CULTE DE L'ÊTBE SUPRÊME
le citoyen Siblot, vient de prendre les mêmes mesures dans le département où il a été envoyé par la Convention. On peut dire que la saine philosophie ne tardera pas à prendre la place du fanatisme sanguinaire, b Ce dernier mot était de trop , car les lignes qui venaient immédiatement après étaient consacrées à fêter le meurtre de dom Lessus et de l'abbé Roch. L'arrêté du représentant Michaud, daté, comme celui de Siblot, des premiers jours d'avril, ordonnait à tous les curés ou vicaires célibataires des départements du Cher et de rindre, de s'éloigner, à la distance de six heues, des communes où ils remplissaient des fonctions ecclésiastiques. 11 prescrivait en même temps aux communes de démolir tous les clochers, à leurs frais^ dans le délai de six semaines. Les deux régicides avaient envoyé leurs arrêtés philosophiques à Besançon pour y servir de modèles.
Bien que Lejeune ait laissé, dans les annales de la tyrannie révolutionnaire, un nom plus flétri que ceux de Michaud et de Siblot, il n'osa pas aller aussi loin. L'esprit chrétien qui inspirait encore presque unanimement les populations du Doubs Tarrêta ; il craignit de provoquer l'explosion d'une nouvelle Vendée par une persécution trop éclatante ou trop générale, et il se borna à faire sournoisement et en détail le mal que ses collègues faisaient ailleurs avec plus de liberté.
Vin. Nulle ville ne semblait mieux que celle de Pontarlier en position de se débarrasser complètement des prêtres. En efiTet. tout le clergé chargé de la desservir coustitutionnellement se composait de deux jeunes vicaires de nouvelle fabrique, déjà mariés et apostats, et d'un curé, ex-capucin, qu'on pouvait croire disposé à en faire autant, après l'avoir vu tour à tour présider et fonder des clubs, faire des discours de morale naturelle dans les solennités décadaires , et s'associer, comme acteur, à la troupe dramatique du théâtre de la ville. Cependant le P. Devillard trompa la dernière espérance de ses amis les jacobins. Quand il vit attaquer les dernières assises du christianisme , il se souvint qu'il était prêtre, qu'il avait aimé Jésus-Christ ; il eut pitié des chrétiens égarés, mais de bonne foi, qui s'étaient attachés à lui comme à leur dernière ressource, et, à son tour , il ne crai-
gnit pas de résister au torrent destructeur. L'orage éclata contre lui à la suite d'un sermon où il avait encore osé faire entendre le langage de la religion Le jeune soldat Gallet, ex-séminariste de Semur, fut chargé par le club de faire une enquête et un rapport sur ce discours, et, dans la séance du 15 mars, il lança contre l'intrus de Pontarlier toutes les foudres de la philosophie. « 11 a prouvé éloquemment, dit le procès-verbal du club, que le temps est passé où il était absolument nécessaire de se montrer aux prêtres; il a prouvé que la confession, si recommandée par le prêtre Devillard, n'avait jamais rendu les hommes meilleurs, mais qu'elle avait été entre les mains des prêtres une arme dangereuse, qui avait fait couler à grands flots le sang humain , qui avait mis les secrets des familles à la disposition de ces charlatans divins, et qui enfin était la cause première des richesses scandaleuses que le clergé avait amassées, de l'autorité qu'il avait usurpée, de l'intrigue qu'il avait ourdie dans tous les temps contre la raison et, par conséquent, contre le bonheur des hommes. Dans son discours, le prêtre Devillard s'était représenté au peuple ignorant qu'il catéchisait, coumie un homme divin, un envoyé de Dieu, un ange du Seigneur. Le rapporteur a arraché le masque du fanatisme avec l'arme du ridicule ; il a démontré que Devillard est une créature terrestre, qui n'a rien du tout de divin, rien de surnaturel, mais qui rassemble, comme prêtre, tous les vipes et tous les défauts de l'humanité, défauts parmi lesquels la cupidité tient ouvertement la première place. Enfin il a exposé énergiquement quels étaient les dangers des mensonges de ce prêtre qui, quoique assermenté, serait cependant le dépositaire de la tranquillité pubUque, s'il pouvait faire adopter ses extravagances du xv® siècle, puisqu'il ne tiendrait qu'à lui de la troubler et d'exciter les guerres civiles, comme l'ont fait de tout temps ses semblables, en disant à ses catéchumènes abusés : a Je suis » l'homme de Dieu, sou envoyé, je suis enfin l'ange du Sei- » gneur, qui vous commande par ma voix de défendre la re- » ligion de vos pères et de baigner dans leur sang les in- ^) crédules qui ne pensent pas comme moi, envoyé du Sei-