vicaire.
On envoya au bourg de Plouguin cinquante bommu de troupe de ligne, avec cent gardes nationaux qd dorent y tenir garnison, pour effrayer les gens de l commune. ')n poursuivit, pour les arrêter. M. de I Biociiaye, vicaire ({énéral de M«' da La Marche, suppi l'auteur de la pétition, et tous les prêtres non asserouiQlé résidant dans la commune.
Nous ne savons si l'on put s'emparer de leur^ pcrsoanes.
Le clergé fidèle de Ploudalmézeau eut à subir, pièmo époque, les mêmes persécutions. Un des actetii dans ces persécutions eu rend ainsi compte : « La pn miére visite au.<c prêtres de Ploudalmézeau se 6l, ad nui, avec douze dragons dont je faisais partie, aii;| ordres du citoyen Berthomme, cadet ; nous arrachàm du f resbylêre le ci-de\-ant rwteur, deux autres prâlr et quelques gentill^tres qui y étaient réunis, uo jour d fête de la commune, pour mieux fanatiser les geiil himple:^ de leur ranlûn. \ ctHa époque, nons enlev&mBe
^pi'èlres de la plupart des communes du district s (-1).
Dans une aulro visite faito à rlou(]aliné2oau , le dimanche, 13 Septembre 1792, ce môme patriote, capitaine de la garde nationale de Brest, pénètre dans rôglîsû pendant le cliant des vêpres; il en arrache, malgré l'opposition du maire, M. Barbier, revèln de son écharpe, deux des trois prêtres qui oIRcienl. Le troi- } parvient à lui échapper.
j dimanche, 23 Septembre, un détachement de [Sns est dirigé sur le bourg de Saint-Dïvy. il y arrive au moment dos vêpres. Les portes ayant été soigneusement gardées, deux cavaliers entrent dans l'église et, reconnaissant que les vêpres étaient chantées par deux "prêtres, l'un d'eus les apostropha, en ces termes : « Arez-rom fait le serment prenci-U par la loi? » — Sur leur réponse négative, il leur dit : « Continuez vos t^prex pour ne pas scandalixer le trop crédule peuple qui y assiste, maii qxuind elles seront finies, cous nous suivre: à Brest. •
Les vé|)res chantées, les denx prêtres, sommés de décliner leurs noms, déclarèrent s'appeler l'un Gourmelon , vicaire k Saint-Divy, l'aulro Causeur, simple prêtre du même endroit. Ils ajoutèrent qu'ils n'avaient pas prêté le serment, et qu'ils étaient décidés à le refuser jusqu'à ~ IÇrl-
I dragons emmenèrent MM. Gourmelon et Causeur, [ers ta foule dos assistants qui voidaient s'opposer arrestation. Ce ne fut pas sans peine que le» soldats purent em|ioiter kur proie : les paysans paraisloi résolus à la leur disputer par tous les moyens dont
IhtoiiT rtc la ïtlle lie Hivnf, pur Li^n\. T IV, ji, i:
ils disposaient. C'est alors qu*uD des dragons tira ao coup de pistolet, avec menace de charger sur eax...
Devant cette menace» les habitants de Saint-Divj se résignèrent à laisser enlever -leurs prêtres qui suivirent à pied leurs satellites jusqu'à Guipavas. Les bons catholiques qui les rencontraient versaient des larmes, en les voyant ; quelques patriotes crièrent : Vite la Nation I A Guipavas, on leur donna des chevaux : c'est ainsi qu'ils arrivèrent à six heures du soir au château de Brest où ils furent détenus.
La suppression de l'évécho de Léon proclamée par les décrets de TAssemblée jeta le trouble et l'agitation dans tout ce pays profondément attaché à sa religion et à sa foi. La nomination d'Expilly, suivant de prés cette suppression et venant chasser de son siège Monseigneur de La Marche, y provoqua une résistance qui ne céda qu'à la dernière extrémité. L'évêque et le chapitre résistèrent, on le sait, tant qu'ils purent; désespérés de voir enlever à leur ville le litre qui faisait, depuis plus de douze siécles,son lustre, sa gloire et aussi son importance, les habitants de Saint-Pol opposèrent la même force d'inertie.
Les membres du District de Morlaix ne voulurent piis déléguer des commissaires pour aller sur les lieux apposer les scellés, tant sur les archives de l'évoque, que sur celles du chapitre. Jls arrêtèrent, dans une délibération, prise le IG Novembre 1790, que l'administration départementale serait priée de les dispenser de se rendre à Saint-Pol, des motifs personnels et les principes religieux de (|uelques-uns d'entre eux les empêchant d'accepter cette mission.
Les clubs des amis de la Constitulion établis à Brest. à Landernciiu et à Morlaix, comme dans presque toutes
les loealîléîi, se proposèrent nu liéparlement ponrrw plir ce mnnilat. Cette propiisition uyaril été acctieillre^'!] le Dùpartemonl diisigua le District de Brest k cet elTet, et écrivit à celui de Morlaix h lettre suivante :
« Avoz-vous seoti toute l'atteinte que voire insubor- « diDatioii porte à une Constitution que vouâ avez ton$ « juré de maintenir au prix de ce que vous avez de plus « cher, au [léril de vos fortunes et de vos jours? Com- *■ hien cet exemple lUi Aublesse, m mépris de vus « sei'ments, va relever les espérances de cette Itgue « nombreuse, qui n'altend que quelques exomplo:> d'une « semblable déreclion, pour faire éclater les complots « les plus (lestructom's.
« Mais cette aiîreuse espérance sera trompée. . . des ■ milliers de patriotes sont prêts à se sacrifier, etc. »
On a vu comment le District de Brest parvint à faire exécuter les arrêtés da Directoire. '
On avait nommé àSaint-Pol un recteur ronstiluttonnét; après te départ de l'évéque de Léon, c'est-à-dire vei-s le temps pascal. On comprend que là surtout, dans celle ville épiscu|iale i^i calbolique. inconsolable de l'expalsiou de son cvèijue, le vide dut se faire autour de cet intrus. Ce vide fut tel que l'intéressé en écrivit k l'administration pour se plaindre de la situation qui lui était faite.-' « Les décrets de l'Assembléû, dtsait-il. sur la circons- « criplion des paroisses, ne sont pas observés... »"
Mais l'administration n'y pouvant rien, pour le mo-* ment, répondit au recteur de prendre palionce. . . Saint-' fol était, moins que tout autre endniit, un coin do terre où. le schisme put prendre racine : le m.tllieureux intrns eut beau prendre patience, it n'y fat pas plus accepté qu'à, sou début. Le fait suivant to prouvera.
Le l-'J Juin l'OI avait lieu la Fête-Dieu. Le recteur
et son vicaire assermentés voulurent faire la procession du Saint^-Sacrement. Quelques membres de la municipalité, les soldats de la garnison formaient tout le cortège, dans cette ville, peut-être la plus pieuse de tout le diocèse ; dans cette ville qui, chaque année, à pareUie fête, suivait en masse son vénérable prélat parcourant ses. rues et les chemins de sa banlieue.
Le recteur constitutionnel suit le même parcours. Il n'y a pas une seule tenture, pas un reposoir^ pas une fleur, pas une feuille répandue sous ses pas, les cloches sont muettes . . .
On avait cependant donné ordre, la veille, aux pères Lazaristes directeurs du séminaire de faire sonner les cloches de leur chapelle de Creisker, au passage de la procession. C'est en vain que Ton essaya de réparer cette désobéissance formelle aux injonctions de la municipalités : les cordes des cloches avaient été enlevées...
Le 17 Octobre 1790, M. Le Breton, recteur de Sibîril, lit au prône de la grand messe la protestation de Monseigneur de Saint-Luc touchant la Constitution civile,afîn de prémunir ses paroissiens contre les doctrines perverses qu'elles renfermait.
Dénoncé pour ce fait au District de Lesneven, le recteur est invité à se rendre devant le Directoire de cette ville, pour rendre compte de sa conduite.
M. Le Breton ne crut pas devoir obtempérer à cette invitation : il se contenta d'en accuser réception. Chargée par le District d'informer contre le récalcitrant, la municipalité de Sibiril déclina ce mandat , en rejetant sur l'administration supérieure rinstruction de cette affaire, ioai elle redoutait les conséquences.
Voici Sa réponse mnUv*:'!) :
« Considf^rant que cotte aiïaire eât d'ane importance majeure, et (jue ses suites peuvent devenir Irès-fàcheuses. On voit d'un cAt un pasteur onhiiant la dignité de son raractt're et les conseils paternels que son devoir l'obligeait à donner à ses tendres ouailles, mi^riser les législateurs et porter alteiiito à leurs décrets. Oti le voit, poussé par un Taux zèle, commettre des erreurs et prêcher l'insubordination et ta résistance à la loi, et élayer ses principes sous le voile spécieux de la religion^ D'un autre colé, ce sont des habitants de la campagne, inviolableraent attachés aux principes de la religion, troublés au moindre changement qu'on y apporte, qui. sans connaître les vrais motifs des décrets de rAssemblêo nationale, obéissent, sans rêllesion, à la voix de leur pasteur ;
« Considérant que si l'on sévissait rigoureusement contre les réfraclaires, il est à craindre qu'on troublerait absolument le repos et la tranquillité de tous les citoyens de c^îs cantons; tous et chacun d'eux épouseraient la caase commune, et il serait fàchonx d'en venir i de pareilles extrémités;
■ Consiilcrant enfin que le maire de Stbirii a rempli avec exactitude les devoirs que lui imposait sa place, mais qu'il n'a pu rappeler à leur devoir les citoyens assemblés pour l'élection des membres dn conseil municipal et des notables, et qu'il est impossible que les membres du Directoire du district de Lesncven puissent se procurer d'autres renseignements relatifs à cette aiïatre, puisque tous les paroissiens sont partis, et qu'il y aurait un danger k s'y transporter ;
« Le Directoire du district arrête en conséquence que toutes les pièces seront adressées à MM. les adraints-
tralcurs du département pour être par eux porté tel jugement que leur sagesse leur suggérera. •
« L'administration départementale, ajoute M. Levot, auquel nous empruntons ce document, saisie de tontes les pièces de cette affaire délicate, en ordonna, le 14 Décembre, le dépôt au greffe du tribunal du district de Lesneven,aépôt qui fut effectué le 16 Février 1791. Elles devaient servir au jugement de M. Le Breton. Mais le tribunal, qui redoutait vraisemblablement Teffet que produirait la condamnation probable d'un prêtre, n'agit pas. Les consciences étaient troublées et l'opposition n'était pas concentrée dans une seule paroisse. Elle avait éclaté presque simultanément dans toutes les communes rurales. » (1)
Nous ferons sur le premier considérant de la réponse de la municipalité de Sibiril une observation :
Elle fait un crime au recteur d'avoir prémuni ses ouailles contré les doctrines pernicieuses de la Constitution civile du clergé. — C'est le devoir du pasteur des âmes de signaler à son troupeau les erreurs qui peuvent égarer sa foi. S'il se tait, à l'heure du péril, ce n'est plus qu'un chien muet, suivant l'expression du prophète Isaïe. (2)
Elle lui reproche de résister aux décrets de l'Assemblée touchant la dite Constitution. — Mais ne savait-elle donc pas que les principes y contenus étaient contraires aux lois de l'Église ? Que le Souverain Pontife les avait condamnés ? Dans ce cas, le recteur et les habitants de Sibiril n'avaient pas à hésiter : entre l'Assemblée imposant à l'Église une Constitution hérétique et schismati(|ue, et le Pape protestant contre cet attentat, ils doit) Ibid. T. IV. p. r» et r..
[i) Cana mutif non valcntcs latrarc, (tai. 10.)
vaifiTit obéir à ce deriUer, repi-ésentanl de Jésas-CHnst pour les catlioliiiiics, et désobéir à la proniière, faisant dans la circonstance l'œuvre du démon...
Les ApAtres prêchaient l'Évangile, malgré la défense des ennemis de Jéâus-Christ; conduits devant les magistrats, le prince des prêtres les interpelle en ces ter- ' mes :
" Nous vous avons formelleraont défendu d'enseigner « en ce nom (celui de Jésus-Clirisl) ; el voilà que vous « avez rempli Jérusalem de votre doclrino ; el vous ' « voulez faire retomber sur nous le sang de cet lioinme.»
« Pierre et les autres Apùtres réponilireni : il faut « obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » (1)
('j3ux qui donnèrent à leurs persécuteurs cette réponse étaient les mêmes qui prêchaient de parole et d'exemple la soumission au pouvoir établi, dans les choses qui ne sont pas contraires ans lois de Dieu, alors même que ce pouvoir était représenté par Néron...
Celle réponse esl depuis dii-buit siècles et sera jusqu'à la lin des temps la régie de conduite de tous les vrais catholiques, prêtres et fidèles, mis en demeure par la jmissance civile d'obéir à ses lois, plutôt qu'à celles de Dieu et de son Eglise.
Le remplacement des rccleurs non assermentés rencontra dans le Haut-Léon les mêmes obstacles que dans la partie qui avoisine Brest et Lesneven. Le district de Morlaix ne pouvant réussir a pourvoir les paroisses vacantes do sa circonscription, faute de prélres assermentés, disait dans un procés-verbul de la lin de ITtJl qu'il était sage de surseoir ;i tmilo élertioi] des fonc-
(I) Act. Ap. V. Î7. îs. Ï'J.
tionnaires du culte, jusqu'à ce qu'un plus graad nombre de concurrents se présentât, d'autant plus que les parmm auxquelles il s* agit de nommer jouissent dune parfaite tranquillité sous leurs anciens fonctionnaires. À Brest, l'Assemblée électorale de ce district convoquée trois fois pour nommer des titulaires aux paroisses vacantes ne put jamais se réunir, comme le porte le procès-verbal de la séance de Novembre 1 79 1 .
La paroisse de Cléder avait pour recteur, au moment de la Révolution, M. Bernard Laurent, né à Guisséiiy* Arrivé à Cléder, en 1773, en qualité de vicaire, il y fut nommé recteur en 1781 . C'est lui qui jelales fondements de l'église paroissiale qui ne fut terminée qu'après la tourmente révolutionnaire. Il s'opposa avec ses vicaires, MM. Marzin et Le Roux, comme un mur d'airain entre ses paroissiens et les principes mauvais qui, semblables à un torrent fangeux, menaçaient d'envahir et de gâter leur foi.
Après avoir tenu tùle à l'iniquité, autant et aussi longtemps qu'il put, ne se trouvant plus en sûreté, au milieu de son troupeau où les agents du District de Morlaix le poursuivaient, ce pasteur dévoué émigra en Angleterre.
Ses dignes auxiliaires, plus jeunes et plus à même à cause de leur agilité de se mettre, chaque jour, à l'abri des poursuites dont ils étaient l'objet, demeurèrent cachés dans la paroisse. M. Marzin se tenait habituellement au village de Leslaou, et M. Le Roux à celui de Mespaul.
Un des vicaires de Cléder, au lieu de marcher sur les tfaces de son recteur et de ses autres confrères, eut la faiblesse de prêter le serment ; pour prix de sa trahison, il fut nomme recteur de la paroisse.
Méprisé ot abhorré de la population, ce malhenreii! prôlre inourul snbitemenl : il fut irouvô sans via sur s foyer 1
C^ttB Iriste (in produisit une grande impression dai tonl le puys : on y vit un chàtimeni de Dieu.
La pais ayant été rendue à l'Église en France, M. Laurent quitta l'Angleterre, et revint à Cléder. Replacé à la télé de sa paroisse, i) reprit les travaux de sou église, qu'il avait laissés itiachevés. Il y mourut, en 1813.4 l'âge de 67 aus.ponvant dire comme l'apôtre saint i'aul : « J'ai combattu" le bon combat; j'ai gardé la foi... »
Le recteur légitime de Saiat-Tliégonnec avait refusé le serment; il fut remplacé par un prêtre jureur, malgré les protestations de la population. Objet du mépris public, l'intrus est abaniJoniié par la municipalité. Le beilean refuse de le servir; personne ne veut lui répondre la messe.
A-l-il besoiu de faire sonner les cloches, il ne trouve aucun paroissien ([ui consente à lui rendre ce service ; veut-il les sonner lui-même, il ne peut en atteindre les cordes qu'on a en soin de mettre hors de sa portée.
A-t-il besoin, pour une procession, des bannières de l'église, elles sont sous clef; se plaint-il .iu conseil municipal de ce procédé, sa plainte reste vaine ; essaie-t-il de forcer l'armoire où ces objets soûl renfermés, il la trouve gardée par un groupe de p.aysans déterminés.
La paroisse de Plouénan, pourvu d'un recleur intruâ, lui montre, pour lasser sa patience, quelle ne le suppurlc qu'avec peine. Ouand il se présente dans une maison, cliacnn se relire : on lo fuit comme un li'-preux.
Un jour, il entre dans le lieu où se tenait le collège électoral ; à peine y a-t-il inis le pied qu'il est hué. Il sollicite des membres du bureau le serment à la Constitution : incontinent il est apostrophé en ces termes par le président de rassemblée : « Nous sommes tous fils « d'un même père, et tous, par conséquent, nous avons « le droit de voter... Non, non répond rassemblée. »
Puis, un des électeurs lui crie de sortir. Le prêtre patriote résiste ; on lui fait violence . . .
Cette scène se passait malheureusement dans l'église paroissiale, où avait lieu l'élection. Nous Tavons citée, pour montrer d'abord quelle était Thorreur qu'inspiraient à nos catholiques populations la Constitution civile du clergé et les prêtres qui la soutenaient; puis quel fut le crime de ceux qui voulurent leur imposer cette C^onstitution et ces prêtres par tous les moyens que nous connaissons.
Les habitants des paroisses, qui forment aujourd'hui le canton de Ploudiry, maiiifestùrenl un égal attachement pour les prêtres non assermentés et un constant éloignement pour les jureurs : ils étaient maintenus dans ces sentiments par le clergé de leurs paroisses respectives, notamment par iM.. Laot, vicaire a La Roche- Maurice, M. Caroff, vicaire à Pont-Christ, trêve de Ploudiry, par M. Le Roux, vicaire à Ploudiry.
iM. Bernard Caroff, né dans cette paroisse, fut déporté a Rochcfort et à l'Ile de Ré.
Au lieu de prêter le serment qu'on lui demandait à la Constitution civile du clergé, M. Laot, vicaire à la Roche- Maurice, affirma, ainsi que ces messieurs, sa foi aux principes de TKglise romaine, avec une sainte fierté qui attira sur lui les persécutions du District de Landerneau.
Arrôté, il lut enfermé au clii'àleau de Brest, puis condait en Espagne.
ïl s'y fixa, le 28 Oiilobre MH, dans révèché d'Orense, en Galice: c'est l!i iju'il mourut, le I V Août 18U2, comme le constate r.iclf' authentique de sou décès , délivré piir la cliancollerie iVtscniale du dioci'se d'Orense.
Ce digne conrcsseur de la foi était originaire de la paroisse de Landéda.
Nous pourrions multiplier ces exemples qui se reproduisirent d'une fai.'on ou d'une autre dans presque tontes les paroisses du Léon et de la Cornouaille : mais uuus en avons assez dil â ce sujet.
La résistance (|ue l'administration- rencontra dans les paroisses rurales à ses ordres formels de suivre tes prêtres insermentés et de prêter main-forte aux intrus élail, il faut l'avouer, entretenue souvent par l'atlitade de certains Districts, comme celui de I^sncven, appelé le repaire do tous les réfraclaircs, et comme celui de Morlaix qui se permît, surtout an commentenienl. de discuter ces ordres.
Le Département avait pris, le ?l Avril 1791. un arrêté par lequel il ét.iit prescrit aux prêtres non assermentés de s'éloigner d'au moins quatre lieues de leurs paroisses, avec injonction aux divers Districts d'y envoyer des commissaires pour procéder à l'inslallation de leurs remplaçants.
Les Districts de Brest et de Landerneau se distinguèrent par leur zèle à exécuter cet arrêté : celui de Muriaix refusa de s'y cimformer, protestant par nne délibération contre les mesures y contenues, qu'il regardait comme illégales et [iropres à allumer dans le pays les horreurs de la guerre civile.
Voici les considérants de cette di.'liliération :
<« ConsidéraDt que toute loi pénale qui s'appesautit ou doit s'appesantir sur tons les sujets de Tempire, ne peat être que TexpressioB de la volonté générale d'un peaple libre ou celle de ses représentants ;
« Considérant que l'arrêté du Département n'est pas Tapplication d'une loi du Corps Législatif, et que son exécution pourrait produire un effet contraire à ses vues pacifiques ;
tt Considérant qu'il serait cruel de bannir et de livrer à la merci publique des citoyens dénués de toutes res* sources qui, pour céder au cri de leur conscience, ont sacrifié leur fortune et l'aisance dont ils jouissaient, etc. ;
« Le Directoire de Morlaix exprime le désir qu'il soit sursis à l'exécution de l'arrêté du Département, parce que l'exécuter serait porter atteinte à la tranquillité publique, et le temps seul peut opérer une révolution que les persécutions ne sauraient déterminer. »
Partageant le sort de leurs confrères de Quimper, plusieurs prêtres de Léon, rebelles au serment et aux arrêtés lyranniques du département, avaient été jetés dans la prison des Carmes, puis dans celle du château de Brest.
De l'Angleterre, où il s'était réfugié, Monseigneur de La Marche, évêque de Léon, gémissait sur la cruelle détention des prisonniers renfermés dans cette forteresse. En rapi)ort avec quelques-uns de ses prêtres incarcérés dans cette prison, il savait toutes les misères qu'ils y subissaient. N'écoutant que son cœur d'évèque, qui est essentiellement un coeur de père : nenio lam paler quam episcoptis, ce prélat, plein de charité, écrivit, du fond de son exil, aux administrateurs du Finistère, une lettre qui était capable de toucher les cœui's les plus durs: il
JéiHiiiit la li'isLo siEuation iltiâ caiitir:^: il Tajl ap^iel à riiumanité, aux luis, ù la conscience, en leur f.iveur : pai$,$i cet appel ne sullit pas, il propose, ponr l'acheier )cur libortii, de venir praudi-e lui mùmâ leurâ fei'S...
Voici d'ailleurs le lext» île œilts aitmirable lettre : •( Messienia les Administrateurs,
« C'est au nom de riiutnanitù que je veux rappeler à votre souvenir une mnllitudo di; prisonniers qno vims paraissez avoir oubliés dans le cliàtcau de Bre^l. C'est par vos ordres qu'ils y ont été conduits; depuis cinq mois ils sont entassés dans une mi^aia salle, plact^s prés de lieux infirmeries, où sont traités de malheureutie& victimes du libertinage. La corruption de l'air, la rigueur de l'iiiver, la qualité des aliments ont porté de terribles atteintes à leur santé. Deux déjà ont succombé. an autre a perdu un œil, environ dix-buit ont été successivement tranféi-és presque mourants à l'hùpital. le reste est languissant. Les chaleurs, que nous coinmencons de sentir et qui vont s'accruitre, râniiii bientùt fermenter la corruption qui les environne, et infailliblement l'infectien deviendra raortelle-
« Ils ne sont prévenus d'aucun crime, seulement on les a soupi.^onnés de pouvoir en commettre; iHais, Messieurs, emprisonner des hommes, parce que vous appréhendiez qu'ils no se portassent un jour â oxcitor ilcs tronblus, changer ainsi les précautions ou châtiments, prévenir les délits par des punitions, intliger des peines à des crimes qjii n'ont pas été commis encore; souffrez que je vous le représente, je vois dans cette conduite l'oubli de l'humanité, de la justice, de la raison, la violation lU^s droits de l'homme, de votre constitution, du votre nouvel oi-dre judiciaire, de l'acte même qui constitue les corps administratirs.
<i Vous avez juré fidélité à la loi, à la nation , aa roi.
« La loi 1 vous êtes en opposition a?ec elle. La nation I si elle est le plus grand nombre desi habitants da royaume, son cri s'élève contre vous. Le roi ! par Torgane de son ministre, il vous a fait connaître ses inten* tions, qu'il ne m'a pas laissé ignorer.
« Qtt'attendez-vons donc. Messieurs, pour rendre la liberté à ces innocentes victimes, qui ne font entendre aucune plainte contre vous, à ces prêtres respectables que vous avez estimés et que vous estimez encore, si vous avez conservé les principes religieux qu'ils vous ont enseignés, et que conserve inviolablément une multitude de fidèles qui les honorent comme de généreui confesseurs de la foi.
« Ne vous semble-t-il pas qu'il est enfin temps de briser leurs chaînes. Ah I Messieurs, ils en porteront les marques assez longtemps , jusqu'au tombeau. Quel terme avez-vous fixé à leurs maux? Sans doute, vous ne les avez' pas condamnés à une mort obscure et lente, et à ne sortir des longues agonies de la prison que pour aller expirer sur un lit dliôpital.
« Je ne crains pas de vous assurer que voire intérêt même doit plaider leur cause auprès de vous. Si vous pensez que cette Constitution que vous avez juré de maintenir puisse être consolidée, ne serait-ce pas, après tant de sacrifices, de pertes et de malheurs, par le retour de la justice, do la commisération et enfin le repos? Vous jugez bien cjue la violation des droits, les traitements arbitraires ne pourront la rendre douce ni désirable à qui que ce soit; je puis môme vous attester que les persécutions contre le clergé ont plus que tout le reste éloigné de la Révolution française la nation généreuse où j'ai trouvé un asile.
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« Enlin, Messieurs, !a conscience n'csl pas en etleinème, et n'est jias pour vous nn vain nom. Croyez- Toas qu'elle ne vous reprochera pas un jour vos procédés conlrc (le pauvres ecclésiastiques? Croyez-vous pouvoir contempler, avec la sévériiô d'une conscience juste, les humiliations, tes amertumes, les maladies, les sonffrances sous lesquelles vous faites expirer vos semblables: en vous les exposant, je sens que mon coeur se déchire, le vôtre restera-t-il insensible T
n II est simple, Messieurs, que je vous paraisse pins coupable que mes fidèles coopérateurs :s'il faut une victime, voici la compensation que jo vous prie d'agréer. Dans la dernière lettre pastorale que j'ai adressée, le 20 Aoiit, au clergé et au peuple de mon diocèse, jo disais à mes prêtres prisonniers que je me verrais volontiers chargé de leurs fers, pourvu qu'à ce prix ils tombassent do leurs mains. Ce désir que je leur témoignais, je le change aujourd'hui en prière. Rendez à tous une liberté entière et inviolable, et je m'engage à traverser ensuite les mers pour aller me remettre volontairement à votre discrétion.
« J'ose croire que vous m'estimez du moins assez, pour vous tenir assurés que, si vous acceptez ma proposition et en remplissez les conditions, je serai fidèle à mon engagement.
« Je suis avec respect. Messieurs, votre irés-iiumblé et très-obéissant serviteur,
• Signé : f J. t',, cvi>que de Léon. » Londres, îo avril 1 79;.
l,es rommunaulês religieuses de fëmmi's du diocèse do Léon furent, comme celles du diocèse de Quimperî '
invincibles dans leur résistance aax ordres de TadministralioQ les invitant à 9e constituer civilement
Sur vingt et quelques maisons qui existaient dans les deux diocèses, deux seulement cédèrent à ces injonV lions : elles faisaient partie de révèché de Quimper.
Le Conseil général du Finistère réuni, le 15 Novem^ bre 1791, s'exprimait ainsi sur Tatlitude des communautés de femmes : « Le Directoire avait éprouvé de la « part de ce sexe, si faible et si docile en apparence, « une résistance et une raideur égales à celles des « hommes les plus opposés à ce que Ton appelle la « Constitution civile. »
Si nous exceptons les sœurs de la Sagesse de Brest, nous n'avons trouvé que peu ou point de détails sur les persécutions que les communautés de femmes eurent à essuyer.
A l'époque de la Révolution, les sœurs de la Sagesse du vénérable Grignon de Monforl étaient établies à l'hôpital maritime de la ville de Brest. Comme toutes les communautés religieuses du département, ces dames eurent aussi à subir bien dos vexations, pendant les dix années de trouble et d'orage qui bouleversèrent notre malheureux pays.
La maison mère de la congrégation, fondée à Saint- Laurent sur Sévre, ayant été pillée et incendiée, toutes les sœurs, obligées de fuir, se réfugièrent à riiôpilal de Brest, ce qui porta à environ 80 le nombre des religieuses de cet établissement : ce fut d'ailleurs la seule maison que les filles de la Sagesse purent conserver, durant toute celte terrible époque. « Il est vrai qu'on « ne pouvait se passer d'elles, dit le II, P. Fonteneau ; « la guerre et des épidémies terribles avaient rendu
etirs services indispensables. On les gardait, mais on a s'était bien prnmis 'le les torturer sans cosse, afin, « Jisait-on, de leur faire payer chèrement leur résidence « dans l'hùpital de la Marine. » (1)
le premier prétexle, dont on se servit pour commencer la persécution journalière contre elles, fut un marclié qui leur attribuait, lo 23 Octobre 1879, la rouniiluro de tout ce qui servait à l'entretien de l'hApital. Ne tenant .lucun compte de ce que ce marché louravaitéiô imposé malgré elles, les entrepreneurs et fournisseurs de la maison, hommes enrichis et par là même inHuents, ne perdirent désormais aucune occasion de contrarier et de molester celles qu'ils regardaient comme leurs concurrentes et qui leur enlevaient la branche de spéculation qui leur rapportait davantage.
Le 38 Juin 1791, le père Ducliesne, leur aumônier et leur directeur, fut dénoncé, arrêté et renfermé dans la prison des <:armes de Brest. Ce fut pour les (illes de la Sagesse un grand chagrin'. Gnïce à l'intervention d'amis dévoués, le prisonnier fut mis en liberté, le 1 Août de la même année, à la condition qu'il s'éloignerait de la ville. Obligé de se séparer do ses chères filles, le confesseur de la foi se relira dans sa famille où il fut atteint d'une maladie grave, dont il guérit cependant.
Privées des conseils et de l'appui de ce saint prêtre, et no sachant par qui le remplacer, les religieuses de l'hôpital osèrent écrire aux administrateurs du déparlemont, pour les prier de tour rendre leur aumôuier : elles se décidèrent à faire cette démarche avec une certaine confiance, parce que les dames de l'Union-Ch retienne, dont l'aumônier avait été aussi incarcéré, avaient réussi
(Il Histoire <l« lu coiiiçrc^aiion de la ^a(;i>ss« |). ir>7.
à obtenir sa réintégration dans lear maison. Nous croyons qu'on lira avec intérêt le texte de leur lettre :
« Messieurs,
« Nous rendons hommage aux mesures que vous « avez prises, pour ramener Tordre dans le départemeut a qui est confié à vos soins.
« En faisant rétablir dans ses fonctions Taumônier en « qui les Dames de l'Union Chrétienne, à Brest, avaient « mis leur confiance, vous leur avez rendu la paix de « lâr conscience, si nécessaire aux maisons religieuses. « Nous avions aussi un aumônier ; le malheur des temps « nous en a privées; après l'avoir détenu dans la maison « des Carmes, le district de Brest, instruit de sa bonne « conduite en tout temps, l'a mis en liberté, mais l'o- « bligeant à s'éloigner de la ville ; et, comme il a notre « confiance entière, nous nous trouvons privées des « secours que nous procureraient sa piété et ses lumiè- « res. Nous sommes au nombre de 36, et tout Brest « nous rend la justice de dire que nous remplissons, « comme nous le devons, les fondions de citoyennes « dans le soulagement des malades qui nous sont con- « fiées; nous désirons aussi remplir celles de chréliennes, « et pour cela nous avons besoin de la protection que « vous accordez à tous. »
Par une première réponse à cette lettre l'administration départementale refusa d'accorder la faveur qui lui était demandée ; les sœurs ayant insisté, elle finit par céder, mais à la condition que l'aumônier célébrerait la messe, porte close, aux heures prescrites par un arrête émanant d'elle, et que les étrangers ne pourraient y assister. A peine furent-elles nanties de cette autorisation qu'elles en avisèrent le père Duchesne qui se tenait
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à Pordic, au diocùso do Sa.iat-ltriQUC, atteoiUat l'iieare lie Dieu. Le bnri religieux se hâta do revenir à son poste; mais i peine y fui-il installé qu'il fat soumis k de nouvelles tracasseries, an point qu'il Tut obligé de se cacher, pour no pas être emprisonné une seconde fois. On ne le désignait dans la maison que par le nom de samrLasare, nom (l'une des religieuses. Mais comme à cette époque il y avait des espions partout, quelques-uns des êtres méprisables, qui exerçaient dans rétablissement ce rôle odieux, s'aperçurent que le nom de «œwr /-«srtro s'appbquait à quelque personnage mystérieux dont on paraissait avoir grand intérêt à dissimuler l'identité. L'évoil étant donné, il fallait dépister les mouchard» ; c'est ce que l'on fit, en changeant ce nom en celui do sœur Saiiit-Hém.
Non contents de molester les sœurs, en Jes privant dos secours spirituels et des conseils de leur directeur. les patriotes qui régnaient alors sur la cité maritime du Finistère s'attaquèrent directement à ces pieuses filles, en leur faisant toutes sortes d'injures et en les calomniant de toutes les manières.
Bien qu'elles supportassent avec résignation toutes ces persécutions, heureuses mùme d'être les innocentes victimes des mensonges de leurs ennemis, ceux-ci comblèrent tellement la mesure de leur hatue à leur endroit que ces Uames se virent obligées, pour défendre leur honneur, d'écrire plusieurs lettres au Ministre do la marine et à d'autres hauts fouclionnaires qui les connai.<fiaicnt et les appréciaient. Dans ces lettres elles démontraient clairement la lausseté de toutes les accusatioDS dont on les chargeait; elles y mettaient à nu la trame des calomnies onriiie contre elles par des mains hostiles et intéressées.
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(Tb\\e%']& serment à la ConstitutioD, qu'elles rcftis&rt toutes, sans exception, avec fermeté. « Nous remptin « nos devoirs comme par le passé, rcpun(lireDl>«lli « noblement; mais nous ne nous engageons à risaf « plus. «
Inflexibles sm* la question essentielle du serin qu'aucune nécessité ne pouvait les autoriser à prèl parce qu'il était de soi liêrélique et scliismatiqaj elles durent céder sur celle du costume religtdi qu'elles ne {pouvaient plus panier, d'ailleurs, satia s'd poser à des insultes ([uolidiennes. Elles quittèrent i leur saiot babit pour prendre celui du monde. M^ sous leurs nouveaux vêtements, de couleur et de ( modestes, il était facile de les reconnaître pour des p sonnes qui n'apparteuaieot pas au siècle. Aussi. arrivait-il, dans ce costume qui n'était pas francbem séculier, d'être l'objet do certains lazzis incouvennats i ce qui portait quelques-uns de leurs amis à les e gager à se vêtir tout-à-faii comme lus femmes du momlo" mais les vierges cbrétiennes étaient beureuses de sotUfril ainsi quelque chose pour leur Divin HaJIre.
«t Un jour que la sœur Honorine (elle était ebari « du matériel de l'établissement et des rapports aTei| « l'administration) avait affaire à M. Kcdon do 1 « preau, intendant de la marine, qui était deToué i « sœurs, elle su présenta cliez lui avec quelques-uni
• de ses compagnes. Elles étaient toutes iiahillée^ t « fér^mmeut, mais ayant toutes leur mouchoir blsoj « qu'blles a'uut jamais quitté. La sœur Hunoriae aval «I ce jour-là, une robe noire avix un kibliiT blanc.
• la voyant entrer, M. l'intendant lui trouva, 4( qu'aux autres, un air tellement religieux que, bÎM « qu'il ftU leur prolâctcur, il se mit dans une sorte i~
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« toléra conire elles. • C'est donc ponr v(hi» mo(|Mr
■ Je h loi, Mesdames, leur dit-il, que vous agissez « ainsi? Eti ! vuus seiuLIoz ùtre encore plus religieuses « que vous i'éties avant : h^tez-vouà de quitter ce co.s- « tume, si vous voulez que nous traitions d'affaires. » « [.a sœur Honorine fut obligée d'entrer chez la dame V de l'intendant qui l'airubla d'une robe bleue et lui mit « sur la lôte un bonnet du naoude. 11 en coûtait au A brave iuleodant de parler et d'agir ainsi ; mais il y
■ avait, dans les pièces voisines, un grand nombre du « commis, euiployés dans les bureaux de la Marine; il a craignait de se compromettre et d'attirer en même « temps plus de désagréments aus sœurs, en les auto- «I risant à paraître sous un costume presque aussi reli-
■ gicux que celui qu'elles avaient été forcées de quit- « ter. » (I)
La rage des partisans de la Révolution contre l'Église et ses ministres allait toujours augmentant; l'année 1793 jetait ses sanglantes lueurs sur notre malheureuse patrie ; partout retentissaient les cris : à bas les prtHres ! — à bas les nonnes t — La communauté de l'hùpilal maritime ressentit douloureusement le contre-coup do la tempête qui se déchaînait plus violente et plus fariense. On multiplia vis-à-vis d'elles les vexations; on leur donna un caractère plus injurieux, afin de lasser leur patience, r.'est ainsi qu'on faisait sans cesse des visites dans leurs appartements, la nuit comme le jour, avec nue minutie qui n'a pas do nom. L'ne de ces visites faillit devenir funeste au père Dnehe&ne, qui se tenait depuis assez longtemps caché dans l'établissement.
Ce digne religieux avait achevi^, ile[niis qui-lques mi-
11) lltstnlrc ili' la ronpr#p»llon ilr l.i Sap-s.*- I' Hjj
;tï
notes, le saint sacrifice de la Messe ; il était occHpé à faire son action de grâces, lorsqae Ton frappa à la porte de la chambre où il pria'.t. La sœur sacristsuine y était elle-même, dans le moment, mettant en ordre les ornements, linges et vases sacrés qui avaient servi à la célébration des divins mystères. Elle fait semblant d*abord de ne pas entendre ; les coups redoublant, elle prie les visiteurs d'attendre qu'elle ait terminé sa besogne. L'aumônier, pendant ce temps, s'était jeté sur un lit dont les rideaux furent hermétiquement fermés, et, pour donner le change à ces messieurs, la sœur y avait rapidement attaché une coiiïe de femme, à Tendroit le plus visible. Quand la porte leur fut ouverte, supposant que le lit renfermait une pauvre femme malade, ils passèrent sans regarder à Tintérieur^ pour continuer plus loin leurs investigations.
Mais ce n'est pas tout. Un jour, vers huit heures du matin, des agents du district de la ville mandent la supérieure et lui annoncent qu'elle ait à se tenir prête, elle et ses sœurs, car elles doivent toutes, ce jour-là, être écrouées au château. Informée immédiatement do cette sinistre nouvelle, la communauté l'accueille avec résignation, et cliaque religieuse se dispose pour marcher à la prison. Une personne embarrasse les saintes lillos, au moment où elles vont s'éloigner de riiôpital, c'est le i)ére Duchosnc. Que va-t-il devenir ?
La sœur Honorine avise au moven de mettre ses jours en sûreté. Cette courageuse femme est retenue au lit par une grave maladie, elle est presque mourante. Tru importe ! s'oubliant elle-même pour ne songer qu'au salut de sou aumônier, elle recueille, avec une sublime énergio, le peu de force qui lui reste, et écrit quelques lignes à la sœur de M. le curé de Landerneau,
cômraè alors dans tout Bresl sous le nom de firanfte iUirgwriiô, la priant de loi ri'ndre le servie* de recevoir provisoirement chez elle une personne i laquelle elle tient beaucoup. Vite on travestit, le mimix ipi'on [>cui, le père Ouchesne; il se place sur une charrette toute remplie de linge que l'on transportait au lavoir; il traverse ainsi la (jraiiJe cour iJy l'Iiûpiial, passe devaui les soliîats de Taction qui en gardaient l'entrée et sort, sans éveiller le moindre soupçon.
Heureuses d'avoir, encore une fois, sauvegardé, par un ingénieux expédient, la liberté el peul-étre la vie du pn^ tre qui se ;^acririait pour elles, les sœurs attendent, toute la journée, qu'on vienne les prendre pour le* conduire nu château. Elles attendirent en vain : la menace de les enfermer dans cette prison resta sans elTet.Pour quel moiirt II est difficile de le savoir. Celte menace ne fût-elle l'rcuvre que de quelques agents subalternes do l'adminislralion, bien aises de causer à des religieuses une cnielle terreur?— Ou si elle fut sérieuse et émanant (le plus haut, ne lut-on pas empêché de l'exécuter, eu face (te l'uiiposition des médecins et commissaires de l'hApital qui invoquèrent, pour qu'on les y maintint, le bien des malades qu'elles soignaient avec autant de dévouement que d'intelligence, et l'intérêt de l'élablissemenl qu'elles prenaient avec une scrupuleuse probité t
Quoiqu'il en soit, cette alerte passée, le calme ot'i elles restèrent ne fut pas long : on ne pouvait, à cette époque, golitcr plusieurs jours de repos; l'espionnage et la délation s'attachaient comme nn chancre k la ftersenna' de tous ceux qui étaient lidéles à Jésus-Christ et ii mn lîgliso...
En faisant leurs visites, les espions du District décoit- ■viirenl dans les papier» de la sa'ur llunoring des biljela
anonymes, que l'on supposa avoir été écrits par ellemême. Citée devant le Comité révolationnaire pour s'expliquer sur ces billets, la pauvre sœur, malgré son état de maladie, fut obligée de s*y rendre. Elle répondit arec tant de présence d'esprit et de fermeté à toutes les questions qui lui furent adressées qu'on n'osa pas la coiH damner.
Plus tard, d'autres visites amenèrent la découverte de nouveaux billets ; d'où de nouveaux soupçons et un ordre de comparaître une seconde fois devant le tribnnal. Mais la sœur procureuse était, dans ce moment, si dangereusement malade que le médecin déclara son déplacement impossible. Alors un des membres du Comité est délégué pour l'interroger. Il se rend à Thôpital et demande à voir la malade. On lui dit que, dans l'état où elle est, la moindre émotion peut amener sa mort. Il insiste, en déclarant qu'il veut absolument la voir et causer seul avec elle. Contre la force, il n'y avait pas à résister : cet homme, ou plutôt ce bourreau, est introduit dans la chambre de la mourante. Là, pendant une heure, il la torture littéralement par une série de questions auxquelles elles répond invariablement ; c*esl mon secret!
Trouvant cet interrogatoire bien long, et craignant qu'il ne se terminât par le trépas de leur chère sœur, les religieuses, pleines d'angoisses, se décidèrent à taire pénétrer dans la cliambre une d'entre elles, la sœur pharmacienne. Celle-ci, à peine entrée, ne craint pas de reprocher sévèrement au délégué sa cruauté; elle le fit avec une autorité telle qu'elle le contraignit à se retirer, sans avoir pu pénétrer le secret (ju'il s'était flatté de percer.
Arrahlée ot brisée par les émotions de cotte heure
- si; -
du torture, la si»ar Honorine rondil, i\nni< son âme héroïque , avec le calme et la
la soirée, confiance
i]uc donne une vie saintemonl consacrée au service de Dieu et dn prochain ; c'était le 2 Novembre 1793. Elle n'avait que 40 ans, Son nom de Tamille était Marie Séguin, etio était ué& k Saiiit-ttOorgos-d'Oléron.
Quelques mois après ce douloureux événemeni, aa commencement do l'Oi, il fut question de traiter les religieuses de l'IiApilal comme les condamnés du bagne. On menaça de les vL>tir d'un vêlement groasicr. sorte de robe d'ignominie, qui les signalerait à l'attention de la plèbe cl les exposerait davantage à ses insultes. Pour les assimiler aux Torrats, on devait les enchaîner deux à deux, puis les déporter ainsi à la Guyane.
Tel était le sort qu'on réservait h ces douces victimes de la chanté et du dévouement. II Tut facile aux Jacobins de Brest de concevoir ce projet; mais il n'était pas aussi facile de le réaliser! Les administrateurs de Vhopita), qui connaissaient les aptitudes spéciales do ces Dames pour soigner les malades, voulurent, avant do les écarter, essayer de les remplacer par des personnes de la ville. On ctiuisit, à cet eftel, trente femmes du monde, qui se mirent à l'œuvre, avec d'autant plus de zèle qu'elles avaient à cœur, en bonnes patriotes ([u'elles étaient, de montrer qu'on pouvait très-bien se passer des religieuses. Celles-ci, avec une abnégation et une serviabilité que donne seul l'esprit de foi dont elles vivaient, se iwètérent à fomier au service de l'établissement les nouvelles inlirmières qui, les mains gantées, les cheveux parfumés, se présentaient dans les salles où gisaient les malades, plutôt comme des inspectrices que comme des femmes de poiue et do travail.
(,jnaad ou jugea l'apprentissage sullisaut, on voulut
procéder à leur installation définitive , en assignant à chacune d'elles le poste qu'elles devaient occuper dans les diverses salles. Il y eut à ce moment une sorte d'émeute à l'hôpital, la plupart des médecins s'opposant à cette installation, et les malades déclarant avec énergie qu'ils réclamaient les soins des sœurs; qu'ils refusaient les infirmières de luxe qu'on leur imposait. . . Le mécontentement alla si loin que l'on menaça de jeter ces dernières par la fenêtre, ou de mettre le feu à la maison, si on renvoyait les religieuses.
En présence de cette manifestation du peuple de Thùpital, qui était le meilleur et le plus éclatant hommage rendu au dévouement des sœurs de charité pour les membres souffrants do Jésus-Christ, on congédia les héroïnes musquées de la bienfaisance humanitaire et de la sentimentalité révolutionnaire. On comprend combien grand furent leur dé|)it et celui de leurs patrons : ceuxci se vengèrent do leur échec, en persécutant à outrance les religieuses (pii, maintenues à leur poste d'honneur, redoublèrent de l)onnc volonté et iloubli d'elles-mêmes, poursatisftiire de plus en [)lus les malades qui leur avaient donné une si haute marque d'estime et d'atlachement.
Aux persécutions plus rallinèes et plus incessantes aux(pielles on soumit leur patience, vint s'ajouter lo suppliai [)ermanent d'avoir i)rès d'elles (I), à riicqulal,
(Il I.(* (rihnnal fut installe (hins la rh:i|M*ll(' do Irtahlissenu'iit, h vl phivinsi', an II de la K(''|)iil>li(|iio.
Tour <l«»nn(T uno idée de ce <|uV>tail cet liorrihit* tribunal, voici l:i lettre qu'écrivit à la niunici|)nlitê l'accusateur publie, en lui annonvanl son installation :
« .le vous reqiners, au nom de la loi, d'ordonner au charpentiiT « de la commune de dr(*ss(T demain, à s<'pl heures du matin, la « sainte ;;uillotine {sic!!!}, qui demeurera en permanence sur la • place de la IJberlé. Envoyez-le-moi, je lui indiipienn l'emplace- » ment.
« L'nrr\isnlr]ir jmhlir du Iribunnl i'vvi)liitinuU(firc, i- sâtiH ff lires L • IIuolls. »
- 5iy ^
h conilé révoliitioiinaii'e que l'on y inâlalla. CdT fui avec r^lui do RitcltofLirt, situ modèle, un des plus barbares el dos |)liis horribles que l'on ail vus en France, durant celle o|po(|ii« do craauté el de sang que l'on a si jusUitueiil appelée la Terreur. Il eul lour-à-Uiur p(iur présidenls lo farouche Goyi-anrl, juge an Iriliunal de Kochcfort. lé terrible Ilagmey, autiicn membre du comité révuliiiioiiiiaire de Taris, poar accusaieur public lo fameux Hugues , ja^biti renforcé, et le reli(;ieux. apcisut, Donzé-VerleuU , iligne subsliuu^ii Fouquior- Tiiivillu , et remitrquablo entre lou» par sa férocité : c'était dans l'ordre, suivant le proverbe classique : œrruiiliu oiilimi pessima.... . Ce tribuual formé par le farouche député Laiguot, qui était venu lui-même rinstallor à Brest, escorté du li" bataillon de la Monlague, ce tribunal siégeait tous les jourâ cl expéiliail les condamnations à mort avec uue rapidité ans ai>m : arrêté le matin, on était jugé, condamné el guillotiné en ■ deux ou trois Iieui-es. L'accusé n'avait le droit de répumire que oui ou non pour sa défense.
Tous lesmalheureuA.qui allaient 'a c-etle barre sanglante ou on sortaient pour se rendre à la guillotine, passaient uécessaireinent sous les yeux des sœurs qui onleudaicnt leurs plaintes et aussi les elamourâ féroces de leurs làelios insultcurs, libéi'és du bague, el des soldats des bataillons ilu Marat, faisant le métier de dénoncialisurs à gages, yuel spectacle pour ces douces et innocentes filles I Quel roartyic pour elles d'être obligées, k chaque iustaut, de se trouver face à face avec cette meute do tigres avides de sangl Souvent, au moiuenl où elles passaioDl dans les cours pour vaquer à leur senii-c. elles élaicut arrêtées par une longue lile il'infortunés'qno l'on conduisait à la guilIoUne.
Et alors elles Toraienl les bourreanx lixer sor elles des regardé menarants qoi semblaient leur dire : € Bientôt aassi ce sera votre toar. >
Si ces scélérats, qai araient sortoat soif da sang des prêtres et des religieuses, ne devaient pas avoir Todieex plaisir de conduire à la gniliotine les sœnrs de l'hôpilal, leur tour de se sacrifier, d'une manière plus éclatante, pour soigner leurs frères souffrants allait arriver pour toutes, et pour quelques-unes celui de mourir, victimes de leur zèle ^remplir leur devoir vis-à-vis d'eux.
Une épidémie terrible vint envahir l'escadre mouillée dans la rade de Brest, dans le courant de Tannée 1794. Elle sévit avec une telle intensité et atteignit tant de marins que les religieuses ne pouvaient suffire, malgré leur ;iilmirable bonne volonté, à pourvoir à tous les l)esoins de leur service, dans la circonstance. Sur les oliservations des mé<lecins, on dnt leur venir en aide.
Le représentant du [»euple, 4ean-Bon-Sainl-André. alors en mission à Brest, voulut, à cette occasion, faire [preuve de cirhme. Il écrivit aux divers comités où il y avait df's sœurs <lt* la Sagesse retenues «lans les prisons, onloniianl de les envoyer à Brest, sous escorte, mais avec tous les égards [»ossibles.
4< ]Ai nation, dis.Ml-il avec emphase, a besoin de ces « l'i;mines pour târher de sauver la vie aux défenseurs « de la patrie. »
<le ronfort, composé de neuf sœurs, vint à propos pour soniafçer celles (|ui luttaient, épuisées par la fatigue, snr le rli.nnp de bataille. Tliisieurs d'entre elles avaient (•ontrai:lé la maladie ; (piatre seulement snrcombérenl, liiMirensis, <mi échange d«î la vie qu'elles perdaient pour l(Mirs frères, de gagner celle du ciel. Au reste, leur sort n'élait-il |»as |dus enviable que celui de celles (pii sur-
mraieot. pour ëlre témoins de tant de nouveaux 'Cnroes et compter, pendant plusioars annéos encore, sans pouvoir les arrélcr, les maux du l'ÉgUse el de la Patrie f
Cinijuante cliirurgiens périrent des atteintes de cette rpidcmie dont le triste souvenir est écrit avec des larmes inelTacablcs dans les annales de la cité maritime.
Le tlêau avait à peine disparu, lorsque dél)anjuéronl à Brest les prêtres fidèles de la Nièvre, condamnes à la déporUition à Cayeiine. Uonfermès, à leur arrivée, dans la prison des simples matelots, ii l'onUiniàii, ils y eurent licaucoiip à soiilTrir du manque d'air et de la mauvaise nourriture, d'autant plus qu'ils étaient tous exténués par tes privations et les fatigues du voyage. Ils étaient 71, en quiltant leur pays : ils n'étaient plus que 2o, quand ils touchèrent au port île Brest: encore, Iti d'entre eux étaient dans un tel état de santé que les médecins jugèrent leur ailmission à l'Iiopilal d« la Marine nécessaire et urgente.
Qu'on juge de la joie de ws bons [irétres, en se voyant confiés aux soins cliaritahles et inlelligeuts de religieuses, liclèles tomme eux à ce qu'elles doivent à l'Église et à leur vocation 1 Uu'on jnge aussi de la ' consolation de ces dernières, en pensant que les malades, que la Providence leur envoie, sont des prêtres et des confesseurs de la foi I
Tant qu'ils resteront dans rétablissement, elles iwurront du moins recourir à leur minislère et recevoir ainsi, en retour de leurs soins matérieli, les secours spirituels dont elles sont privées, depuis le départ du père Duclii'sne I
Qn'il nous soit permis ici de saluer avec respect et avec amour le pieux souvenir do ces vaillants minislrds de Jésus-Cliristl Ou'il nous soit permis de baiser avec une
affectueuse vénération les traces de leur passage daos notre pays 1 L'Église de Quimper, sœur déjà do TÉglise de Nevers par cette alliance de ses prêtres martyrs avec les siens, ne Test-elle pas doublement, depuis que le Nivernais a donné pour premier pasteur à notre diocèse un de ses enfants les plus aimés, Monseigneur René- Nicolas Sergent. Élevé sur le siège de saint Corentin» ce vénéré prélat aimait à rappeler ce glorieux Iraitrd'nnion entre les prêtres de son pays natal et ceux de son diocèse. « Quand j'entendais mon ancien curé parler de « son séjour à Brest et des prêtres de Quimper, dont il « partagea la détention, qui m'eut dit que je deviendrais « plus tard l'Évoque de ce bon pays ?» Ce prêtre, dont parlait TÉvêque de Quimper, était M . Jacques-Jean-Baptisle Imbert, mort curé de la cathédrale de Nevers, à un âge très avancé. Jeune et plein d'activité, à l'époque où il fut conduit à Brest, cet ecclésiastique était par son courage et sa joyeuse humeur le soutien de ses compagnons de captivité. A son entrée à rhôpital, il fut reconnu, ainsi qu'un autre de ses confrères par un forçat de leur pays, (|ui était employé au service dos malades: ce malheureux avait servi chez le père de cet autre prêtre. Il leur rendit [)lusieurs petits services, entr'au- Ires celui de leur procurer du linge et des vêlements pour su[)plècr à rinsullisance de ceux (ju'ils portaient ; de plus, il intéressa à leur sort (|uchjues personnes charitables (|ui les secoururent. Puisipie Dieu récompense le verre d'eau ilonné au pauvre, espérons (|ue ces oeuvres de miséricorde exercées envers les ministres captifs (le .lésus-Christ auront mérité au forçat compatissant une grâce de repentir et celle d'une sainte mort !
M. Imbert était d'un caractère franc et ouvert ; doué
il'BBfignuide énergie, ni anime il'uii solide espïîTÏ l'ailveràilc u'ait^rail pas sa (gaieté expatisive, et il con- Denait, Ml miliou des [irïvalions et des ennuis de sa âilualioii, lui extérieur Irès-déciilé. Le prenant, sur cette apparericti, pour un prùtre constitutionnel (comme si la Ifti'sécnlion devait donner à un liomme lidéle à ses devoirs un air abattu), une des sœurs le traitait avec moins de bien vt<i (lance que les autres.
H. Imliert ne larda pas à s'apercevoir qu'il était mal jugé, cl, pour détruire cet injuste soupçon, il déclara devant la communauté réunie (ja'll avait, comme ses compa'çnons, rerusé le sermpnt et qu'il était disposé à tout siiulTrir avec joie, plutôt que de snniller son âmo, par un acio réprouvé par l'Église dont il espérait rester toujours, Dieu aidant, le ministre fidèle. Désolée d'avoir pu attrister un aassi courageux confesseur de la foi, la scenr cou|ul)le se jeta h ses genoux, pour lai demander pardon.
A partir de ce jour, il devint, si j'ose le dire, l'enfant gâté de la maison ; on lui procura les moyens de célébrer, i;ha<|ue jour, le saint sacrilice de la messe. 11 se concilia si bien la confiance et l'alTection de tout le pei-sonnel de riiôpital qu'il fut choisi pour préparer à la [iremière communion la fille du chinirgi en-major et une autre enfant. Il prononra.à cette fêle de famille, une alloculion fort tuudiante, rendue plus toucliante encore par toutes les circonstances dans lesquelles on se trouvait. Tout l'auditoire ému fondait en larmes. . .
L'étal de sauté des prêtres do la ^iièvro s'élant amélioré, grâce aux bons soins des siuars de la Sagesse, il l«ur fallut bientôt, au grand regret des uns et des autres, tj^iller l'bôpilul pour rentrer dans leur prison, pni^
paraître devant le tribunal révoluliODDaire. Plusieurs d'entre eux furent condamnés à mort.
Résignés à leur sort, ceu\-^i se disposaient tranquillement à leur dernière heure, lorsque la suppression de ce tribunal sanguinaire, après la mort de Robespierre, vint les préserver de Téchafaud. Mis en liberté, ils quittèrent Brest, vers le milieu d'Avril 1795, au nombre de onze ou douze seulement, après avoir perdu treize ou quatorze de leurs compagnons dans cette ville : les autres avaient péri, victimes de la maladie et de la faim, à Nantes et pendant la traversée de Nantes à Brest, à bord des navires où on les avait entassés à fond de cale.
Honneur et gloire à ces héroïques soldats de l'Église qui, comme une phalange impénétrable, opposant une résistance invincible à tons les assauts du schisme et de l'impiété, préférèrent subir l'exil, les prisons et la mort, plutôt que de laisser entamer leur foi et leur honneur saceniolal I
Avant de s'éloigner de Brest, les glorieux athlètes de Jésus-Christ dont le cœur était aussi sensible aux bienfaits reçus que ferme au milieu des luttes et des épreuves, écrivirent anx religieuses de l'hôpital la lettre commune suivante, dictée par les sentiments de la plus vive reconnaissance :
« Mesdames,
« Vous avez été trop touchées de nos disgrâces pour a n être pas sensibles à une nouvelle qui semble en <( annoncer la lin. On nous rappelle dans notre dépar« « tement. Ce rappel , en nous inspirant l'espoir du ^ retour de la religion, comble nos cœurs de consola- ^ lions. 11 accroit aussi notre reconnaissance pour le^^
«"«wWtrs charitables qui nous ont consorré les<f « que nous pourrons encore consacrer à son service.
« Oui, Mesdames, si nons pouvons, dans la suite, « t^lre encore utiles à l'Église, c'esl à voas que l'Église « le devra, parce que, sans les elTorts de votre zèle, « aucun de nous n'existerait. ISous n'avons donc pas « besoin de vous dire que vous serez associées à tout ■ le bien qu'il plaira à la divine bonté de faire par « notre ministère. Nous u'oublierons jumais vos bîen- « faits ; nous les présenterons tons les jours k Dieu, « pour qu'il les récompense, en continuant à verser « sur vous ses plus abondantes bénédictions.
« Nous sommes avec beaucoup de ri^spect. Mesdames, « vcKi très-bumbles et très-obéissants serviteurs.
■ Signé : Le Janlt, Moreau, Bertbault, Marille, Des- « colons, Jolly, Etienne Durand, Saclier, lui- « bert, Pannetrat, Blandin. » , i
Touchées de l'honorable sentiment qui avait porté ces Messieurs à leur écrire cette lettre, ainsi que des termes pleins de noblesse et de l'onctueuse piété dans lesquels elle était conçue, les filles de la Sagesse se firent un devoir de leur en exprimer toute leur gratitude, se réjouissant avec eux de leur mise eu liberté, les remerciant de tous les bons exemples qu'ils leur avaient donnés, et les priant de se souvenir d'elles devant Dieu.
Après la mort d'Expilly, le 22 Mai 1794. il n'y eut pas, on le snit.d'autre Evéque constitutionnel à Quiinper, jusqu'au 22 Juillet \'9H : le troupeau schismatique du diocèse fut gouverné, pendant cet intervalle, par un presbytère formé à l'image de ce prélat apostat.
Quand le nouveau mercenaire, Audrcîn, vint dans le diocèse, il suivit l'exemple de son prédécesseur, eh voulant s'all.icher les communautés lidéles ; il fit notam-
ment toat ce qu'il pnt pour gagner les filles de la Sagesse à son parti ; mais celles qai avaient résisté jnsqae là aux obsessions d'Expilly et de ses agents; celles, que les persécutions des autorités laïques avaient également trouvées inébranlables dans la foi, surent encore se montrer supérieures aux perfides assauts de Tévêque régicide, qu'elles refusèrent constamment de reconnaître.
Peu de temps après le départ des prêtres de la Nièvre, le père Duchesne était rentré à l'hôpital maritime de Brest où il avait repris ses fonctions d'aumônier et de directeur.
Mais tout en dirigeant les autres, le saint religieux avait besoin lui-même d'un directeur spirituel auquel il put donner toute sa confiance. N'ayant pins la ressource des bons prêtres Nivernais, qui avaient rejoint leur diocèse, il gémissait de ne pas trouver autour de lui le confident sûr qu'il cherchait.
« La divine Providence vint à son secours, (I) en lui <( envoyant un saint prêtre dans la personne de M. l'abbé « Graveran. Dès le commencement de la Révolution, ce « digne ecclésiasti([ue avait été emprisonné à Brouage « avec un grand nombre d'autres qui avaient tous « été retenus sur les pontons. D'un dévouement et d'une « charilé sans bornes, d'une force physique et morale « qui lui faisait braver toutes les fatigues et tous les « mauvais traitements dont ces malheureux prêtres « étaient accablés, il rendit à ses confrères les plus ^< signalés services. Quand Tordre fut donné de renvoyer « les prêtres dans leurs districts, M. Graveran fut conte duil à Bres't, et mis, .'*vec beaucoup d'autres, en arros- ^ talion à Thopital de la Marine. Reconnu par une sœur
[\) Histoire de la ConpréiîaUon des filles de b ïNipess*». p. \7X
« t\n\ eHe-môme avait éUÎ emprisonnée i Bronage, il fat « mis en rapport avec le péro Duchesne ((ui devint son H intime ami.
« A la pacification, M. Graveran fut placé à la l^le « O'iine paroi:^se située entre tiuipavas et Landerneau « (La Forêt). Il voulut bien accepter d'être le confesseur
• lie* sœurs ; et lorariue le père IMicli&'ino fut appelé à « Saint-Sanrent par le R. P. Snpiot, il en devint l'au-
• mrtnier, à la grande satisfaction do toute la commu-
• naut(^ »
Cet abbé Graveran, natif de Crozon, recteur de Roscauvel, avant la Révolution, était oncle de Monseigneur Graveran, mort évfV]ue de <fuim|K!r, en ISo^i.
Devenu aumônier do l'hôpital maritime de Krest. il racontait qu'étant sur les pontons do Uocbcforl, ta vermine le dévorait tellement qu'il était obligé» ainsi que ses compagnons Je captivité, do l'écraser avec un petit marteau de bois.
Il est mort à Brest, aumônier de cel hôpital.
Vers la fin de l'année 1799, les persécutions avaient h peu piés cessé. Au conimoncemenl de l'année 1S00, le calme était déjà assez grand autour d'elles, pour que les religieuses de l'iiôpilot de Brest crussent pouvoir reprenilre leur costume : ce qu'elles firent avec une joie inexprimable.
Les sœurs de la Sagesse, qui avaient le soin de l'bôpilal de Landerneau, furent aussi mises en demenre de prêter te serment : marchant sur les traces de leurs autres sœurs, établies en France, elles le refusèrent avec horreur : elles furent en conséquence chassées de leur maison et obligées de se disperser li où elles purent.
La maDicipalité de Lesneveo, dont la bienveillance pour le clergé et les communautés non assennentés fut taxée, de faiblesse, voulut empêcher l'application de l'arrêté départemental à la maison des Ursulines située dans la ville.
Elle se réunit, à cet effet, le 22 Mars 1792, et décida que cette maison occupée, à cette époque, par plus de soixante personnes venues des autres communautés supprimées, était un asile ouvert à toutes ces personnes inoffensives, désormais sans autre refuge.
Elle ajoutait que Ton ne devait pas obliger ce monastère à se constituer, « l"" parce que les habitants du « district proCtaient du bénéfice de leur consommation; c 2^ parce que le vaste bâtiment des Ursulines ne « pourrait pas se vendre et que leur maison serait un € bon refuge pour les veuves et les orphelines. »
L'administration ne tint pas compte de ces observations : elle fit expulser de leur couvent les llsurlines, sur le nouveau refus qu'elles opposèrent à ses exigences anti-canoniques.
Les Ursulines de Landerneau furent sommées de sortir dans trois jours, sous peine d'être violemment jetées sur la rue : elles sortirent, le cœur brisé, le visage baigné de larmes , emportant leur pauvre trousseau.
Les maisons religieuses d'hommes ne montrèrent pas en général la même fermeté que les communautés de femmes. La Révolution trouva des partisans dans plusieurs de ces maisons : c étaient les religieux peu fervents et sans consistance, que la tempête souleva comme la poussière légère des montagnes. (I)
(t) Uapietur sicut pulvis montium a fade v(»nti. Is. 17. l:{.
tiens avons sur les couvents d'hommes <Iu Aîoiése de Lijon, i celle époque, pea de détails particuliers, moins eocore que sur ceux de l'évëché do Quimpor.
L'abbaye de Sainl-Maltliieu (1), de l'ordre de Sainl- Bnnolt, était située, dans ta paroisse du mi^me nom. au diocèse de Léon, à l'extrémiiû de la Bretagne, sur le boni de l'Océan, d'où lui est venu son nom do Saint; Malthieu-line-terre, en latin : finis Icrrœ , en breton ; San- yazv-fin-ar-bcd.
Il était difficile do choisir pour un monastère de religieux voués à la prière et â l'étudo un site aussi bieu approprié à ce double but. Qu'est-ce qui favorise la prière et l'étude? N'est-ce pas le calme de la soliluilo et le spectacle de la nature ? Placée sur un coiit de terre reculé, en face de la grande mer dont les Ilots venaient baigner ses murs, l'abbayu de Suint-Matthieu offrait à ses paisibles habitants la solitude, la plus parfaite, avec le spectacle le plus- propre à élever lame et à la pénétrer de son néant.
Que le lecteur, auquel il n'a pas été donné de jouir de ce spectacle incomparable, arrête son regard sur la carte du Finistère ; qu'il cherche, i la partie occidentale, la pointe de Saint-Matthieu, cl il pourra se faire une idée de l'immense étendue que l'œil y embrasse, soil qu'il contemple devant lui l'horizon qui se prolonge sans limite vers les l'ierrcs-iSoireu, soil qu'il se porte à droite et a gaucho , pour lixer dans nn lointain mystérieux les célèbres îles de Seins et d'Ouessant.
Quand parut le décret de l'Assemblée nationale qui supprimait les ordres religieux , l'abbay» île Saiat-
(1) Abbaila Sanctl Matlbxi ia Hnlbus terra:,
Matthieu avait pour abbé commendataire H. Tabbâ de Robieu, bretou d'origine, vicaire général d'Auxerre. L'avant-dernier abbé était Monseigneur Jean-Lcmis Gouyon de Yaudurant, évèque de Saint-PoI-de~Léon. Démissionnaire de son siège épiscopal, en 4763» il COû" serva son abbaye, qu'il possédait depuis 4739, jusqu'à sa mort arrivée en 1779.
M. de Robien n'y résidant pas, le gouvernement du monastère était aux mains d'un prieur. Outre ce deroier, il y avait alors trois religieux, de pins un auxiliaire pour les offices du chœur et un domestique affilié.
L'auxiliaire était vicaire perpétuel de la paroisse qui contenait seulement 250 communiants ; il était désigné par l'abbé et nommé par l'évêque de Léon. Nous savons peu de choses certaines sur l'attitude de chacun des membres du personnel de l'abbaye.
Les conseillers de la commune s'y étant présentés, le 22 Mai J790, pour en faire l'inventaire, et engager les moines à se constituer civilement, le prieur, Joseph Baron, protesta contre celte mesure et déclara vouloir vivre et mourir en vrai religieux.
Le procureur de la maison fit les mômes protestations et déclarations ; mais sa conduite ultérieure ne répondit pas à ces déclarations. Il prêta le serment et fut jugé digne d'être nommé recteur constitutionnel de Saint-Renan, comme nous l'avons dit plus haut.
A la place de l'abbaye de Saint-Matthieu, s'élève aujourd'hui un phare de 2® ordre, à feux tournants ; élevé à cinquante mètres au-dessus des plus hautes marées, il projette ses feux à six lieues marines.
On voit encore les murs des jardins du monastère qui étaient considérables; des autres édifices, il ne
3ul)3islo que des pans de murailles <|ni, bien qn'éfaySj s'écroulent cliaque anoée, aous la violence des auxqnels ils sont exposés : c'est ainsi qne les magtu- JiqBes restes de l'église, datant du XIII" et du XIV" siècle, tendent à disparaître pen-à-peu, au point que.sans larder, le visiteur attristé pourra dire douloureusement de ces mines ce que disait l'auleur de l.a Pliaraale de celles de Troie visitées avec émotion par son iiamorte) béros :
« Eliam iieriere miine. > |t]
Lios ruines flIt^S'inCnii'^ ont disparu.
La pointe île Saint-Maltliieu Tait atijourd'lmi partie de 1 In paroisse de Plougonveliii.
Au milieu de la moulagnc d'Ares, dans un payj. couvert de landes et de bruyère tourbeuse, on rec contre une forêt d'une vaste étendue, au-dessons il laquelle est un vallon assez ajjréable arrosé par une ' petite rivière. C'est dans ce vallon qu'était située, comme une oasis dans un désert, l'abbaye de Notre-Dame du Relûc (i) de l'ordre de Citeaux. Fondé pour sept religieux, le SI Juillet HS'i, sur le territoire de la paroisse de Plounéour-Ménez, ce monastère n'en renfermait que quatre, en 1~90.
Le dernier abbé du ftelcc fut M. du Vivier de Lansac. chanoine, comte de Lyon. Il jouit de ce titre depuis 1740 jusqu'en 1784, dale de sa mort. K partir de cette époque, l'abbaye fut alTcctée aux économats jusqu'à la spoliation du clergé, et dirigée par un prieur.
Le dernier prieur fut dom Claude- François Vergaol.
(l) I,ucain. Phiirnak^ Livre IX. v. 12a. j?j Abliaiia BesL-i; Mariie de rcliqiiils.
né en 1744 au village de Champtille, en Franche-Comté, d'aoe famille honorable : son père était mé<iecin.
Un régiment de cavalerie, de passage dans le pajs» ayant séjoarné aux environs de son abbaye, il en nourrit les soldats, pendant ce séjour, sans vouloir recevoir aucune indemnité pour toutes les dépenses qu*il avait iaites à cette occasion. Informé de cette grande générosité, le roi Louis XYI en fut si touché qu'il recommanda tout spécialement le prieur aux supérieurs de son ordre qui, peu de temps après, Ten nommèrent vicaire général. Député, le 2 Avril 1789, par le clergé de Léon aux États-Généraux, il fut, au commencement, digne de la confiance de ses électeurs. Il prit à l'Assemblée nationale la défense dès ordres religieux, lorsque, le 13 Février 1790, on en décréta l'abolition; il y protesta avec force contre la suppression des vœux monastiques, au point de mériter les plus justes éloges? Hélas I pourquoi ne marcha- 1- il pas toujours dans celle voie I
Lorsqu'on demanda le serment, dom Verguet se sépara de la partie saine de rAssemblée,comme la paille se sépare du bon grain : il souscrivit à la Constitution civile du clergé et jura de la défendre.
Ce pas franchi, le prieur du Relec n'eut plus de relenue : il accepta le titre de vicaire épiscopal de l'évoque intrus de Langrts. Nommé plus tard lui-inèmc curé intrus d'une paroisse, il en remplit les fonctions pendant quelque temps.
Jusqu'ici le prelre a du moins gardé l'habit sacerdotal ; il a rempli, indignement il est vrai, les fondions ecclésiastiques, mais voici le régime de la Terreur : sa foi ébranlée par le schisme ne peut plus résister, il se dépouille, autant qu'il est en lui, i\c son caractère
sacre. OQ abandonnant ot son costume et s cléricales ; il se fait I.iïqae . . .
Nommé priisident Jii district de Monlarlot, petite ville voisine de son pnys natal, il so montre an partisan zélé du nouvel ordre de choses, de ce régime dont on ne prononco le nom qu'avec horreur.
Sous je consulat, dom Vergiiet devint sons-préfet de Lure, dans la Haute-Saône. Il ne conserva ce poste qu'un an, par suite de mésintelligence avec le préfet du département.
Retiré, en 1800, à Montarlot, il y passa le reste de ses jours, dans une grande aisance.
Au reste, il faut le dire à son éloge : il faisait de sa fortune un bon usage, car il donnait largement aux pauvres.
Travaillé sans doute par la grâce de Dieu qui l'appelait au repentir, il se renfermait parfois daiis sa chambre, sans vouloir recevoir personne : il y restait de longues heures en prière. Il assistait régulièrement aux ollices de sa paroisse ; mais c'est a. ces seuls exercices de piété que se bornait la pratique de ses devoirs religieux.
Pourquoi donc no rcvinl-il pas franchement à toutes ses obligations de prêtre et de religieu.tT
Hélas I il était entré dans le cloître sans vocation, par ambilinn, comme il l'avouait hii-mt^me. Puis, il avait tant abusé des dons de Dîen !
L'arrivée des alliés en France, en I8li, le plongea dans une profonde tristesse; cet événement l'effraya tellement que sa santé en fut ébranlée. Cn matin, se trouvant plus indisposé qu'à l'ordinaire, il garda le lit ; lorsqu'on alla, vers midi, le visiter, il n'existait plus; il étjiil mort, sans avoir rétracté ses erronrs ni re^ju les sacrements de sa mère, l'Église, qu'il avait si longtemps
affligée. ^*6st-ce pâs le câs d'adorer les secrets jog^ ments de Dieu, en s'écriant avec* le prophète rojral : « Vous êtes juste , Seigneur et votre jagemrat est
a équitable I )> ( I )
Le père Noirot, procureur des Dominicains die Mor*' laix^ après avoir été expulsé de son couvmt, resta caché dans celte ville et dans les environs. Il j exerça la plus heureuse influence, tant sur les .fidèles qua sur les prétres^par son ardeur à soutenir les bons principes et son zèle à administrer les sacrements de l'Église. Guide aussi éclairé que sage, il était pour les ans et les autres, un conseil et un appui toujours sûrs. D*ane bravoure peu ordinaire, doué d'un grand sang-froid et d'une merveilleuse présence d'esprit, c'est lui qui indir quait aux prêtres nombreux réfugiés à Morlaix les maisons où ils pouvaient se cacher; c'est lui qui les y gardait en quelque sorte.en veillant sur eux, nuit et jour, avec une vigilance toute paternelle.
Que de fois il sauva ses confrères des mains de leurs persécuteurs I Que de fois il échappa lui-même à leurs atteintes par les moyens les plus hardis et les plus ingénieux I
Un jour cependant, il fut pris à l'improviste, et il crut que Dieu voulait, celte fois, qu'il tombât au pouvoir de ses ennemis.
Il se trouvait chez une dame fort âgée, conversant avec elle dans un apparlement voisin de la porle d'entrée. Toul-à-coup, ils entendent un bruit de pas et d'armes; ils ne doutent pas que ce ne soient des soldats qui viennent visiter la maison. « Me voilà perdu, s'écria
(1; Justus es, DomiiiC; et re^um judicium tuum.
le père Noirotl » II était, en réalité, impossible de s'esqoiver. La dame avait de Tembonpoint et portait uq large manteau. Une idée luminease lai vient à l'esprit ; elle l'exécute en un clin d'œil.
Elle fait asseoir le religieux dans un fauteuil ; elle s'assied elle-même sur ses genoux et le couvre de son manteau.
L'opération était à peine effectuée que les soldats frappèrent à la porte.
La maîtresse du logis les reçoit tranquillement, les prie de Texcuser si son grand âge et son état de santé Uempêchent de se lever et de les accompagner dans leur vi&ite domiciliaire.
— € Vous voudrez bien, Messieurs, ajouta-t-elle, ac- « cepter qu'une de mes domestiques vous conduise dans c la maison. »
— € Qu'à cela ne tienne. Madame, répondirent les a patriotes ; ne vous gênez pas, restez assise. »
Puis, ils sortirent de l'appartement pour faire leur perquisition . . .
Pendant ce temps, le proscrit se mil en lieu de sûreté.
Le chanoine Tresvaux, qui avait connu le père Moirot, dit avoir recueilli ce fait de la bouche môme du religieux (4),
Le père Noirot était originaire de la Francbe-Gomlé. Il était procureur de son Souvent de Morlaix, depuis
Nous ne savons rien de certain sur ce qui se passa, pendant les mauvais jours dont nous faisons l'histoire, dans les autres monastères d'hommes du diocèse de
Léon qui en comptait douze : nous nous abstiendrons donc d'en parler. Jtous savons seulement que les Capacins de Roscoff, qui avaient refusé le serment^ furent obIigés,pour ne pas tomber aux mains des agents nationaux, de s'embarquer si précipitamment pour l'Angleterre, qu'ils arrivèrent à Jersey revêtus de leur habit religieux.
Si quelques prêtres et plusieurs laïques du diocèse de Quimpcr eurent Thonneur de verser leur sang pour la foi, pendant la Terreur, il s'en trouva un plus grand nombre dans le diocèse de Léon qui méritèrent cet honneur.
Nous allons faire passer sous les yeux de nos lecteurs cette liste glorieuse. (4) Nous y joindrons les noms des personnes qui, sans périr sur Téchafaud, payèrent par d'autres peines leur dévouement au clergé fidèle.
M. Jean Drevés, natif de Ploumoguer, âgé de 50 ans, vicaire à Saint-Sauveur de Brest, revenait un jour de faire nn baplème dans sa paroisse natale, lorsqu'il fut arrêté par des gendarmes. Conduit, les mains liées derrière le dos, jusqu'à Brest, il fut emprisonné pendant trois ou quatre mois, au bout desquels il fut condamné à mort et exécuté, le 25 Mars i79i.
Trois individus furent accusés de l'avoir caché dans leurs maisons. Ils s'appelaient Yves Aupier, François Colleau et Pierre Drevés, frère du prêtre. Les deux premiers furent acquittés et mis immédiatement en liberté.
(1) II n'entrait pas dans le plan de notre livre de |)arlcr des |)er- 84)nneH qui furent persàrutées pour des moUfs purement |)oliti(]ues : nous ne sipalons donc ici, sans prétendre les nommer toutes, «jue celles (pli furent victimes de leur zèle à cacher les prêtres proscrits, ou à défendre les droits de l'Eglise.
Pierre Drevés, il fui maiiilenu sous Feg verrous du chàtcaa de Brest jusqu'au ?i Juin, époque à laquello il cirnipanil derechef, pour être acrjuiitii, cette fois.
M. Jean Habas^ue, recteur de Kerloaan, figé de H ans, fiil arrêté à onze heures du soir, le 29 Mars n94, dans sa paroisse, chez François Le Gac. cultivateur.
Il y était couché dans nu lit clos, au moment où les agents révolutionnaires vinrent à l'improviste visiter la maison de cet excellent catlioliqnc, soupçonné de receler des prêtres non-assermentés. Conduit à Brest, M. Habasque est condamné k mort quinze jours après, c'est-àdire le 13 Avril.
L'accusateur public. Douze- Verteuil, ayant dans son rôqaisiloiro signalé le district de Losneven comme le rendez-vous des prt^lres réfractaires el le lieu où se dis- Ultail le poùon de leurs famtes dnctrincg, il fut décide qu'il serait exécuté, dans les vingt-quatre heures, sur la plar;e du ciianip de foire de cette ville.
La nuit où M. Habasque fut saisi chez son paroissien, François Le Gac, fut également surpris chez Guillaume Ahautrel, sur le territoire <ie Kerlouan, M. Guillaume Peton, prêtre habitué du district de Losneven, âgé de il ans. Il partagea jusqu'à la lin le sort de son compagnon d'arrestation : ils turent menés ensemble à Brest et rondamué-s, le même jovir, à périr sur le même écttafand.
Le 13 Avril 170*, vers midi, ou vit arriver à Lesnevon. avec grand appareil niilit;iire, le tombereau sur lei]uel étaient les deux pauvTes prêtres, les mains liées el les jiiods garrottés. Des deux côtés de ia sinistre charrette, se tenaient les bourreau.^ ; l'instrumônt du supplice suivait... La guillotine est dressée au lieu dé^gnù, en
présence da troisième bataillon de volontaires de Paris qui, sous les armes depuis le matin, eontenait la population émue.
Sur Tordre de Ance, Texécuteur des hautes œuvres, les deux victimes montent Tune après l'autre sur l'édiafaud, et quelques instants après leurs tètes tombent, sous les regards épouvantés d'un peuple immense.
Pour que cette exécution eut du retentissement dans tout le pays et y s^nàt la terreur, on avait forcé, cotre les gardes nationaux, tous les hommes sans armes de la ville à y assister.
Les corps de MM. Habasque et Peton furent enterrés dans le cimetière de Lesneven. La foule ne cessa, pendant plusieurs jours, d'aller s'agenouiller sur la terre qui recouvrait leur dépouille mortelle : on les vénérait comme des martyrs de la foi.
François Le Gac, receleur du recteur de Kerlouan, fut condamné à la déportation, ainsi qu'un de ses fils.
On avait trouvé chez eux un sac renfermant un calice, avec sa patène, des hosties et des huiles saintes. Comme il avait soixante-dix-huit ans, la peine de François Le Gac fut remplacée par. la réclusion.
Guillaume Abautret, qui avait recueilli chez lui M. Peton, fut condamné à la déportation.
On avait saisi dans sa maison* un calice et une patène, une pierre sacrée et une soutane.
Ces objets avaient été produits au tribunal comme pièces* de conviction, témoignant contrôle civùme des accusés.
Gabriel Gourhant, habitant de Kerlouan, vit sa maison envahie, la môme nuit du 29 Mars 1794, par les agents du district: il eut le temps, avant de leur ouvrir la porte, de faire évader le prêtre qui était aussi caché chez lui.
Mais los limiers de la nation constatèrent (|ue le lit uù était coucliû m pitîtru ûtaîl encore chaud ; iJe plus ils Irouvérenl près de ce lit un sac renfermant on calice et d'autres objets servant au culte. Oiivaincu par là do i-ecal de prêtres insermentés, Gabriel Gourhanl fut traduit, avec Franco!» Le Gac et Guillaume Abautret, à la barre du redoutable tribunal de Brest, le Si Germinal an II, (13 Avril 1794.)
Comme il était plus que septuagénaire, il ne fut condamné qu'à la réclusion.
H. Jean-Marie Branellec, vicaire au Minihy de Suinl- L'ol, né à Guissény, âgé de 37 ans, versa, aussi son sang pour la foi, le Jeudi Saint, 17 Avril I79i. Madiuue veuve Le Gueii, de Saint-Pol, qui l'avait recueilli dans sa maison, fut condamnée à la déportation.
M. Branellec composa, peu de jours avant sa mort, un cantique breton, intitulé : Derniers senUmetits de M. {tranellec. Ce sont les adieux du confesseur de la foi à la vie mortelle qu'il va quitter pour une vie meilleure.
Le prisonnier commence par déplorer les maux causés à son pays par le schisme conslituliaunel. Il exprime la résolution où il est de mourir plutôt ([ue d'y adhérer. Il dit que. comme celui d'Aboi, son sang criera vengeance contre l'impiété et la cruauté de ceux qui l'auront versé. Il voudrait vivre pour leur épargner ce crime et w cbiUiment ; mais il se soumet à la volonté de Dieu, en ajoutant ces belles paroles : « Je meurs dans le sein de « l'Église ; mon corps périra, mais ma foi triomphera, u Il exliurte ensuite ses confrères à faire tout ce qui dépendra d'eux pour soiilciiir l'Église catholique en France, à braver tous les périls, la mort même pour
saaver les âmes, sûrs qu'ils sont de gagner ainsi réternello récompense,. Il est persuadé que les prêtres récemment immolés pour Jésus-Christ sont déjà en possession de celte récompense : il prie ce Divin Sauveur de l'assister, afin qu'il ait la force de sacrifier sa vie pour lui et d'obtenir par ce sacrifice le même bonheur. A la fin de ce cantique, son âme est transportée de joie : son exil est terminé ; il voit les cieux ouverts ; il y va posséder Jésus pour toujours.
Au mois de Juin 1794, MM. Tanguy, Jacob et Chapalin, portèrent leur tète sacerdotale sur cette guillotine de Brest, altérée du sang des prêtres et de ceux qui osaient leur montrer du dévouement. M. Jacob, originaire de Saint-Pabu, était âgé de 53 ans ; caché aux environs de Brest, il tut saisi à Plouguin, en môme temps que M. Chapalin, prêtre de cette paroisse.
Conduits à Brest, les deux prêtres furent condamnés à mort et exécutés ensemble. (1)
La sœur de M. Chapalin, chez laquelle on les avait arrêtés, partagea leur sort et subit le môme supplice.
M. Auguslin Clech, âgé de 36 ans, né à Plestin, au diocèse de Tréguier, y exerçait les fondions de vicaire, lorsqu'on lui demanda le serment qu'il refusa.
Réfugié à Morlaix, il y fut arrêté, conduit à Brest et exécuté avec trois femmes de cette ville : Anne Levron, âgée de 25 ans, marchande, Anne et Anaslasie Leblanc, tricoteuses, la première âgée de 80 ans, la seconde de 38 ans. Elles étaient coupables d'avoir donné asile au pauvre prêtre proscrit.
(1) Voir M. Tresvaux, T. II, p. 5.
Qa'il fat horrible de voir une femme Je quairt-vinglê ans, brisée par l'âge et les fatigues d'une longue roule, gr^ir pi^nibleucnL les degrés de la gaillotioe, appuyée $ur le liras de ses deux jeunes conipagneg, et livrer sa tète aa bourreau, pour avoir exercé l'iiospitalilé à l'égard d'un ministre do Jésu»-Christ I Mais si ce spectacle fut horrible pour h terre, il fut beau pour le ciel : en montant ii l'écliafaud, l'héroïque octogénaire moulait au séjour des élus.
Jésus l'y attendait, ainsi que ses compagnes, pour leur donner la récompense promise à ceux qui le reçoivent dans la personne des pauvres sans asile : «J'étais errant, « et vous m'avez recueilli. »
L'exécution de ces quatre victimes eut lieu le 31 Juin nSH.
Le 12 Thermidor. (30 Juillet 1"94), le père Yves Mével, capucin, né à Roscoft, âgé de 65 ans, fut condamné à la peine de mort.
Voici, d'après le réquisitoire de Donzé-Verteuil, quelques détails sur l'arrestation de ce bon religieux.
« Par procés-verbal dressé le 19 Messidor par le juge « de paix de Morlaix, il résulte (ju'ïves Mével, prêtre « non sermenté, natif de Roscotî, ci-devant capucin. 9 coimu sous le nom de .Joseph de lioscoff. a été trouvé « sur le territoire de la République, dans une maison « du quartier de fiosseu, à Morlaix, occupée par tes « veuves Itavilly Le Sau.x et Uémaret Le Coaut, sa sœur.
« Cet ex-capucin habitait depuis trois mois et demi ■ une mansarde dans laquelle était dressé un autel pour « serrir aux prétendus services de snn culte, tonl l'alli-
« rail néoeasaire à son eharlataiiisme, (4) et saisi en « même temps que lai, et consistant en an missel, un « calice» avec sa patène, ane chassable, ane rol>e* ée « capacin^ une boite dans laquelle se troa?ait ce qu'on « appelle des hosties, ainsi que plusieurs autres effets « qu'il serait trop long de décrire. Dans le repaire de « Hével se rendaient les superstitieux et crimiuels « sectateurs d'un culte exercé par des ministres sédi- « tieux et rebelles ; là cet ennemi de la République et « du bonheur du peuple s'efforçait par ses mensonges a et ses impostures de les retenir sous l'étendard de la a contre-révolution... »
Le père Mével était atteint de douleurs de goutte trés*aiguës, lorsqu'on le saisit. Il était si faible qu'on fut obligé de soutenir ses pas chancelants, pour le con* duire à la prison : encore fallut-il, pendant le trajet, le faire reposer sur une pierre ; il faisait compassion à tous ceux qui le rencontraient.
Conduit à Brest, le lendemain du jour de son arrestation, il y fut traduit au tribunal révolutionnaire qoi prononça contre lui la peine capitale. Il fut exécuté, le 30 Juillet 1794 , cinq jours après son arrestation à Morlaix.
En même temps que le père Mével, furent arrêtées quatre femmes :
1** Julie Démaret, veuve Ruvily-Lesaulx, âgée de 66 ans, et originaire de Saint-Malo ;
2* Perrine-Eugénie Démaret Le Coant, âgée de 64 ans, née à Port-Louis, demeurant à Morlaix ; elle faisait partie du tiers-ordre de Saint-Dominique ;
(1) On frémit à ia oensée que c'est un prêtre et un ancien religieux qui tient cet horrible langage à l'endroit des mystères de la Religion catholique I On n'a pas oublié que l'accusateur public, Donzé-Verteuil, avait cette double qualité.
y Barbo Jago, ?eave Andrieux, lilanchisseirse, nfe et ilemeiiraiit ;'i Morlaix, âgéo de 5t ans;
i" M odeàie- Emilie de Fursanz, âgée de 27 ans, néo au cliàtoau de Casiou, canton de Montauban (Ille-et- Vilaine).
Ces qnatrc personnes, saisies dans la maison de Julie Dérnarel, ftirent conduites k Brest et exécutées toutes ensemble, avec le père capucin.
On dit <](ie Mademoiselle de Forsanz, qui élait d'ane lioaulé renianjuable, anraît pti sauver sa tûte, aux dépens de sa vertu : elle était de trop noble et Imp yerluoiise race, ponr ne pas préférer la mort à une souillure; elle périt courageusement sur l'échafaud, cueillant à ia toi une double palme : celle de l'attarlicment à l'Église catholique, et celle de la sainte vertu pour lesquels elle sacrifiait sa vie, à un Age où ce sacri- Ûce coûte encore davantage.
Quand elle entendit prononcer son arrêt, elle n'eut plus d'autre pensée i{ne celle de l'éternité; elle se jeta immédiâlement aux pieds du vénérable père Joseph de RoscolT, lui demandant encore une fois l'absolution de ses péchés. . .
Pnur que l'on puisse apprécier les motifs sur lesquels on basa la condamnation de ces vertueuses femmes, nous citerons un extrait du réquisitoire de Donzé-Verteuil contre l'une d'entre elles. Marie-Vvoime Jago.
On y verra de plus quel supplice anticipé elles dnrent souffrir, on entendant ia lecture de ce réquisitoire < où, « dit M. Le Vot, l'ancien prdlre s'était attaché dans les « passages suivants, (on a déjà vu celui qui a rapport « au pérc Mével), à vomir sa bave immonde sur cette « religion qu'il avait désertée. »
« On avait aussi trouvé, lisons-nous dans ce réqnisî-
m toire, chez Marie-Yvoaoe Jago divecs objets servant « à l'exercice du culte, et des vêtements appartenant a « la veuve DubreignoOp des lettres de l'émigré, La Rei- « gnière, des imprimés et manuscrits incendiaires res- « pirant le fanatisme le pins ridicule et le pins dangereux, « entr'autres des bulles de cet Évêque de Rome qui a « si longtemps abusé de notre crédule simplicité ; un a catéchisme breton par lequel on s'efforce de montrer « aux cultivateurs qu'ils ne doivent avoir confiance que « dans les prêtres réfractaires ; un manuscrit ^ant « pour, titre : Adresse ami vierges chrétiennes et reli- « gieuses de France, par lequel on engage ces victimes « du fanatisme à ne pas rompre les liens qui les rendent « nulles pour la société ; une diatribe abominable contre a les prêtres assermentés. A ces extravagantes pro- « ductions se trouve jointe une chanson contre-i:évola- « tionnnaire adressée aux infâmes frères de Capet. »
On avait arrêté à Morlaix et conduit à Brest, avec ces cinq innocentes victimes, huit autres pauvres femmes, accusées comme elles d'avoir donné asile au père Joseph../
Le sanguinaire tribunal fut plus indulgent pour ces dernières : il ne les condamna qu a la peine de la réclusion pendant plusieurs années.
Voici leurs noms :
r Catherine -Emmanuelle- Marie -Joséphe- Ignace Le Grand, veuve Thépault Dubreignon, âgée de 37 ans, née au Mexique, demeurant à Morlaix ;
2"" Marie Le Guen, veuve La Jleignière, âgée de 02 ans, née a Landivisiau, demeurant â Morlaix ;
S*' Marie-Françoise Kerguvelin, veuve de Grainville, âgée de C3 ans, née à Landerneau, demeurant à Morlaix ;
♦" Marie- Louise tiuparc.
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m<'iii-a(it à Morluix :
">•• Louise Roiuliis, ff^rnme d'Azovi^e Hiilimir;!, figwe ilii i.'t ans, n^e ei ilemeimnt à Moi-laix ;
«" Marie-PivHiPoisÉi Jagn, lilancliissciisp, ;lgr-t' ilfi iï ans, née «t iltfmeniani à MorUix ;
*" Marie-VvnnnL- Jago, venve Amlrii'n'C. in'c l't ilemoiiraiil à Morlaix ;
8" Barbe Jago, âgée de 'M ans. liiifiiTe et Ithncliis- SPUâe, nùe vt ilenif^iirant à MoilaU.
A CC'lto lisle, il faut jpiiiiire ie nnm rt'Azevise [)iiboDrg, âgé (le H-i an^.né â Aiirny, demetiranl à Morlaix ; r.'éUU to mari île Lonisc Bourliiii.
Madame veuve La Reignière ; Madame venvc de Grainville ; Madame Diibourg : Marie-Louise Dnparc : Marie- Françoise et Marie-Vvonnc Jagn fiironl condamnées à (luatre ans de réclusion dans une maison de force, Pl à iiix heures d'exposition sur le m;iiclié de Brest. Aievise Dnbourg el Madame veuve Tliépanlt Oulireignon furent acquittés ; mais cette dernière ayant eu une correspondaiice avec les émigrés f»l regardée comme suspecte, bien que cette correspondance ne cotitint rien de criminel : cela suffit pour que les juges décidassent qu'elle serait reofennée jusqu'à la paix.
Le 13 Thermidor, (le :)! Juillet,) c'est-à-dire le lendemain de ['e jugement, parut à la barre du tribunal de Brest, Mademoiselle Marie-Barbe-J;tcobe de Kerjégu âgée de CI ans, née à Laniiion, demeurant à Morlaix. lin des griefs articulés contre elle était que, dam itnc ktlre, « elle avait osé parler de religion, s'wrïer et se lamenter contre la persécution que l'on exen:.ait contre les pn''tre3 rrfraclaires dans le canton de Lesneven. qui
jasqa'alors avait été comme larche sainte entourée (les eaux du déluge. »
Elle fut condamnée à mort et exécutée» en même temps que le père du général Moreau. Ce dernier n'était coupable d'aucun antre crime que de celui d*avoir «idressé à un émigré, M. Barbier de Lèsent, le montant de ses recettes.
Mademoiselle Anne Pichot - Kerdtzien , (1) née à Brest (Recouvrance),était âgée de 30 ans ; elle habitait dans la commune de Onimerc*h, prés du Faou, chez son oncle, M. Pichot-Kerguiziou, ancien inspecteur de la foret du Cranou. Adonnée aux œuvres de piété et de charité, elle était la providence des laboureurs et des bûcherons au milieu desquels elle vivait.
Bonne, douce et aimable pour tous, elle était chérie des habitants de Ouimerc*h,dont elle partageait les peines comme les joii^s, avec une simplicité affectneuso ()ni hii gagnait tous les cœurs. Tniquement occupée h servir Dieu, les pauvres, les malades et à obliger tout le monde, Mademoiselle Picliot ne se mêlait à la Révohuion que pour gémir des ruines qu'elle amassait dans son pays et de la persécution qu'elle exerçait contre rKglise romaine et ses ministres dévouas.
('.0 fut assez pour la rendre suspecte à la Nation, et la faire arrêter et condamner à la peine capitale. Gémir sur l'arrestation des prêtres lidôles, regretter de ne pouvoir plus recourir à leur ministère, ni assister au saint sacrifice de la messe..., verser des larmes sur leur sort et sur les scandales des intrus prémunir
• Il MadiMmtiM'Ilr richot-Kcnlizicii, apparlrnaiit |Kir son domicile :\\\ (li(M'<*se (le Qiiitn|MT, doit tHiv rompici' au imTnhn* tU'^ piTsunius {\v n» dio<rHi> \ir1imps dr la I^t'vnlution.
- BW-
conlj'e la séttnciiun de co« tlertiiers Ias villsgeoîs i|ni l't'nlounioiit , nVlait-cc |ms alors le |iliiâ ;;ranil crime, l'vliii qui nièrilait l.i niart?
Il n'en fallut pas davantage an Inhiinal de BrfSt pour' .'i|ipliqiii>r cette peine ,'i Madc moisi»! le l'ichot.
Yaici qiielqnes Tra^'m^nli^ du rè<|iii«iloire de rftrcitSBHjour piiWic contre celte innocente vicliiue :
• Anne l'idiot est accusée d'avoir en sa possession... « un écrit, en vers, divisé en actes de foi. d'cspêranfe « et de charil*';, ort l'on dit (|ae lont évfqne i-i prt-iri» « non avimi^s de celui de Itoine sont tfet inlnn, dei « apostats, lies jvthi, où l'on désire qne Oirn apaise 1:l
« rage lies démocrales — Vn autre écrit inlilulè :
« Vnnlitjvei i) rliimUu' à la MnMicium du Saint- « Sactr)ftpnt : — prières pour le Roi cl son peuple. K eic —
« n'avoir, dans le mois tie Nivûse et les mois préci^-
* denlâ, débité publiquement, dans l'église de (juiuierc'li, « aux cnllivatoiirs de coUd cominnmi. qn'ulliî y rassem- « blait les jours de dimanclie, un sermon dont le ma- « nnscril de sa propre main s'est trouvé en sa posses- « sien, sermon qui a punr Iml de jironver <{u'il faut « regarder non comme ministres de l'Ëgliso. m»is « comme voleurs el larrons, qui ne sont (>oiul entrés
• par la porte, tous ceux qui sont appelés oninstitué^ « par le peuple, par les puissances socnliéres ou par « les magistrats. ..
« D'avoir entretenu des intelligcnres avec tes préii-es « rérraclaires et leurs agents ou protecteurs ;. .. »
Condamnée â périr sur l'échafaiid, M""' Picitnt fnl i<\éciili'H\:ui sortir de l'audionce: c'était leDI Mar^ I7IU.
En allant au liêu du supplice, il parait que son vi->a;;e était li.ii<;né île larmes ; elle plenmit aiii>nilamme[it, mai»
son âme resta forte jusqu'à son dernier soupir, unie qu'elle était à celle de Jésus marchant au Calvaire.
Ayant aperçu dans la rue une personne du Faon* elle la supplia de prier pour elle en ce moment suprême, ajoutant : Bienlôtje vais prier moi-même pour vous.
Glorieuse mort, nous écrierons nous, après ce récit ! Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, car leurs œuvres les suivent I
Jacques Penguilly, cultivateur, âgé de 60 ans, né k Plouvien, demeurant au Cosquer-Bian, commune de Landerneau, fut condamné à la déportation, le 15 Juin 1794.
Ce brave cultivateur avait recueilli sous son toit, pendant huit ou neuf jours, vers les fêles de Noël, M. Le Grall, recteur de Lanhouarneau, mort au château de Brest, pendant sa détention.
Ce prêtre fidèle avait èlé trouvé, au moment de son arrestation, muni dos saintes espèces et des saintes huiles.
Dans la nuit du 7 au 8 Septembre 1704, M. Le Gall, recteur de Plouènan, l'ut arrêté chez la veuve Le Saint, riche fermière de sa paroisse, dont la maison était ouverte à tous les prêtres proscrits : avec lui fut saisi aussi M. Corrigou, ancien aumônier des Ursulines de Saint-Pol, carhè comme lui dans cette maison.
Dénoncé par un cordonnier auquel il avait recommandé une nouvelle chaussure, et averti quon le recherchait, M. Le Gall ne voulut croire ni à la trahison, ni au péril qu'on lui signalait. Ce |)èril étant devenu pressant, il se hâta de se mettre à l'abri, en se réfugiant dans sa cachette habituelle. Mais, cette fois,
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il ne put s'y dérober aux perquisitions des émissaires du district ; le cordonnier leur en avait livré le secret (I).
La veuve Le Saint vivait avec une sœur de son mari, (|ui était religieuse. Voyant les deux prêtres arrêtés, poussée par un dévouement dont notre pays fournit alors plusieurs exemples, cette dernière, nommée Anne Le Saint, voulut sauver sa belle-sœur,mére de plusieurs enfants. Elle déclara que c'était elle qui avait hébergé les proscrits ; qu'elle était seule responsable des conséquences de Tarrestation. . .
Cette femme héroïque fut conduite à Quimper avec MM. Le Gall et Corrigou. Condamnés ensemble à la mort, ils furent exécutés tous les trois, le 16 Septembre 1794.
A ces noms nous ne devons pas omettre d'ajouter celai de M. Claude de La Porte, ancien vicaire de Saint-Louis de Brest, massacré dans la chapelle des Carmes, à Paris, le lendemain de la néfaste journée du 10 Août 1792.
Monseigneur de la Marche, loin de corps de son diocèse, y était toujours présent d'esprit. Si un penseur célèbre a pu dire que Tamitié a les bras assez longs pour atteindre les deux bouts de la terre, cela n'est-il pas vrai surtout de l'affection du pasteur des âmes pour son troupeau spirituel ?
Arraché violemment à ce troupeau dont il garde la charge, malgré la distance qui l'en sépare, Tévèque de Léon songe jour et nuit à ses besoins ; il gémit sans
(ly >î. lie GofT, mort pluH tard curé (k Saiut-Poly venait du quilter la maisun, moins de deux tieures avant cette vinite.
cesse sur la dure nécessité qui Ten lienl éloigné. Si, comme TapôCre des nations, il peut se plaindre des persécutions de ses ennemis, des privations que lui impose son exil..., il peut dire aussi avec vérité : qu'au dessus de ces épreuves extérieures, qui touchent seulement son corps, il en est d*autres plus cruelles pour lui, à savoir l'angoisse qui étreint, chaque jour, son cœur torturé par la pensée anxieuse de Téglise qu'il a laissée derrière lui, livrée aux mains d'un mercenaire.. ..
Oue de fois, cette pensée le transporte-t-elle au milieu de ses bicn-aimés diocésains et de ses prêtres aux prises avec lA persécution ! Il les voit dans les prisons, errants, ou réfugiés comme lui sur une terre étrangère. Il compte leurs souffrances, il entend leurs gémissements, et le cri de faiblesse de quel<iues-uns qui se sentent submergés par les eaux de la tribulation arrive - jus<|a à lui, comme un douloureux écho pour pénétrer et attrister son àme.
Alors, comme le grand a|HMre écrivant aux chrétiens de Corinthe, il leur envoie ;i travers les mers des lettres pleines de tendresse compatissante, (rencouragement et de sag(»s conseils.
« Lorsque des circonstances (pii vous sont connues, « nos très-chers frères, leur écril-il, le 20 Août 1701, « nous forcèrent de nous éloigner de vous, Tespoir de « coinmîini<|uer avec notre clergé, et par lui avec les « peuples (le notre diojèse, détermina notre retraite, et « l'ut le seul adou'.'issemenl à nos peines. . . .
« Nous souhaitions d'apprendre vos combats et vos « triom[)hes, la situation de chacun d(> vous, l'étal de « chaipie église [Kirticuliére. . . Nous désirions des infor- « mations détaillées sur des objets si digntîs de notre « S)llicitule pastorale, lors(|ue nous avons ap|uis (|ue
« plusieurs Je nos chers coopéraleurs venaieut de se « réfugier sur une île étrangère. »
Que va faire le bon et tendre pasteur 1 II veut, à tout prix, savoir des nouvelles de son troupeau: il affrontera les périls de l'océan pour aller rejoindre les prêtres qui viennent de Léon.
« Nous nous sommes, continue-t-il, senti pressé du a désir d'aller jusqn'à eux. Après avoir été menacé par « des vents contraires d'aborder au rivage qu'autrefois « nous n'aurions revu qu'avec une douce émotion ; « après une navigation longue et difficile, nous avons « débarqué sur une terre hospitalière qui avait ouvert « un asile à nos frères. Nous avons eu la satisfaction € de les embrasser. C'est la plus sensible que nous « ayons goûtée do|)nis notre éloignement : elle a duré « bien peu. Nous avons entendu le récit des dangers « auxquels ils venaient d'échap|)er et de la violence qui « les avait réduits à s'y exposer. Nous avons su de « quelle main partaient les coups redoublés (|:ii acca- « blaieni les ministres iidèles ; que l'évèque, dit du « Finistère (hélas ! il y a si peu de temps que nous le «comptions au nombre de nos coopéraleurs) cherchant « à propager le schisme, usurpant sur notre territoire
« une juridiction qui n'appartient qu'à nous seul
« instituait de faux pasteurs ..; que déjà plusieurs intrus « avaient été installés à force ouverte ; que les pasteurs « légitimes étaient poursuivis par des outrages et des « calomnies ; que, sans respect pour l'âge, sans égard « pour les iniirmilés, plusieurs avaient été arrachés de « nuit, à main armée, du milieu de leur troupeau, et a traînés indignement dans les prisons, etc. ete.
« Tel est le récit qui tour à tour a pjnétré notre àme ^ de douleur et d'admiration. »
?uis,révoque exilera l'aspect des ruines*qiie la Révolulion a entassées dans son diocèse, s'écrie avec un seoliment de doulear inénarrable : <( En voyant ce qu'est « aujourd'hui notre diocèse, nous nous sommes rapi^lé « ce qu'il fut, et les larmes ont coulé de nos yeux, »
Il se demande ensuite pourquoi il est persécuté, lui, ses prêtres, ses maisons religieuses et les catholiques fidèles. —
Tarce qu'il a maintenu et aflirmé, avec eux, les vrais principes de l'Église.
Parlant de leurs persécuteurs, il |)rèche à ses diocésains le pardon et l'oubli des injures : « Leur fanatisme a les aveugle, dit-il ; ils ignorent ce qu'ils font. Mais, « nous savons ce que la charité nous commande : nous « savons qu'elle nous ordonne de leur pardonner, de « les bénir, de prier pour eux : quel mérite aurions* « nous à chérir ceux qui nous aiment ? Les pécheurs « font-ils autrement ? Mais aimer nos ennemis, faire du « bien à (|ui nous fait du mal, bénir ceux qui nous « maudissent, et prier pour ceux (|ui nous calomnient, « telle e>t notre loi, tel est le précepte de noire divin ^< législateur. Endurons, s'il le faut, la faim, la soif,- la « la nudité ; au milieu des plus indignes traitements, « ne faisons piûnt euleiidre de reproches, ne laissons « pas échapper de murmures. . . »
(^)ni n'admirera ces |)an)les resp rant la charité de Jésus-rJirisl ? Qu'il y a loin de ce langage pirin de douceur à celui des prélats intrus dont nous avons, dans le cours de cet ouvrage, cilé çà et là les déclamations violentes contre les évé(pies, les |)rélres et les lidéles (mi communion avec l'Église !
Est-ce bien là le lang.ige d'un sé.lilicux, d'uiï excitateur à la révolte ?
.^'csl-^'<! pas jiliilùl celui de l'Iiimiiiic il« Ui |i;iix (l) nL (il) la coiiœi'tle f
ro (|rie fit l'évéïiue do I,('un, ilê-i tes premier;! iimis de s*m exil en Aiiglett^rre, il le continua jiisr|ii'à la lin : il n« cessa iruxltiirter les tiiliMes et lés pivlres rcstt'S (I;mi leur pays à persévérer 'Iftris ces senlimeiits d'altacheinent h leur iloFuir. d'amour de la paix et de leurs [)ersécii leurs,
lîlenilani sa sollititude pastorale sur ses ju-êd-es dispersés au loiti, il trouvait moyen de correspondre avec plusieurs d'entre eus, pour les consoler au milieu de leurs [wines et les affermir dans le liieti.
Comme les prôlres tranraîs qui se réfn^iaietil en Angleterre se multipliaient ctia{]ue jour, il proposa en leur faïeiir une sonscriplion (|ni fut accueillie avec sjinjiatliîe. Patronée par le (-élébre Burke, lonf Arundel el le mnrqah lie BnLkin;;!iam, la proposition fui soumise â une rôuuton de riches seigneurs anglais, à lariudlo assisla l'^vétiue anglican luî-mème. le prélat brcion y exposa h iljtiâmciit de ses compatriotes avec une (elle éloquence, qiifrdes secours abondants lurent versés entre ses mains 61 que plusieurs Anglais leur ouvrirent dans leurs maisons une généreuse hospitaliti;. Madame Silliurite, la pieuse li(Mes:'e de Monseigneur do La MarcIie, en recueillit successivement cliez elle un assez grand nombre.
Vivement touché d'une aussi grande charilé, l'évù(|Uti de Léin'i adressa, le ;)0 Décembre \'Mi, aux [uclres fraiicïiis retirés en Anijtelerre. une lellre où, après avoir rendu homrriage à l'insigiie générosité de leurs bienfaiteurs, il exprime, ^lans les lermes les plus éniouvanl-s la reconnaissance doul son cœur est pénétré. .,
Le zèle lie Monseigneur de La Marche à s'occuper de ces œuvres de charité hii valut, ie i Septembre 1793, un bref de félicitation du Pape Pie VI; il avait reçu, (|uel(pies mois auparavant, le i Février, de Louis WIII, alors Monsieur, une lettre fort élogieuse.
La persécution ayant porté à plusieurs milliers ie nombre des prêtres et des émigrés qui étaient venus demander un asile à TAngleterrc, les secours particuliers oe suflirenl plus : c'était le cas de dire, comme >otre Seigneur Jésus-Christ, à la vue de la foule qu'il avait à nourrir avec (pielijues pains : Qu'est-ce que cela pour cette multitude : « Quid hiec inlev tanlos?
Il fallut alors aviser à augmenter les ressources; on sollicita à cet elïet du parlement, en faveur des proscrits, un secours annuel qui fut voté à l'unanimité. Puis, comme la répartition de ce secours demandait à être faite avec ordre et intelligence, l'évèque de Léon fut chargé île ce soin. En outre, il était le dépositaire et le (Hstril)ul(Mir des aumônes considérables que beaucoup d'Anglais coni[)ali.ssants lui remettaieiil.
On accorda, sur sa dcmando, an\ prèlros français le château de Winchesler, où o:i en logea jns(|u'â huit cents.
C'est lui encore ()ui veilla et pourvut aux besoins de nos prisonniers di^ guerre (|ni rem[)lissaient les prisons de l'Angleterre. Mon contcMil de venir en aide à leur indigence corporelle (|ui était complète, il voulut aussi soulagiM' leur misère spirituelle (|ui, chez l.i |)lu[)art, était aussi lamentable. On sait combien la Révolution avait atteint les àni(\s en France!
Pour refaire en (jnelque sorte Tàme de ces prisonnii»rs, il entreprit, avec le conronrs des prêtres lîxilés, de leur donner une mission (pii fut féconde en fruits de salut.
I.a charité, dont le grand cœur de Monseigneur de I.a Marche était rempli, ne se borna pas «lux prêtres qui, comme lui, vivaient à Tahri du drapeau anglais, elle s étendit jusqu'aux prêtres déportés ii la Guyane ; par ses soins, ces confesseurs de la foi furent également secourus et assistés.
Sur celte figure épiscopale, d'ailleurs si vénérable et si belle, une ombre cependant vint s'asseoir.
Après la signature dii Concordat, le 13 Juillet l80l, rie VII, forcé par la nécessité des tem|)s, avait demandé à tous les évôiiues de France la démission de leurs sièges : ainsi lexigaient, leur déclarait-il, la conservation de l'unité et le rétablissement de la religion catholique dans ce pays. Il ajoutait (|u'il n'avait rien omis p^ur leur épargner ce sacrifice, et il les conjurait à plusieurs reprises de céder à ses instances.
le bref Tarn miilla qui contenait cette demande fut adressé à tous les évoques intéressés, avec prière d'y répondre dans dix jours, au plus tard.
Sur quatre-vingt-un évoques, quai^nle-cincj y accédèrent et donnèrent leur démission. Les trente-six autres ne crurent pas devoir suivre cet exemple. « Ce n'est « pas pourtant que la plupart de ces derniers refuse sassent positivement de se démettre : la réponse de « presque tous fut plutôt dilatoire que négative. » (I)
Les prélats réfugiés en Angleterre furent surtout op- [)Osés à la suppression de leurs sièges : sur dix-huit qu'ils y étaieirt, cinq seulement s'inclinèrent devant la volonté du Souverain Pontife.
Imbu des erreurs de l'église gallicane greffées sur les préjugés parlementaires de sa première éducation; aveu-
{{) Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique. T. III. p. 110.
glé par uu allacliement excessif à son siège. Monseigneur de La Marche, après beaacoup (riiésilalions, parait-il, se rangea de l'avis da plus grand nombre, pour supplier le Vicaire de Jésus-Christ de surseoir à la suppression des évéciiés : il signa leurs réclamations contre le Concordat.
« Il adressa de plus, dit M. labbé Tresvnnx, en son « propre nom, le 15 Mars 1803, une lettre au Pape. Du « reste, nous savons que, peu avant de mourir, il « déclara qu'il était loin de partager lexagéralion de « plusieurs antagonistes du Concordat de 1801. y^
Nous pouvons ajouter qu'il ne cherclia jamais à créer des diiticnltés ni à Mgr André ni à Mgr Dombideau de Crouseilhes qu'il vit, non sans peine, il est vrai, placés à la léle des diocèses de yuimper et de Léon réunis.
L'arrivée de ces deux évccpies à Saint-Pol fut un vrai triomphe au(|uel les intimes amis du prélat émigré contribuèrent eux-mêmes, avec la piété la plus filiale et la soumission la i)lus sincère.
Au reste, il n'y eut jamais à Saiiil-Pol ni dans aucune paroisse <le l'ancien diocèse de Léon, où Mgr de La Marche était fort aimé et regretté, aucun partisan de la petite église: c'est donc (|ue Tèvèque de Léon ne l'avait pas propagée.
Tombé gravcuR'nl malade, il fut visité, deux fois, sur son lit de donh'ur, [)ar Monsieur, frère du roi.
t'.e |)rince, (|ui professait la plus )4ran<le vènèrati«m p(Mn* l'èvèqne mourant, voulut recevoir sa bénédiction.
MonseigfHMir de La Marche mcKirut à Londres, le i'\ Novembre I8()(), laissant i\ peine de ipioi subvenir aux frais de ses funérailles. H avait expressément recommandé (pi'on renlerrât sans |»ompe et sans qu'aucun décor extériem* rappelât sa di.i^'nité ê|riscnpale. S«>n épi-
laphe, qu'il rédige» lui-môme, ne mentionnait aucun de ses titres.
Il fut inhume dans le cimetière de Saint-Pancrace, à Londres, auprès de son ami, Monseigneur Le Mintier, ancien évoque de Tréguier. M. du Châtellier, devenu plus tard évêque d'Evreux, fit son oraison funèbre, le 27 Janvier 1807, dans la chapelle française de Conway- Street. Ce discours, que nous n'avons pu nous procurer, fut imprimé à Londres.
Les restes du dernier évoque de Léon ont été transportés du cimetière Saint-Pancrace à Saint-Pol, par les soins de Monseigneur René-lNicolas Sergent, évoque de Qttimper.
Ce prélat envoya, à cette fin, à Londres, un prêtre breton, attaché depuis de longues années à Tarraée Anglaise, en qualité de chapelain.
M. Tabbé Joseph Mahé, après avoir recueilli ces restes précieux, les accompagna lui-même à Sainl-Pol, et le 21 Septembre 1866, ils furent inhumés avec une grande solennité dans la cathédrale de cette ville, avec Fâssistance d'un clergé nombreux, présidé par Monseigneur Sergent.